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Full text of "Recueil général des pièces concernant le procez entre la Demoiselle Cadière de la ville de Toulon, et le père Girard, jésuite... Tome premier [- second]"

* ~) 






RECUEIL 

GENERAL 

DES PIECES 



CONCERNANT 

LE PROCEZ 

ENTRE 

LA DEMOISELLE CADIERE, 

de la Ville de Toulon. 

ET LE PERE GIRARD» JESUITE. 
Re&eur du Séminaire Royal de la Marine 

de ladite Ville. 

TOME SECOND. 



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M- DCC XXXI 






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TABLE 

DU CONTENU AU TOME SECOND. 



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"Emoire InftruÛif pour le Père Nicolas de Saint Jofeph, Prieur des 
Carmes Déchauffes de la Ville de Toulon , contre M. le Procureur 
General du Roy. 

îî. Précis des Charges , pour Demoifelle Catherine Cadiere , contre le P. Girard, 

III. Analyfe des Témoins produits par le Promoteur en l'Officialité de 
Toulon, pour Demoifelle Catherine Cadiere, contre le Père Jean-Baptifie 
Girard , Jefuite, 

ÏV. Refultat des Mémoires de la Demoifelle Cadiere, contre le Père Jean* 
■Baptifte Girard, Jefuite. 

V. Mémoire des Faits quife font paffés fous les yeux de M. l'Evêque de Tout 
Ion, lors de l'origine de l' Affaire du Père Girard, Jefuite , & de la De- 
moifelle Cadiere. 

V I. Réponfe à l'Ecrit qui a pour Titre : Mémoire des Faits qui fè fbnt palfés 
fous les yeux de Monleîgneur l'Evêque de Toulon , ère. 

VU* Second Mémoire pour le Père Girard, Jefuite , Servant de Réponfe au 
nouveau Mémoire de la Cadiere > & de fes Frères, 

VIII- Réponfe au fécond Mémoire Inftruëtif du Père Jedn-Baptiffe Girard, 
Jefuite, pour Demoifelle Cadiere. Première Partie. 

IX. Réponfe de laDemoifelle Cadiere à la féconde Partie du fécond Mémoire 
du Père Girard, 

X. Second Mémoire pour Mefftre Cadiere, Prêtre , fervant de Réponfe à ce 
qui le concerne dans le nouveau Mémoire du Père Girard, Jefuite. 

XI. Réponfe au fécond Mémoire imprimé fous le nom du Père Girard, pour 
le Père Eftienne-Thomas Cadiere ? Prêtre , Religieux de l'Ordre de Saint 
Dominique. 

XII. Démonftration des împojfures Sacrilèges des 'Accufateurs du Père Gf- 
rard, Jefuite , & de l'Innocence de ce Père : tirée uniquement du. Mémoire 
du Carême. 

X 1 1 1. Reflexions fur les prétendues Contradictions que le Père Girard op* 
pofe à la Demoifelle Cadiere dans fes Réponfes pardevant l'Official , avec 
des Obfervmons fur le nouveau Mémoire abrégé dudit Père, qui a pouf 
titre : Démonftrations des Impoftures , &c. 






XIV. Brieve Réponfe à tous les FaBums faits contre le Père Girard. 

X V. Obfervationsjur l'Ecrit intitulé. -Brieve Réponfe aux divers Mémoires 
faits contre le Père Girard. Pour le Père Nicolas de Saint Jofeph, Prieur 
des Carmes de Toulon. 

XVI. Observations pour Demoifelk Catherine Cadiere» contre le Père Girard. 

XVII. Paraklle des Sentimens du Père Girard, avec ceux de Molinos > &c . 

XXIII. Les véritables Sentimens de Mademoiselle Cadiere, tels quelle les a 
donnés à [on Confejfeur > pour les rendre publics. 

XIX. Conclufwns de Monfwur le Procureur General du Roy,'au Parlement 
d'Aix, du il Septembre 1731* avec ï 'Arrefi de ladite Cour , duXQOBobro 
fuivant. 

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t*i ■$»*$<&**? f:i n de la Table du Tome fècoad, •'*•"«**« %>««' *<± 

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MEMOIRE 

INSTRUCTIF. 

POUR LE PERE NICOLAS DE SAINT JOSEPH, 
Prieur des Carmes D échauffez .du Couvent de la Ville de 
Toulon, décrété d'ajournement perfbnnel, à l'occafîon de la 
Plainte formée par la Demoifelle Cadiere, contre le Père 
Je an-Baptifte Girard, Recteur des Jefuites de la même Ville, 
fon ancien Directeur. 

CQNTR E iïdonfiew le Procureur General du Roy. 

A corruption de l'homme efl: telle, que ce n'efl pas 
aifez pour lui de s'abandoner aux plus fàles paffions , il 
veut le faire paifiblement Se impunément > il va même 
quelques fois jufques à vouloir les fànctifler aux yeux 
des autres hommes. Tout ce qui s'y oppofe devient l'objet defès 
empoitemens j ils redoublent s'il eft découvert j le mafque tom- 
be , on le voit effronté & entreprenant. Perfuadé qu'il ne peut 
fe dérober à la Juftice & à l'indignation publique , qu'en rejet- 
tanï fès crimes fur autrui , il fè rend hardiment l'Accufateur de 
ceux à qui il attribue la découverte de fes défordres, Quel fùr- 
croit de hardieffe , s'il. peut fe flatter d'avoir afiez de refTources 
pour réiïffir ! & qui en eut jamais autant qu'un Jeiuite? 

FAIT. 

Le Père Nicolas de Saint Jofeph arriva à Toulon en qualité 
de Prieur des Carmes D échauffez , vers le commencement du 
mois de Juin 1730. Il fut bien-tôt inftruit par le bruit public, 
des prodiges opérez dans la Demoifelle Catherine Cadiere , de- 

A 







puis quelle étoit fous la direction du Père Girard Recteur des 
Jefuites ; & quoiqu'elle fiât alors dans le Monaftere des Dames 
Clairiftes d'Ollioules, elle flic moins cachée dans cette folitude, 
quelle ne l'avoit été dans le monde. Quelques Pénitentes du 
Père Girard qui alloient la vifiter tour à tour, ne revenoient 
qu'en publiant des merveilles. Déjà on la confultoit comme un 
Oracle * on fe recommandoit à fes prières * ondemandoit à Dieu 
des grâces par Ion intercefîion j M. lEvêque lui-même étoit fira- 
péplus que tout autre du bruit de fa fainteté * il canonifoit d avan- 
ce cette Créature privilégiée, & pour marquer toute retendue 
de la vénération qu'il, avoit conçu pour elle , il fe procura une 
de fes coëfes empourprées de fon fang. 

Il revint à ce Prélat que le Père Girard méditoit de tirer fa 
Pénitente du Monaftere des Clairiftes d'Ollioules , Se que fous 
prétexte qu'elle avoir affez long-temps édifié chez ces Dames , il 
vouloit la faire paffer dans un autre fort éloigné : le Prélat pour 
arrêter ce coup qui auroit privé fon Diocefe d'une Sainte que la 
Providence y avoit fait naître, refolut de lui donner un autre 
Directeur > & foit qu il fut aufft piqué du miftere que le Père 
Girard lui faifoit lùr certains faits extraordinaires qui fe pafloient 
. dans fa Pénitente * foit qu'il commençât de former quelque 
foupçon depuis qu'il eut vu dans le journal du Carême le récit 
de la vîfion , où Saint Jean l'EvangeJjfte écrivoit dans un livre 
cacheté de fept fceaux le nom de Jean-Baptijle ç£r de Marie- 
Cktbcrine ( ce font les noms du Saint Directeur & de la Sainte 
Pénitente. ) Il écrivit une lettre à la Demoifelle Cadiere au com- 
mencement de Septembre , pour l'engager à quitter la Direction 
du Père Girard , & à revenir à Toulon. 

Le Père Nicolas à qui la Demoifelle Cadiere & fà famille 
étoient également inconnues , ignorait ce projet de féparation 
de la Sainte d'avec fon Directeur, lorfque vers le 12 du même 
mois , il lut obligé daller à Saint Antoine , Maifon de Campa- 
gne de M. TEvêque , pour le prévenir fur l'arrivée de quatre Re- 
ligieux de fon Ordre, qui dévoient venir de Marfeîlle à la pro- 
chaine Ordination , ÔC pour le prier de donner à l'un d'eux les 
quatre Mineurs , & tout de fuite te Soûdiaconat. Le Prélat lui 
accorda fa demande , & après l'avoir entretenu quelque temps , 
il le pria de le charger de la direction de la Sainte d'Ollioules ; 
c eft ainfi qu'il nommoit la Demoifelle Cadiere. 

Quelque flateufe que foit la direction d'une Sainte , le Père 
Nicolas n'en fut pas ébloui j & n'étant pas en état d'aller à 
Ollioules , où cette Fille étoit , ou plutôt n'ofant pas fucceder 
à un Jefuite qui pouvoit s'en offen fer, Se dont le reffentiment eit 
il fort à craindre , il remercia M. TEvêque de la commiffion donc 






3 
il i'hônofok j mais le Prélat emprene 4 pour un nouveau Dire- 
cteur, leva ces deux obftacles > il l'afïura que la Demoifelle 
Cadiere devoit revenir incefïâmment d'Ollioules , & quitter le 
Père Girard j qu'il lui avoit écrit à ce fujet , Se qu'il ne rïfquoit 
rien en fe chargeant de fà direction. 

Le Père Nicolas le crut bonnement ( quoiqu'il n'ait pas lieu 
de s'en applaudir j ) il accepta la direction de la Sainte pour ne 
pas déplaire à M. l'Evêque 5 & s'il eft furpris que le Père Girard 
ofe dire dans fon Mémoire pag. 1 1. que la Demoifdle Cadiere 
arriva le 16 Septembre à la Bafiide au Jteur Pauquet 3 que là fes 
frères délibérèrent fur le choix d'un nouveau Directeur ; tandis que 
la Demoifelle Cadiere n'eft arrivée que le 17 du même mois à 
cette' Baftide , Se que M. l'Evêque avoit prié le Père Nicolas de 
fè chargée de fa conduite dès le I2.<ju'il fut à Saint Antoine : il 
eft encore plus furpris qu'il veuille faire douter du congé qu'il 
avoit reçu de la Demoifelle Cadiere, puifque ce fait eft pleine- 
ment conftaté par fa Lettre du 1 £ Septembre 1730. dans laquelle 
il difoit à fa Pénitente : Ce qui me parut de plus fingulier dans no- 
tre dernier entretien _, ce fut le befoin d'un nouveau Confeffeur , fur 

lequel vous influâtes plus d'une fois Je prends , comme il me 

parott le plus a propos , le parti de céder la place & fans bruit a 
<*r de laiffer le champ libre à celui que vous cboifire% t ou que vous 
ave'Z déjà choifi. 

On entrevoit dans le Mémoire inftruclif du Père Girard,' 
qu'il aUroit fouhaité un peu plus de refiflance de la part du Peré 
Nicolas : il àurôit été fatisfait fi celui-ci eût pu connoître les 
fentimens de fon cœur , que les derniers mots de la même Let- 
tre n'expriment pas mal : Cela n'empêchera point , continuë-t'il , 
que fi vous croye^ dans la fuite mes avis utiles & neceffaires , vous 
ne puïjfie-^ en toute liberté vous aârefjer a moi , & que je ne fois tou- 
jours difpofé à vous rendre tous les petits fervices dont je ferai 
capable. 

Cette lettre fait voir que le Père Girard malgré ce qu'il dit 
à la page 10. de fon mémoire, qu'il avoit pris la ferme rejolution 
d* abandonner fans retour la Demoifelle Cadiere , tournoit toujours 
les yeux vers cette chère Pénitente. La peine qu'il refïèntit de 
la voir pafîèr en des mains étrangères devoit être bien grande , 
puifqu'elle ne lui a pas permis d'examiner fi c'étoit par choix , 
ou par déférence que le Père Nicolas s'en étoit chargé. 

Aufït ce nouveau Directeur fut dès-lors coupable aux yeux 
du Père Girard j dès-lors il parut propre au denejn qu'il lui plaîc 
d'imaginer aujourd'hui. // efi vif, dit-il , & entreprenant ; il efi 
parvenu > contre la coutume de fon Ordre , a la Supériorité à l'âge 
de 38. ans ; & des fentimens pjus nobles que ceux qu'on lui avoit 









4 

infpiré pour l'attirer dans la Société , l'ont élevé jufqu'au fommet 

du Mont Carmel , d'où il s'ejl 'vanté d'avoir confondit plus d'une 
fois les Je fuites , çy d'avoir relevé piques-unes de leurs herefies 
dans des difputes publiques à Lyon. 

Il faut pardonner à la douleur du Père Girard ce petit écart 
de la charité & de la bknfeance j dont les droits lui avoient paru 
ûfacre% au commencement de fon Mémoire. Le Père Nicolas 
perfùadé plus que tout autre que la doctrine des Jefiiites eft 
auffi pure que leur morale , ne Veft pas vanté d'avoir relevé 
quelques-unes de le&rs herefes : il n'a voit jamais douté de leur 
profonde humilité , ÔC il la recorrnoît encore mieux par l'éléva- 
tion jufques au fommet du Mont Carmel où ils le placent , pour 
être à la portée de leur propofer un argument difficile à réfou- 
dre. On pardonnera cette, petite difgrefîion , on la devoit à 
l'honneur de la Société & à la juftifrcation du Père Nicolas , qui 
n'a pas mérité de pareilles vivacitez, en acceptant par ordre de 
M. 1 Evêque la direction de la Demoifèlle Cadiere, 

Le 17. Septembre ce Prélat envoya le Sieur Carmerle fon Au- 
mônier, avec une chaîlè roulante à OlHoules, pour tirer cette fille 
du Monaftere , & la conduite à la Baftide du fieur Pauquet fort 
parent j dès quelle fut arrivée le Prélat en fit donner avis au Père t 

Nicolas, qui ne s'y rendit que deux jours après, encore fallut-il 
l'envoyer prendre. 

Les premiers jours de cette Direction ne furent pas lùivis d'un 
miracle, comme il a plu au P. Girard de le dire. Ces marques éclar- 
tantes defainteté avoient été l'appanage & le bien du P.Girard : le 
P. Nicolas moins propre qu'un Jefuite à de telles opérations » n'a 
jamais eu garde d'y prétendre. Ces premiers jours forent accom- 
pagnez desdoutes qu'eut le P. Nicolas fur la cauië desextalèsdela 
Sainte .11 confie par la procédure qu'elle en avoit deux ou trois par 
jour de la durée d'environ une demi heure chacune. Pendant ces 
extafes elle et oit entièrement immobile>& ne pouvoit donner au- * J 

cun fignede vie. L'extafè finit elle parioit de vifions & de faveurs * 

celeftes d'une manière très-mivie Se très-édifiante. 

Ces extalès la faifiiToient fans qu'elle fut occupée d'aucun fùjet 
furnaturel , à table , au travail , à la conversation même la plus in- 
différente. Le Père Nicolas ne put croire que dételles extafès fu£ 
fent le fruit de 1 élévation d'une ame à Dieu. Il en fonda la caufê, 
& la Fille lui dit , qu elle relîèntoit un grand feu intérieur , qu el- 
le s'y livroit , & qu'alors fes membres étoient roidis &fes fènsfu£ 
pendus. 

Sur les remontrances que le P. Nicolas lui fit de réfifter à ce 
mouvement intérieur , au lieu de s'y livrer , elle répondit que le 
Père Girard lui avoit ordonné de s'abandonner à l'elprit de Dieu 

qui 



qui operoit alors ert elle > que fà réfiftance feroit urte infidélité à 
la grâce , qui feroit punie par des peines intérieures, Comme elle 
l'avoitfouvent éprouvé. 

A la première extafe qui fùrvint en préfence du Père Nicolas, 
il l'exhorta vivement à refifter par quelques agitations , ce quelle 
fît > Se ce ne fut plus alors ,une extafe douce Se tranquille, comme 
celles qu elle avoir auparavant , ce furent des violences , des con- 
torfions , des imprécations , Se lorfqu'elie en fut revenue elle Ce 
plaignit d'avoir beaucoup fouffert. 

Iln'étoit gueres pomble d'attribuer à l'opération divine ce qui 
jufques-là avoir eu le nom d'extafe> Se même la caufe n'enparoif- 
fànt pas naturelle $ le P. Nicolas , pour la mieux découvrir , re- 
commanda à fa Pénitence d'y réfifter autant qu'elle pourrait , SC 
de mériter cette grâce par la prière. t 

Ce fut alors qu'elle apprit au P. Nicolas , que depuis près d'un an 
elle ne faifoit aucune prière , Se que Cet exercice n'étoit que pouf 
ceux qui marchoient dans les voyes ordinaires j le' lèul garant 
quelle donna d'un fentiment fi contraire à l'Evangile , fut 1 auto- 
Ùtê du P. Girard , qui le lui avoit infpiré j le Père Nicolas la reprit 
Se condamna ce fentiment avec autant de zèle que la chofèle de- 
mandoit > mais elle en étoit fi prévenue, qu'il ne lui fut pas d'abord 
facile de l'en difluader. 

Cet entêtement ne pouvoir être attribué à la fàinteté de la ma- 
xime du P. Girard 5 le P. Nicolas crut qu'il ne pouvoit procéder 
que d'un trop grand attachement à laperfbnnede cet ancien Di- 
recteur , dont elle donnoit quelques fois des marques aflèz fènfî- 
bles depuis qu'elle en étoit feparée > ce qui lui donna lieu de fè 
fervir d'un innocent artifice pour engager la Demoifelle Cadiere à 
s'expliquer , Se de lui dire comment elle pouvoit être fi attachée à 
un homme qui lui paroiffoit fi laid. 

Ce difeours eut l'effet que le Père Nicolas enattendoit > la fille 
lui avoua que depuis près d'un an le P. Girard lui paroiffoit rem- 
pli de tous les charmes imaginables , qu'il lui étoit uni fi intimement 
qu'ils fe portoient l'un l'autre dans leur cœur, & quelle lavoic 
toujours préfent à fes yeux. 

Un tel aveu men oit naturellement à des nouvelles découvertes^ 
le P. Nicolas reprefenta à cette fille , qu il falloir que fbn ancien 
Directeur eût pour elle des complaisances bien grandes, qu'il lui 
donnât des marques d'une prédilection fpeciale > elle reprit ingé- 
nument qu'il l'appelloitfà chère Enfant, qu'il fernprafbk , la bai£ 
foit , la mettoit fur fes genoux , Se qu'il l'aimoit plus qu'il n'a^ 
voit jamais aimé ni fa mère , ni fa fœur. Le P. Nicolas ufànt de 
toute la liberté de fon miniflere , lui dit alors, qu'aucun Saint n'en 
avoit ufé de la forte , & qu'il étoit furpris qu'elle-même pût allier 

B 






r 



\â fainteti qu'on lui attribuoit avec ces fortes d'indécences , qu'il 
lui paroiflbt quelle étoitdans l'illuiïon , Se que loin de n- archer 
dans les voyes extraordinaires de la perfection , elle étoit dans un 
un' état déplorable : A ces mots la fille effrayée lui dit : S crois -je 
trompé ! ne m'abandonne^ pas ; ce qui obligea le P. Nicolas de 
s'arrêter à fà Baftide , outre qu'il étoît fort tard > & après le re- 
pas , la Demoifelle Cadiere , qui avoit paru jufques-là fort trou- 
- blée , vint rejoindre fon Directeur , & reprenant fa converfa- 
tion j lui expofa toutes les peines qui dès-lors commencèrent à 
naître dans fa confcience. 

Elle lui fit un détail de tout ce qui lui étoît arrivé de fingulier 
fous la direction du P. Girard depuis une vifion qu'elle avoit eu 
au mois de Novembre 1729- durant laquelle il lui avoit été 
montré une ame en péché mortel ,&ou il lui fat dit , que pour 
l'en délivrer , il falloir accepter une obfeiîion j que l'ayant pro- 
pofé au P. Girard pouf fçavoir ce que c'étoit qu'un état d'ob- 
fefîlon , Se fi elle devoit, l'aCcepter > il lui répondit qu'elle fer oit 
foumife aux peines que les démons lui cauferoient j que cet état 
étoit un des plus héroïques , qu'il la meneroit à l'union de Dieu , 
Se qu'elle ferait enrichie de tous les dons celeftes j qu'elle de- 
Voit l'accepter comme une grâce fignalée > que c'étoit l'accom- 
pluTement des deifeins qu'il lui avoit prédit que le Seigneur avoit 
fur elle j que l'ayant accepté , elle éprouva des peines extraor- 
dinaires , qui la mettoient hors d'état de fortir de fa maiibn , Se 
que le P. Girard avoit la charité de l'aller confoler chez elle ; que 
cette obfeffion fat fuivie de révélations , d'extafes , de vifions, 
de la connoiflance de l'intérieur des confeiences, de Stigmates, 
de transfigurations , & d'une foule de faits prodigieux auiqyels 
elle joignit ceux qui s'étoient pafTez en fecret dans le même tems 
entre elle Se le P. Girard. 

Le lendemain le P. Nicolas fat voir M. Y Evêque > il ne crut 
}>as devoir Tamufer de la fainteté imaginaire de la Dernoifelle 
Cadiere > il ne retrancha de ce qu'il talloit pour le détromper, 
que le récit des libertez criminelles j" le Prélat connut d'abord 
quel avoit été le motif du miftere que le P. Girard lui avoit fait. 
Il fit dire à la fille de fe rendre à la Baftide de fa mère, où il avoit 
fait dreffer une chapelle, afin quelle y pût entendre la Méfie j 
ce fat là que le P. Nicolas la diipofa à une Conieflton générale, 
qu'elle lui fit, Se avant que de l'abfoudre il l'exorcifa par pré- 
caution , Se en fecret pour la foulager , ou pour la guérir des ac- 
cidens & des faites de l'obfeflïon > ce qui fut fait de l'ordre de 
M. TEvêque. 

Ce Prélat vint deux jours après â la Baftide pour confoler la 
fille, ou peut-être pour pénétrer quelque chofe de plus ? il s'en- 






rretînt avec elle en particulier, il la fonda, il l'interrogea , <& il 
en apprit les baifers au Confeffional , la diicipline donnée par 
le Directeur, & autres faits de cette efpece j mais fes larmes lui en 
dirent plus que fes paroles j & comme elle avoit des compagnes 
de direction Se d'avanture , elle lui déclara encore L'uniformité 
de 1 état de pluneurs autres Pénitentes du P. Girard avec le îien* 

Après cet entretien M. l'Evêque parut beaucoup plus étonné 
qu'il ne lavoit été à la première nouvelle de la fainteté détruite y 
il vit avec une fainte indignation qu'il avoit été trompé > Se que 
celle qu'on lui avoit fait regarder comme une fainte , n'étoit plus 
qu'une créature abufée : il faut interdire cet homme là , difoit-il 
dans fa furprife j non, reprenoit le P. Nicolas : non , Montei- 
gneur , il faut éviter l'éclat > mais elle m'a dit telle Se telle choie, 
je ne fçai ce que c'eft , repliquoit le Père Nicolas : vous pouvez 
me parler , ajoutoit-il , je lui ai demandé permiffion pour vous ) 
mais la permiflion eft fuperfluë , répondit le P. Nicolas , dès- 
lors que vous êtes instruit par elle-même : enfin le Prélat fe re- 
tira , Se le Père Nicolas fit des reproches à la DemoifeUe de ce 
quelle avoit eu la foiblefïe de s'expliquer avec M. l'Evêque fut 
certaines matières* 

Deux jours après M. l'Evêque revint à la Bàflide pour s'entre- 
tenir de nouveau avec cette fille > qui étoit devenue l'objet dé 
ïà compàiîîon j Se comme il vouloit lui parler fur certains faits, 
elle fe reflouvint des defTenles que le Père Nicolas lui avoit fai- 
tes y Se fe jettant aux pieds de fon Evêque avec fon frère le Do- 
miniquain , ils le fupplierent de fe difpenfer d'approfondir da- 
vantage de pareilles iniquitez , Se d'enfevelir leur deshonneur; 
dans un oubli éternel 5 ce qu il leur promit , Se eniuite il voulut 
renouveUer lui-même les prières de l'Eglife fur elle* 

Ce fut dans cette même rencontre qu'il chargea la Demoifèl- 
le Cadiere de retirer fes compagnes de la Direction du P. Gi- 
rard 5 il donna la même eommiffion au P. Cadiere , qu'il hono- 
roit encore de fon eftimei il employa par l'organe de M e Pomet 
fon Greffier le crédit *de M c Mouton Notaire , auprès . de la fa- 
meufe Guyol > pour l'engager à quitter la direction du P, Gi- 
rard j Se le P. Nicolas fut fort prelTé de donner fes foins pour le 
même fait > mais il s'excuïa. , diiant qu'il ne lui convenoit pas de 
rechercher les Pénitentes d'autrui , & qu'il ne pouvoit pas même 
continuer lès foins auprès de la Demoifelle Cadiere , parce qu'il 
étoit obligé de partir pour Aix , où il devoit faire le panegiri* 
que de fainte Therefè aux Carmélites , M. l'Evêque s'oppofa à 
•fon départ, Se par une lettre qu'il écrivit aux Carmélites , il dé- 
gagea ce Religieux de fon Sermon, 

La Demoiielle Cadiere revenue à Toulon le Ï4 Octobre 



8 
parla aux Demoifelles Allemand & Bâtard , deux Pénitentes du 
Père Girard , elle leur communiqua fon changement , elles en 
lurent furprifes au-delà de toute exprefïton > la Demoifelle Alle- 
mand mère fut tout de mite trouver le P. Girard ? le Père Nicolas 
croyoit qu il fe feroit plaint en quelque endroit de fôn mémoire 
des reproches fànglans qu'il lui fallut effuyer de la part de cette 
Pénitente , qui n'alla prendre congé que pour avoir lieu de lui 
dire qu'il formait des faintes d'une plaifante efpece , cïr c^ue les dons 
de Dieu étaient à l'enchère a fon Confeffional ; mais le P. Girard a 
eu des raifons pour ne pas s'en plaindre. 

Le Père Nicolas fut appelle chez la Demoifelle Cadiere ? il y 
parJa fuccefïîvement à ces deux perfonnes qu'il ne connoiflbic 
que de voë : l'uniformité de leur état lui parut exiger le même 
moyen deguérifbn j M. l'Evêque l'avoit approuvé, & pratiqué 
fur îa Demoifelle Cadiere > il ne fut pas fans effet fur celles-ci y 
d'abord elles reprirent l'ufàge de la prière , & leurs accidens s'é- 
vanouirent peu à peu, 

La Batarel fille âgée de 23 ans avoit un rendez-vous avec le 
P. Girard, elle y manqua? il en comprit la caufe, d'autant miaux 
qu'il ne pouvoit ignorer que cette fille étoit chez la Dame Ca- 
diere par ordre «Je JVL l'Evêque 5 les autres Pénitentes duP, Gi- 
rard douées des mêmes Extafes , Révélations , Stigmates , & 
autres faveurs marquées au coin de fa direction /telles que font 
la fameufe Guyol* la Gravier, la Reboul, la Berlue , Se laLau- 
gier , effrayées 4 U contre-temps qui leur arrivoit , furent fè raf- 
îurer auprès du Père Girard , qui les encouragea le mieux qu'il 
put j il leur donna même le P. Sabatier fon confrère , pour les 
prefènter à M. l'Evêque. 

Ce Jefùite , fenfible plus que tout autre au malheur du P. 
Girard , depuis qu'il s'eft mêlé lui-même de la direction des 
femmes, pour laquelle il avoit été indiffèrent , fut chez M. l'E- 
vêque ? qu'il dirige entièrement , pour le porter à convoquer 
devant lui toutes ces Pénitentes , & les interroger fur la vérité 
des faits : M, TEvêque eut la complaifance de prendre ce parti , 
& par un billet ûgnê de fa main, il convoqua 4 fà maifbn de 
campagne ces Extailées fidèles au P. Girard , qui parurent ayant 
à leur tête le P. Sabatier digne Lieutenant de cet Efcadron jhg- 
matifé. 

Le lendemain le Prélat fit comparoître à laBaftide de la De- 
moifelle Cadiere les deux autres, qui avoient dçfèrté le Con- 
feffional du P. Girard * elle y fut aufïï $ le Prélat s'y rendit avec 
le P. Sabatier , & il fit avertir le P. Nicolas de n'y point man- 
quer t les aveux que lui firent ces Demoifelles fur leur état dé- 
plurent infiniment au P. Sabatier : dans le tems que l'Evêque fe 

retùroit 



ïeciroïc on vît paroître la Guyol & les co-fiigmatifées fur le pont 
de Rouvillac j elles fùivirent le Prélat jufqu a faint Antoine avec 
• les autres $ il les fie jurer fur fa Croix pectorale , & demanda à 
chacune fi elles avoient des Stigmates j celles qui reftoient en- 
core au P. Girard eurent d'abord de la peine de faire précéder 
un ferment au defaveu quelles alloient donner > mais le P. Sa- 
batier les encouragea de l'œil Se de la tête j la Guyol plus har- 
die commença , les autres la fùivirent > elles jurèrent que le PL 
Girard étoit un faint homme,™»*? même un Ange ; elles offrirent 
de le deshabiller pour montrer juridiquement qu'elles n'étoient 
point ftigmatifées ; M. l'Evêque content de leur offre, les ren- 
voya , & ainfi finit cette convocation champêtre de Dévotes 

Le P. Sabatier mit à profit l'éclat que cette afTembiée tu- 
irraltueufe de huit à neuf filles a voit caufé > il remontra à M. l'E- 
vêque que le P. Girard feroit décrié , s'il ne donnoit quelque 
marque publique , qui pût effacer jufqu au moindre foupçon 
contre lui > & qu'il valoir mieux que le P. Cadiere & le P. Ni- 
colas ruflènt foupçonnez de mauvaife foi , que fi on pouvoit au- 
torifer le public à blâmer la conduite du P. Girard 5 la précau- 
tion étoit necelfaire j ce Jefùite ne pouvoit plus amuier les ef- 
prits crédules de la fainteté de la Demoifèlie Cadiere , & le P. 
Sabatier vouloit prévenir tous les differens raifonnemens qu'on 
ne manqueroit pas de faire fur le Fabricateur des Saintes ? M, 
l'Evêque fut forcé de le croire, & ion Grand-Vicaire révoqua 
ies pouvoirs au P. Cadiere Se au P. Nicolas. 

• Celui-ci comprit alors qu'il ayoit eu raifbn de craindre de 
fiicceder à un Jefuite dans la direction d une Sainte > il n'eut gar- 
de pourtant d'être piqué , ou de regarder comme injurieufe cet- 
te révocation j il n'eft pas le feul qui fçache que M. l'Evêque 
de Toulon , avec une droiture de fentimens qui n'eft pas com- 
mune , n'eft point libre lorfqu il s agit de prononcer entre un 
Jefuite Se un autre Religieux : il eft vrai que le Prélat ayant di- 
rigé toutes fès démarches , il ne devoit pas attendre d'en être 
traité de la forte. 

Le même jour que les pouvoirs furent révoquez au P. Ni- 
colas, il fut à faint Antoine , non comme le P. Girard veut le fai- 
re entendre , pour demander à M. l'Evêque d'être remis, Se en- 
core moins pour lui promettre qu'à cette condition il ne feroit 
plus parlé etohfcfjton & ctexorcifme ( ce qui eft une infigne fauf- 
fèté dont le P. Girard eft le fèui garant) mais il y fut pour fça- 
voir de lui le motif de cette révocation dam une circonftance 
auffi finguliere : dès que le Prélat le vit , mon Père , lui dit-il , 
mon Grand Ficaire m'écrit qu'il vous a interdit y je* vous ajfu* 
re que je ne lui ai point donné cet ordre ; mais faites retraiter 

C 









la Cadiere & les deux autres , gr je vous rétablirai / quant à l ! orV 
cire de révoquer les pouvoirs , le P. Nicolas fçut à quoi s'en te- 
nir j quant à la retractation ;, il répondit : C'eft vous , Monfei- 
gneur , qui les avez obligées de parler , c'eft à vous à les faire 
rétracter ; mais , ajouta le Prélat , le P. S abat ter veut mettre cette 
affaire en jufiiee fi elles ne fe rétractent ; tant pis , lui répliqua le 
P. Nicolas > la Religion en fouffrira > Se puifqu'elles ont juré fur 
vôtre Croix pectorale , qu elles ne difoient que la vérité , ne 
croyez pas que je fois propre à leur faire commettre un par- 
jure. 

Dans la nuit du 16. au 17* Novembre il fut appelle par les 
voifins delà D. Cadiere pour le rendre chez elle, attendu, diioit- 
on , qu elle fe mouroit , Se que les Curez qu'on avoir appeliez 
n etoient pas encore arrivez 5 il s'y rendit avec un autre Religieux, 
non pas avec-/*» Rituel a la main , comme dit le P. Girard , à 
qui le menfonge eft fi familier , mais par le même mouvement 
de charité qui y amena les autres voifins > il trouva que les Curez 
y arrivoient , qu'il y avoit déjà des Médecins , des Chirurgiens, 
Se un concours de monde , que l'Abbé Cadiere effrayé des aé* 
cidens violens , Se convulfifs de fa feeur , s'étoit fort hâté de lui 
faire quelques prières 5 il fut étonné , comme tous les autres, de 
ce qu'il y eut d'extraordinaire dans cet accident > Se à moins que 
fa. prefènee ne fut un crime , il ne peut concevoir que le P. Gi- 
rard ait ofe lui en imputer un dans cette occafion. 

Cet accident n'eft pas le fèul que la Demoifelle Cadiere ait eu, 
ils étoient très-iréquens lors de la direction du P. Girard j fes 
autres Pénitentes , Se fur tout laLaugier en avoient eu de lem* 
blables , Se même de plus violens , où le diable de P. Reéîeur des 
Je fuites ( ainfi que parle la procédure) avoit été appelle j le Pro- 
moteur de fOfficialité n'en avoit pas été ému , quoiqu'ils fu£ 
fent allez publics j il le fut de celui-ci , & fur la connoiiîànce 
qu'il en eut , il requit un accedit chez la D. Cadiere , qui fut fait 
par J'OJBcial le iS. du même mois $ le Promoteur demanda en- 
fuite l'information, & il ne feignit de diriger fes pourfùites con- 
tre le P. Girard , que pour en taire retomber le contre-coup fur 
la D. Cadiere elle-même, Se principalement fur le P. Nicolas, 
à qui la Société vouloir donner , finon les crimes , du moins la 
peine & l'ignominie de ceux dont le P. Girard avoir été chargé 
par les réponfès de la fille , Se par £bn expofition du même, jour 
devant le Lieutenant Criminel. 

Dès-lors on vit deux Parties animées en apparence du même 
objet ? le Promoteur faifoit informer , de même que la D, Ca- 
o!iere contre la P. Girard, Se au fonds le Promoteur ne produifoit 
des témoins que pour le juflifier, Se par un abus encore plusmar- 



II 

que , qui fait fentir combien il prêtoit fon" miniftere au génie Je- 
iùitique , il en produifok dans Tunique vûë d'incriminer le Pi 
Nicolas fur des faits non-feulement faux y mais abfolument étran- 
gers , tant à fa plainte , qu'à celle de la D. Cadïere , & for le f- 
quels l'information n etbit rii requifè , ni ordonnée. 
. Telle eft la manœuvre que les Jefuites ont employé pour fub~ 
ftituer le P. Nicolas à la place du P. Girard 5 manœuvre qui leur 
eft û ordinaire , qu'on peut dire qu'ils excellent dans la récri- 
mination , & que s'ils n'ont pas la gloire de l'avoir inventée , on 
ne peut leur ditputer celle de l'avoir perleétonnée j elle leur a 
fi bien réiuTi jufqu'à prefent, que Mefïïeurs les CommiftàireS 
députez par la Cour enlùite de l'Arrêt du Confeil d'Etat , qui lui 
a attribué la connoiffance de cette affaire en premier & dernier 
^effort, ayant continué la procédure fur les lieux, le P. Nico- 
las a été décrété d'un Ajournement perfonnel , tandis que le P. 
Girard ne fa été que d'un Afïïgrté pour être diii. 

L'uniformité des Décrets qui ont été laxez contre la D. Ca- 
.diere , & le P. Cadiere Dominiquain fon fiere, avec celui dû 
P. Nicolas , fait afTez comprendre qu'ils ont été regardez com- 
me corréesdu prétendu complot qu'on a imaginé pour faire di- 
yerhon , Se pour éblouir les.fimples : fuivant ce complot le P. 
Nicolas eft le principal auteur de la calomnie que le P. Girard 
découvre dans l'aceufation que fon ancienne Pénitente a faite 
contre lui ? & s'il l'a exorciféen fecret de l'ordre & de l'avis de 
M. l'Èvêque , ce n'a été que pour faire pafTer a ce pieux & %elê 
Directeur de l état d'une fiùntetê prefque Angélique , ( c'eft ainïï 
que l'humilité du P. Girard le fait parler de lui-même à la page 
J2. de fon Mémoire, ) celui de vil efcld've des démons. 

Voilà donc le crime du Père Nicolas > mais quelle crime ! on 
n'enAdt jamais de plus énorme : Avoir fabriqué fauiïement une ao 
eufanon de magie Se d'incefte contre un faint & pieux Directeur? 
avoir transformé en Ange de ténèbres un Ange de lumière ; 1'avdir 
chargé des crimes les plus abominables , corrupteur de £es Péni- 
tentes, prophanateur lacrilege des chofèsfaintes, quiétifte, inces- 
tueux , homicide. Quelle diffamation ! Quelle malice ! Qui n'en. 
Voittoute l'atrocité. 

L'aceufation que le P. Girard &fes pàrtifans hazardertt contre 
le P. Nicolas , d'être entré dans un fr horrible complot , n eft pas 
moins grave ; fi elle ne l'eft davantage , que celle que la Demôt- 
felle Cadiere a été obligée déformer contre le P. (Jrard. Mais s'il 
eft permis à un Carme Déchauffé dé croire que la juftice & la 
droite raifon n'ont pas pour lui d'autres règles que celles quelles 
ont pour un Jefuite , le Père Nicolas peut le flatter de convaincre 
aifément la Cour Se le publie de £on innocence. 









14 

L'artificieux Mémoire du Père Girard , qu'on peut appelle* 
l'ouvrage d'un complot réel , formé dès le commencement de 
cette affaire contre le Père Nicolas , foutenu durant tout le cours 
delà procédure, dans la vue d'anéantir la dépofition de ce Reli- 
gieux , de le mettre en compromis, & de le facrifier même à l'hon- 
neur de la Société, ûla juftice pouvoit le permettre , cet artificieux 
mémoire faux dansfes allégations , deftitué de preuves dans fes 
deffenfes, capables d'indigner tous ceux qui liront la procédure, 
veut faire entendre , contre la vérité , que le P. Nicolas avoit des 
liaisons avec les frères de la E)emoifelle Cadiere 5 qu'ils le propo- 
sent pour fon ConfeiTeur à M. l'Evêque , le croyant propre a fai- 
re revivre les merveilles de leur fœur 5 & leur donner un nouvel éclat 
dans le monde. 

Cette fiippofition n'a été faite que pour préparer les efprits aune 
féconde , qui eft proprement la bafe fur laquelle on a établi le 
pauvre fiftême du P. Girard , & le motif du prétendu complot. 

Les premiers jours ( c'ert ainfi que parle le P. Girard à la page 
I2.de ion mémoire) de ladireÛion du P. Nicolas furent bientôt 
fuivis d'un nouveau miracle : la Croix que la Cadiere avoit reçu du 
Ciel 3 £r quelle avoit remis au Père Girard à qui on /' 'avoit deman- 
dée inutilement , fut trouvée fur des linges dans la caffette de cette 
file j on la reconnut pour la même , on lui rendit tous les honneurs 
imaginables.. Mais le P. Girard troubla cette folemnité en produifant 
(jr la Croix quelle lui avoit donné , rjr l'ouvrier qui les avoit fabri- 
quées toutes deux. Dans ce moment les dévot s alaCroix, c'efl-à-dire 
le P. Nicolas 3 les Cadiere s frères & la Cadiere elle-même , outre^ 
contre le P. Girard d'avoir dévoilé leur fourberie 4 réfolurent de met- 
tre fur le compte de la magie tous les faits extraordinaires qui étoient 
arrive^ à cette file , &• défaire le P t Girard l'auteur de ces tours de 
l'tfprit malin. 

Que doit-on penlèr d'un fiftême dont le principe eft abfblu- 
ment faux ? nul témoin , pas même de ceux que le P, Girard a 
produit par J organe du Promoteur, ne dit, & ne peut dire que 
le P. Nicolas eût des liailons avec les frères Cadiere , puifqu'il 
ne les a vus qu'après que M. l'Evêque l'eût chargé de la direction 
de leur feeurj mais que le P. Nicolas a bien mal repondu à l'at- 
tente de ces deux frères ? 

Ils délibérèrent fur le choix d'un nouveau Directeur à la Baflide 
du Sieur Panquet 3 dit le P. Girard , page 1 1 . de fon Mémoire , 
& par confèrent après que la D. Cadiere y eut été conduite 5 
Cependant le P. Nicolas et oit chargé de fa direction cinq ou fix 
jours avant que M. l'Evêque la fît iortir du Mon altère 5 ce Prélat 
n'envoya fon Aumônier à Qllioules pour la prendre que plufieurs 
jours après qu'il fut afiuré de ce nouveau Directeur, dont les pre- 
mières 




lu- 
mière? opérations fîr'ent dilpâtoitre lçs prodiges à^dfeEi^jjirard 

entretenoit & exarriinoit avec tàht de foin depuis pris d'un anl: 

voilà Ce Directeur qu'on croiyoit. propre à Itttr 'doûwrpun nouvel 

éclat. ' 



■ 



V 



Le P. Girard fera-it'ifplus heureux à perfij^dej le nt^S^fWc^ 
efe /<* Croix- dès tes premiers jours de ladireclion du P. Nicolas f l'in- 
vention n'en efl duëjqna la; aëoefFité oùle P/GiràFdfôtrpuve de 
feindre un motif de complût jnr^ais il devott rendre -du^ moins 
cette fiction vraifemblablei il'fùppofe d'hoir troublètla' Fête de* 
dévots à 1 la Croix ry en montrant celle qu.'ilnv;oit lorfq^bn'foppo- 
ioït de l'avoir iiniràculeufènient retrouvée» Se en découvrant tO#- 
vrier qui les avoit fabriquée toutes deux: le P. Nicolas n'a jamais . 
vu, ni touché de Croix mirâculëufement Retrouvée, > on n'en voit 
aucun veftige dansila procédure j cependant une Fête fi folemn elle 
luppofe des fpeclateurs > le P. Girard ne ladevjna pas fans doute: 
qui eft donc celui'qui fut l'en avertir? où font ceux qui orît vu la 
Fête ? „&le trouble <qa"Ay donna ?fera~t'il donc.permis'àunjefuite 
de ne s'appuyer que fur le mehfonge ? ou fortir oit-il dfefon taraclêr- 
re s'il parloit autrement ? 

Mais ce fait tut-il auffi véritable qu'il eft fuppofé > comment la 
Fête aurok-elle été troublée? les deux Croix que l'ouvrier avott 
fabriquée avoient été données. depuis plus i de quatre mois pour 
des Croix communes à la Dame de Raimbàudi» qui l'aainfi dé' 
pofé 5 celle que la D. Cadierc i trouva fur: fcm! lit au retour d'une 
extafè durant laquelle le P. Girard s'étoit enfermé dans, fa cham- 
bre > & qu'il feignit de prendre Se de g[arder comme Une croix 
miraculeufe , n'excluait pas la poiTibilité, d'une autre de même 
efpece. Si le Ciel en avoit envoyé une fous fa direclion^ .pourquoi 
n'auroit-il pas pu en faire autant-fous. celle du P. Nicolas? le P. 
Girard fe croït-il feul digne de ces fortes de Merveilles? ou s'en 
reconnoît-il le feul ouvrier? le P. Nicolas lui Cède fans peine cet 
deux avantages. 

Les frères de la Demoiielle Cadiere ( s'il en faut croire, le 
P. Girard) avoient choifiieP. Nicolas pour donner àfes Mi** 
racles un nouvel éclat > il étort très -propre à ce dejj'ein ; cependant 
au premier choc , à l'invention fuppofée dune Croix , qui au- 
roit pu être , pour le moins, auiîi miraculeule que celle dti 
P. Girard , le nouveau Directeur ? la fille & fes ireres lont dér 
concertez, ils font animez dune paiTton toute opofee jceftlc 
démon" qui agite la D. Cadiere, le P. Girard eft un ioteier , 8c 
le P. Nicolas eft anime d'une fureur diabolique pour .l'inventer > 
Voilà certes des grands évenemens potirùnrien, ible fyltimè 
du complot appuyé fur une fiction bien mal concertée. 

La fécondité du P. Girard lui fait trouver un autre motif J 

D 



Il 







le P. N-fcofas, fùlvarit 1x4, s^haufFaà'wie: THiefo des ■ JenWsi 
•Lyon j il s'eft vanté L d'y avoir découvert uvtt rhérefie j le fait eft fi 
Notoire r que la femme d'un Savetier de l>ulori ( témoin uni- 
que ) la dépofé dans la procédure : ce Religieux eft donc enrie- 
mi de la Société 5 peut-on douter qu'il ne lait l'auteur ■ d u com- 
plot? "^ 
V Ce motif eft firidlollé, qu*on l'a pkfque réfuté en le propb- 
ùnt jil le paraîtra davantage J : fi Kon remarque que le P. Ni- 
colas n'eut pas lieu d'être piqué dû foccès iie îadifpute. Les Ré- 
vérends Pefes firent quelque cas de fon argument , ils fe lèreri- 
voyerent de l'un à l'autre pour y trouver une réponlè qu'il attend 
encore. 

Voilà lès deux puhTans motifs du complot ^n'y trouve-t'ail 
pas une jufte proportion % & ne font-ils pas capables de porter 
aux plus grands Crimes ? 

Maïs qui accufe-t'on de ce complot? un Religieux nouvelle- 
ment arrivé à Toulon} qui n'y a ni crédit , ni Habitudes , qui 1 
n'àvoit jamais vu la î>. Gadiere ni fes frères j ni aucun det faits 
qui s'étoient pafîèz en elle fous la direction du P. Girard: 

Un complot de cette elpecé j fi difficile à imaginer ; plus dif- 
ficile encore à exécuter , & dont lé foccès devoir faire tremblef 
ion Auteur , peut-ii avoir été formé au hazàrd iàns connoifiance 
des pefionnes > des ; faits , & àcs preuves que fan pourrait érri- 
j>loyer ? du moins fi ce complot n'avoir dû tomber que for une 
perfonne foibfè : mais contre un Jefoite , 6c en fa perfonné centré 
tous les Jefoites enfenible. Helàs ! On craindrait de former con^ 
tre eux l'accufàtion la" plus jufte ; ôc la plus facile à prouver , puif- 
ique J'on vôk£ouveht , & trop fouvent , qu'avec la vérité pour foi 
on iùecombe fous le poids de leur crédit; & de leurs artifices. 

Ce complot ne paroit-ïl pas plus incroyable , fi l'on confiderë 
les perfbnn es avec lefquelles le Père Girard veut qu'il ait été trar 
mé : c eft à deux Prêtres 3 à deux frères de la Demoif elle Gadiere 
qu'il aiîbcie le Père Nicojas; ceft-à-dire aux perfonnes que ce 
complot alioit ouvertement ruiner de biens Se d'honneur: Quel 
devoir être Firrftrument de ce complot? une fille dont le carac- 
tère étoit inconnu au Peré Nicolas > for la fermeté de laquelle il 
ne pouvoit compter ; qui étoit pofledée fuivantrle Père Girard 
de l'impie fureur de j>àjfer pour fmnie ; qui avoit employé pour Cela 
tous les moyens imaginables, & qui avoit fi bien couvert fes ar- 
tifices; que cet éclairé Direûekr s'y étoit làifle tromper pendant 
jplus d'un an , malgré lès plus forieux & les plus longs exârrieris'. 
Ceft cette même fiUe que le Père Nicolas a rendu d'abord 
Crédule , & fufeeptibie de la première impreiïion qu'il a voulu 
lui donner $ & de quelle imprtfîîon ? de la plus oppofée à fa jpa(- 






(ion dominante. Elle voulait pajjèr pour fainte t fuivancle, Père 
Girard , & tout à coup la voilà perfuadée par un Religieux qu elle 
connoît à peine , de le donnner pour une fille démoniaque & dés- 
honorée : quelle étonnante métamorphofe ! 

Si Ton examine la nature de ce complot, on fera toujours plus 
révolté j car on donne le Père Nicolas pour un homme delprit, 
& il n'y a en effet qu un tel homme qui fok capable <i un pareil 
complot : or quel eft l'homme d efprit qui voulant faire açcufer 
fauuement un Confeueur par une pénitente , ira mêler dans cette 
accufàtion des vifibns, des extafes, des obieiïions , 8c un enchaî- 
nement de faits extraordinaires plus, propres à afFoiblir la croyan- 
ce & les preuves d'une plainte véritable ? . qu'à donner un air de 
vraifemblance à celle qui feroit faune. 

Quand on veut perdre quelqu'un par une calomnie > on n*etl- 
tafTe pas fur fa tête dix crimes capitaux. À quoi bon après avoir 
accule faufîèment le Père Girard cfincefte „f acculer encore d'à- 
vortémehtj de quiétifme, & de maléfice ? feroit-ee pour lui pro- 
curer une plus grande punition ? Elle ne fçauroit être plus gran- 
de, y joignit-on tous les crimes en femb le: ce ne lèroicdonc que 
pour le mettre en plus grands Frais de preuves & s'expofer folle- 
ment à la découverte du complot. 

Ce n'eft pas tout, le Père Girard repre fente le Père Nicolas 
comme ayant un grand goût pour les exoràfmes. y il lui fait battre 
la cailfe pour faire une recrue de dévotes faufTemerit obfëdées , 
afin de \ssexorcifer malgré 'elles. Prétend-il par là établir le com- 
plot ou plutôt le détruire ? Qui ignore que le fècret en eft famé, 
que l'on y.fait entrer le moins de perfonnes , Se lur tout le moins 
de femmes qu'il (e peut ; la Demoifelle Cadiere n'auroit-elle pas 
fuffi pour le former ? falloit-il chercher lept à huit filles , forte- 
ment attachées au Père Girard pour l'inftruiïe du complot projet- 
te contre lui? 

Enfin quel profit devoir retirer le Père Nicolas de ce ridicule 
complot : car on ne fè porte pas aux grands [Crimes l^ns de gran r ~ 
des efperances : étoit-ce la fatisfaétion de perdre le Père Girard 
dans l'efprit de M. TBvêque > comme il l'a dit dans {on Mémoire? 
mais ce Prélat a marqué plus d'une fois , qu'il n'eft pas permisd'y 
alpirer } les aveux même que le Père Girard a été forcé de faire 
de la conduite la plus irreguliere n'ont pas pu lui taire perdre fon 
eftime du moins en apparence, puifqu'il lui a continué. Ces pou- 
voirs après cette accufàtion, êc qu'il a été plus aifidu à les ferr 
mons qu'auparavant. Le Père Nicolas pouvûit-il don£ efperer 
qu'une fauffe accufàtion auroit plus d'effet ? 

Le Père Girard difgracié laifloit-il le champ libre au Père Ni- 
colas ? Le Père de Sabatier n'étoit-t'l pas toujours le maître, 8% 



le 






II 



M 



quand' même il eût celle de ferre ,. n'y avolt-il plus de Jcfuités 
au monde pour ïç remplacer r 

L'éléigrteri-îcnt que le Père Nicolas avoit eu à le charger de 
la dif ecTiorî dé la Demoifelle' Cadieré, fait voir qu'il avoit bieri 




SWi 




rèrtipl 

charbé;iînena 

perfecurïdns, à pour 

des Jcfuités : que devoit-il en attendre s'il eût imaginé le complot 

qu'on lui impute? 

Les Crimes dont le Père Girard efl accufé font grands, il éft 
vfay j maison y eMreVoit un motif trop capable cfy déterminer: 
On voit dans le prétendu complot ton crime encore plus hoir; 
&Fdh n'y décotrvre ni motif, hi éfperàrice, ni moyens pouf 
le forrriér ; & pdtrr J l exécuter. Quel complot eft donc celui-ci ? 
11 faut pour lé periuader faire autant de violence à la raiion'; 
que le 1 Pefë Girard en a 1 fait pour tâcher de fe jûftifïer. 

Ceè réflexions générales fufilfbient pour diffiper tdute idée 
de cbirinjpldt: Le Père" Nicolas" ne s'y fcorihé |)as ,-. & pour détruire 




eipaux àf eux : !fon témoignage par tout ailleurs û décrié fera i£i 
^un grand poids: 

Interrogatoires M Èeponfes âtt P. Girard. 

p, Iht, Si la Cadiere lui avoir découvert ks inf pirations & &* 
vifions- celcftes tyttelh avoit. 

À Réf. 1 ' (Qu'elle a été plus d'un an à ne s'entretenir avec lui 
que dé choies très-ordinaires Se qui pouvôient regarder la di J 
rcétion de fa confciefice ; &. que cela n'a été que par degré; Se 
petit à ptYit qu eite à Commencé de lui 'parler de fes ihipirurions 
ovines dans lès triions; 

23; InuSiUDlC^ditre Li a fait confidente de fes vifio 



thons. 






A Rep. Que 14. mois après qu il a commencé de la- cbhteiTer 
elle lui fit part dés' viflons Se choies extraordinaires qu'elle pré- 
teridoit lui être arrivées. 
:; %\, frit. Si tilt l'en entretendit fouvent: 

A rep. Quelle lui' en par-Ioit çtf. confefîlon, dans le comment 
■èément moins fouvent ; Se dans les foitès plus fréquemment; 

af.Irit. Si èlh je confcjjoit fôûvtht ; 

A rep. tïeùx fois là fèmainc. 

§mWê,E8i MiËPeftSee étaient ks vifions & les chofes ektrior- 
ircs^MleLraionmr; 

à 



î7 
A rep. Que c'était tantôt des mouvemens , & des connoif- 

fabcts particulières cju elle recevoir de ce qui Te pafïoir. en 

n'ie , & de ce qu'elle devoir faire , de ce qui Te paflbit chez 

les autres ; des vidons des Saints , & des paroles intérieures. 

17. Int. Si elle lui a dit quelle avait tu en vtjîon Saint Jean 
ï Evangeltfle , avec un Litre cacheté de fèpt f ce aux, où il éaivoit le 
nom Je Jean-Baptijle & celui de Catherine. 

A rep. Qu'elle le lui a dit. 

18. Int. Si la D. Cadiere ne lui a pas dit quelle avoit va la gloire 
celejle , le rang des Saints , fuivant leur rang de gloire. 

A rep. Qu'elle lui a rapporté différentes vifions qu'elle di- 
foit avoir eues fans les rapeller positivement. 

19. Int. ^uel jugement il portoit fur ces vtfons. 
A rep. Que ne voyant rien jufques là dans la - Cadiere qui 

pût lui rendre fufpeéles les chofes qu'elle racontoit , il avoit 
pcnlé durant un tems fur tout , à croire qu'il pou noie bien fe 
patfer quelque chofe de Singulier en elle de" la part de Dieu i 
niais que jamais il ne lui avoir marqué faire une eftinie parti- 
culière de fes dons 3 qu'il lui avoit dit fou vent qu'un petit 
atte d'humilité étoit plus méritoire & plus utile que tous les 
dons > qu'il lui avoit toujours recommandé de ne jamais s'oc- 
cuper , n'y de parler à qui que ce fût de ces fortes de chofes ï 
Se que dans fa conduite à l'égard de cette fîlle , il ne s'étoit 
fervi de ce qu'elle lui difoit , que pour lui infpirer plus de re- 
connoifïànce pour Dieu & plus de courage pour îourïrir, & 
pour fe bien vaincre , ne la croyant point alors capable de 
fourberie. ' 

30. Int. S'il n'a pas dit que Dieu t avoit uni avec elle 3 & qu'il ta 
portoit dans Jon cœur. 

A rep. Que s'il l'avoir dit , il auroit parlé comme St. Paul »* 
mais qu'il n'a jamais rien du de femblable. 

41. I nt. Si la Cadiere rie lui a pas raconté d'avoir v'â en vijion une 
ame chargé de péchés 3 & en état de je perdre, & que Dieu lui avoit s°Paur léc ° mmC 
propojé que pour le falut de cette ame , il falloit quelle acceptât l'état 
d'objeffîan pendant un an. 

A rep» Qu'elle Ie a lui a dit à la fin de Novembre ou au com- 
mencement du mois de Décembre de l'année 172.?. &: qu'il ne 
fçait pas fi elle lui a marqué le tems de la durée de robfeffion* 

41. Int Ce qu'il lui a répondu, 

A rep. Qu'il doutoit premièrement de la révélation , & en 
fécond lieu que trouvant l'acte trop héroïque pour une fille 
il ne détermina rien là-dcffus ; * qu'il efl vrai que des Saines 
l'onr ainfi pratiqué i mais que quand même il le lui auroit con- 
cilié , ce que non , ce ne le roi e pas lui qui lui auroit commtt- 

E 



* Le P. Grrard 

•veutfansdomein- 
fimier que e'eft 
p.irmodefUequ'H 
nV- nue pas d'a- 



* Le fait école 
afilzclsëciel peut 
mériter qu'unDi- 
rtélcur prit quel- 

t[uc d.it.iruiu- 



iS 
*Z$k$SZ nic I u é k Démon par là, mais qu'elle l'auroit acquis par la per- 
co " r f il ..'. * .'* mifïïon divine, & pour la plus erande gloire de Dieu \ &c 

multiplicité des . a i r , r i r^ • - / i t r 

excuf« «pporén ou il parcjt ablurde que le Démon au ete employé pour fauver 

l'on* à l'autre du * I / l 

P. Girard, vaut Uîie aille. 

S'ua pr e cc P ï eu 43- Ut?- f / UCadiere lui a dit qu'elle a accepté cette état d'ohfeffon. 
A réf. Qu'il ne fe fouvient pas quelle lui ait dit qu'elle eût 
accepté cet état i mais qu'elle lui a dit qu'elle étoit véritable- 
ment obfedée. 

44. Int. Quels étaient les effets de cette obfejjion. 

A rep. Que dans le commencement ce furent des peines in- 
rerieures qu'elle luiracontoit , & qu'enfuite ce furent des dou- 
leurs extérieures telles à peu près qu'ont fouffert les Saints dans 
leur martyre. 

45. Int. Combien de tems elle lui avoir dit avoir refié dans cette 
état d' obfejjion. 

Arep. Que cet état finit vers'le vingt de Février, 

46. Int. 'Si dans cet état elle n avoit pas des vifons obfcenes 0* 
d'impuretés. 

A rep. Qu'elle lui en avoit raconté quelques-unes , que cet 
état dura peu s & que c'eft ce qu'il a compris fous le nom de 
peines intérieures j que du refte il écoûtoit avec patience &C 
/implicite ce qu'elle lui difoit , n'y ajoutant pas beaucoup de 
foi,& fufpendjnt fon jugement. 

47. Int. Si elle ne lui a pas dit avoir eu me vif on le Marây Cras y 
ou elle entendit me voix qui lui dit: Je veux vous conduire dans 
Je d^fert,vous lie vous nourrirez point du pain des hommes, 
mais bien de celui des Anges. 

Arep. Quelle lui reporta cette: vifion le premier jour du Ca- 
rême. 

48. Int. S'il f fait qu'elle apajfé ce Carême fans avoir pris aucune 
nourriture. 

Arep. Qu'elle lui avoit dit n'avoir rien avalé de folide dans 
tout le Careme,£>t que quand elle étoit obligée de prendre quel- 
ques alimens devant fa famille, elle les mâchoit & ne lesavaloit 
point. 

49. Inc. S'il pouvoit fe perfuader qu elle put vivre fans prendre au- 
cune nourriture. 

A rep. Que fa Mère & fes Frères le publièrent, & qu'il fuf- 
pendoit fon jugement. 

51. Int. En quel état il trouvoit la Cadiere lorfquil alloit cbeT^ elle 
lors de fon obfejjion. 

A rep. Qu'il la trouvoit tantôt levée , tantôt couchée. 

53. Int. S'il refait feul avec elle. 

A rep. Que quelque fois il y rellok feul Jorfqu'elle avoit à 



fe confefler, ou a lui parler de l'intérieur de fa confcience. 

54. S'd Je fermait avec elle. 

A rep. Que non *> mais que cela efi: arrivé quelquefois après 
Pâques. 

5 5. Int. De l'effet que produifit en elle tobfejfon. 

A rep. Qu'elle luicaufoit d'efpeces de mouvemens convul- 
fifs, qu'elle difoit être l'effet de diverfes tortures que lui fai- 
foit fouffiir le Démon 3 qui ne lui ont jamais paru des preuves 
affés fûtes de robfeflion , pouvant venir de quelque incommo- 
dité naturelle , ou d'autre caufe inconnue au Repondant. 

56. Int. S'il t# vue au ht dans cet état cfohfeffon. 

A rep. Qu'oui, mais qu'elle étoit habillée dans fon lit. 

57. Inc. Si en cet état, ces mouvement convulffs ne lui fat Cotent 
pas commettre des immode flte s* 

A rep. Que non , qu'elle ne faifoic que roidir fes bras, ôc fe 
plaindre de ce quelle fouffroit. 

58. S'il étoit fui avec elle , & ce qu'il lui f ai foit. 

A rep. Qu'il attendoit que l'accident lui eût paffé * pour lui * hm de 
parler de Dieu. acddens.iaFiii* 

* , p. . - y ., 1 étoit don ctocale- 

59. Int, ùt ces vtjttes étaient longues. ment aliénée , 
A rep. Que quelque fois elles étoient d'une heure , & point JS^S' p«irt>u 

11* ^nJ-i pasmêmelui par- 

aU deU - . UrdeDietifFlrra 

60. Int. Si elle ne lui a point dit que 7. C. lui étoit apparu , & lui le priou pourtant 

... ii pas pour eue, car 

avoit dit qu'elle recevrait une playe & des Stigmates. Sin'oreiedireique 

a r\ » It 1 ■ I- 1 t 1- r- • Il . f , t faift it-iSfruiavec 

A rep. Qu elle lui a dit que le Jeudi Saint , eue avoit iuivj uri efiiie quinv 
nôtre Seigneur & communié miraculeufement avec les Apô- Boîuai«. de c ° n * 
très, que le Vendredi Saint elle avoit fuivi Jefus-Chrift dans 
tous les Tribunaux , ôc enfin elle avoit été crucifiée avec lui , 
& qu'ayant refté pendant trois jours en extafe , Se quand elle 
en revint , elle fe trouva le Stigmate au côté & aux pieds , le 
vifage plein de fang , 6c une couronne fur la tête. 

61 Int. S'il l'a vu en cet eut. 

A rep. Qu'il l'avoit vu le Vendredi Saint aptes dîné. 

6t- Inc. S'il lui avoit parlé , & ce quelle lui avoit dit. 

A rep. Ne point fe reilouvenir de ce qu'elle lui avoit dit ; 
mais qu'il lui parla de Dieu pour la confoler dans l'état où elle 
étoit. 

63. Inc. Si pendant le Carême dernier il a vifitê fouvent la Cadiere. 
A rep. Qu'il ne la vifitoit que très rarement, comme une fois 

la fe m ai ne , quelque fois moins , 6c toujours appelle par quel- 
qu'un , attendu fes incommodiçez. 

64. Int. Quelles étoient fes incommodiez,. 

A rep. Que c'étoient des feux intérieurs qui la devoroientj 
& autres incommodiçez détaillées dans le journal de fonCarê- 












lu 

me, dont il a deux copies , l'une écrite par la main de Ton frère 
le Dominicain & l'autre par Ton frère i'Eccleilaitique , & qu'il 
éfr en état de nous remettre. 

66. Int. Quand efi ce qu'elle a découvert au Répondant le bon- 
heur qu'elle avott d'avoir les Stigmates de Jefus-Chrifl. 

A rep. Que ce fut le Samedi faint,ou le jour de Pâques qu'elle 
lui raconta qu'elle avoir fouffert dans les trois jours quel'Eglife 
célèbre la PafTion de J. C. qu'elle lui avoit dit qu'elle etoit 
morte avec J. C. le Vendredi faint , que fon ame avoit accompa- 
gne aux Lymbes celle de J.C.& qu'enfin au moment que les 
cloches fonnoient, elle avoit repris tous fes fens , & que s'étant 
levée de fon lit , elle s'étoit trouvée un grand appétit qu'elle 
avoit raflafié ; qu'il ne peut dire fi c'eft ce jour là , ou le lende- 
main qu'elle la lia voir, & lui raconta ce qui lui étoit arrivé. . 

57. Inc. Si quand if la vit le Vendre dy-fa'mt , elle avoit le vif âge 
rempli de Jang , & s'il ï avoit ejfuié avec une fervietîe >fi le fang cou- 
lott , oh s'il étoit figé. 

A rep. Qu'elle lui avoir dit : comme les Anges le Samedi faint 
fur les dix heures , & avanr qu'elle reprit fes efpnts, lui avoient 
elTuyé le vifage avec une ferviete, laquelle ferviete teinte de 
fang reprefentoit g roffie renient , à peu près un vifage enfan- 
glanté , &: la remit au Répondant environ quinze jours après. 

6 S. Int. S'il n'a jamais montré cette ferviete. 

Arep.Q\i\\ n'a jamais voulu la montrer à perfonne,pas même 
à Mr J'Evêque , parce que l'ouvrage n'a voit point paru miracu- 
leux , & au contraire très greffier , comme il a déjà dit. 

69 Int S'il a raconté ces merveilles à Jidonfieur l'Evéque. 
A rep. Qu'au, contraire, il étoit très fiché que les choies ie 
cfivuîga fient i qu'i revoit toujours tâché de les tenir fecrertes, * 
connût le mncif, mais que c etoit le'fjrere Dominicain &: le frère Ecclefiaftique 

il aura L ihrrue 111 \ a 

dedneenrëpon- qui les publièrent partout , &: principalement à Mr. lEveque. 

dantaLi8î.intcr- T f\ 1 ■ ' -r .1 >' . 1 t s l 

qu'uncehtfefict,. jo, Int. ghtd motif itwvoit de tenir tout cela cache, 
*$ f*m ftamu. j± n ^ Q ue cornrne \\.^ z donnoir pas une entière confiance , 
& qu'/l doutoïc de h réalité de tous ces faits, il gardoit abfo- 
lument le lïlence, julqu'à indigner conrre lui bien des gens, 
& principalement Mr. l'Evêque,de peur de commettre nôtre 
Sainte Religion aux railleries des libertins , fi les faits s etoienc 
trouvez faux. 

73. Int. Si après lui avoir confié qu'elle avoit les Stigmates de N. 
Seigneur , elle ne les lui a pas montr:^. 

A rep Qu'elle les lui a montrez quatre ou cinq fois ici j que 
comme alors elle difoit au Répondant qu'elle devoir fe faire 
Religieute au Couvent de Ste Claire d'Oiiioules , elle s'accoû- 
tumoit à ne point porter de bas; qu'il avoit diurne longtenvs 



* Le P. Girard 

ettgtînd amateur 
dufecret,&crain- 
Kqu'nntTen me 



avant qu'il fe déterminât à les voir, & qu'il ne l'a voit fait que 
fur les inftances réitérées de la Demoifelle Cadier? , &: cuit 
lui par loi t même de la part de Dieu î qu'à la fin il ne l'aVoit 
fait que pour efîayer s'il pourroit découvrir le principe de ces 
playes , & lacaufe qui les entretcnoit , ce qui s'eft toujours 
fait avec toute la décence fit la modeftie convenable; & qua'yant 
tiré les pieds de Ces fouliers , il avoir aperçu la première fois 
une playe fort livide, couverte d'une petite pellicule, large 
d'environ un demi écu; qu'elle attribua à un emplâtre qu'elle 
avoit employé, le mauvais état de fes playes, & que les autres 
fois il les avoit trouvées allez refTemblantes à des ftiomates. 

74. Lui avons repre fente que cette feule circonflance d'emplâtre fur une 
playe miraculeufe , de voit le defabufer , puifque fi elle avoit eu ajfe^de 
<vertu pour les mériter , elle en aurait eu affe^ pour les conferver precku* 
Jèment. 

A rep. Qu'elle lui avoit dit que c'étoit une inflammation &: 
une douleur très violente qu'elle avoit re/fenti, qui l'avoir obli- 
gée à ufer de cet emplâtre pour fe foulager un peu , que lui 
Répondant l'a voit là deifus reprife très feverement de fon peu 
de courage, Se de fou peu de foi > qu'à Ollioules ayant mis 
pareillement de l'onguent fur fes playes, elle avoit dit au Ré- 
pondant qu'elle en avoit été punie. 

76". Int. S* il a iiû la playe quelle Avoitau côté, & en quel endroit 
elle étoitfitufe* 

A rep. Qu'il l'avoit vue en effet: que la playe lui avoit paru 
peu enfoncée , ordinairement * fanglante , 5c large à peu près 
comme une pièce de quinze fols , qu'il femble au Répondant * nia voyait 
que cette playe devoit être fur les fauffes côtes, à peu près à it^^Zv^Z 
quatre doiets au deflbus du teton gauche & du côté du flanc; ^H 1 "*" 1 ^ 

J O O \ état ordinaire' 

& qu'il navott jamais vu cette playe qu'avec la plus grande Udefcrinnone. 

/ * . • „ 1 v 1 1 1 n- r • T J xaftequ'ilenfait, 

précaution 6c la plus grande modeitie , n y ayant rien alors de ne iu P of e guère* 

i t r . r 1» 1*11 1 un léger exa ment 

découvert que précisément 1 endroit de la playe. iiéViitmêmetori 

recueilli & fort 
mtiefit. Pouvoir. -il être autrement; puifqu'il étoit feul, & qu'il prenoit une pmub fricëHtiin pour n'être pai 
interrompu, 

78. Int. S'il n a jamais baifê cette playe. 

A rep. Que non 5 mais que s'il l'avoit crû ; & qu'il eut baifé cet 
ulcère, il l'auroit fait à l'exemple des Saints ou par un efprit de 

1.. r ■ J C • ' * Baifer une 

religion , ou par un ei prit de mortification. * puisée au o.- 

te' d'une jeu ne fil- 
le , fuam dsiti mu- dtjjim Au mm, par préférence» celles qu'elle avoir aux pieds , eft'une mort ifka don fi gr,inde É 
qu'on ne voit pa^ an nul S tint aie o ê la pratiquer. Qjie le P. Girard eft animé de l'efprit des bonnes momfi* 
cations ! 3i doit- on être l'urpris qu'il ioît Cl exténué î 

82.. Int. S'il y a fait des vif tes plus fréquentes, (T s'ily alloitfeuL 
A rep. Qu'il y étoit allé rarement aprçs Paquescommedans 
les autres tems , excepté hs deux mois de l'obfeiTion qu'il y al loi t * smïr-« par- 
unpeuplusfouvent*, mais pourtant toujours il n'y ail oit que "«ÏÏ^r **« 
quandon l'envoyoic prendre» qu'il y alloit ordinairement avec i l 'i»*?''« id **> 

A * * * « _, lui du pjjje f*ft 




1 



24 



* L'intenté* fit- 



un compagnon Jefukc , que pluïîeurs fois l'Abbé Cadiere Iui- 
mêhie ie venoit prendre & qu'ils y alloient enfembie : la cou- 
tume autorifée par les Supérieurs majeurs étant dans le Sémi- 
naire, de fe joindre à des Seminarifres ou à des Aumôniers 
pour faire les vifîtes , attendu 1ê petit nombre des Officiers qui 
font fort occupez. 

85. Int. Sur quoi lu i avons repre fente qu 'il ne nous dit pas la vérité , 
puif qu'il paroît par la Procédure qu'il jr a été trés-fouvent feul , au il y a 
refit les heures entières , & qu'il Je fermait à clef avec elle. 

A rep. Que quand il y a été feul , ça toujours été fans deiTein 
de pat occafion , étant arrêté en partant devant la maifon , ou 
par la mère de Cadiere , ou parla fille elle même, & qu'alors il 
s'arretoit très peu de tems i qu'il efl; vrai que lorsqu'elle avoit à 
lui parler de l'intérieur de la confeience, il renvoyoit quelque- 
fois fon compagnon àfes ouvrages de la maifon ; que s'il paroît 
par la procédure qu'il y étoit alTez fouvent, ce ne peut-être que 
dans le tems que la Cadiere étoit à Ollioules , tems auquel il ne 
pa floit. jamais devant la maifon de ladite Cadiere qui efl dans la 
même rue que le Séminaire, que ou La mère ouïes frères ne 
lui demi ndalfent des nouvel les de la Cadiere, ou lui en donnaf- 
jefuitequf a crû f en r. Qu'il avoue avec la même (implicite & la même pureté * 

jullifkrfeP, Gi- ^-. . - -| n ■ 1 . n ' C ' * 

tard pat Un mi- d intention qu il a voit alors ; il eft vrai quu s eit trouve renne a 

«mmiTSim- clef dan s la chambre de la Cadiere , que ça n'efl arrivé que huit 

«u-dX'Jsdefof ou neuf Fois au plus après Pâques, quec'étoit tantôt lui & tantôt 

fui», «iiecom- la Cadiere qui fermoit la porte , que la chofe étoit fecrete & fans 

parant a faint - , . "■ „. r _ I • A \t A ...r '« J'L 

chryiotiâme : lcandale 9 &: qu il n a tait ce qui lui paroît a lui-même aujourd nuy 

que ne l'Aevoir- «1 /* J 

u «i.deffi» de une imprudence, comme aux autres, que par une etpecede ne- 
faim Paul ï Ce ce >fT n J. 

trop timide Apô- *- c ' luc * 

ue tiiyoit les oc- g, . f n j , Quelle rai fon il avoit de s'enfermer dvec elle. 

cafioni capable» /* ^~ \ a ■ ' r • r \ r ■ 

d'exciter l'aiguii- A rep. Que cela eit arrive 4. ou 5. rois pour tesplayes , une rois 
fcîeteKGUard lorfqu'elle voulut lui remettre la ferviete où étoit empreinte Pi- 

piuj courageux m ^„ c afoiliere & fanîilante de fon vif 12e, avec deux coëres quel- 
que Iui,les brave fc> O j O | D * ~ \ 

& en triomphe a- le prétend oï t avoir été teintes miraculeufemeut de fan? , fur la 

tMttifi»t*»t m hgurc de la couronne ■> une autre rois pour recevoir cette croix 

* Immù ne« r -" de k°is blanc, garnie de pointes, dont Je Repondant lui avoir 

5" f a *P Te ® iaK deftendu de fe iervir, attendu fon peu de fan té, & une autre fois 

de s enfermer a- ' r ' 

vecunejeunePe- pour être le temps d'une vifion , pendant laquelle elle devoit être 

nifente penJart l , - ■ ' ,. , i, . l > » Il 1 J- C 

plufieurs fois se n-iiraculcuicmcm élevée en 1 air, a ce qu elle lui avoit dit: .enfin 

Eu™M«Seâi deux ou trois autres fois , lorsqu'il lui arrivoit d'avoir le front 

fe^ perT^Gifard couvert de ^ an g t ou quelque efpece de ravifTement, dont il ne 

«urok-ii pû re- vouloir pas que le Public fut témoin. 

revoir une Crtrx » t=> /* j. '/■->! • <• > r * 

de bois blanc, & f 5. lur. tt fur ce lut avons reprejente qu il a témoigne une curiojtte 
gUnte^r* €a "' bien fi'equente de voir ces playes s & qu'il auroit du fe contentel de les 
avoir vue' s une fois. 

A rep. Que c'étoit à l'occafion de divers fmpt ornes & chan- 



> 



gcmemens que lad. Cadiere lui difoit arriver dans Tes pîayes \ 
tantôt d'une effutlon de fang extraordinaire j tantôt une inflam- 
mation fubite, & tantôt que les playes fe ferMoieut pour quel- 
que négligence commife dans le fetvice de Dieu , & que lui Re- 
pondant , qui donnoit une certaine confiance 1 ladite Cadiere 
vouloir s'aflûrer par lui-même de la Vérité de cous ces faits qui 
ne lui pàroiflbient pas tmpoffibles, mais bien extraordinaires. 

86. Int. Quel jour drvoit arriver cette vijton,oà elle devait être fuf- 
pendu'è en tair. 

A rep. Que ce fut le nuit au mois de May , jour auqitel elle eut 
uneefpece de transfiguration, telle que celle du Vendredy,eil 
difànt qu'elle devoir être crucifiée ce jour II pour l'amour Divirt 
comme elle l'a voit été le Vendredy fàint par la juftice Divine. 

87. ïnt. Ce qui lui arriva d'extraordinaire ce jour là. 

A rep. Que ladite Cadierè ayant fait fortir fa mère dès les 
quatre heures du matin , pour une demi-heure, 'de fi chambre . 
fe mère, qui couchoit avec; elle, étant rentrée, trouva le vifo- 
ge couvert de fang* Se que lui Répondant y étant appelle , il 
la trouva comme iàns connoi (Tance , &le vifage teint de iang 
figéiôc lui Repondant lui ayant tenu quelques difcoUrs de dé- 
votion confolans, elle lui répondit quelques mots, après quoi 
il fe retira; qu'y étant revenu l'après-midi, fur la promeûe qu'el- 
le lui avoir faite y qu'elle devoir être fufpendué en Tair, il y 
trouva la Guyol, la Batarelle & laReboul > qui lui racontèrent, 
comme le P. Cadiere leur avoic dit, qu'après la iortie du Repon- 
dant, ladite Cadiereavoit dit la Me/Te, &c paru communier mi- 
raculé ufe ment, & avoir donné fa berteditiîorl aux fpettateurs 
avec la Croix , qu'après elle étoit tombée dans des grandes 
convulfions, qui avoient fini pair une apparence de mort i qu'il 
demeura quelque teins auprès d'elle tout feul, tout le monde 
qui l'avait contempler en cet état depuis le matin jufques alors 
secoit retiré dans une chambre vôifine , & qu'alors elle lui dit 
d'une voix baffe Se foible , qu'il ne falloir rien attendre d'ex- 
traordinaire de ce jour-là, àcaufe d'une légère faute commife 
par une de Ces compagnes , & qu alors il fit venir tout le monde 
qui étoit forti , & qu*il attendit avec eux qu'elle revint de fort 
accident, ce qui arriva à cinq heures , ôc qu'alors elle parut 
honteufe de voir tant de monde i & que c'eft dès ce jour la que 
les miracles commencèrent à fe divulguer. 

88- Int. S'il napas été che% ladite Cadiere , un jour (ju 'elle fut fur 
le point d'être élevée en l'air. 

A rep. Que la dernière fête de la Pentecôte , lad. Cadiere 
lui ayant fait dire de la venir voir , & qu'elle lui feroit voir 
une lettre qu'elle écrivoitàla Supérieure d'Ollioules, jxir la- 
quelle elle lui fixoit le jour auquel elle devoit fe rendre à ion 



14 












■ 



Couvent» s'y étant rendu , il lut la minute de la lettre , & vou- 
lant fe retirer dans l'initant , elle étant debout , tout d'un coup 
elle dit au Répondant qu'elle fe fentoit élevée en l'air, mais 
qu'elle vouloit y refiiter, parce qu'elle fentoit en elle âes in- 
tentions d orgueil ôc s'étant aîlife,elle fe prit contre une chaife, 
& le Répondant lui ayant dit alors qu'elle refîftoit à l'efprit 
de Dieu , & que c'étoit là une occafion que Dieu lui fourniiîoic 
peut être pour le convaincre lui Repondant , de la vérité des 
chofes qui s'operoient en elle, &c dont il doutoit, Se qu'il fal- 
loir donc quelle s'abandonnât à l'efprit de Dieu , mais elle 
ayant changé de place deux ou trois fois , & paroi flant tou- 
jours vouloir refifter a l'opération divine, ie Repondant fortit. 

107. Int. Si ladite Cadkre ne lui a pas montré un pot de cham- 
bre plein de fang , & s'il ne ta pas confidelê avec attention. 

A rep. Que ladite Cadiere après Pâques fe voulant préparer 
a fa transfiguration du 8- May » elle lui avoit dit que Dieu la 
voulant renouveller entièrement , lui faifoit perdre tour fon 
fang petit à petit pour la reproduire tour, de nouveau, ce qui 
jetta le Reprndmt dans un grand étonnement, attendu qu'il 
lui voyoit toujours fa couleur naturelle , & aucun abattement, 
& comme fouvent il luiavoit paru furprisde cela, un foir étant 
chez elle à la fin d'Avril , elle prit un pot de chambre , dans 
lequel il y avoit une liqueur noirâtre, qu'elle emporta fur le 
champ , & mit dehors fa chambre. 

il 6, Int. Si quand il allait a Ollioules , il alloit dans le Conyent. 

A rep. Qu'il y refta depuis dix heures du matin jufques à 
cinq heures du foir. 

118. Int. S'il trouva encore la Cadiere dans fon extafe, 

A rep. Que non , & qu'elle en ëtoit revenue depuis huit 
heures du matin j il trouva toute la Communauté extafiée des 
merveilles qui s'operoient dans la Cadiere j qu'il refta dans la 
chambre avec Ja Supérieure , J'Aiîîftante, la Maître/Te des 
Novices & l'Infirmière qui vinrent tour à tour dans la cham- 
bre de ladite Cadiere qui étoit dans fon lit , &c. 

119. Int. Si la Supérieure m lui dit pas de l envoyé prendre , <jr, 
s'il aVoit rencontré l'exprex. qu'on lui avoit envoyé, 

A rep. Qu'il ne l'avoit point vu , & qu'il avoit trouvé la 
lettre à fon retour , à la maifon. 

149. Int. S'il ne lui eft pas arrivé de faire un baifer à la Denwi- 
fclle Batarelle , dans la mai/on de la Cadiere, 

A rep. Qu'étant allé dire adieu à la Cadiere, la veille de fon 
départ pour OU: ouïes, ladite Batarelle qui y étoit. le pria d'en- 
trer un moment dans une chambre , fous prétexte de lui dire 
un rnot,& que lad. Batarelle ayant brufquement terme la porte 
de ladite chambre, embrâfia le Repondant fans lui mot dire. 



na> 



2j* 



qu'il fe dépêtra * fur le champ de Tes maîns , Se fbrtir. 
Second Interrogatoire du P. Girard, du premier Mars 173 r. 



* Le pauvre 
homme y 
UilFa-t-il foa 
ffianteau î 



T. Interrogé, S'il a porté ladite Cadiere à accepter l'état dLobfejfion» 
A rep. Que non , qu'il lui a laîiîe là deflus la liberté. 

2. Inter. Si l ayant Vifitée dans les incommodité^ qui lui firent gar* 
derla chambre par intervalle , pendant Vejpace d environ deux ou trois mois^ 
il ne la crut pas "Véritablement obfedée. 

A rep. Qu'il n'avoit jamais rien vu qui lui' ait jamais fait juger 
qu'elle fût pofitivement obfedée , les incommoditez pouvant ve- 
nir d'autres caufesv 

3. Inter. S'il la croyait ajfe^fainte pour fe foûmettre à un pareil fa- 
crifice. 

A rep. Qu'il la croyoit aiïez vertueufe & courageufe pour le 
faire : mais qu'il lui auroît paru téméraire de confeiller un acte 
qui a des fuites fi pénibles , attendu ion fexe Se la vérité des exem- 
ples qu'en foi mit l'Hiftoire. 

11. Inter. S'il la crut effectivement transfigurée le "vendredi faint. 

Arep. Qu'à la vérité il fut très-étourdidu premier coup d'oeil 
de l'état où il la vit alors, & qu'il penchoit à croire qu'il y avoir, 
du merveilleux. 

1 a. 1 nter. SU na pas vu deux cotes relevées quelle avoit ,<[? Vos fternm 
relevé de deux doigts , par t abondance des grâces qu'elle recevait , <t& un 
excès d'amour pour J. C. à peu près comme S. Philippe de Neri. 

A rep. Qu'elle le lui avoit dit, ainfi qu'elle l'a mis dans (on ca- 
rême , qu'il rie les a point vues , mais qu'il les touchées , par def- 
fus le mouchoir qu'elle portoit au col : fur quoi le Repondant lui 
dit de prendre garde que cette difpofition ne vint d'une mauvai- 
fe conformation de naiflance,ou de quelque coup qu'elle avoit reçu 
étant petite, Se qu'il lui ajouta que lui Repondant avoit ainfi le 
côté droit de la poitrine plus élevé, ce qui ne provenoit que d'une 
conformation irreguliere. 

Le complot imputé au Père Nicolas embrafïe divers chefs 
d'accu fa tion , qui félon le Père Girard en font tout à la fois les, 
effets Se les preuves. 

PREMIER CHEF. 

Le Père Nicolas a fait des exorcifmes i il a feint de croire 
la Demoifelle Cadiere obfedée pour diffamer le Père Girard, 
& le faire pafferpoui unforcier qui lui avoit fouillé le Démon. 



25 



KE'PONSE. 






• 









Il faut que le crime coûte bien peu,quand on ofe avancer pareil- 
les calomnies. Le P. Nicolas auroit pu dire que le P. Girard a feint 
de croire pendant près d'un an que la Demoifelle Cadiere fût 
fainte, afin de s'en faire honneur dans le Public, en quoi il au- 
roit joué la religion. Cependant il ne paroît aucune part que le 
Père Nicolas ait parlé de la forte contre le Père Girard. D'où 
vient donc que celui-ci ofe publier que le Père Nicolas a feint 
de croire cette fille obfedée pour le diffamer? a-t'il pénétré dans 
fâ p en fée ? U-Ange qui l'avertit à Toulon de îa transfiguration qui fe 
pajfoit k Ollioules fur h Demoifelle Cadiere , lui a-t'il révélé les fen- 
timens du Père Nicolas ? 

M. l'Evêque de Toulon a eu plufieurs entretiens avec la De- 
moifelle Cadiere dans fa Baftide , elle s'efl: expliquée à luiafTez 
clairement ; il a enfuite renouvelléles exorcifmes fur elle, comme 
il confie par la procédure. Le Père Girard qui fonde les cœurs, 
dira-t'il que ce Prélat ait feint de la croire obfedée ? Il feint lui 
même des moyens injuftes pour fe laver aux dépens d'un Reli- 
gieux qui n'a fait que Ion devoir j mais fesserions conftateront- 
elles le prétendu complot ? 

Le Père Nicolas a exorcifé la Demoifelle Cadiere la croyant 
obfedée. Cette cérémonie s'eft paiTée dans le fecret > il a crû de- 
voir joindre l'exorcifme à 1 abfolution pour guérir tout à la fois 
&l'ame & le corps d'une pénitente fujette à de violens accufens, 
qu'il ne pouvoit prendre pour des opérations divines. S'enfuit-il 
de cette cérémonie , que le Père Nicolas ait voulu donner le Pè- 
re Girard pour un forcier , & le rendre la caufe de l'obfefîîon 
de cette Fille. Difons-le fans préjudicier aux défenfes de la Dé- 
mo iCclte Cadiere ,* elle a pu eftre obfedée par tout autre princi- 
pe , Se le P. Nicolas a pu le croire. 

Cela eft. d'autant plus vrai que le Père Girard avoue lui-mê- 
41. & 41. in- me qu'à la fin de Novembre 1729. cette Fille lui apprit que 
dans une vifion il lui fut montré une ame chargée de péchez , Se 
que Dîtu lui avoit propofé que pour le falut de cette ame , elle 
de voit accepter un état d'obfeiïion $ qu'étant c on fuite fur cela > 
il ne détermina rien 5 Se lors des Seconds interrogatoires du 1 . Mars 
1731, Int. /*/ 4 porté la Demoifelle Cadiere à accepter l'état a p obfeJJion ) 
il a répondu que non , i? qu'il lui a laiffé Id-dejfus la liberté. 

Or fi le Père Girard lui a laiffé la liberté d'accepter l'état d'ob- 
fèfîion, elle a donc pu l'accepter, & être obfedée , fans qu'il lui 
ait communiqué le démon > ilalui-même raifonné de la forte dans fa 
réponfe au 42. int. 1'exorcifme fait à ladite Demoifelle Cadiere 

\ 



27 
n'elt donc pas une preuve de complot & de diffamation contre ♦î-ïntcmig. 

le Père Girard? 

On en fera mieux convaincu fi l'on conudefê les raifonsqua 
eu le Père Nicolas de le faire. Cette Fille lui a dit eftre obfe* 
dée> elle l'avoit dit -depuis près d'un an au Père Girard , Se en- 
fuite aux Dames de Gerin , Legier Religieufes Urfulines de e 7 . Témoin, 
Toulon , & à la Batarelle , qui l'ont ainfi depofé. Le P. Nico- ^££1 
las a donc pu croire qu'elle étoit obfedée, l'état d'obfefîion n'é- 
tant pas impofïible en lui-même, du propre aveu du Père Gi- 
rard. 

Bien plus, il a du le croire, i\ lorfquelaD. Cadiere a joint! 
à cet aveu de l'obfeffion, celui deslibertez criminelles qui coû- 
te tant à une fille , Se furtôut à celle qui jufques là ayoit paiTé 
pour une Sainte. 

X* Lors qu'il a vu les effets de cette obfeffîon qui ont été avouée 
par le Père Girard , peines intérieures <lt extérieures , roidijfement des 
membres , contor fions , fureurs , extafes , révélations extraordinaires , ftig* 
mates , yifions-, ÇJ*c. Ces effets qui auroient pu faire foupçonner 
lobleffion dans une perfonne quil'auroit diffimulée , en paroiiTenc 
une preuve dans celle qui la déclare ouvertement : ce ne font 
pas ici les effets qui ont dabord indiqué le principe, c'eft le principe 
«|ui s'eft joint aux effets pour affermir la croyance de l'obfeffion. 

3°. Monfieur l'Evêque donna au Père Nicolas la Demoifelle 
Cadiere pour Une fa in te j fôn Aumônier la publia telle au fi eut 
Pauquet , lors qu'il la conduifit à fa baftide $ toute fa fa mil-» 
îe en avoït là même idée > c'eft d'elle que le Père Nico- 
las apprit toutes les merveilles qu'il fçavoit déjà par le bruit pu-» 
blic? le Père Girard lui-même Se plufieurs autres JeiuiteS avoienc 
exalté la fainteté de cette Fille j Se les dons extraordinaires dont 
le Ciel la combloit , jufqu à lui découvrir le fecret desconfeien- 
ces, & les évenemens les plus cachez. Le Père Nicolas tou- 
jours plus frappé de ces effets, nepouvoitles attribuer à un prin- 
cipe divin , les fçackant accompagnez d'un commerce criminel, 
Se d'une celTation abfoluë de prières > Se les croyant extraordi- 
naires par la même raifon qu'ils avoient paru furnaturels aux au- 
tres Cjui '-n'étbient pas moins expérimentez que lui > pou voit-il 
douter qu'ils ne fulTent une fuite , Se même une preuve de l'ob- 
feffion? 

Quel jugement en.a porté le P. Girard ? L'obieffion lui a été 
'déclarée vers là fin du mois de Novembre 1720, il a vu , Se il a 
vu très fouvent les faks merveilleux qui l'ont fuivie , il les a expo* 
fêz à la curiofité de Ces Pénitentes & du P. Grignet fon confrère, 
comme il confie par la procédure 5 il a permis qu'on rendit une 
efpece de culte auxftigmates delà Demoifelle Cadiere, qu'on fie 



*v 



i^"" 



'41.4s. 70 

Inrerrogat, 






2è 

publiquement ce qull faifoît en fecret , qu'on les vît , qu'on les 
touchât, qu'on les baisât , il s eft faifi lui-même du linge empour- 
pré du fàng de fa Pénitente : qu'en crovoit-ii alors ? 

Cet éclairé Directeur nous dit : Qu'il doutait delà révélation, & qu'il 
troyoit létat d'obfeffton trop héroïque pour une fille s il ne détermina rien là- 
dcffus, £T illuilaijfa une entière liberté. 

Mais enfui te la crut-il réellement obfedée ? Il nous .apprend 
qu'il la v ifîtoit plus fouyent durant VobfeJJÎQn , Se il en décrit les effets 
fort exactement : il n'a donc pas cru que cet acte héroïque fut une 
chimère , autrement ce %élé ts pieux DireSîeur fe feroit attaché à, 
calmer l'imaginatiou de fa Pénitente, Se la regardant comme une 
folle , il auroit taché de la rappelîer de fes égaremens. , 

I Doutoit-il de l'obfeilîon ? fufp en doit-il ion jugement fur la fo- 
lie, ou fur l'état héroïque de la Demoifelle Cadiere ?Etoit-iI incer- 
tain fur cette longue fuite de vifions, de révélations, de transfigu- 
rations, deftigmates , de dons merveilleux, qui femblent n'avoir 
fuccedé aux foufFrances de lobfeiTion , que pour être le prix de cet 
état héroïque ? 

Un Je fuite de 50 ans, homme intérieur , éclairé Se grand Direc- 
teur, Recteur ti un Séminaire , Prédicateur ■ foudroyant le Vice , eft i me 
& accrédité dans la Société , eft peut-être de tous les hommes ce- 
lui qui eft le mieux à portée de moins douter , furtout auprès d'une? 
fille de ip. ans. 

Cependant le P. Girard doutait , il fufpendoit fin jugement > éepouf 
refbudre fes doutes fur un fait de direction fi intereffant, on con" 
çoit bien qu'il fondoit l'intérieur de cette Fille, qu'il saiïuroitde 
fa vertu, qu'il demandoit des lumières au Ciel, Se qu'il propofoic 
fes doutes. 

Le P. Girard également modefte lorsqu'il fe loue Se lors qu'il 
ue fe loue pas , ne dit mot là-deffus : tout ce qu'il apprend de 
fa méthode refolurive des doutes que la Demoifelle Cadiere lui 
ïnfpiroit, eft 1°. Qujil douroit fèul ., car bien des gens. Se furtout 
Mï, f'Evêque, comme il l'avoue au 70. interrogatoire , étoienc 
indigne^ de [on Jilence. 2°, Il doutoit long-tems , Se pendant près 
d'une année , il ne furvenoit des faits prodigieux que pour le, faire 
douter, y. Il voyoit fou vent fà Dévote chez elle ? il s'enfermoit 
a clef dans fà chambre , folus cum fola * il examinoit un vafe rem? 
pli de fang , le ftigmate du côté , plus fouvent que ceux des pieds* 
il touchoit pat-deffus un mouchoir de moujfeline , des côtes élevées > 
il couroit partout où étoit fà Pénitente, & pour mieux entendre 
ce qu'elle lui difoit, il prêtoit l'oreille dont il feint d'être fourd> 
laifîbit l'autre à l'écart Se il appro choit fon vifage du fi en. 

La bonne manière d'éclaircir les doutes ! Le P. Girard fera 

bien-tôt kiiruit du véritable état de/* çbere enfant j il y parvient 

m 



20 

en effet > car après fix à fept mois de pareils examens , ayant eu 
des pertes defang& des douleurs fi considérables 3 * que lespa- * LeP ' Girar<1 
rens vouloient appeller les Médecins , l 'éclairé Directeur leur dit dam u con- 
que c'étaient là des maux divins , inconnus à la Faculté } & l'on a™" 'r Abbé 
fe repofa fur lui du foin de les adoucir. cadwte. 

Il feroit difficile de fuppofer encore des doutes dans l'eiprit 
d'un Directeur qui s'étoit fi-bien étudié à les éclaircir : le doute 
n'eft pas le partage d'un homme fimple & crédule ; celui qui dou- 
te fe défie de ce qu'il voit ; il l'examine , il en cherche la caufe i 
& plus le P. Girard a douté y plus il a fufpendu fon jugement , plus 
aufli doit-on croire qu'il a été mieux en état qu'un autre de ie 
déterminer lors qu'il la fait : il n'aura donc pas crû téméraire- 
ment que les maux de la Demoifelle Cadiere étoient dtYms , fur-j 
tout l'ayant dit aux parens dans la vue d'éloigner les Médecins 
qu'Us vouloient appeller. Un fameux Directeur auroit-H parlé lî 
pofitivement d'un fait dont il auroit douté f 

En examinant le corps de cette dévote , le P. Girard s'étoit 
également alTuré de l'état de fon ame > il la faifoit communier tous 
les jours à Toulon 7 & il defiroit fi fort qu'elle en fit autant à Olliou- 
les , que lorfque par des raifons à lui feul connues , elle fe ren- 
dit au Convent des Clairiftes de ce Lieu , il le propofa à l'Ab- 
befle par fa lettre du £. Juin 1730. Je nofe pas , lui ecri voit-il , 
"pous demander dans ces commencements la fainte Communion pour tous les 
jours i peut-être connoure^-vous bien-tot que Dieu le "veut , & quil ne 
la trouve pas tout à fait indigne de cette grâce finguhere y mais je vousfup- 
flie dumoins de daigner la faire communier un peu fréquemment. Et il fal- 
loit bien que cette communion journalière eût été ufitée à Toulon, 
pujfque la Demoifelle Cadiere écrivant au Père Girard le n. du 
même mois , fe plaîgnoit à lui de ce qu'on ne vouloitpas la lui 
permettre à Ollioules pour chaque jour. La privation de la fainte 
Eucharïflie qu'on ne y eut point m 'accorder tous les jours, i? qui ferait pour^ 
tant l'unique foulagement , tant de mon ame que de mon corps 7 me jette dans 
une agonie continuelle £2* mortelle. Eût-elle écrit de la forte à un Di- 
recteur qui ne l'auroit pas accoutumée à recevoir la Communion 
tous les jours ? v 

Ici le P. Girard ne peut gueres dire qu'il doutait j car après une 
©bleffion qui lui étoit déclarée depuis fix mois, âpres une vifion 
durant laquelle Saint Jean l'Evangelifte écrivoit dans le Livre 
de vie le nom du Directeur & celui de la Pénitente , après des 
transfigurations , des ftigmates , des extafes , Se mille autres mer- 
veilles méditées avec grande attention dans une chambre fermée 
â clef, le Père Girard auroit-il rifqué par provifion une propha- 
nation journalière des Sacremens , ou auroit-il été plus retenu à 
donner fa confiance à cette fille , qu'à lui livrer le Corps de Jefus- 
Chrift, H 



*-••• 



Letttedu ii. 
May. 1739. 



Les doutes du Père Girard ( fuppofé qu'il fait un tems Ou il 
en ait eu quelqu'un ) ont donc cefle tout au moins lofs de ces 
communions journalières. Cette longue mite de doutes auroit 
d'ailleurs par elle-même quelque çhofe d'étonnant dans les cir- 
conftances qui ont précédé & qui ont fuivi i car à voir un Direc- 
teur qui doute & qui s'enferme fous la clef avec fa Pénitente > 
qui fufpend fin jugement, & qui l'examine fi fou vent & defiprès^ 
qui eft toujours embarraffé , & qui nes'éclarcit que par des épreu- 
ves un peu moins fpi rituel les qu'il ne convient à un homme inte* 
fkur , on feroit tenté de croire que la forme des écIaircifTemens 
étoit plutôt lé motif de ces doutes , Se que fi la Demoifelle Ca-* 
diere n'en eût elle-même donné la folution , il douteroït encore. 
- Mais rendons au P. Girard la juftice qu'il mérite 5 il ne fîiipen- 
doit pas fon -jugement > les éclaireiflemens qu'il avoit pris » l'a- 
voient fi fort convaincu que l'état delà Demoifelle Cadiere étoit 
divin (ou dumoins feignoit-ilfi-biendele croire) qu'il nhefita pas 
d'écrire à FAbbelTe des Clairiftes , en ces termes. Depuis deux ans 
que la Divine Providence m* a envoyé à Toulon ? elle m'a remis entre les 
mains la conduite d'une ame quelle appelle aujourd'hui à votre Communau- 
té, . * . Cefi Mademoifelie Catherine Cadiere, » . . Je ne vous dirai rien de 
particulier fur le caraHere de fin efprit , de fin humeur i? de fa Vertu \ je 
fuis Vous ajfurer feulement que ce nefl pas une ame commune , & que 
JV". Seigneur a une prédtleBion fingul'tere pour elle i ja faute fera telle que 
le bon Dieu la Veut pour accomplir tous les deffems qu'il a fur cette Demoi^ 
fille che^ vous , <S* je vous répons de la bonté i? de la foltdité de fa Vo-> 
cation , parce que j'en ai des preuves tncontejïables. Vous accorebre^ une 
grande grâce à cette fille en la prennant che^vouss je fuis en même" tems 
ferfuade que Dieu ne peut guéres en cette matière accorder a vôtre Mat fin 
de plus grandes grâces , qu en vous accordant &* Vous envoyant un tel fu jet.' 
Vous le connaître^ aifement en peu de tems* 

Le P. Girard voulut être le premier à le lui faire eonnoître. 
L'arrivée de fa Pénitente à OJljoulesfutfuivie de près, d une vifite 
S'IcTTr 1 * ^ e fop art >iï s'adreflà d'abord à TAbbefle, & d'une demande un 
Maitreire d« peu impropre qu'il lui fit en prefence de la MaîtrefTe des Novices , 
Recoi? 5 au il prit occafion de l'inftruire des merveilles qu'il avoiç découvert à 
Toulon dans le vafe rempli de fang. Dépofe que la première fois que le 
P. Refteur Vint Voir la Demoifelle Cadiere, ilyit en premier lieu lui témoin) 
<£r la Mère Maîtrejfe toutes deux enfemble, i? que le P. Rehleur leur de^ 
manda à toutes deux fila Demoifelle Cadiere depuis quelle étoit dans leut 
matfin, naVoit point eu de grandes pertes , <? qu il leur dit que quand elle 
étoit dans fa mai fin , elle aVoit perdu plus de vingt livres de fang > par la ré- 
volution que cdufi'tt en elle la communication des grâces quelle recevoit de 
Dieu , quelles furent furprifes toutes deux de ce que le P. Rehleur leur de* 
mmdotilatyx* 



i?.Tem La 
D.Abbefle 
. d'Qlhoiiles 

au retoj 



L 



■3 T 
Ce n etoït pas affez pour le P. Girard de le perfuader & de lé 

publier } il forçait même de le croire par le refus de labfolution j 
c'eftee qu'a éprouvé laDemoifelle Marie-Anne Calas ,fuivant le 
recic qu'elle en fait dans fa dépofition , où elle affûre, quelle a, 
fouyent entend» parler dans la Fille des extafes &. des révélations de la 
Demoifielle Cadiere > defquelles extafes elle fe mocquok & n'y ajoutait 
point de foi : & comme elle fi confiffoit au Père Girard , elle lui a fou- 
Vent dit fin fentiment fur les extafes de la Cadiere , lui difant qu'elle é- 
toit furprife qu'un homme de la première Voilée donnât dans le fins de cet- 
te petite fille j d quoi il répondit , De quelle petite fille t Alors elle lui dit? 
qu'un homme qui inftruifoit les fçaVans $ ne pouvait pas donner dans It 
fins de la Cadiere j $? il lui répondit , ce font de bonnes âmes : & qu'ay- 
ant entendu parler des -extafes de la Demotfille haugxèr , elle dit du Pè- 
re Girard > que dans la Ville on fe mocquoit de ces extafes > à quoi il ré- 
pondit que la première pénitence que Dieu nous fait faire , efi d'être ert 
hutte à tout le monde : & ayant , elle Dépc fiante , fait ( toujours en par- 
iant au Père Girard ) la comparaifin de ces filles aVec Sainte Therefi 
HT Saint Paul , <tT leur trouvant une entierre différence $ elle lui dit que 
c'était des illujtons i a quoi le Père Girard répondit , vous ave^ un mau- 
vais fonds : <T une autre fois ayant dit au Père Girard , qu'elle en avoit 
ri avec les perfonnes qui lui en parlaient , en difant que c étoit des Mu- 
fions du Démon 5 le Père Girard lui dit qu'ayant feandalifê iT calom- 
nié y elle étoit obligée de réparer fis fautes , fans quoi il ne pouvait pat 
lui donner l'abfilution i ce quelle tacha de faire ,. iT elle ne pouvant 
point prendre fur elle-même de ne pas rire des extafes de ladite Cadiere 
iT des autres , elle prit le parti de ne plus fie tonfeffer au Père Gi* 
rard. 

Ce Directeur s'eft expliqué aux Religieufes d'Ollioules en ge-* La Damedè 
lierai , d'une manière qui exclud toute forte de doute. A peine T ém ô d*!'* 
fut-il entré dans le couvent le 7. Juillet , jour de la faraeufe trans* ^^* 
figuration , qu'il lès raffina fur l'idée qu'elles avoient que la D. Ca- 
diere avoit beaucoup fouffert : Ce nejh-là , leur dit-il ? qu'une imprefi 
fion du doigt de Dieu s il les affûte que fin bon Ange lui avoit révélé 
dans le tems qu'il difoit la Mejfe , l'état où étoit ià fille i qu'il y étoit 
accouru fans être averti par l'exprès quelles lui avoient envoyé > 
êc fur ce que la Maîtreffe des Novices lui dit, qu'il ne faudrait 
plus à l'avenir lui envoyer perfonne , il repondit prudemment f ail faU - 
hit toujours ufir des Voyes Ordinaires > & pour relever toujours plus le 
merveilleux dune transfiguration > qui avoic extafié toutes les Re- 
ligieufes , il leur recommanda de confierver lefiang ( dont fa face avoit 
été couverte , ) qu'il ferait des miracles dans fin tems % 8c que la D. 
Cadiere en avoit déjà fiait à Toulon, . .. : _ . . LaD.de ter- 

Cette Fille avoit à Ollioules des douleurs très-violentes , des luUcèiT*™* 
accidens convulûTs» dont les Religieufes étolent étonnées > la 7 * Inte "°e- 



32 







MaitrefTe des Novices qui étoit mieux en état que toute autre d'en 
être inftruite , en faifoit part au Père Girard , lequel en qualité 
de Médecin des maux celeftes , lui dit quil ne fatloit pas des re- 
mèdes humains , parce que fon mal étoit furnaturel j & lorfque la De- 
moifelle Cadiere , pour foulager la douleur que lui caufoient les 
ftigmates , fe fer vit d un emplâtre > n'avouë-t'il pas quil tayoit là- 
deffus reprife très-feyerement de fon peu décourage "tT de jon peu de fat ? 
Un homme qui douteroit ne décideroit pas de la forte. Et fi le 
mot douter fignifie chez les Jefuites la même ehofe que parmi les 
autres hommes , il faut conduire que le Père Girard ne doutoic 
pas de 1 état de fa Pénitente. 

Or fi le Père Girard ne doutoit pas s & s'il a crû dumoins en 
apparence , que la Demoifelle Cadiere meritoit de communier tous 
les jours } que 2SI. Seigneur ayoit une prédilection finguliere pour elle , 
«me Dieu ne pouvoit guéres accorder au Con vent des Clairiftes d'Ol- 
lioules , des plus grandes grâces , quen lut accordant , & lui envoyant 
un telfujety que [es maux étoient diVtns <t? furnaturels j que le fang 
de fa transfiguration du feptiéme Juillet feroit des miracles dans fon 
tems Se qu'elle en ayoit déjà fait a Toulon $ qu'a t'il crû de i'obfef- 
fion de cette fille ? 

Ici il faut fe rappeller que le P. Girard étoit inftruit de la vi- 
fîon, durant laquelle l'obieflîon avoit été offerte à fa Pénitente; 
qu'elle lui a voit dit quelle étoit véritablement obfédée , qu'ilen a fçû Se 
vu les effers , dont il a fait lui-même 1 enumeration. 

S'il n'avoit pas crû l'obfeflîon véritable, ou s'il en eût douté,tl n'au* 
roit pu que regarder ou tout au moins foupçonner la D. Cadiere 
d être un extravagante , ou une fourbe qui le trompoit , & qui fei- 
gnoit d'être obfedée , tandis qu'elle ne l'étoit pas } l'un& l'autre 
de ces deux jugemens étoit incompatible avec la croyance ferme &: 
pofitive , dont cet éclairé Directeur a donné tant de marques fur 
la fàinteté prétendue de fa Pénitente jcar chez les Jefuites , comme 
par tout ailleurs , on doit tenir pour certain que Dieu ne reconir 
penfe pas par des prodiges le. menfonge,' l'orgueil, ou les folles 
imaginations d'une fille. 

Or s'il faut exclure de l'efprit du P.Girard le foupçon ou la croyan- 
ce de menfonge, d'orgueil & de folie de la part de la D. Cadiere, 
il a donc ajouté foi al'obfeliïon qui lui avoit été déclarée, & aux 
effets de cette même obfeflîon qu'il a vu. Que s'il eft un tems où il 
ait douté de la révélation , & de la caufe des effets, comme il l'a dit 
dans fes réponfes & dans fon Mémoire , on doit en induire tout 
au plus qu'il ne s'eft pas déterminé aveuglement, qu'il n'a pas été 
crédule , & que ce n'eft qu'après avoir bien vu & bien touché qu'il s'eft 
rendu. ., , 

Cet état d'obfeffion, de l'aveu {du P. Girard 3 n'eft pas incom- 
patible 



I 



3 1. 

patible avec la fainteté de la perfonne obfedée , & avec 
■les effets divins & furnatu/els ; car il faut remarquer qu'en fé^ 
pondant au 41. interrogax. il s'excufe de n'avoir rien déterminé 
là deffus ? fur ce qu'il trouva l' acïe trop héroïque pour une fille , Ôc il 
ajoute au il efi vrai que des Saints l'ont ainft pratiqué , d'où il con- 
clu d que quand même il le lut aurait confetllé ? ce que non , cène fe- 
roit pas lui qui lui aurait communiqué le deMon par là , mais quelle 
l'auroit acquis par lapermtjjion divine <W pour la plus grande gloire 
de Dieu. 

Il n'eft pas furpfenant que le P. Girard , comme un excel- 
lent Jefuite , raporce tout à la plus grande gloire de Dièit. Il eft 
toujours vrai que cet état héroïque y que des Saints ont pratiqué j 
eft une obfèffionj&que les faits fur naturel 's qui l'ont fuivi, que 
tant de gens ont vu, qu'il a tant examiné, & qu'il a vanté 
comme divins , doivent dans le fens même du Père Girardavoir 
été les effets &c la récompense de cet ér at héroïque. 

On voit d'abord qu'il apel/e cet étit d'obfeffion un état ^^duhci. 

1 -lin rr r ■ i • . i " a laD -Ca- 

depevie : 11 l'eii entriez iujvanr les norionsqu en donnent tous àkte , du j-juin 
ceux qui ont traité cette matiere-j ce Directeur la affez bien l7i °' 
décrit dans fa réponfe 31144. interrog. & ce n'efl: que dans 
ce. fens qu'il l'apelle un état trop héroïque pour uxie fille. 
>, Cet état efl la fource Bc .l'époque des virions , des ftigma- 
tes , des extafes, des révélations & autres faits merveilleux qui 
ie-fcnt opérez dans la D. Cadiere 3 le P. Girard l'apprend par 
l'ordre qu'il adonné dans {es réponfes,à l'obfeffion& à ce qui 
s'en eft enftiivi , & par fa lettre du 7. Juin où il lui dit : Pour- 
fuive^ brièvement à marquer tout ce qui s'eji pajfé , en. reprenant de- 
puis votre ttat de peine juj qu'à l'entrée du Carême. 

Il falloir bien félon le P. Girard que cet état fût furnaturetj 
puifque les effets 1 etoient , & qu'il marquoit tant d'avidité 
pour en -avoir la. relation par écrin car outre les Inirances réi'* 
terées qu'il faifoit à la D. Cadiere par fes lettres de lui en- 
voyer le journal duCarhne , la Dame de Lefcot, MaîtrefTe des 
Novices du Couvent d'Ollioules , 10 e . témoin , a depofé au re- 
collement que le Pi Re&eur lui avoit recommandé de mettre fur 
ie papter 3 t? d'écrire toutes les grâces furnaturelles quelle verrait en 
la D. Cadiere , qutl comprendrait en un mot de quoi il s'agijfoit , 
qu'il ramaffoit toutes ces pièces y i? qu'un jour cela fervirah 'pour l'é- 
dification du public : ce quelle exécuta. 

Elle l'a fi bien exécuté , que le P. Girard a fait joindre à U 
procédure trois relations fucceflïves qu'elle lui envoya fur ce 
iujeti&i'on ne fçait pat quel motif il n'a pas crû devoir les 
faire mettre a la fuite des autres Journaux de même efpeee* 
qui font imprimez &: joints à fon Mémoire inftru&if. 






• 






Quel que puiiïeêtrele motif qui l'en a empêché > il efl évi- 
dent que le P. Girard ne demandent pas ces pièces pour s'inft mi- 
re; il avoit déjà pris tant & de fi bonnes inftru&ions auprès 
de fa dévote, qu'il s'étoit déterminé depuis longtems; &apics 
ayoir guéri fes doutes pour la plus grande gloire de Dieu , il pen- 
loit à l'édification du public. 

Il'eft à propos de remarquer que cet état d'obfefïîon qu 
avoir été offert a la D. Cadiere , & qu'elle avoit accepté pour 
une année, finit, fuivant le P. Girard, le zo. Février 1730. 
LaD, Cadiere, ainfi que nous l'apprend fon mémoire concer- 
nant la Sœur de Remufat, eut des révélations lors de la mort 
de cette Religieufe , que le P. Girard ditigeoit également \ le 
Seigneur lui manifefla le point de gloire dont fon ame joûijfoit dans 
leCtel ; & afinquelle pût encore moins douter de la vérité de 
cette révélation , la Sœur de Remufat lui accorda dans le moment 
la délivrance entière d'un état d'obfeffion , dont elle ètoit tourmentée 
depuis eirviron quatre mois. 

Un trait de cette efpece tt'eft. pas indiffèrent à la gloire de 
la Sœur Remufat, &: par gradation à celle que le P. Girard fe 
mettoit en voye d'acquérir par fes Pénitentes ; aufli n'a-t'il pas 
balancé d'adopter cette époque , Se de placer lui-même la fia 
de 1'obfefrion dont il s'agit, au 2.0. Février 17 30. trop heureux 
de fauver du moins cette preuve éclatante en faveur de la 
Sœur Remufat, lors qu'il voit évanouir celles qu'il avoit for- 
mé prefque furie même modèle pour laD* Cadiere. 

Mais (oit que cette délivrance entière ne fût que pour les pet-' 
nés , 6c nullement pour les effets merveilleux Ôc furnaturek 
qui n'ont proprement éclaté, & en plus grande abondance, 
qu'après le 10. Février 1730. foitque ce ne fut qu'un preflige 
dont la gloire extérieure de la Sœur Remufat avoit befoin , il 
eiî toujours vrai que cette délivrance despeines ne fut que mo- 
mentanée. Car dès le lendemain zr. Février ( ainfi que laDe- 
moifelle Cadiere le dit dans le Journal de Carême) elle fut 
aJJociée&uxfoujfrancesclehC. pour la fatisfaclion de la jujlice de 
fan Père j &cfa volonté s' étant fourni fe à ces imprejfons , elle fen tic 
une douleur des plus vives qu'on ne fçauroit exprimer -, <& qui pêne* 
trott tautes les parties de fon corps. De forte que ce qu'elle avoit 
accepté au commencement pour délivrer une feule ame du. 
péché, elle le reprit le zi. Février pour s'affocier à la déli*- 
vrance de tom le genre humain,& fon état fut le même. Ce n'eit 
effe&ivement que dans les mois fuivans, que le P. Girard qua- 
lifia publiquement les maux qu'elle fouffroir, divins tefurna- 
turels, - 

Les Lettres du P. Girard, & celles de laD. Cadiere, qu'il x 



m 



35 
lui-même produit & fait imprimer \ en fourniflent despreù-A 

ves inconteftables , indépendamment de belles que la procé- 
dure renferme. 

La D. Cadiere fe rendit au Couvent le 6. Juin 1730. le Père 
Girard apprit par quelques-unes des autres Dévotes, ornées 
des ftigmates &: des dons extatiques qui l'avoient accompa-* 
gnée , ce qu'elle avoir fouffert durant la route; & le lende- 
main 7. il lui dit par fa Lettre : Je lui (à nôtre Seigneu r) rends mil- 
le grâces devons avoir fortifiée dans la route contre l'attaque de l'en- 
nemi , & d'avoir calmé la tempête qriil avoit élevée. On ma racon- 
té une partie de ce que vous foujf rites en chemin } &com)neje m'y at- 
iendois je n en fus pas fur pris. Le bon Dieu, comme vous levoye%) 
ma chère Enfant 3 fait calmer ta fureur des Adver f aires , <t& dé- 
dommager de ce qu'on a fouffert pour lui. Si le Père Girard s'y 
attendait , il fçavoit donc quel étoit 1 état de fa Pénitente , au- 
tant & peut-être mieux qu'elle-même : & par fà Lertre du 9. 
du même mois , on voit qu'impatient de recevoir de Ces nou- 
velles, & craignant que l'état des fouflfrances l'eût empêchés 
de lui en donner, il exprime le foupçon où il étoit par ces 
termes : Ne ferie^vous point tombée dans votre état de peine ? Tt* 
re^-moi pour l'amour de Dieu de l'incertitude où je fuis? Or fi trois 
jours defilence lui font craindre qu'elle fût tombé dans votre 
état de peine , falloit-il bien qu'il fût prefque habituel. Et quel 
peut être cet état de peine , /mon celui de Pobfefïïon , que le 
P. Girard a lui-même défini un état de peines intérieures c exté- 



rieures? 



Il n'eftprefque aucune des Lettrés, tant de la D. Cadiere 
que du P. Girard, où il ne foir parlé de peines , de douleurs, 
a excafes, de révélations , & autres effets extraordinaires , qui 
forment, pour ainfi dire * un îîftême de direction, dont le 
principe confifte à s'abandonner a l'imprejjion ou à l'efprit inté- 
rieur. La Fille difoit à fon Directeur, par fa Lettre du i$« 
Juin 1730* Pour ce qui regarde les peines de mon ame , que j'eus 
l'honneur de vous expo fer l'autre jour , vous me fîtes fentir que je 
devois m abandonner entièrement à l'efprit de Dieu , lorfqutl vou~ 
droit fe communiquer à moi. Elle lui apprend que dans le tems 
qu'on difoit le Te Deum , s 'étant aflife , &c s'étant abandonnée com- 
me vous me l'ave^ recommandé, l'Abbeife vint lui îecoùer la tête, 
& lui ordonner de refter debout ; ce qu'elle fit à Ja vérité, 
mats avec des peines incroyables , puif qu'il me fallut refijler malgré 
mot aux mouvemens intérieurs que je fentois ; atnjîuous voye^ l'im- 
pojjibiltté où je me trouve de pouvoir fuivre V9S confetls t 'iSF les 
peines par conféquent inévitables où je dois m attendre déplus en plus i 

Le P. Girard , à qui l'état de fa Pénitente n'étoit pas incon^- 



; 



3/ 
nu , puifque la Lettre elle-même juiliiïe quil étoit une fuite 

de fes préceptes , lui répondit le même joue en ces termes : 
Le Te Deum fe dit toujours debout , vous ave^ été faifie ( c'étoic 
une extafe )dans la cir confiance la plus délicate de l'Office, notre 
Seigneur a voulu vous ménager encore par4à une petite mortifica- 
tion. Je vous ai dit de Vous y attendre; ( voilà l'homme qui 
doutoit ou qui a été trompé ) mette^ tout a profit ; quand avec 
un médiocre effort vous pourrez re fi fier aux impr étions pendant l'Of- 
fice y faites4e : S'il efi trop difficile y abandonnez-vous du bon Dieu j 
<? abandonnez-lui au même tems toutes les petites fuites ; dans les 
autres rencontres ne force^ pas violemment l'efprit intérieur ; cela vous 
donnerait lieu d'être exercée > <& reff/rife quelquefois, • 

Un précepte fi abfolu, Jaifle-t'il entrevoir du doute dans 
l'efprit du Père Girard, & auroit-il parlé de la forte, s'il 
n'avoit crû que l'état de la Pénitente ne fût furnaturel > 

La D. Cadiere inïtruifit fon Directeur d'un accident d'ob- 
feffion des plus violens , par fa Lettre du 2.8. Juin 1730^ 
Le bon Dieu 7 lui dit-elle , me manifefia une affaire qui fe paffe 
parmi les Religieux de l'Ordre ^ m en découvrant également l'énormi- 
tè t qui me plongea dans une douleur extrême a proportion de l'ou-> 
trage qu'il en reffentoit , en déchargeant tout auffi-tot fur moi toute fa 
vengeance & fa fureur \ afin que je fatisfaffe à fa Jufiice< Il permit 
à ce fujet que les Démons fortant de leurs abîmes , vinjfent fondre 
fur moi avec l'afpetl le plus formidable O* le plus affreux quonputffe 
s'imaginer ; leur forme étoit femblable à des Taureaux <& des Lions 
rugiffans 7 iF à des Serpens , qui pouffent des fiftemens horribles. À 
la vue de ces objets odieux • , je tombai à la renverfe 7 1? perdis toute 
connoiffance } & alors ils fondaient fur moi avec urie telle violence } 
qu'ils m auraient fans doute mife en pièces ,ft le pouvoir leur en avoït 
été donné. Tous ces objets effrdyans me firent tomber dans un accident 
convtdftf } qui nie f ai f oit tordre tout le corps } les bras , les mains , 
O* crier a toute force comme une perfunne in f en fée , <ut pleurer en me* 
me tems à chaudes larmes ; tellement la douleur que j'en reffentots 
êtoit violente. Cet accident dura demie heure y & fans un miracle içr 
•un fecours tout fpecial de la part c'e Dieu , je nauroisjdmais crû pou- 
voir en être délivrée; car vers la fin de mon accident , f apperçus Je- 
fus-Chrifi dans fa gloire 3 me déclarant qu'il avoit été témoin de ce 
qui venait de fe paffer , i? me faifant connaître qu'il nemplqyoit fa 
Toute- Puijfance que pour fe former des âmes capables de s'immoler 
à fon amour o* à fa jufiiee. 

Le lendemain 1 p. Juin , le P. "Girard répondit à cette Lettre : 
Vous fouffre^j mu pauvre Enfant y <lF~vous jouiffe^; c'efilà avoir un 
avantage fur les Bienheureux. Je remercie avec vous notre divin Maî- 
tre de toutes les mi f encordes dont il ufeà votre égard / &je le conjure 

de 






de continuer à répandre fur vous f es plut precieufes benediclions . Latf- 
fè^-le agir de votre côté, ma Fille, & tene^-vous feulement btenfou- 
mife £?• bien docile à toutes fes imprejjions , toute votre Attention doit 
fe borner la. Or fi les révélations , lafpect des démons , les ac- 
cidens d'obfeiïion , font de piécieufes ben édition s du S ci* 
gneur, dont le Père Girard demandoit la continuation; fi 
dans cet état la pauvre Enfant foujff oit <& joUijfoit , # a'voit m 
avantage fur les Bienheureux j fi lui enfin qui a voit vu de fes 
propres yeux à* Toulon &: à Ollioules , le même état & les 
mêmes effets , parloit avec tant d aflfûranee, &c ordonnoit a fa 
Pénitence de fe tenir bien fourni fe <&r bien doàle aux impreffions , 
n'eft-il pas plus que prouvé que le Père Girard étoit revenu 
de fes doutes , ( s'il eft vrai qu'il en ait eu J qu'il regardoit l'é- 
tat où elle étoit, & qu'il l'autorifoit comme un état furnaturel • 
<5* héroïque ? 

Que doit- on penfer , fi à tous lés effets extraordinaires ©15^ ew!** 
dont on a parlé, on joint encore celui de connoître le fecret *°- T ^ oi "- u 
& l'intérieur des consciences ; effet que les Religieufes d'Ol- au «coi. 
lioules ont reconnu par l'expérience qu'elles en ont faite, Dm™Ma r £ 
& que le Père Girard a avoué par fa reponfe au %6. Interro- Gwrin ' 
gatoire > 

Il n'eft gueres probable qu'un Directeur fi curieux du flig- 
mate du côté, des côtes élevées, & des aurres merveilles qui 
s*operoient dans laDemoifèlle Cadiere, qui fufpendoitj on juge- 
ment jufqu'à ce qu'il eût examiné les faits fur elle-même fcrupu- 
leufement & fans témoins, eût cru légèrement & fans aucun. 
doute un don purement fpirituel, qui excite fi naturellement la 
curiofité, U qui prefente tant de moyens innocens pour la fatis- 
faire. La croyance d'un tel Directeur fuppofe néceffairemenc 
un examen j & fes lettres (notamment celle du il. Août 1730.J 
juftifient affez qu'il doit fçavoir mieux que nul autre, jufqu'oû 
alioient les connoiflances de fa Pénitente , & quel eft cet efprit 
intérieur qui les lui donnoit. 

On néglige les autres preuves que les lettres peuvent four- 
nir, elles fe prefentent à la vûë d'un chacun, & l'or) y dé- 
couvre pour le moins auffi bien que dans la procédure, corn- 
J>ien l'état de la Demoifelle Cadiere étoit extraordinaire , que 
le Père Girard en a vu & connu les effets , qu'il les a déclaré 
hautement divins i? fur naturels 7 de perfonne, (pas même les 
ïefuites ) nedifeonviendra, que fi cette fille écoit morte avant 
fon retour d'Ollioules à Toulon, elle n'eût acquis deffinitive- 
ment Je titre de Sainte d'Ollioules > fous lequel M. l'Evêque l'an- 
nonça au P. Nicolas. 

Or ii le Père Girard eft forcé de convenir qu'il a crû que 

K 



^ T 



3 s 
la D.-Cadiere étoit obfedée, ( fans quoi il a ouvertement joiic 
la religion & donné lieu à une infinité de facriléges, ) s il l'a 
crû effectivement ainfi que la procédure , Ses aveus.& fes pro- 
pres lettres le prouvent, quelle eft la faute qu'a commis c 
P. Nicolas en le croyant ? 

Celui-ci n'a pas confideré cet état comme héroïque , divin y .Se . 
égal à cekii que les S rs peuvent avoir pratiqué : voilà l'unie- 
djfference qui fe çropve entre lui Se le Père Girard ' mais pon- 
vok-il porter ce jugement, lois qu'il a vu qu'au milieu de cet 
état la Fille avoit une impuiffaneeabfoîuë de prières, & qu'elle 
croyoitinême d'avok acquis un titre pour ne pins prier? a-t'il 
pu croire divin un état fous lequel fe cachoit & fe nourrifibic 
roue enfemble un démon d'orgueil & d'impureté ? 

Falloit-il croire cet état naturel , parce qu'il net oit pas di- 
vin ; mais le même motif qui a porté le Père Girard à ne pas 
douter ( quoi qu'il dife ) de i'obfeîliQn , & les effets prodigieux 
qu'il a vu, que chacun voit dans la procédure, 8c dont il ne 
feait expliquer la caufe, ne fubfiftent-ils pas toujours ; faut-il 
croire nécefTairement qu'une obfefïîon foit un état héroïque , 
tel que les Saints ont pratiqué Se accepté pour la plus grande gloire 
de Dteu , pour dire que fi elle n'a pas cet objet , elle en foit 
moins une obfefïîon ? qui doute ou du moins qui peut douter 
que le père, du, menfonge ne. fe transforme en Ange de lumiè- 
re , &c qu'il ne couvre Tes opérations de l'apparence des don| 
celeftes ? 

Après tout, qu'on difpute tant qu'on voudra fur le prin- 
cipe de cette obfeflîon qui a été déclarée au P. Nicolas, com-i 
me elle l'avoit été au P. Girard, les effets en fonUls moins réels 
& moins extraordinaires î ces faits que le P. Girard a tant exa- 
miné, qu'une Ville eiitiere & une Communauté a vu & ad- 
miré , qu'il leur a û* fort vanté cpmme furnatureîs , qui fe font 
caftez une année avant que le Pore Nicolas fût à Toulon, Se 
qu'il ait parlé à cette Fille ; ces faits enfin qu'il n'a pas in- 
venté, 5c que kPeie Girard lui-même lui a tranfmis, ont- 
ils donc fur le champ été métamorphofez en faits fi naturels, 
qu'on n'ait pu les regarder autrement fans crime > 

Le Père Girard trahit, ici fes intérêts*, car fi du premier 
coup d'oeil le Père Nicolas a dû croire que l'état de la Dé- 
ni oifeï le Cadiere étoit naturel , pourquoi lui-même ne l'a-t-il 
crû, lui qui a eu tant de loifir pour l'examiner? 

Si la caufe de tous ces faits, merveilleux lui paroft à pre- 
fent fi fimple & Ci ordinaire , quel rare événement eft celui- 
ci j un Jefuite s'eft trompé groflierement pour être tropinltruit; 
les merveilles de fa Pénitente l'ont ébloui tant qu'il a pu les 



.V 



voit fur î original) il n*en a découvert le faux qu'à rnefiire 
qu'il en a été éloigné, & qu'on l'a querellé far les épreuves 
pratiques- qu'il en a voie fait. 

Mais fi la caufe 'en e(l fi naturelle , pourquoi le P. Girard jj. intercg, 
interrogé par Meilleurs les Commiffaires de dire ce qu'il en 
-penfoit , a-t-iî répondu avec tant d'ambiguïté , &c. s'eft enfin 
î en a ne lié à une caufe inconnue? D'où vient qu'il l'a fi nia! ex- 
pliquée dans fon Mémoire mftru&if , bien qu'il ait çpuile les 
lumières de la Société? 

En effet fi le Père Girard transforme aujourd'hui en ulcères 
&eu écrouelles , desplayes qu'il a regardé juf qu'ici comme des 
Stigmates divins, & révéré comme tels, qu'il nous apprenne 
au moins comment & par quelle voye il a fait cette décou- 
verte; Comment après s'être toujours trompé tant qu'il a eu 
ces playes fous les yeux, il eft devenu tout à coup fi éclairé, 
des qu'il a ceifé, de les contempler ? Comment pour cette fois * 

feulement & en fa faveur, les écrouelles ont ufurpé une place 
qu'elles ne connoiffoient point ? Comment enfin ces playes 
étoient devenues comme le fceau qui marquoit fes Pénitentes 
chéries ? Ce font des dons celeftes , tant qu'elles peuvent fer- 
vk de voile à fes voluptez ; mais en deviennent-elles les té- 
moins , ce ne font plus que des ulcères hideux. 

Si plufieurs transfigurations dont il a été toujours le té- 
moin , &c qu'il a donné pour miraucleufes, fe changent à pre- 
fent en un fang impur dont cette Fille Je barbomlloit le vifage : 
©n pourroit le croire s'il en avoit été l'unique fpe&ateur. Élevé 
à un état de faintçti prefque angelique , il a dû ignorer les infir- 
mités Ordinaires du fexe : mais qu'il nous dife à quelles 
marques il connbiuoit qtte ce fang étoit plus propre qu'un 
autre à faire des miracles ? Comment il eft déchu de cette bien- 
heureufe ignorance > Ses yeux , comme ceux du premier 
homme, fe feroient-ils ouverts pour avoir mordu au fruit 
défendu ? Qu'il nous explique comment trois de ces transfi- 
gurations ont pu faire l'admiration publique ? Comment tant 
de femmes &c de filles fujettes aux mêmes infirmitez, loin 
d'entrer dans aucune défiance, ont toutes crié au miracle? 
La variation qui eft la reffource ordinaire de l'impofture, eft 
auffi la trace qui la décelé & qui la trahit. La franchife & la 
fimplicité n'ont qu'un langage & une voye ; vir duplex antmij 
inconjlans ejî in viis fuis. 

Que ne s'attachoit-il du moins a nous mieux expliquer ce 
qu'eft cet efprit intérieur qui fe communique, 6c aux impreffîons duquel 
il faut fe livrer & s'abandonner , qu'il ne faut pas forcer violemment, 
à moins de s'expofer à être reprife 0* exercée? Ce que c'eft que 






40 
cet état d'union p* de peine , durant lequel on jouffre 8c on jouit par 

un avantage fuperieur à celui des Bienheureux. Enfin , quel eft 
cet efprit intérieur qui, fuivant le Père Girard, eft le principe des 
extafes,des accidens Se des révélations les plus extraordinaires. 
Le fiftême d'un Directeur , eft-il l'effet de l'imagination 
de la Pénitente , Se doit-on s'adrefler à elle pour l'expli- 
quer ? Qu'on parcoure la Procédure Se les Lettres du Père 
Girard > il n'eft jamais furpris des faits prodigieux qu'il voit, 
ou dont elle l'inftruit j tantôt il s'y attendoit , tantôt il dpnne 
des avis pour les prévenir, Se toujours il authorife (on état. 
Ce mot d'état lui feul , que fignifie-t'ii ? Cette fuite de fouffrances 
intérieures & extérieures , cette illumination habituelle , ce thTu de 
faulTes fpiritualitez , d'extafes & autres chofes furprenantes , eft un 
état , une pratique foûtenuë par des principes, Se fuivie de faits 
éclatans , où l'on trouve toujours le Directeur, ou comme témoin 
ou comme approbateur. 

Il doutait , ûfufpendoit fon jugement ( e*eft lui-même qui nous l'a 
appris j) qu'il explique doncfurquoiil faifbit rouler fes doutes, Se 
quelle eft la raifon par laquelleilseftdéterminé ? Un Jefuite , 
dont le métier eft d'être Directeur, qui eft admis à ce qu'on ap- 
pelle le fecretde la Société', qui n'eft pas novice fur ces fortes^ d états, 
puisqu'il s'eft acquis la gloire d'avoir dirigé la fameufe Sœur Re- 
in u (à t j un Directeur enfin qui a doute' , peut-il fe transfigurer en 
homme fimple Se crédule , fufceptible de toutes les imprelîlons 
qu'une jeune Fille voudra lui donner, jufqu a la croire dans un 
état divin Sefumaturel, Se la diriger dans cette idée lorfqu'il n'en içaifc 
rien , ou par cela feul , qu'elle le lui a dit ? Pour recevoir une tel-: 
le exeufe , il faudroit être bien plus fimple que le P. Girard ne 
fuppofe de l'avoir été, ou plutôt il faudroit qu'un Jefuite eût ac- 
quis le titre d'être tout à la fois , Se fuivant Ion intérêt , içavant , 
idiot i foupçonneux , crédule , fincere ., fourbe i pieux , impie j 
Se pour tout dire en un mot, omnis borna, 

Quoi qu'il en foit , on ne pourroit prétendre que le P. Nico- 
las (malgré tous ces faits extraordinaires ) nedevoit pas ajouter 
foi à l'état d'obfeflïon , qu'en fuppofant qu'il eft abfolument im- 
poffible. Or les perfonnes éclairées, & celles qui cherchent à 
s'inftruire > peuvent-elles douter de la pofTibilité d'un état , que 
tant d'exemples renouveliez dans tous les Siècles n'ont que trop 
confirmé, que l'Egli/è entière & les Philofophes même les plus 
incrédules ont crû pofîîble dans tous les Siècles? Et ceux qui font 
animez du génie Jefuitique, ne font-ils pas forcez de déférer 'à 
une autorité non moins refpeétable pour eux*? C'eft celle du P. 
Girard lui-même. 

Si l'on joint à la poffibilité de l'obfefîîonj la qualité des faits 

merveilleu. 



$ 









m 



4i 

rherveilleux & extraordinaires , qui femblent la caracYifer dans îé^ 

cas prefent , l'aveu que le D. Cadiere a fait au r ère Nicolas de 
lavoir acceptée , & la conduite du P. Girard qui exprime fi-bieri 
le jugement qu'il a porté fur cet état j à qui perluadera-t'on que le 
Père Nicolas n'a pu croire Tans malice , Se fans être entré dans un 
complot , que cette Fille étoit obfedée ? Difons mieux , eft-.ee la 
faute ou le malheur de ce Religieux , que la j unification' du Père 
Girard foit prefque impofllble. 

Si celui-ci n'a pas crû la Pille obfedée lorfqif elle le lui à 
dit, pourquoi au lieu de la ramener de fes égaremens , a-t-il af- 
fecté de la conduire par les voyes extraordinaires ? N'étoît-ce pas 
aflez de cacher au public fes extravagances , fans qu'il publiât 
qu'elle étoit avancée dans la perfection , que fes maux étoit di- 
Ytns , qu'elle a voit fait des miracles , & que l'eau dont on lui avoit 
lavé le vifage le jour de la fameufe transfiguration du y Juillet * 
en f mit dans fin tems ? Pourquoi enfin s'amufoit-il à tant contem- 
pler ce ftigmate du côté fans témoins dans une chambre fermée à 
clef? Quel étoit l'objet de fes aiïïduitez , de l'éloignement des 
Médecins qu'il craignoittant , Se de fes empreflemens à vanter pu-. - 
bliquement la Sainte & fes prodiges ? 

S il croyoit réel l'état d'obfevnon , oùa-t'il trouvé que cefoit- 
làun a&e héroïque > & qu'il faille ou le confeiller ou même l'auto- 
rifer jl'on ne dit pas .dans une jeune Fille, mais dans quelle per- 
fonneque ce foittf Quelles étoit lesgarans de ce Directeur , que 
entêtât Ci périlleux, même pour les plus grands Saints , fut mar- 
qué au coin d'un état divin, Se pour la plus grande gloire de Dieu? 
Quelles font les prières de l'Eglife qu'il a jamais fait pour elle *• TAn. An* 

j r ■ i Cï-i r ■ • i * ncjanffrct 

dans tous les accidens ? oïl nen tiroit pas des avantages trop. ii>.Té m ,Ls 
folides, quel intérêt avoit-il à les entretenir ? M* l'Evêque étoit redSiiiouiïet 
indigné de fon filence , la Fille étoit diffipée plus qu'elle ne l'avoit ja- J 8 ^^"* 
mais étéj, elle ne prioitni ne faifoit aucuns exercices de pieté , fans 
méditation elle étoit extafiée, un feu intérieur ladévoroit , Se fes 
membres étoient roidi? 5 elle voyoit S.Jean TEvangelifte? écri- 
vant dans le Livre dé vie Jean-Baptifle 8c Marie-Catherine , elle 
avoit des ftigmates. Se jamais le Directeur ne les avoit aflez vus s 
il la croyoit obfedée pour la plus grande gloire de Dieu , Se il s'enfer- 
moit fous la clef avec elle }il n étoit fo'urd d'une oreille qu'avec elle» 
& pour appliquer fon vifagê furie nen. Enfin i la même obfeffion 
ouïe même état diy>in qu'il a fuivi de fi près pendant une année* 
eft reconnu pour ce qu'il eft dans deux jours par un Religieux f 
dont les lumières font bien au-deflous de celles d'u^ ancien Se fa- 
meux Jefuite j & celui-là même qui étoit fi emprefle pendant une 
année de voir des ftigmates , des transfigurations , des merveilles * 
qui allure que k Iras de Die» ri hqx&ttsyMÇojmi , il admiroit ce qu'il 



■ 



: 









4 2 
fcroyoic partir de là maïn toute puifîànte, eîl réduit à préfent If 

expliquer une partie de ces merveilles de telle façon, que la fic- 
tion ou plutôt la grofîîereté en eût été palpable. 

S'il a douté y pourquoi a-t'il douté fi long-tems ? Ou plutôt , 
pourquoi étant dans le doute , a-t'il parlé Se agi comme s'il eût dé- 
cidé ? Quelle a été la durée de fes doutes, la forme des éclaircif- 
fèmens qu'il a pris, & le motif quil'a porté enfin à ne plus douter? 
La manifeftation du Journal du Carême l'a détrompé , s'il faut l'en 
croire,- mais avant cette époque, qui eft au 22 Août 1730. fes 
doutes n'a voient-ils pas cefTé ? La Communion journalière , l'éloi- 
gnement des Médecins 3 fes Lettres écrites à l'Abbefle , Se tous ces 
autres faits éclatans de certitude , ou véritable ou feinte , n'a- 
voîent-ils pas précédé? Ignoroit-il d'ailleurs les vifions dont ce 
Journal étoit rempli ? Elles lui avoient été apprifes par la Fille & 
Imitant qu'elle les avoit , (es Lettres en étoient remplies , le Jour- 
nal des dix premiers jours du Carême lui avoit déjà été donné » 
Se dix extravagances valoient autant que cinquante pour le dé- 
tromper. Ce n'eft pas enfin le Journal lui-même , s'il faut l'en 
croire , qui lui a fait ouvrir les yeux, c'eft qu'il ait été divulgué s 
Se pour expliquer fa penfée, ce n'eft pas les connoiffances qu'il y a 
pris [ puifqu'il les avoit depuis long-tems] qui l'ont tiré de fon er- 
reur , c'eft la crainte des connoiffances que ce Journal auroit pu 
donner malgré lui à ceux qui l'aurôient vu. 

On ne peut confiderer le Père Girard quë>dans une de ces 
trois difpofitions : ou de croire , ou de douter T ou de ne pas 
croire fa Pénitente obfedée. Qu'il choififfe i Se quand il le fera 
fixé, que l'on examine fa conduite, & pourvu qu'on fuppofe qu'il 
penfe Se qu'il raifonne îorfqu'il agit, c'eft-à-dire , qu'on juge de 
lui comme on doit le faire à l'égard d'un homme raifonnable , on 
trouvera au-delà de ce qu'il faut pour rejeteer avec indignation 
toute idée de calomnie Se de complot. 

Le Père Girard n'en efl que trop perfùadé , Se le choix l'em- 
barafTe j il ne fçait comment fe définir. D'abord il fè prodigue 
des éloges excefftfs , dont le moindre eft celui d'homme éclairé ïf in~ 
teriwrs un moment après il eft crédule jufqu'à la bêtile ; enfuite il 
doute , enfin il ne croit rien , c'eft un vrai Prothée qui change de 
face atout moment > ne pouvant pas fbutenir un caractère qui foie 
fùivi , il les embraffe tous à la fois. 

Mais , on le répète , eft-ce la faute ou le malheur du P. Nicolas 
que la justification de ce Jefuîte paroiffe fi difficile? L'invention 
du prétendu complot n'eft dû qu'à cet unique motif: par tout ail- 
leurs, un querellé commence par fe juftifier , Se s'il n'y réûiïit pas> 
Se qu'il ioit trouvé coupable , il n'y a conftamment ni calomnie 
ni complot. Il n'eft pas même nece flair ement vrai que fon inno^ 
£9 fût une preuve de complot. 



43 
Elle leferoit encore, moins dans le cas préient contre le P.Nk 

colas, qui auroît pu Te tromper , ou être trompé bien plus aifé-t 

ment que le P. Girard i mais toujours eft-il certain que la queflion 

du complot, ne commence à naître qu'après que TAccufé eft re-t 

connu innocent. 9 

Ici il n'en eft pas de même , le complot devient la queftiori 
préjudicielle àlajuftification du Père Girard; Ces partisans les plus 
outrez, & lui-même, n'ofent dire, Se encore moins s'attacher ^ 
prouver qu'il eft innocent, Se enfuite qu'il y a un complot ? c'eft, 
dilènt-ils , parce qu'il y a un complot , qu'il eft innocent. Etrange 
raifonnement ! nouvelle manière de fe juftifîer! elle eft le mo* 
déle de la procédure de l'Official. L'innocence ne connut ja- 
mais de pareilles voyes. N'y a-t-il donc que le prodigieux Sç 
l'extraordinaire qui puifle être utile au P. Girard? 

Si le P. Nicolas a pu croire (comme on l'a démontré) que là 
Demoiselle Cadiere étoit obfedée , il a pu l'exorcifer j l'Eglife, 
n'a pas inftitué fans raifon l'ufagede certaines prières > elle ne l'au-v 
thoriferoit pas, fi on devoir être réputé criminel devant les Tri-» 
bunaux Laïques , lorfque l'on s'en eft fervi? 8e le formulaire des 
Exorcifmes que l'on trouve encore dans le Rituel , étant établi 
pour le cas de l'obfeflîon en particulier, on doit en conclure qu'il 
eft permis, & que Ton doit même exorcifer une perlonne qui pa-i 
roît obfedée. Les efprits forts riront tant qu'il leur plaira de l'obt 
fefîion, ils décideront qu'elle eft incroyable, par la feule raifon 
qu'ils fe font une loi de nier tout ce qu'ils ne peuvent pas compren- m. viaur 1 
are , mais nous y avons parfait notre Religion , nous t ayons reçue de nos l'Hift. jgwi, 
Pères , telle qu'ils ay oient reçue des leurs , À remonter jufaues aux Apôtres s 
donc il faut plier notre raifon pour nous foumetire a l'authorité des premier? 
tems , non feulement pour les dogmes , mais pour les pratiques* Celle de 
l'exorcifme eft auffi ancienne que l'Eglife. 

D'ailleurs le P. Nicolas ne s'y eft déterminé qu'après que M t rTi Tétn; 
l'Evêque l'a trouvé à propos j l'exorcifme a été fait de fon aveu ; J^ e ? etar * 
Se il l'a authorifé par l'exemple qu'il en a lui-même donné s ce fait i4-Tc m jo$ 
eft fi certain , qu'ayant été expofé dans plufieurs comparans qui nS, °* 
onr été prefentez au Prélat de la part de la Demoifelle Cadiere > 
&furtout par celui du 4 Janvier 173 1. (qui eft joint à la proce* 
dure , ) il en a reconnu la vérité > le même fait a été avancé pac 
la Fille 8c fes deux Frères dans leurs réponfes Se dans leurs Mé-* 
moires imprimez, & le P. Girard n'a ofé le dénier, il n a même 
pû s'empêcher de dire à la page 48. du fien , que le Père Nicolas 
voulant délivrer cette Fille de fon état , le ûtfans bruit à la Camp** 
gne 7 n ayant pour fpeclateur de fon opération, que fon Evêque* 

Or fi le P. Nicolas étoit comptable à quelqu'un d'un exorcifme 
gu'il a crû devoir faire > à quel autre êtolp ce qu'à fon Evêque > $$ 








£4 "Te m. 

Magdclaine 

Joly. 

iûo. Tém. 
Elirabeth Da- 
vid 

103 Tém. 
Anne Alibert- 
104. Témoin. 
Chriftophle 
Guillcn, 

Lettres du 
P. Girard & 
«le la D. Ca- 
dicrc jdesir, 
*t. Juillet & 
îi. Août 
J7JO. 






44 

pouvoit-il avoir un meilleur fpeclateur ? ce Prélat a-t'il comploté 
avec lui pour croire la Demoifelle Cadiere obfedée & pour 
l'exorcifer ? Monfieur l'Evêque de Toulon fera-t'il foupçonné 
dans quel païs que ce foit , de s'être trop facilement perfuadé 
que la Pénitente d'un Jefuite avoitbefoin.d'un exorcifme ? U # n 
girând Evêque qui voyoit iouvent cette Fille , qui ordonnoic 
à fon Aumônier d'être auprès d'elle tous les jours , qui la con- 
fultoît auparavant , 8c la reveroit comme une Sainte , 8c qui a 
été le témoin oculaire de fa chute, fera-t'il préfumé s'être trom- * 
pé' ? ou avoir pu. l'être par un Religieux qui n'a fait que lui obéir > 
& qui a toujours agi fous fes yeux ? 

On ne s' eft peut-être que trop arrêté fur ce premier chef d'ac- 
cufationjil étoit pourtant neceiïaire de le développer entièrement 
car il influe fur tous les autres. 

Et en effet > le Père Girard fixe l'origine du complot au trou- 
ble qu'il donna à la prétendue Fête de la Croix miraculeufe > & 
ce fut j s'il faut l'en croire , parce que la faujfcu des miracles de la 
Demoifelle Cadiere fut avérée , que le Père Nicolas introduifit 
le fifième de magie pour les expliquer , <L? en faire retomber le crime fut 
le 'Père ''Girard. Et avec la même hardieiTe qu'il avance une fî 
évidente fuppofition , il continue d'en publier des nouvelles qui 
lui fervent à perfectionner le complot. 

* Pour couper cette gradation , il a fallu necelîairement détruire 
le principe j & s'il eft vrai que le Père Nicolas n'a pas introduit 
le fifthne de magie 7 ou pour parler avec plus de jufteiTe , celui de 
l^obfeffion, qui s*eft introduit fous la direction du Eere Girard j s'il 
lî'a jamais entendu d'en faire retomber le crime fut ce Jefuite , puif- 
qu'en rempliffant les devoirs de fon miniftere 8c les ordres de 
M. l'Evêque , il n'a eu en vue que l'état de fa Pénitente > 8c 
nullement celui qui en pouvoit être l'auteur > il n'eft pas moins 
vrai que là ba/ê du prétendu complot eft renverfée , & que le 
Père Girard compte un peu trop fur fon. crédit , lors qu'il s'i- 
magine de le perluader. 

DEUXIEME CHEF D'ACCUSATION. 

• 

Ijq Père Nicolas a recherché plufieurs Pénitentes du Père 
Girard, pour leur înfpirer qu'elles étoient obfedées &les exor- 
cifer j il a comploté avec la Demoifelle Cadiere la feene qu'el- 
le joua le 16*. 8c iy. Novembre 1730. dans la vue dsjuflifier aux 
jeux du public la prétendue necejpté des exorcifmes* 

'REPONSE 

M. l'Evêque (comme on l'a déjà fait remarquer ) ayant ap^ 

pris 




4T ■ 
pris par la Demoifelle Cadiere > lors qu'il l'eut exorcise , que 

plufieurs de fes compagnes , Pénitentes du Père Girard, étoienc 
dans le même état, la chargea expreflement lors qu'elle ferait 
revenue à Toulon , de les en retirer, en leur apprenant ce qu'elle 
même venoit d'éprouver j il donna la même commillion au Père 
Cadiere Dominicain , Se il prefla fort le Père Nicolas d'y con- 
courir. Ce Prélat en donnant ces ordres ne prévoyoit pas fans* 
doute que le Père de Sabatierle porterait dans peu à des démar- 
ches bien oppofées. 

Quelques jours après le Père Nicolas ayant été appelle chez* 
la Demoifelle Cadiere, il y trouva la Demoifelle Batarel. Le 
bruit public lui avoit déjà appris qu'elle étoitdans le même état. 
Se le récit qu'elle lui en fit le lui confirma j la Demoifelle Alle- 
mand lui découvrit le lien, Se il n'y pût reconnoître qu'une en- 
tière conformité. Açcidens convulfifs, extafes , révélations , im- 
pui fiance abjoluê de prières, é ta t /««io» , ftigmates pein es, intérieures , 
croyance d'être incorporée avec le Père Girard Ion Confefieur j aveu 
de s'être offerte en viBhne pour t expiation des peche\ des hommes ; 8/rém.AndA 
tel étoit l'état de la Demoifelle Batarel , fa dépofition contient i9 . iém. 
un détail afîez circonftancié de toutes ces fingularitez, quoiqu'il njid! ^ 
n'ait pas tenu aux EmifiTaires du Père Girard , qu'elle n'en aye 
retranché beaucoup plus qu'elle n'a fait. La DemoifelleAllemand 
n'étoit pas fi avancée, les açcidens convulfifs, les vifions impu- 
res, l'impuiflânce de prière, étoient les progrès qu'elle avoit faic 
dans quelques mois de direction , Se ils en annonçoientdeplûs 
grands. 'Sa Fille âgée de 20. ans avoit à fon exemple choifilô 
même ConfelTeur. 

L'uniformité de leur état avec celui de la Demoifelle Cadie* 
re , exigeok le même remède , & telle étoit l'intention de M. 
l'Evêque. Le Père Nicolas après avoir entendu leurs Confef- 
fions , leur fit les prières de l'exorcifme par précaution Se en fe- 
cret j & fi la Demoifelle Batarel fe rendit un peu moins facile que 
la Demoifelle Allemand a\ changer les Voyes du, falut , qu'elle difoit 
d 'avoir embrafpes , c'eft, qu'étant plus jeune , fbn attachement pour 
fon ancien Directeur étoit plus fort , comme il paraît par cet en- 
droit de fa. dépofition. Comme elle étoit dans le Confie (fwnal , {$* qu'elle 
eût dit au Père ReBeur que tout ce quelle venoit lui expofer > n étoit 
produit que par un fentiment d'amour, <s? qu elle fie fientoit portée â Fem- 
brajfer , il lui dit de fiortir du Confefiional , ce quelle fit -, t? 'le Père . 
ReBeur lui ayant dit. Vous rnave\ trop aimé aujourd'hui, &r lui ayant 
porté les mains fur chacune de fes épaules , <S* lui ayant prefenté le vi- - 
jage , la Dépofante le baifa $ <t& après quelques mots que lui dit le Pe-> 
re ReBeur , quelle ne comprit pas , elle fe retira fort contente. Dépofe 
encore que U Veille du départ de U Cadiere pour Ciboules 7 étant dans l§ 



àfi 

Satîon de ladite Cadiere- , & le Père Recleur defcendant du fécond étage 
aVec les Demoifelles tadiere & Guyol j elle dit au Père Recleur quelle 
aVoit quelque cbofe à lui dire , lequel étant entré dans le Sallon pour l'en- 
tendre , elle lui dit quelle avoit envie de l'embrajfer : elle Vembraffa ef- 
fectivement , le baïfa deux fois d chaque joue > & contente d'une telle ac- 
• tion faite aVec un homme d'une fi grande faintcté , elle fe mit d genoux 
devant lui , lui demanda fa benedt&ion , qu'il lui accorda effectivement l 
* ce double <?* après avoir baifé fes foulters y le Père ReBeur * lui dit : Mon En* 
suè fe joué ch n^ \f ant > ®' m yous enco ^age & Vom fortifie pour accomplir fes dejfeins 
"XJriïT m yom * E* atten fyite pendant quatre ou cinq fois après la Commu- 
ffifK* du p. nion , elle fentoit le Père ReBeur à fon coté gauche , comme incorporé 
d^etrtt ia L dans elle-même > y crainte que ce ne fût une Vifion dans laquelle il y 
de faP^Tten- ™t trop de l'humain , elle alla le dire au Père Recleur , lequel ne lui ré- 
ïtîfoihé tu- pond ** rtm > lequel Jïience la raffuroit dans fes doutes > <T la laiffoit 
roit il conri- contente», 

fcfler La Demoifelle Batarel înftruifit elle-même M, l'Evêque de 

ion état, il approuva ce qui avoit été fait. Se craignant qu'elle 
n'eut envie de retourner vers le Père Girard, il la fit relier dans 
la maifbn de la Demoifelle Cadiere , {? étant , dit- elle , allé À 
Saint Antoine, M. l'Evêque à qui l'on aVoit dit , tT elle aujft Dépofante, 
quelle étoit Jujette a des douleurs &r a des décident > lui dit qu'il fa! ! oit 
quelle demeurât dans la maifon de la Demoifelle Cadiere , jufqu'À ce qu'elle 
fût guérie» 

Quel eft donc le crime du Père Nicolas ? Eft-ce d'avoir re- 
cherché ces deux Pénitentes ? Cela n'eft ni vrai ni prouvé j & fi 
on refléchit bien fur leur état , peut-être que ce n'eût pas été un 
fi grand mal. Eft-ce de les avoir exorciiees ? Leur état fi reflem-» 
blant à celui de la Demoifelle Cadiere , dans le principe 6c dans 
les effets , fuffiroit pour juftifier le Père Nicolas > mais fon atten- 
tion à éviter l'éclat, les ordres & l'exemple de M. l'Evêque , effa- 
cent juiqu'au moindre foupçon d'indiferetion. Eft-ce d'avoir faic 
les exorcifmes en fecret ? Les Supérieurs Ecclefiaftiques permet- 
tent tous les jours âe les faire de Ja fbrte j M, l'Evêque les a fait 
ainfi lui-même > il a réglé la manière dont le Père Nicolas s'efl 
fervi > Se ceux qui reprochent à celui-ci de les avoir fait fecre* 
tementj n'auroient-ils pas été les premiers à crier au fcandale , 
sll les eût fait en public ? 

Les prières de l'exorcifme que le Père Nicolas a fait fur ces 
deux -Pénitentes , ne font donc pas la preuve ni même le plus lé- 
ger indice d'un complot." Outre que leur état n'étoit que trop 
réel , il ne peut être foupçonné de les avoir portées à le feindre > 
le Père Girard s'il n'en eft l'auteur, en a été du moins le témoin 
Se l'approbateur , une année avant que ce Religieux fut à Tou- 
lon» 



4-7 i 

Cependant il faut qu'il y ait un complot à quel prix que ce 

foit, le Père Girard en a befoin j c'eft-là fon fait juftificatij: , &le 

Père Nicolas en doit être Fauteur. 

Il refulte de la procédure , que plufieurs autres Pénitentes ac- QiS^'cvSt 

tuelles du Père Girard > la Guyol 3 la Lauger , la Reboul, la ••■t*b.a»- 

Gravier , Sec. avoient mêmes extafes , mêmes accidens convulfifs 3y.Tem.The- 

a .. 'C * CL' A I»a re ' e Allemand. 

mêmes vinons , mêmes Itigmates , même croyance a être parve- ?îl Tem. u 
nues ^/V^f^tfnf'on, même impuiiïànce abfoluë de prières 7 même J^tSIem. 
pratique de Communion journalière ? Se qu'à cela près* qu'elles ne ^ ÇiDiS 
iaifoient pas encore des miracles , comme le Père Girard difoit viUe.&c. 
quelaDemoifelleCadierera ayoitjait à Toulon, elles étoient di- 
rigées fur le même plan , & fe glorifloient de marcher dans les 
Voyes extraordinaires* 

Ces Pénitentes dont 1 état efl prouvé , Se qui le feroit bien 
mieux, pour peu qu'on voulût Téclaircir, charmées apparemment 
de l'affluence des dons ceîefies que leur procure la direction du 
Père Girard ? lui font encore fidelles , Se l'on comprend bien 
qu'elles n'ont pas dû refter inutiles dans une affaire qui les re- 
garde de fi près. Elles ont été les premiers témoins affignez de 
la part du Promoteur; Se le plus petit éloge qu'elles ont donné 
au Père Girard 9 efl: quelles nont jamais vu un Eetleur des Jefuitet 
plus mode (le , plus édifiant (? plus fa'mt, qu'il a la pureté des Anges, 
le xele des Séraphins aujji-bien que l'amour : en un mot , un homme doué 
de toutes tes perfections. 

Un pareil témoignage fembloit dautant plus autentique , qu'il 
venoitde cinq ou fix Illuminées qui auroient découvert , s'il en eût 
elle befoin ? le degré de gloire qui étoit préparé à leur Ange de, 
lumière y auiîî le Père Girard n'en exïgeoit pas alors davantage*' 
Mais quand les informations furent achevées , Se qu'il eut vu 
les charges qu'elles renferment, il crût qu'il falloit relever ces 
éloges par les foupçons qu elles donner oient contre le Père Ni- 
colas. 

Il faifit loccafion du recollement. Ces Pénitentes mieux in-* 
ftruites ajoutèrent qu'on les prefloit de fe faire exôrcifer, fans 
dire pourtant que ce fût le Père Nicolas, (la Guiol explique 
que ceto.it la Demoifelle Allemand ,) qu'elles furent voir Mon- 
fieur l'Evêque à faint Antoine , pour le convaincre qu'elles n'é-» 
toient ni Stigmatifées ,• ni obfedées* que le lendemain le Prelafi 
les ayant convoquées , elles allèrent avec le Père dé Sabatie* j 
que le Père Nicolas s'y rendît après , Se leur dit que le Dieu quelles 
f envoient étoit un faux Dieu , quelles mériteraient plutôt V excommunication 
de Monfieur l'Evêque que fa henediSlion , #* quil n étoit pas queftion kl 
de charité. 

La première reflexion qui fe prefènte , eft que la conduite 



4^ 
«lu Père Nicolas doit être bien irréprochable j qu'on n'ait pu 

engager ces Pénitentes d'en dire davantage contre lui, car 
ce qu'elles lui prêtent , fut-il vrai , y trouveroit-on la preu- 
ve d'un complot? n'auroit-il pas pu croire fans malice qu'el- 
les étoient dans le même état que la Demoifelle Cadiere , lors 
qu'elles font marquées au même coin. 

1°. Quelle foi peut on ajouter à des témoins évidemment fuf- 
pects, à des Pénitentes actuelles du P. Girard, tellement inte- 
reflees à le juftifier , que fi elles euflent pu y réuffir , elles fe 
feroient difculpées elles-mêmes? le défaveu quelles ont fait 
de leur état conflaté par une foule de témoins , loin de le 
rendre douteux ou de le changer , n'a fait qu'y ajouter le par- 
jure: ferait- ce un titre pour rendre leur témoignage utile au P. Gi- 
rard ïou n'en feroit-il pas un plus légitime pour les faire décréter? 

5°. Eft-il vrai-femblable que le P. Nicolas eût parlé de la forte, 
enpréfence de M. l'Evêque & du P. de Sabatier? L'Aumônier de 
ce Prélat & un de fes Valets, ontdépofé dans la procédure ( on 
juge bien que ce n'eft pas contre le P. Girard,) & ils n'ont rien 
dit fur ce fait? ils né l'auroient ni ignoré , ni oublié 3 s'il étoit 
véritable. ■ 

4°. Il n'eft pas jufques à la ci rcon fiance de l'avoir ajouté au 
recolement , qui n'en découvre la fauiTeté. On ne prefumera 
pas que ces Pénitentes chéries du P. Girard , ne l'ayent confulté 
avant leur première dépofition ,& qu'elles ayent manqué de zèle 
pour foûtenir la Caufe commune; cependant aucune d'elles n'en 
avoit parlé, ce n'eu que quatre mois aorès qu'elles ont toutes 
fait la même addition , & prefque en mêmes termes. Quelle au- 
roit pu être la raifon d'un oubli, & d'un fou venir •fi uniforme? 
Pourroit-on foupçonnerl'Offîcial^pré^tfnW/o», en recevant leur 
témoignage ? 

Cependant, qui l'eût crû? Le P. Ôirard peu fatisfait de cette 
fuppo(îtion,quoi qu'elle foit fon ouvrage , tâche de l'embellir a 
la pag. 48- de fon Mémoire inftru&if. Suivant lui, leP. Nicolas 
•offre à M. l'Evêque de lui montrer quinze à vingt Pénitentes 
'obledées j il lui donne le lieu & le jour pour conftater leur état j 
il part de Toulon , muni de l'Etole violette , du Rituel & de t Eau- 
bénite ( comme fi la Maifon d'un Evêque en eût manqué ) & don- 
nant l'eftbt à fon imagination enjouée , il compofe une fable qui 
ïi'auortit pas mal tant d'autres , dont fon Mémoire eft rempli. 
Loin que le P; Nicolas ait prefenté à M. l'Evêque ces Stigma- 
tifées , qu'il ne connoifioit même pas , elles ont dépofé d'être al- 
Jées d'elles-mêmes chez lui; que ce Prélat les convoqua le lendemain 
par un billet adrejfé à la Guyol i qu'elles eurent l'honneur d'avoir 
i leur tête le P, de Sabatier ( Auteur delà convocation. ) Ce brave 

Lieute- 



49 , . r 

Lieutenant les encouragea fi bien à juger qu'elles n'avoient ni 
ftigmates , ni maux divins , que le P. Girard n'a pu fans injuftice 
lui ravir la gloire qu'il acquit dans cette mémorable journée , 
pour la donner au P. Nicolas , qui n'en fut que le fimple fpec- 
tateur,de l'ordre de M. L'Evêque. 

Mais c'eft donner du poids aux fictions du P. Girard, que de 
les combattre ferieufement. L'accident qui furvint à la D Ca- 
diere le 16. Si ^.Novembre 17 $0. a quelque chofe de plusréef, 
il l'appelle une pêne complotée pour le diffamer , Tes EmiffaireS le 
publient , & feignent même de le croire. 

Le P. Girard forcé de foutenir une impoflure pat une autre, 
avance que ce nouveau complot fut fait , parce que M. l'Evêque 
ayant reconnu le myflere d'iniquité ^ ôc fait révoquer fes pouvoirs 
par fon Grand Vicaire au P. Cadiete & au P. Nicolas , iln'avoit 
pas voulu les rétahlir > quoiqu'ils lui euffent promis qu'il ney?- 
roit plus parlé de fortilege f d'ohftjjion O* À'exorcifme. 

La licence ne fut peut-être jamais portée fi loin On ne trouve 
dans la procédure , 'ni témoin * ni même un feul mot qui ait 
le moindre rapport avec cette nouvelle fiction. Le P Girard qui 
a produit tant de témoins par l'organe du Promoteur ,feferoit-il 
oublié fur ce fait , puifqu'il prétend en tirer une preuve de com- 
plot? Un Jefuitequi eft fi. bienenétat de prouver des faux faits, 
aur oit-il moins de crédit ou d'attention à con (tarer ceux qui fe- 
roient véritables? M- l'Evêque lui a fourni deux témoins de fa 
Mai fon , ils auroient fans doute fçû quelque chofe ( du moins 
par oui dire ) d'un fait qu'on prétend s'y élire paffé. 

Llmpofture fe découvre encore mieux par deux réflexions i°. 
Le P- Girard place la révocation des pouvoirs immédiatement 
après la [cène des Stigmatifées , comme fi M l'Evêque y eût re- 
connu le myflere d'iniquité des feintes obfeffians ; cependant , on 
voit pat la procédure que la convocation des Dévotes à S. An- 
toine fut faite vers la fin du mois d'Octobre , & la revocation 
des pouvoirs n'eft que du 1 y. Novembre fuivant , plus de 2.0. jours 
après. 

x°. M. l'Evêque peut-il avoir reconnu un myflere d'iniquité fans 
fon propre ouvrage > Il s'étoîr inltruit lui-même de l'obfcinori , 
il avoit fait & ordonné des exorcitmes. Suppofer qu'il en eût été 
ofFenfé , ou que pour le fléchir , il eût falu lui promettre qu'il 
n'en feroît plus parlé, c'efl faire retomber directement fur lui la 
faute que l'on attribue au P. Nicolas, 

Le P. Girard pou voit-il mieux marquer le trille état de faCaufe, 
qu'en la foutenant , même par des fictions injurieufes a M l'E- 
vêque? Et le P, Nicolas n*a-t-il pas un double motif de les dé- 
truire, ert rappellant la vérité d'un fait dont ce Prélat n'a pas 
conftament perdu le fou venir î 

N 



therinc Artigues. 

ï <> . Tém. Mar- 
guerite Vicard. 

n. Tém. la D. 
Raimbaud au rec, 

ié.Tém. Dam. 
Marie Gucrin. 

38. Tém. Anne 
Batarel. 

j>3. Tém. Marré 
H ermite &c. 

4+- !î. S7- îS. 
<4, intcrrpg. 

Lettres de la D, 
Cadierc Se du P. 
Cirarddcs 18. & 
**■ Juin 1730. 

(éJij.Téjn.IaD. 



Le P, de Sabatier , non moins Jefuite que Ton Confrère , mie 
à profit l'imprudent éclat qu'avoient fait les fi délies Stigmate fées 
pour perfuader a M. l'E vêque qu'il faloit fur toutes chofes fau- 
ver l honneur de la Société > qu'il fit marcher de pair avec celui 
de la Religion ( pouvoit-il ne pas réuffir auprès d'un Prélat qui 
eft fi fort animé de fon efprit ? J II exigea que les pouvoirs de 
prêcher &c de confeffer fuiTent révoquez au P. Nicolas ; & il faut 
remarquer en faveur de M. l'Evêque , qu'il ne comprit pas d'a- 
bord comment ce Religieux en avoit mefufé, luiquin'avoit faic 
qu'exécuter fes ordres. Le P. de Sabacier ne vainquit fa refiftance 
qu'après avoir combattu pendant trois femaines i les menaces qu'il 
fit de mettre- l'affaire enjujike l'allarmerent: le Grand Vicaire faille 
le moment , & il révoqua lui-même les pouvoirs du P. Nicolas. 
Celui-ci fut curieux* à la vérité d'en apprendre le motif , il Ce 
rendit le même jour à S. Antoine. Le Prélat qui étoit inftruit 
par une Lettre du Grand Vicaire , lui en parla le premier , 6c 
pour fe, tirer fans doute de l'embarras où la droiture de Ces in- 
tentions le jettoit , ou peut-être pour les concilier avec thon- 
nenr de la Société , il promit fur le champ au P. Nicolas que Ces 
pouvoirs lui feroientrendus, s'il portoitla D. Cadiere àfe rétracte 
publiquement. Ce Religieux fit apercevoir M. l'Evêque qu'il pou- 
voit bien mieux que lui fe charger de ce foin : & après l'avoir 
remercié 3 il fe retira très fatisfait de ne s'être pas expofé à de 
nouveaux embarras , pour ravoir ou plutôt pour fe rendre in* 
digne des pouvoirs qu'on lui avoit ôté. Telle eft la vérité du 
fait 3 & l'origine de la perfecution que fourrre le P.Nicolas. 

La prétendue fureur dont il fut animé, & qui lui fit comploter 
la fane du 1 6.0* 17. Novembre » s'il en faut croire le P. Girard , 
eft une nouvelle impofture qui fe détruit avec celle qu'il vient 
d'en donner pour motifs: &c elle fe manifefte d'ailleurs , en exa- 
minant fi les accidens convulfîfs qu'eut alors la D. Cadiere, ont 
l'ait d'une [cène , Ôc fî on peut croire ou foupçonner que le P, Ni- 
colas l'aie complottée. 

Po u juger de ces accidens s il faut remonter a ceux qui avoiene 
piéeeié, & dont le P.Girard avoit-été le témoin. 

La D. Cadiere (a) depuis l'époque de fon obfeflïon, en avoit 
eu plafieurs à Toulon & à Ollioulesjils étoient fî extraordinai- 
res , que le. P. Girard étant feul avec elle, ne pouvoit pas même 
lui parler de Dieu , & qu'il les appelloit des maux divins & fur- 
naturels t il en connoiffoit donc lacaufe , &il avoit fans doute fes 
raifons lofqu'il ditîuadoit lesparens de cette Fille , ôc laMaîtrefîê 
des Novices d'Ollioules , d'appeller des Médecins. 

Ces accidens étoient commuus aux autres Pénitentes {£) du P. 
Girard > la Batarel , Lallemand & la Guyol , en a voient eu d'aufïi 



Tém. Loiiîs 



14. Tém.Jofeph 



violens. Celle-ci initiée dans tous les myfteres du pieux Directeur, At *(Ted'oiiiouiM 
connoifloit la caufe & les effets des maux divins , & (e glonfîoit binon av« u°d. 
d'être objedée s parce que dansref état extraordinaire, onffavoit tout ' 3 J C Tem.cath 
& on n f ignorait rien. An f n ré 

Quels accidens plus extraordinaires que ceux de la Laurier ; BuucMUfinfe 

{- z^k r ■ n r r * a dépolît ion. 

r) (Quatre ou cinq personnes ne pou voient arreiler les mouve- 39 . Tém The- 

mens convulfifs , le col enflé , les membres roidis , elle faifoit Te % A TéZlt^ 

des contorfions horribles : par l'ordre du P. Girard elle refufoit ^'«Aiismanl 

les remèdes , 6c Tes accidens é raient appeliez le mal de Dieu. joinviiie, ' 

• Or fi ces accidens font ordinaires aux Pénitentes du P. Girard; R } C quI em,Ckré 

fi la D. Cadiere en a eu de la mêmeefpece durant fa direction: iK^f'^ 6 "- 

a • -y» 1 1 1 t 1 Bomtii. 

pourquoi n'aura-t-eliepas pu en avoir un femblablele 16. 8c 17 4«- Anne Bei- 

Novembre. La caufe de Ces accidens a-t-elle dû neceiîai rement (i) i.Té m .Mr e 

finir au moment précis que le P. Girard ne l'a plus dirigée \ G t^S"£ é * 

Toutes les circonftances de l'accident (4) du 16". au 17. Novem- Giraudcmé. 

t. Tém ' 

bre n'exclucnt-elles pas l'idée qu'il en voudrait donner > £htatre Remoau. 
perfonnes ne pouv oient être maîtres de cette Fille , elle a voit le col r^oùT 
enflera, peau tendue* comme celle d'un Tambour, les membres roi des d ^j a '5j l S"" 
& inflexibles t on ne put lui faire ouvrir la bouche en lui ferrant te 
ne% , de le plus vigoureux de la compagnie ne put lut de jf errer les 
dents ; il fallut qu'on la tint abouchée fur le lit, & encore ne pou- 
Voit-on pas retenir fes mouvemeus convulfifs ; leur durée n etoic 
gueres moins furprenante > & quoi qu'ils fuifent fi violens , qu'elle 
n'eût ni fentiment ni connoiffance , elle n'avoit point de fièvre* 

Les Médecins & les Chiaurgiens qu'on appella reconnurent 
fi fort que c'éroit un véritable accident qu'ils ordonnèrent des 
Ventoufes : Si la Fille n'en étoit revenue que pour les éviter , 
elle n'y feroit pas retombée une heure après avec encore plus 
•de violence. S'il eût été queftion d'une fièvre > on eût été plus 
attentif à écarter les Médecins qu'à les appeller. 

La préfence des Curez de la Cathédrale (qu'on fît avertir) 
n'eut pas été moins à craindre pour une fcéne. Falloit-il en effet 
des pareils Spectateurs pour la décorer f S'ils ne firent pas des 
exoreifmes , c'eft qu'ils ignoraient l'obfefïïon èc tous les autres 
faits que la D. Cadiere a voit découvert à M. l'Evêque & au P. 
Nicolas ; maisjils firent du moins des prières , & ils furent fi éloi- 
gnez de penfer que l'accident éçoit feint , qu'ils retournèrent une 
heure après à un deuxième pour lequel on les appella derechef* 
ils renouvellerent les prières , ils réitèrent a la maifon jufques 
à ce que la fille en fut entièrement délivrée 

Le détail qu'ils ont fait de ces accidens dans leurs dépofitions 
fait afles comprendre qu'ils n'ont pas cru faire le récit d'une 
Jcene: ce qui le montre encore mieux, c'eft qu'ayant voulu éprou- 
ver fi les prières fecretes feraient fouffrir la D. Cadiere autant que 



celles qu'ils avoient dites à haute voix , ils en firent tout bas & 
à de/Jeu?} Sz alors cette Fille qui étoit abouchée fur fon lit hors 
d'état de les voir ôc de les entendre , remuait fa main gauche en. 
fiïne de rejet & de refus. 

Ces Curez n'auroient-ils rien comploté avec la D. Cadiere la 
prière faite tout bas C7* à dejjein , avec le figne de rejet & de 
refus ? S'il n'y a point de complot entre eux > il faut que cette 
circonstance leur ait fait une forte impreffion 3 puifquïls ont 
Voulu la faire remarquer. 

Mais l'ouverture de cette (cène imaginaire paroît-elle avoir été 
préparée? D'abord c'eft la Meie qui fort du litoù elle étoit avec 
fa Fille , & va éveiller brufquement (on Fils le Prêtre pour venir 
au fecours de fa Sœuri celui-ci n'ayant que le loifir de mettre 
fa culote , court à la chambre où elle ett , ôc alarmé de l'état 
pitoyable où il l'a trouva , prie l'EtoleÔcle Rituel, fit les priè- 
res de l'exorcifme , jettoit de l'Eau-bénite fur elle , 6c à chaque 
, fois qu'il lui difoit ces paroles : pracipio tibi ut dicas mihi nomen 
tuum y elle répondoit Jean Baptifîe Girard. Dar^cet intervale le 
Frère marié defeendit i la rue , ÔC appelloit levaifinage au fecoursi 
la mai fon fut bien tôt remplie, on dépêcha JofephRemoùil pour 
aller chercher le Médecin, ôc le Chirurgien * la Fille de Louis 
Calas fut avertir les Curez î & le P. Nicolas fut le dernier des 
Voifins appeliez , qui s'y rendit. 

L'ordre de ces faits conftaté par la procédure , détruit celui 
T Si. jofepii *{ nt I e ^ ere Girard leur a fauiTement donné à la pagei4. de fon 
Mémoire !• quelle croyance veut-il que les gens fenfez donnent 
à (on complot ? Il ne l'appuyé d'un bout à autre que fur le men- 
jfonge , ôc Ton dirait que la (implicite & pureté d'intention , ne l'a 
accompagné que dans la chambre de fa dévote. 

Quel tems choific- on pour cette [cène ; étoit -elle du nom- 
bre de celles que la nuit favorife ? Le Père Girard dit à la pa- 
ge 48. de fon Mémoire qu'elle eut pour objet de juflt fier aux 
yeux du Public la prétendue nécejjîrê des exorcifmes h mais 3 de bonne 
foi , s'agiffoit il de juftifier aux yeux du Public des exorcifmes qu'on 
avoir pris foin de lui cacher; N'étoient-ils pas plus que juftifie^, 
car les ordres ëc l'exemple de M. l'Evêque ? enfin le jour ne 
convenoit il pas mieux pour cette prétendue" judication » & fi l'on 
a voit difpofé des accidens , n'aurait- on pas choifi celui où l'on 
eft plus expofé aux yeux du Public ? 

D'ailleurs à quoi bon tant faire durer uncfcéne de cette efpé- 
ce î L'envie d'avoir des témoins aurait été bien fatisfaite , par le 
grand nombre de ceux qui avoient aïfifté au premier accident ï 
Ja (cène étoit aiTez fatigante pour ne pas la prolonger vainement 
jufqu'au lendemain au foir i à moins qu'on n'eût voulu la réité- 
rer 



%. *T*m. Loîiis 

Remoilil 

14 Ten 
Remouil 

> 7. Tem. Louis 
Calas, 



53 i r j 

rer, & avoir des nouveaux fpe&ateurs, que pour leur taire con- 

noître l'impolture. 

Mais la Fille , die. on, répondoit aux prières de l'exorcifme , 
elle nomma plusieurs fois Jean-Bapttjie Girard , & interrogée qui 
l'empechoit de fortir , elle difoit impuàkité\ peut -on diflimuler 
que cela n'aie été concerté pour diffamer ce Directeur? 

Si robfeffion eft poffible en gênerai , s'il e(t apparent dans ce 
cas particulifr que la D. Cadiere fût obfedée ; enfin Ci les aveus 
& la conduite du Père Girard femblent n'y laiffer aucun doute , 
il eft naturel qu'ayant été exorcilée durant un accident d'obfef- 
fîon el!e ait repondu de la forte. 

Mais que l'on éloigne pour un moment l'idée de l'obfeiïîon 
6c de l'exorcifme s que l'on s'attache Amplement à l'accident fans 
en approfondir la caufe ; toujours fera-t-il vrai , qu'il eft lembla- 
ble à ceux que la D. Cadiete , & la Laugier avoient déjà eus fous 
la direction du P. Girard,& avant que le P. Nicolas fût à Toulon. 

Il refaite en effet de la procédure que la D. Cadiere (a) étant à 
Ollioules , nommoit dans fes accidens ,&fes extafes iJan-Batif- Marie Gum'a. 
te<T Marie Catherine y & qu'elle diloit que depuis une année elle cSn&S^' 
avait fait [on martaqe. - (fi)39.Tém.Tiie. 

ti n rr 1 1 1 t ' - t ■ e A l' emaB< i > 

Il contre aufti que lors que la Laugier (b) etoit atteinte des acci- confrontation 
dens convulfifs > que le Père Girard appelloit le mal de Dieu , elle "^.TemuAime 
crioit : démon , démon ifais moi venir ce diable de P, Recleur , quil Bel , lori ^ ém Cath 
me vienne tirer de cet état puifqu'tlmy amife . . \ è / , .il efl aifé d'à- Liugùr. 
bu fer une fille de z%. ans ifai le diable dans le corps . » . . hé bien l ta deiaine/uièman!, 

me veux , je me donne a toi es- tu content > elle ajoiltoit que les ™5°x£35â. 

diables étaient au tour de [on lit , qu'ils prenoitnt la figure du P. Gi- bethGueine. 
rardyi qui elle diloit : mon Père vous êtes fur mot , retire^- moiftik Th«cfe 
vous fe plaignant hautement que les démons faifoient fur elle tout ^"S. Di- 
ce qu'ils pouvaient de plus mauvais , fans qu'elle fût y réfifltr : & moifciiejoinviiie. 
quand on lui préfentoit le Crucifix à bai fer , elle le montrott , & y Ardiflba. 
craçhoit contre. Ces accidens étoient aflez fréquens : le P. Girard ap- Jjeiineïè 
pelle au fecours, venoit tantôt fur le champ ,tantot il refufoitde 
venir , en difant : cela paffera,ne vous effraye^ pas , je ffai ce que 
cefl : mais à mefure qu'on le preflbit un peu plus , il fe rendoit 
à la chambre de fa Pénitente ;fon arrivée étoit le congé des afTif- 
tansi il fe fermait feul avec elle, une heure après il fortoit : le mal de 
Dieu cejjoit , & la fille revenait a [on état naturel. 

Le P. Girard, qui dit ici feavoir ce que cefl que ce mal , & qui 
fur le 158. Int. de Mrs les Co m truffai r es» quelle maladie avoi: lad, 
Laugier} a rep. qu'il croit que c'étaient des vapeurs aufquelles elle était 
fujette depuis [es premières années: au lieu d'être le médecin du mal de 
D/c-«,n'auroit donc plus d'autre fecret que celui d'apaifer les vapeurs 
des filles ens'enfermant/eWavec elles .-mais qu'if guerifTe de tels 
maux qu'on voudra ; que ce foit ici vapeurs ,ou obfeffion , il n'eft 

O 



benan. 



r SQ. Tttl. 



7Ï. Tém. 



54 
pas moins vrai que la Laugier ('fans avoir comploté avec Je P. 

Nicolas, qui ne vint à Toulon que quatre mois après) avoit des 
accidens convulfifs» qu'elle attribuoitau Père Girard , & dont elle 
lui déféroit tout l'honneur , fous la qualité de diable de P. ReÛeur. 
Avec quelle juftice donc peut- on inférer qu'un femblable accident 
dans la D. Cadiere, foit un ligne de complot avec le P. Nicolas? 
& fi celle-ci par le feul effet des vapeurs ( comme le prétend le P. 
Girard J a pu lors de fes accidens à Ollioule nomvs&r Jean - Bap- 
tefle , ôc parler de fin mariage avec lui, croyant alors que l'union 
écoitfainte, n'aura-t'elle pas pu > revenue de cette erreur, dedans 
un pareil accident de vapeurs , nommer le même Jean - Baptifle 
Girard , & appeller fon union impudititét il n'importe au P. Nico- 
las que l'on donne à l'accident le nom de vapeurs plutôt qu'un 
autre; fous quel nom qu'on le préfenre il fera le même; & fi les 
vapeurs ont pu eau fer des effets G extraordinaires aux Pénitentes 
du P. Girard , dans un tems non fufpect , pourquoi faudroit-ii 
en excepter un accident poftérieur , qui eft bien moins extraor- 
dinaire, dès qu'on l'explique par ceux qui l'ont précédé/ 

Meilîre Giraud l'un des Curez ( félon Je P. Girard) demanda 
à la D. Cadiere 3 d'où venoit fon mal : je dirai tout cela , répondit- 
elle, en fon tems ; voule% - vous cfuejefafje ici ma cçnfejjion publique î 
donc le projet de l'accu fa tion étoit déjà formé. Le P. Girard ne 
fait par-lique fournir une nouvelle preuve de fon habileté à tron- 
quer les dépofitions f qu'il dit n'avoir pas vues \ ) car le Si Curé 
Giraud a dépofé que /a Fille lui dit qu'elle ne Je conftjfoit pas publi- 
quement, quelle le lui diroit en particulier > m tems & en lieu : or le 
lui dire en particulier 3 n'eÙ pas annoncer un éclat, c'eft marquer 
au contraire qu'on veut l'éviter , ôc fi elle parla de la forte au 
feul Mre Giraud, c'eft qu'elle avoit refolu de fe confefferà lui , 
depuis la révocation des pouvoirs du P. Nicolas. 

Ce Religieux appelloit , dit- on , des témoins par îa fenêtre. Avec 
cette cLtconftance, l'accident le plus ferieux nedeviendroit-ilpas 
une feenet Ifabeau Guibaud, témoin produit par l'officieux Pro- 
moteur , dépofe de l'avoir entendu , & elle a oublié ce qu'il falloir, 
dire pour être d'accord avec le P. Girard fon Directeur } car l'un 
dit( page 14, J que c'étoit durant la nuitdw 16. & l'autre quec'é- 
toit le lendemain 17. & pendant le jour : le témoin afsure que le 
P.Nicolas appella une foule de monde>Ôc que cette foule qui s*atten- 
doit apparemment d'être appellée entra tout d'un coup ; cependant 
fur cette foutalfabeau Guibaud eft l'unique qui l'a entendu, ou pour 
mieux dire qui l'a dépofé;QueIle foi peut mériter un tel témoin ? 
François Amiot , ce curieux dont parle le P. Girard a la page 1 4. 
de fon Mémoire, avance dans fadépofition , qu'il dit au P. Prieur 
& Sieur Tr (moule t aujji , de dire à la Fille d'autres mots latins , pour 
fçavotr fi elle répondrait. Alors ledit Père Prieur lui dit quelques mots. 



avec interpellation d'y répondrez mais n ayant ffûy apporter aucune 
réponfe , ledit P. Prieur ajouta que fon JUence et oit un confentement , 
qui tacet confentire videtur. 

Le P. Girard rappelle ces mots latins , que le Père Nicolas a 
avoué dans fes Réponfes être ceux-ci , credis diabolo , enfui ce 
credis fpiritui immundo » mais par quelle règle le P. Girard prétend- 
il conclure que le fîlence de ta D. Cadiere à ces demandes , mar- 
que que fon accident: n'étoit qu'une [cène f Ou la D. Cadiere 
étoit alors véritablement obfedée , ou elle ne l'écoit pas ; fi 
elle l'étoic , feroit-il extraordinaire que le démon tantôt ré- 
ponde ôc tantôt ne réponde pas , à un homme fur tout qui l'inter- 
roge comme fïmple fpectaceur, Ôc par un mouvement de la curio- 
fité qui naît de fa furprife t Si on ne l'a fuppofe pas obfedée, 
lui étoic-il plus difficile de répondre d'elle-même à ces mêmes • 
motSj credis diabolo } qu'elleauroitpû,eomprendreaifément> qu'aux 
oraifons entières que les Curez récitèrent , & qu'elle ignoroic 
plus vraifemblablementr'N'y a-t-il point de milieu entre unacci- 
dent dobfejfton & une fcéne , & untjcéne complotée avec le P. Ni- 
colas ? Eft-il croyable que s'il avoit préparé la Fille à cette pré- 
tendue fcéne ^ii eût été aflez complaifant pour le curieux Amiot, 
que de la dérouter lui même par des intérogats inefperez. 

Le mot qui tacet confentire videtur > que le témoin attribue au 
V. Nicolas , eft de l'invention du P. de Sabatier j celui-ci crût 
qu'avec ce mot l'accident feroit une fcéne , Se qu'elle auroit un 
effet rétroactif capable de juftifier fon Confrère indéfiniment. Le 
curieux Amiot fe prêta a ce Jouable deflein. Le P. Sabatier fçait 
qu'il faut au moins deux témoins pour prouver un fait » & croyant 
d'avoir affez de crédit fur Tefpnt du Sr Tremoulet, il fuggera au 
Curieux de l'indiquer , comme prefent & même attentif au mot 
qui tacet &c. pour rendre prefque fa dépofîtion neceffaire. Amiot 
l'a fait ; mais le fieur Tremoulet ne croyant pas qu'il foit permis 
de dire unefaujjeté t mimeenf4 , veur d'un Jefuit e,£ut vainement Col li- 
cite par le P. de Sabbatier , quoi qu'il lui exposâc.qu'avec un mot 
ilrendroit un fervicefignale àla Société s le Promoteur s 'eft difpenfé 
de le faire aflîgner , & le curieux Amiot en a lui feul toute la gloire, 

Le P. Giraid fe foutient jufques au bout , il n'ofe dire claire- 
ment que le P. Nicolas fit alors des exorcifmes j mais il l'inrinuë' 
en difanc à la page xi. Telle fut la fin du Diable de la Cadiere..... 
le P.Nicolas par une vertu qui lui efl particulière , puis qu'il étoit in- 
terdit & fans pouvoir légitime, le terraffe & le fait périr fans rejfource ; 
qui ne croiroit en lifant ces paroles , que le P. Nicolas a fait un 
exorcifme, lors de cet accident ? Cependant nul témoin l'a dé- t T . TémFraa- 
pofé, & l'on en trouve deux dans la procédure 5 qui difent for- ^SSES^, 
meilement qu'il n'exorcifa F pas : de deux ou trois paroles qu'il î ois M er «dou. 
peut avoir mêlé à l'exorcifme de Mre.Cadierejle P.Girard^n veut- 



il compofer un , par le même tour d'efprit qu'il a changé en 1 un 
g^rnâ Crucifix, la Croix tant le P.Nicolas fie quelques fignes> Ôc 
qui de l'aveu de, cous les remoins n'étoic qu'une petite Croix? 

Enfin le P. Girard paroît être furpris que la D Cadiere n'aie 
plus éprouvé depub lors de pare lsaccidens;que fa furprifeeft elle- 
même furprenante?Cen*eft pas qu'on veuille exiger de lui , qu'il 
reconnoifTe à prefent L'effet des prières de l'Eglife ;• remède inconnu 
à ce Médecin des maux celé fies \ mais inltruit qu'il eft , que fa Pé- 
nitente n'avoir accepté l'obfeflîon que pour une année, dont il fixe 
le commencement vers la fin du mois de Novembre 1715) doit-il 
trouver extraordinaire , qu'elle ait fini vers la fin du même mois de 
l'année fui vante > 

Avant que de quitter cette matière, voudroit-il bien nous per- 
mettre , de lui demander pourquoi il a tant affecté dans fon Mé- 
moire de fe fervir du terme Atpofjejfton, au lieu de celui d'of?fefJion> 
que la D. Cadiere & le P.Nicolas ont toujours employé. Le Père 
Girard ne doit pas ignorer la différence qu'il y a de l'un à l'autre, 
elle eft aflez grande pour croire qu'il n'a pu les confondre fans 
quelque deflkin : l'obfeffion lui auroit-elle paru trop bien marquée 
dans le cas prefent? Craignoit-ilde ne pouvoir en éluder les preuves 
qui s'accordent avec fes propres aveus, s'il n'en avoit détourné 
l'idée par celle de la pojjfjjion dont il ne s'agit pas? 

Les circonftances de l'accident du 16. Ôt 17. Novembre j loin 
de prefenter la moindre idée d'une fcéne fe réunifient toutes pour 
caracterifer un accident tel qu'avoient été les précedens. delà D. 
Cadiere, &ceuxdela Laug : er, Le P. Girard dira-t'ilque c'écoienc 
tout autant de [cènes t Mais quand eft-ce qu'il s'en ell apperçûï 
C'eft depuis qu'il n'a plus eu le pouvoir d'y affifter ; c'eft-à-dire 
qu'il commence a voir lors qu'il perd de vue les objets. 

Mais fi ces Pénitentes concertoient fi bien leurs fcênes, que 
le P.Girard en étoit la dupe malgré fon attention a tout voir; 
pourquoi le P. Nicolas qui a beaucoup moins vu que lui , n'auroit- 
il pas pu être trorripé ? Toute la différence qui fe rencontre entr'eux, 
c'eftque fi c'étoient des [cènes^ le P. Nicolas n'en a été que lefpec- 
Ûateur , comme l'ont été les Curez , les Médecins & les autres i au 
lieu que le P. Girard , fous lequel elles ont commencé & duré pref- 
qu'une année,en étoit fouvent le/ewftémoin,&femettoit toujours 
dans l'occafion trop prochaine d'en être le principal acteur. 
Si ces accidens n'etoient pas âts fcénes s pourquoi en faire une 
deceluidu ic.&c 17. Novembre? Auroit-il mérité cette injufte dif- 
tinâion, pour y avoir pris les précautions que la bienféanceôc la 
pieté exigent? 

Ce fécond chef d'accu fation ne diffère en rien du premier : il 
eft la fuite delà même impofture,, ÔcleP. Girard n'y ménage pas 
mieux Ces propres intérêts. Toute maladie t a-t'il dit à la page 49. 

d'humeur 



d'humeur noire & des hypocondres , fe change en objeffion devant le P. 
Nicolas. Et dans ce fais, quelle lourde équivoque n'auroit pas 
fait le P. Girard de les prendre pour des maux divins & far na- 
turels f 

Mais quelle efpece d'hurleur noire ! elle eft la maladie favo- 
■rite du P. Girard , les Médecins ne font de tropavec lui que pour 
celle-là; elle commence & finit fous fa direction, $c ne s'attache 
qu'à des femmes &: à des filles * elle eft par fe s foins une fource 
de vifions , de révélations, de connoiflances extraordinaires , de 
ftigmates , de dons extatiques i elle caufe des vidons d'impureté , 
qu'il appelle en termes de l'art, peines * intérieures, des açcidens ■ 4 «. mtenog. ' 
convulfifs & de peines extérieures, que fa prefence n'appaiferoit Ba^nF" 1 " AtmC 

F s s'il étoit diftrait par des témoins j elle conduit à l'état d'union »• T v im - r 1 hc - 
i 1 r rr i lil l re ' e AUeiaand- 

dans lequel on foufj-re & on jouit i les malades de cette humeur 
noire ont l'air enjoué, font des parties de plaifir, embrajfent ten- 
drement leur Directeur i & le régime qu'il leur fait obferver, eft 
de ne prier jamais, de communier journellement, de Ce livrer, de 
s'oublier & de Uifjer faire. Qui vit jamais des hypocondriaques 
de cette efpece ; Et feroit il étonnant que le P. Nicolas fe fût 
trompé fur le nom d'une maladie fi peu commune» ôc non moins 
dangereufe que l'obfctfion. 

Si une telle humeur noire s'étoit engendrée ou même entrete- 
nue fous fa direction (ou de tout autre Prêtre qu'un Jefuite* ) il 
n'y auroit pas de forêts aûez épaiffes, ni des abîmes affe% profonds 
pour cacher fa honte , & le P. Girard avale un fleuve de lies & 
après avoir paffé/ês doigts fur fes lèvres , il demande froidement, 
Eh .' quefl cela > C'eft tout au plus une imprudence , on aabufede la 
pureté de mes intentions, 

•Mais la pureté des intentions fe trouva-t'elle jamais envelopée 
fous une conduite auffi fcandaleufe > Depuis quand la pureté des 
intentions eût-elle befoin du fecours de Pimpofture; Le complot 
imputé au P. Nicolas en eft une continuelle , ainfi qu'on l'a démon- 
tré. Que le P. Girard cherche donc ailleurs une autre reflburce i 
&puifqu'ile(t fi fécond en prodiges, qu'il tente celui de montrer 
un innocent en la perfonned'unimpofteur. 

TROISIEME CHEF D'ACCUSATION. 

Le P. Nicolas a perfuadé à la D. Cadiereque le P. Girard avoit 
abufé d'elle par le moyen du fortilege , il l'a portée à faire fon expo- 
sition , &il eft l'inventeur des crimes qu'elle renferme , parce que 
le P. Girard n'étant pas forci er, il neft pas inceftueux j ces deux crimes , 
neffauroient êtrefepare^ , & le défaut de l'exijlence de l'nn , entraine 
necejfairement l'an êantiffement de l'autre. 

REPONSE. 

Le P. Girard fent le foible defadéfenfe,fur le crime d'incefte 

donc il eft aceufé, lorfqu'il veut en fixer la caufe au fortilege , Ôc 

mettre à profit la prévention où l'on eft , qu'il n^y a pas deforciers-, 

P 



58 
ou du moins qu'il eft très difficile de les connoître , pour en induire 
que s'il n'eft ^zsfarcier t ilrieft pas inceftueux\ ce raifbnnement n'eft 
ni fubti! ni avantageux à celui qui l'emploie. 

En effet, le même homme que l'on ne croira pas , ou que l'on 
ne voudra pas croire/ora<?r,en fera-t'il moins homme? La fauflete 
ou l'incertitude du jugement que l'on auroit porté fur lui , ne 1 éle- 
vé pas au rang des fublimes intelligences. S'il n'a pas cefté d'être 
homme, il peut avoir été inceftueux j on doit donc examiner s'il 
l'eft effectivement, delà même manière, Ôc fur les mêmes règles 
que l'on juge lesautrés hommes. 

Par la même *aifon, les faits que l'on attribue en gênerai au 
fortilegeÇuhûiïcnt toujours, pourvu qu'ils foient prouvez de la fa- 
çon que les faits font cênfez l'êtte» & tandis que l'on s'agite pour 
feavoir fi la caufe que l'on ne voit pas , eft ou n'eft pas naturelle , 
l'efprit-fort borne fa difpute à fuppofer qu'elle eft naturelle, & la 
fupplée fans la connoître ; mais jamais il ne nie le fait qu'il touche 
au doigt. 

Le P. Girard va plus avant; il voudroit emporter du forci er jus- 
qu'à l'humanité, 8c du fait attribué au fortilege , le fait lui-même. 
Ce n'eft qu'en le fuppofant de la forte qu'il a pu raifonner confe- 
quemment , 5c dire que s'i l n'eft pas forci er , il n'eft pas inceftueux. 

En fuivant ce raifonnement , le P. Girard multiplie les fophif- 
tnes. Il prétend (à la page 17.) que te ri a jamais été que lorfque laD, 
Cadiere riêtoit plus à elle qu'on a pu la deshonorer j 6c il ajoute, que 
s'enfuit-il de cette fuppofttion ? Si ce ri eft qu'il faut que le P* Girardjoit 
magicien y fam quoi lefyftême tombe en ruine , &c. 

Mais i°. où trouve-t'il qu'il doive neceflairement être réputé 
magicien , pour qu'il foit permis de concevoir ce tems où fa Péni- 
tente riêtoit plus à elle 1 L'état d'obfelTioti où elle étoit enfourniflbït, 
défi fréquentes ôccafions , par les accidens & les extafes. Le Dire- 
cteur ne les manquoic pas, pour at tendre feul avec elle que l'accident lui 
eut paffé pour lui parler de Dieu, Il fuffit donc que la D. Cadiere aie 
été ohfedée, & cette obfeffion eft très -indépendante de la qualité de 
forcier en la perfonne du P. Girard. 

i*. Quand même il contefteroit cette obfeflion , & que pour 
lui faite plaifir on la pr endroit pour une chimère , il n'en fe- 
roit pas plus avancé ; l'argument qu'il en peut tirer 5 ne fçau- 
roit être mieux refuté qu'en le propofant : le voici en forme. 
J'allais (voir h <3> .Cadiere dans fa chambre y & fétois feultwec 
elle lors defes accidens 9 durant lefquelselle étoit fi peu à elle > 
que je ne pouvais mime lui parler de Dieu 3 mais f y alloisfêjjy 
reftais feul , parce quelle étoit ou que je la croyais ohfedée ; or 
je foutiens aujourd'hui } & Von croira quelle riêtoit pas ohfedée: 
Donc je ri ai pas été du tout dans fa chambre ; donc elle ria<yoit 
' pas des accidens & des extafes -, donc je ri ai pas reflé feul avec 

elle i 



vth s donc je ne F ai jamais vue. Quiconque fentira le ridicule 
de ces confcqucnces , 6c réfléchira fur la plupart des rai- 
fbnnemens du P. Girard , fera convaincu ou qu'ils ne con- 
cluent pas du cour, ou qu'ils ne concluent pas mieux. 

L'incrédule qui fe dira à lui-même : je ne veux pas croire 
que la D. Cadiere a été obfedée, quoique celafoit poffiblê 
en gênerai , & certain dans le cas prêtent par tant de eir- 
conftances Singulières, & par la conduite & le témoignage 
du £. Girard i s'il eft du moins incrédule de bonne foy, pen- 
fera que ces accidcns & ces extafes peuvent être l'effet d'une 
maladie > ou de quelque autre caufe naturelle, &c n'y retran- 
chera que le mot objejjiom otez^dom avec le Fere Girard le 
/ornière 3 ocelle foujfle magique , otez, même lobfeffion , vous 
notez rien , tant qu'il ne sotera pas lui-même de la cham- 
bre où il a été enfermé feul avec une fille , à laquelle il ne 
pouvait pas parler de 'Dieu , & dont il ne lui parloit pas *. il y 
et oit feul ' elle ri ê toit plus à elle , il y reftoit , & il attendait 
feul que l'accident eut pajfé > y \ homme n'étoit-il propre qu'à 
attendre s'il n'eût été magicien ? 

3°. La p. Cadiere ( a-t on dit) ne parloit 'que de Dieu , était 
prête afèfacrifier mille fois plutôt que d'affcnjer Dieu , on ne 
peut pas comprendre comment de fang froid , & jouijfant de fît 
pleine connoijfance , elle fe jeroit livrée aux abominations de fott 
Confejfeur : non cela ne Je peut : ce ri a jamais été que lorfqtielle- 
ri était plus a elle y &e. On a déjà montré que fans que le Père 
Girard fût forcier, ilavoit été enfermé feul avec elle dans fa 
chambre, lors quelle ri était plus à elle - y (oit quelle fût obfe- 
dée , ou que la caufe des accidens , & des extafes fût natu- 
relle. Refte à faire voir qu'en ne fuppofant même ni l'un ni 
l'ajifre contre l'évidence des faits , la Fille a pu être déshono- 
rée fans le fçavoir , & jouijfant pourtant de fk pleine connoif- 
fance. 

Il n'y a quà démêler l'équivoque du mot connoijfance : il 
peut fe rapporter ou au fait qui déshonore , ou au deshonneur 
qui accompagne le fait : on peut fentir le fait qui deshonore t 
& ne pas connoître le deshonneur qui y eft attaché - y pouf 
fentir le fait , il ne faut qu'avoir l'ufage libre des fens , ôc 
pour connoîrre le deshonneur , il faut que l'eiprit fçache 
difeerner le mal d'avec le bien. 

Or la D. Cadiere a fort bien pu , (. fi on le veut ) fentir le fait 
qui la déshonorait , ôc ne pas connoître le mal ôc le deshonneur 
qui en eft la fuite. 

Cette proportion ne s'accorde gueres , il eft vrai , avec 
les connoifTances prématurées des enfans de notre fiécle; la 
Ioy naturelle a même gravé dans leur cceur des fentimëns 
de pudeur que les approches du fait qui deshonore ne peu* 

Q. 



M. Fteurjr, 8. Difcouts 
fcr l'Hift. EccicûaRi^uc, 



6d 

vent quallarmer -, & fi rien .ne partait en faveur de la D- 
Cadiere , que fon âge de 1 8. ans , fa vie régulière & dune 
régularité même peu commune , on ne la fuppoferoit pas dans 
ce défaut de connoîjfance. 

Mais que ne peut pas l'autorité dun Directeur fur l'ef- 
prit neuf d'une fille qui a tout au plus les connoijfances im- 
parfaites que donne la fimple nature ? D'un Directeur qui 
fe fera fait un nom dans la chaire , & dans la direction > qui 
fçait s'attirer la confiance par un air modefte & pénitent, 
par le talent qu'il a de parler avec douceur de Dieu & du 
ialut , d élever & de baifler les yeux à propos > D'un Di- 
recteur t enfin, qui par des difeours tendres & attendrifl 
fans s'attache des cœurs , & fe les attache d'autant plus 3 qu'on 
veut les donner à Dieu même. 

Si un tel Directeur après avoir commencé par l'efprit, 
veut finir par la chair, trouvera t'il beaucoup de réfiftarice 
dans cette jeune Fille , qui reçoit déjà fes paroles comme 
des oracles ? Il prévient les douces j il levé d'avance les feru- 
pules , il prépare de loin les voyes, & il le fait plus fûrement 
par le plus de connoiflance qu'il a de l'intérieur de la Péni- 
tente j il fe charge s'il le faut de lincerêt du Ciel ; & elle 
croit embrafTer avec lui la voye même du falut, lorfqu'il la 
précipite dans celle de la perdition. 

Quelle voye plus propre à ce deflein que le Quietifme ? 
Ion peut dire que dans tous les tems 3 le démon s eft feryï du 
même Artifice 3 de plonger les hommes dans les wices les plus 
groflïers %) les plus honteux y fous prétexte de la plus haute per- 
fefôion* Mais ne peut-on pas dire aufïï que le Quietifme eft 
peut-être l'artifice le plus fubtil, dont le démon fe foit fer- 
Vi i Au milieu même de iEglife s'élèvent des hommes qui 
ne (ont , ce (èmble , animez que de la contemplation de 
Dieu, du defir de conduire I'ame à l'union avec Dieu, de 
la tenir attachée à Dieu t qui veulent que la volonté fe 
dépouille de toute propriété pour ne pas empêcher les ope- 
rations de pieu , qu'elle meure & fe perde en Dieu ; 
quelle s'oublie elle-même pour n'être qu'avec Dieu ; qui 
preferivent à I'ame unie à Dieu , d'oublier encore plus ce 
corps infirme qui la détourneroitde Dieu, de l'oublier fi fort, 
que plus elle fera infenfible à ce qui s'.y pané , plus elle fera, 
intimement unie à Dieu - 7 d'oublier même fes propres befoins, 
jufques à perdre lufage de la prière vocale , affairée quelle 
prie toujours dans cette faune union , ou plutôt quelle n'4 
plus befoin de prière , n'ayant plus rien à obtenir. Quel 
poifonplus fin & plus dangereux 1 Dieu même eft l'objet que 
l'on fe propofe en s'éloignant de Dieu : la voye. du crime 
eft donnée comme la voye qui mené à Dieu : le libertù 



«I 

nage eft une vertu, & une fi grande vertu, que linfeniibt- 
lice' aux œuvres de la chair perfectionne l'union avec Dieu, 

Celui qui devient Quietifte pour s'autorifer dans le cri* 
me, ou pour y conduire les autres , n'étouffera jamais, quoi 
quil faUe, cette %oïx qui crie au dedans de lui-même , plus 
fort que routes fes pafïions , ôc qui les condamne : mais cette 
jeune Pénitente qui eft tïncerement animée du defir d aller 
à Dieu, qui ne penfe pas à fe faire une loi d'un libertinage 
qu'elle ne connoît pas , qui eft docile Ôc foûmife à celui 
qu'elle croit un Prophète envoyé de Dieu , Ôc qui n'eft ce- 
pendant qu'un maître quietifte , ne deviendra. t-elle pas 
elle-même une élevé & un» victime du Quietifme (ans le 
fçavoir? ôc fi Ion conçoit qu'elle peut être dans la bonne 
foi , Ôc fe croire unie à Dieu tandis qu'elle eft Quietifte ; 
n'eft il pas naturel quelle en fuive les préceptes fcicmment , 
& fans aucune défiance ? Elle aura donc 1 ufage libre des 
fens pour le fait qui la des honore , Ôc le (prit hors d'état de 
connoît re le des honneur. 

Tel pouvoit être l'état de la D. Cadiere. Elle fe plaignit 
au Père Nicolas , ôc elle fe plaint encore qu'après plus de 
14. mois d'une direction ordinaire , qui fervit au Père Gi- 
rard à préparer fon cœur ôc fon efpric , elle fut conduite à 
un état plus élevé , dont l'objet eft de s'abandonner ' & de 
s'unir à Dieu. Le fruit de cette union eft qu'elle ne pria plus 
& quelle en fut difpenfée ; ce n'eft pas un dégoût naturel, 
c'eft un état Ôc une pratique. 

Elle y écoit fi avancée, qu'elle pouvoit même en marquer 
les Préceptes ; & crainte de bégayer fur cette matière , il 
faut l'entendre elle-même parlant par la bouche de la D- 
Batarel fa confidente, qui nous montrera deux fidèles difei- 38. Tcmoio Anna 
pics d'un habile Quietifte , indépendamment des preuves fo- BaCare l« 
lides que la D. Cadiere en a donné dans fes Mémoires inftruc- 
tifs. Depofe que comme le p. %e££eur de voit parti f pour un 
voyage de 1 j, jours , elle alla lui communiquer cette vifion 
g) Je confejfer k lui s & dès quil eut parti , elle alla À l'Eglifi 
Cathédrale pour affifier aux Offices divins , & y recevoir 
le matin fon Créateur : elle Jejentit engourdie de tous fis mem- 
bres , ayant envie de jouir 3 ne fi trouvant bien en nulle place , 
quoiqu'elle en changent quelquefois , Cs? étant dans une inqutetu* 
de continuelle j (g) nonob fiant cette inquiétude , elle fe fit tous 
les efforts necejfaires pour refier dans l'Eglifi jufquk la fin 
des Offices : à quoi elle réujfit , n'en étant /ortie qu'après la Be- 
nediUion du Saint Sacrement 3 & de là étant allée che\ la D, 
Cadiere , elle lui répéta fidellement , ($• comme a fon amie, de 
laquelle elle pouvoit recevoir avis &, confolation , attendu lab. 
fence du P. %eBeur , tout ce qui £ était pajfé che%, elle le ma- 



tin dam fin lit i & ce qui sêtoit efifiuivi le refile de la fournie; 

ladite Cadiere lui dit quil n'y avoit rien la que de con filant 

pour elle Dépofànte y que c'e toit-là F état £ union avec Dieu t 

34. Pr°p- de Moiinos, fj que cet état vue la ^Dépofànte ne connoitfpit point . étoit un 

condamnée pic li Bulle , * . r n- j t ■ ï'i • • f> 

d'innocent xi. état de perfection y auquel on ne pouvoit drecheotr que par inp~ 

-délité, que les démons n avaient plus de pouvoir fur fin falut > 
fy quil falloit fiuk/re ces infpirations intérieures > ^ que fi elle 
m étoit pas infpirée de prier y il falloit ne pas prier , G? quelle 
^Cadiere lui difoit quelle étoit dans le même état d'union quelle 
^Dépofànte y çy dans la ceffation des prières vocales , quelle ne 
Xtxdrt grans knhuavtc f} fît point de peine la-deffus , aut le P. Recteur lui avoit dit 

laUngnepar des paroles, n'tjk y tT ' r> * i ■ t- i '• >' • » 

p» s pw les *mu mmw g/ rajjure Jur cet état y lut ayant dit que la prière n etott qu un 

eut doivent demeurer toïes „.„_» J • \ n • . . j r> • /' .-• 

}tnt même am*n, empicht- moyen pour parvenir a l union y & que quand une fois on y etott 
7£%ï?ei%/JfillZ Parvenu s il n'en étoit plus befiin ; que cependant il falloit fui- 
i du», pim eiies e^eri- cyyg î infpiration intérieure s qui étoit de prier fi elle nous y por- 

montent qu'elles ne peuvent i r> i ■ t 

tssjirtU Pat« Bofter, toit , & de ne pner pas fi cela ne nous y portait pas ; C? que lé 

P. Recteur étant arrivé elle alla le voir , lui rendit compte de 
fin état pendant fin abfence y des confiais qu'elle avait pris de la\ 
D. Cadiere 3 qu elle avoit fiuivi exactement. Ajoutant avoir dit par 
mégarde y qù elle avait pris les confiais de la D. Cadiere y la vérité 
étant néanmoins que la T). Cadiere lui donna fis confiils 
fans que la Dépofànte les lui eut demandez. : a quoi le P. Rec- 
teur répondit y quil n'y avoit point d'état £ union avec Dieu y çy que 
tes fortes de grâces n étaient accordées qu'à des perfonnes qui 
avaient beaucoup fiuffert pour ^Dieu y il falloit que la Dé- 
pofante reprit fin premier train , Ê# fît fis prières vocales ft) 
oraifins mentales afin accoutumée ; ce quelle exécuta avec toute 
l'exactitude dont elle efl capable 3 & ' nonobfta*nt ce y elle avoit bien 
de la peine den venir a bout y malgré tous les efforts quelle fi 
faifiit y fie fentant des dégoûts g) des engourdiffemens de tête con- 
fiderables s ce qu'ayant dit a la D. Cadiere y comme tout ce quelle 
avoit dit au P. Recteur^ ce que le P. Recteur lui avoit ré- 
pandu ; la D. Cadiere lui dit alors >ne vous en faites pas une 
* jt« Q.iietiftrt doivent pûw 3 le P> Recteur veut s affûrer de votre état 3 * abéiffie^lui 

«piolet leurs élevés avant y ien ce l a ne /gft qua affermir ï efprit de Dieu en vous ; lui di- 

que de les initier aux mil- 3 J l JJ > f , ' 

teres. Mol inos,,iiv.*. delà fiant encore que le P. *7{c$eur lexemptoitelle Cadiere de la. prie- 

fbîitude intct. „. . .1 / ■•i>'-f ' v 

rc y & que quand cet état continuait y l on etoit dans un état do~ 
raïfion {$- de prière perpétuelle dans l intérieur y & que ton priait 
fans s'en appercevoir , Dieu étant intimement uni au fonds . de 
notre ame s g^ que la Dépofànte rendant compte exactement au 
p. Relieur de létat oh eUe fie trouvoit 3 elle en recevoit pour 
réponfè quil fallait fe faire des efforts y faire des prières vocales ,' 
quelque peine qu'on y trouvât ; qu'il falloit du moins l*affayer y 
garder un jufte milieu j mais que fi ces ejfais la jettoient dans 
des exremitez. y il fallait cejfer; ^) en effet , ayant voulu fiuivrt- 
c€s confiils , elle fie mettait en prière tf en oraifian à fies heures 

accoutumées s 




accoutumées > die y trouvait un fi grand dégoût y fé) cela pendant 
un temps confiderable , qui fut environ de trois mois ; elle alla en 
déchut ger /on cœur auprès du P. Reëïeur s qui voyant les 
efforts quelle s' é toit faite inutilement fur la demande quelle 
lui fit de la difp enfer de prier vocale ment , il le lui accorda , elle 
Dcpofànte ne lui ayant fait cette demande > que parce que la D. 
Cadiere lui avoit dit avoir eu femb lab les permi (fions dudit P. 
Refiteur^ lequel lui dit à elle Dépofante 3 (@p~ en riant; Ghte don- 
ner e%-vous au bon Dieu , pour tant de grâces ft) de dons qu'il 
vous fait? La dépofition elle-même prouve la fincerité de 
celle qui l'a faite ; car à moins d'être pénétrée des maximes 
au quietifme par l'expérience, une Fille prefque illiterée com- 
me l'eft celle-là, au roi t elle pu faire un dilcours aufïi fuivi 
devant des Juges , quelque bonne que fût fa mémoire > 

La difpenfe de la prière vocale accordée après diverfes 
épreuves, comme une grâce çf) un don du bon Dieu , indique 
allez les vues du ConfefTeur qui l'accorde ; elle fert de prépa- 
ration* au Quietifme charnel , & les actions les pluscrimi- *MoIînos 41. Pr<> 
nellcs feront bien-tôt indifférentes , permifes & même fain- C£KgiïïSF 

t€$<. Dieu permet en quel- 

La D. Cadiere devint illuminée dans fon état d'union, elle ?*"**" V*f*£*L 

r , c > p- f a r ■ > 11 pour les humilier cj tes 

avoit des penlees fréquentes d impureté, & loit quelle en faire parvenir à ta vraye 
fût redevable ou non à fobf filon t elle les avoit, &, le P. Gi- »*&>]***"> <?«' l * 

, • 1 • n 1 11- ' Démon faite des violen- 

rard par un nom qui lui elt propre , les appelle peines tnte- ces d*»* leurs cerps>& 
riemes. Les Dlles Batarel & Allemand difpenfées comme Uur f 4 e commettre des 

1111 ■ t' ■ ce 1 1 1 *> rr a <^« charnels j même e» 

elle de la prière les eprouvoient aunij celle-là allure même ve itlant. 

que le P. Girard lui paroi ffo'it incorporé avec elle -, & plufieurs Pm$. 41.1? peut *rri. 

_. •/ i> » • ■ 1 1 1 1 1 1 / 11 ver le cas que ces violen- 

témoins que Ion a cite ci-devant en parlant de letat delà ^^pJZtmxaêhi 
Laugier, dépofent quelle (e plaignoic à eux de la même char neij,fefap»t dans 

Choie. lemêmetems^c^qHC 

■ l acte s enjmve. 

Le P. Girard avoue au 46 Interrogatoire , que la D. Ca- Prop. ^.urfque k s 
diere lui avoir raconté des vifions cbfcenes& d'impureté ,-mais l'en ™° lenc " *«****' » >t 

... , / , . . ,.. . r • i • ■ .* f*«t taiffer agir Satan, 

a-til détournée, lui a-til prelcnt des prières, ouenauroit il fans fefervir de fa pro- 
fait lui-même ? il répond qu'il écoutoit avec patience & fim- P re tndnjïne , m de fa 

, ■ ■ > . , , . - , r ■ i .a t if 1 propre force , maisfe te- 

phate ce quelle lui difoit , ny ajoutant pas beaucoup de foy ,g) r J damfm némt s $ 
jufpendant fon /#^w<??/t. Une Pénitente qui déclare à fonCon- ?*»?*# s'enfnive des 
feiTeur, qu'elle en: affligée par de» penfées continuelles d'im. ^fluTpîfFi^uieiet 
pureté fe loue-t'elle , afin qu'il n'y ajoute pas beaucoup de mau bannir les fempu- 
foy? Le Père Girard les écoutoit avec patience , il' en avoit tïL^Z^*™ 
donc beaucoup écoute ^ &; s'il fufpendoit fon jugement , étoit- ce en devient plus niumi- 
pour les charTer ces penfées impures^ ou pour les entretenir } K ">t} m f me >¥ lus ¥ H ~ 

tt / ri r r /C • 11 „ % , re,t5quon acquiert la 

Une reponle de- cette clpece ne iumroit-eUe pas pour le de- famte liberté, zSquetm 

mafquer \ /*** très-faintement de 

\} ■ t J • -i r» ' • , ,1 i ne s'en confeffer pas. 

Mais que repondoit-il aux autres Pénitentes ? Il ne leur * 

répondoit rien comme à la *D. Cadiere > il fufpendoit fin ju- 

K 



é>4 
gement ; les Dlles Allemand & Batarel s'en plaignent dans leurs 
'dépofitions ; elle f entait } dit celle ci , le P. 'ReBeurajim cûzé 
gauche comme incorporé dans elle-même , & crainte que ce fût une 
vifion dans laquelle il y eût trop de l'humain , elle alla, le dire 
au P. Retleur , lequel ne lui repondit rien t lequel fileme la faf- 
furo'tt dans fes doutes , g/ la laijfoit contente. 

Quel Confefleur s'il n'eft Quietifte * charnel } laifTera «an» 
* Prop.i4.dcM0- q U in €ffî ent fes Pénitentes en proye à toutes les faletez dont 

linos. Q/telaues tenfees 71 . . . r Z J 

qmvUnm»t en fcfprit leur imagination iera remplie , &; dont il elt lui-même 1 ojet? 
d*r*nt rowifîx, qHaxâ £ n uferoît-il atnfî s'il ne vouloic afFoiblir en elles l'efprit , 

même elles fert'.cnt tm~ „ r -r V ( . t i-r • r *■ T ^ rr • 

près... poJ-vxpïi» ne & rornner la chair pour ladupoier a les defleins ? 
Us mtr&imiu pat vo- Le P. Girard avoir les fiens , & il n'y eft que trop parvenu ; 
meq»oMMeiescbj!fe>ar * es "cnitentes âpnvoiiees avec les peniees d impureté , n a- 
«iw3 «3r de wW ', voient pas de peine d'en venir aux baifers & aux emb rafle- 
B " î ' x 5!r " } ™ mens . quelles regard oient même comme des actes de vertu : 
paient pas font/m de la Batarel dépofe , quêtant au Confie ffional , @r ayant dit au P. 
fii,M*sU n Mdeyte cirard ^ellefe ( ento i t portée à l'embraffer, il lui dit de for. 

partjutxipartt que lame : l , J J * t • i" » 

œft'phurcfigseeïUvB- tir , cû qu elle fit , g) le P. Recteur lut ayant dit , ^*o»j w iio/^ 
émtedelhm, tr \aimèe aujourd'hui 3 & lui ayant porté fes mains fur chacune 

de fes épaules , g^ /W '^0/ pre fente le vi/kge i la Depofante le 
baifa, & fe retira fort contente. 

Ne devoit-elle pas l'être en effet, lorfque fon Confefleur^ 
cet envoyé de Dieu qui l'avoit diipenfée de la prière ,& de 
l'obligation de combattre les fales penfées, daignoit accep- 
ter un baifer de fa part ? Avec les mêmes penfées , les mê- 
mes défirs renahTent ; la Batarel prend le P. Girard à parc 
quelque temps apre v s dans le fallon de la D. Cadiere ; Ôc lui 
dit (c eft elle qui parle J quelle avoit envie de l'embrajfer , (ce 
ne fut donc pas un coup fourré) eUeïembraffa effectivement , 
£E baisa a chaque joue deux fois , G? contente d'une telle 
action faite avec un homme d'une si grande sainteté', 
elle se MIT A GENOux^wKf lui y lui demanda fa, bénédiction 
qu'il tui accorda effectivement , 6 1 après avoir baifé fes fouliers , 
le P. Recteur lui dit y mon enfant, dieu vous encourage, 

ET VOUS FORTIFIE POUR ACCOMPLIR SES DES SEINS EN VOUS. 

A ce feul formulaire, peut-on méconnoître un Quietifte? 
Des préceptes on vient à Pexecution - y des penfées d'impureté 
on paffe aux faits ; le Directeur les donne comme des prati- 
ques de vertu ; il y attache les grâces du Ciel: mon enfant , 
Dieu vous encourage & vous fortifie pour accomplir fes dejfeins 
en vous : & quels font ces dejfeins de Dieu précédez d'un 
double baifer a chaque joué , fi ce n'eft les defleins & les œu- 
vres de la chair, que le Quietifte décore du fàint nom de 
Dieu, par une praphanation qui fait horreur? 

La dejfeins du P. Girard fur la D. Cadiere ne fe bornant 



^7'ïntetrogaÇ 



6S 

pas à des bai fers, mais à / union parfaite, il falloir qu'elle 

irûc, pour ainfi dire , âivinifée, & elle devoir l'être par quel- 
que chofe de plus fort que les paroles du Directeur; S. Jean 
l'Evangelifte eft montré à cette Fille, écrivant dans le livre 
4e Via , Jcan-Baptifte g£ Marie-Catherine. 

A quelle caufe que l'on attribue cette vifion , il eft tou- 
jours certain que la D. Cadiere la eue, & quelle en fit part 
iur.le champ au P. Girad. Inter. Si elle lui a dit quelle avait 
<uû en vifion S. Jean l'Evangelifte avec un lièvre cacheté de fept 
J ce aux , ou il écrivait le nom de Jean-Baptifte & celui de Cathe~ 
fine. A rep. quelle le lui a dit* 

Le P. Girard eft-il afTez bête, ou prefumoit-il afTez de lui- 
même & de fa Pénitente , pour croire que fon nom & lefien 
fuiTent écrits dans le livre de Vie ? il ne la diffuada pour- 
tant pas de cette vifion. i°. Il n'a pas ofé le dire dans fa ré- 
ponfe à l'interrogatoire. i s . La Fille a inféré cette vifion dans 
le Jmrnaldu Carême, qu'il lui demandoit avec tant d inftance , 
& il n'en: pas à prefumer que fi elle lui avoit déplu, elle l'eue 
répétée dans un écrit qui étoit deftiné pour lui-même. 3 9 . Cette 
feule vifion auroit fum" pour le détromper de toutes les autres 
s'il avoit agi dç bonne-foy \ & cependant elles fe renouvel- 
aient tous les jours? il en étoit inftruit, & il ne fe donnoit 
aucun mouvement pour en arrêter le cours. 4°. Int. quel ju- 
gement il portoit fur ces vifions , il répond que ne voyant rien 
jufques-la dans la Cadiere qui pût lui rendre fufpeEtes les c ho- 
fes quelle racontait, il awoit penfê , durant un tems fur tout - 
à croire quil pourroit bien fe pafier en elle quelque chofe de fin- 
gulier de la part de Dieu : mais cette Fille ne priant pas du- 
tout, pouvoit-il croire, à moins qu'il n'ait répondu en Quie- 
tifte, quil Je pajfât en elle quelque chofe de fingulier de la part 
de Dieu ; & s'il croyoit ce quelque chofe de fingulier , il le eroy oit 
donc aufîi pour lui-même, puifque la vifion de S. Jean l'E- 
vangelifte ne pouvoir être vraye qu autaut que le nom de 
Jean-Baptifte auroit efté écrit dans le livre de Vie , conjointe- 
ment avec celui de Marie-Catherine, 

Une union marquée dans le livre de Vie , ne devoit-ellc 
pas paroître fainte & indifloluble ? auffi la D. Cadiere, lors- 
qu'elle étoit à Ollioules , & qu'il lui arrivoit dans nncextafè claire Guemû 
de reciter les prières delà Meffe , en préfence des Religieu- 
fes qui l'admiroient , mêloit-elle toujours auxoraifons le nom 
de Jean.Baptifte & celui de Marie-Catherine \ il lui étoit même 
arrivé dédire immédiatement après > quelle avoit fait fon 
mariage depuis un an s ce feul moc , mariage de Jean-Baptifte 
avec Marie - Catherine ne comprend- il pas , & l'idée & la 
preuve de ce que faifoit Jean-Baptifte enfermé fous la clef 
avec Marie -Catherine i 



23-,' Intertogati 



î^.Tém.DameMa^ 
rie^Guerin. t 

27. Tém. Dame 



47-Propof.deMo;i. 
nos. 



ÏS. Inwrmg, 



6'6 

' Le V. Girard lui-même ne donne- t'il pas une preuve certaine 

de cette union par fa Lettre du n. juillet iy$o. Dieu fait loué , 

dit-il , tâcher de m obtenir du tems , bientôt peut-être ne pour- 

rai -je rien faire que pour celle a qui j'écris ; toujours fçayje bien 

que je la porte par tout , (g?- quelle efl toujours avec moi , quoi* 

que je parle çt) j'agif? avec d'autres perfonnes ; une union fi 

étroite ne furprend plus lorfqu'on remonte à fon principe. 

Si par les feuls préceptes du Quietifme , il faut- laîffet 

agir Satan fans Je Jèrvir de fa propre force s mais fi tenir dans 

fin néant , & quoiqu'il s'enfuive des chofes étranges ..... il ne 

faut pas s'inquiéter , mais bannir les firupules y les doutes y & les 

craintes ; parce que l'ame en devient plus illuminée , plus forte 

&plus pure y ffi qu'on acquiert lafainte liberté j que fëra-ce , fi 

lu Pénitente a pu croire par quelque te'moignage éclatant que 

fon union avec le Dire&eur étok fuivant les deifeins de Dieu 

même > 

Dans les feductions ordinaires > la nature doit furmonter la 
vertu; ici c eft undoncelefte de tout accorder à la nature , 
l'ame en devient p fa s illuminée ^J plus pure y félon Molinos, &z 
fous la direction du P. Girard la D. Cadiere découvre les fè- 
crets , même du Très-Haut ; elle eft admife à Tes confeils$ 
elle eft ajfoàée à la rédemption du genre humain , & milieu de 
fes vifîons 3 dont le Directeur convient lui même d avoir été 
exactement inftruit, & dont elle a compofé de fon ordre le 
journal du Carême y il la trouve digne de la Communion jour- 
nalière ■ le Ciel femblefe déclarer ouvertement en faveur 
de cette union-, fccretdes confeiences , ftigmates , transfigu- 
rations , la Fille eft un miracle vivant ; il n'eft pas 
jufques dans les infîrmitez les plus humiliantes 3 & dans un 
vafe d ignominie , où le Directeur ne cherche un prodige ôc 
la commttTikdtzon des grâces de Dieu - y lecar divin eft confia té ? 
il éloigne les Médecins , la.D. Cadiere eft une ProphetelTe : 
on la révère, on la confuke , & le Père Girard recueille les 
actes de fa gloire ,& deftine une ample matière a l'édification 
du public. 

Une jeune Fille pouvoit-elle ne pas être tranquille dans 
un état fi féduifant?Le Directeur ne lui parle que de Dieu; 
ii 1 affure qu elle eft unie à Dieu - y elle participe tous les jours 
au plusaugufte Sacrement; elle voit qu'on rend une efpece 
de culte à les ftigmates, & que la volonté de Dieu fe manifefte 
par des miracles : elle eft pourtant deshonorée , & c'eft un 
acte de vertu quietifte qui la déshonore. 

Elle ignore fi fort les rufes du vieux ferpent , qu'elle ne fçait 
pas diftinguer fa voix de celle de Dieu qu'il emprunte. Avec 
la même fimplicité quelle lui obéît, elle révèle fa turpitude $ 
& comme elle a été deshonorée fans le fçavoir 3 elle apprend 

fon 



67 
ion deshonneur fans le connoître. On ne peut en douter, ft 9& Témoirç 

on re'flechic tant foit peu iur les dépositions fuivantes. La 
Dame Marianne Boyer,ReIigieufe du Couvent de la Vifitation 
de Toulon , de'pole que la D. Cadiere l'étant allée voir avant 
fon départ pour le Couvent d'Qllioules , lui dit que le Père 
Girard portait' une plage divine dans le cœur 3 pareille a celle > 
quelle avait extérieurement , (§£- que ^Dieu, demandait que ces 
deux playes sumjfent g? fe touchaient , ft) qu effeBivement la " 
Sœur Cadiere lui avoit dit quune fois le P. Girard s* étant 
dépouillé le coté s laD. Cadiere en ayant fait de même , ils avoient 
fait toncher leurs playes. ( 2>/> en outre , que quand elle tomboit en. 
extafe , ffi quelle revenait à elle > elle fe trouvait fa tête pan- 
chée fur le bras du P. Girard , (§?- quelquefois contre fa, joue , 
0- d'autres fois Appuyée fur fes genoux. 

La D. Batarel dépofe , que la TX Cadiere lui dit la, veille de fort 
départ pour le Couvent d'Ollioule s , que le P. ReBeur lui avoit don* 
né la difeipline dans fa Maifon ? qu'il avoiT appuyé' sa POU 
tr/ine contre la sibnne,C£ quelaT). Cadiere ayant dit au 
P. ReBeur qu'un excès d'amour de 'Dieu lui avoit brifé les cotes , 
il 'voulut les voir, & iaffurer de la vérité du fait , ce que la Dépo- 
fante ft) laD. Cadiere attribuaient a un effet defainteté de la part 
du P. Relieur 3 qui paroiffoit charmé des dons que fes Pénitentes 
avaient fous fa direction. Et qu un jour la D. Cadiere dit à la Depo- 
Jante , qu'ayant une playe fanglante a fon coté , le Père ReBeur y 
appliqua le sien j & lorfque le fang qui en découloity eut 
fait imprefflon , il haifa la playe de la D. Cadiere ,ft) celle-ci haifa 
E imprefflon de fang qui efloit au coté du P. Recteur. A dit encore -- 
avoir appris de la D. Cadiere , qu'ayant prefenté audit P. ReBeur 
un pot pie in de fang y & lui s 't fiant approché de la fenêtre , la D. Ca- 
diere lui dit être tout de fang j à quoi le P. ReBeur repondit oui/eft 
tout de fang. Et dans le temsque la D. Cadiere efloit dans le Monaf- 
tere d'OlliouUs , la Depofànte apprit £eUe qu un jour le P. ReBeur 
la fit mettre à genoux dans fa Mai/on de Toulon, lui fit ater fes eo'èfi. 
fes & fes habits , lui difant qu il faïloit faire le tour de la chambre É 
comme le Seigneur avoit fait le tour du Prétoire , qu'enfui te il tem* 
brajfa & la carejfa de ce qu'elle avoit ponBueUement exécuté fes or^ ' 
dres j & que dans ladite Maifon lorfque le P. ReBeur lui nettoyait 
le fang qui efloit figé fur fon vifage, ©* cela avec un mouchoir trempé 
dans l'eau , ils buvaient moitié chacun de ce fang ainfi détrempé. A 
dit encore avoir appris de la D. Cadiere, quêtant dans le parloir 
de Sainte Claire d'Ollioules , le P. ReBeur ayant fermé les fenê- 
tres dudit Parloir >& ayant ouvert la petite fenêtre de la grille 
qui repond à l'intérieur de la grille dudit Monaflere , il lui donna 
la difeipline. Le même témoin rapporte enfuite des faits que 
la D- Cadiere lui a dit après fon retour d'Ollioules ; mais com- 

S 



/ «8 

me ce tems ponrroir paroître fufpect , on les patte. 

La Dame de Raimbaud , Religieufe Clairifte d'OHioules, 
idépofc que la D. Cadiere efia.ntda.ns ce Coûtent , ^parcon- 
fequentlorfqu elle fe croyoit encore fainte , Ôc avant que le 
P. Nicolas l'eût vûë , elle dit À elle témoin que le P. Girard 
an/oit des complaijances infinies pour elle ; que le P. Girard la, 
wfitoit k foulon quand elle efloit incommodée s qu il la faijoit met- 
tre far lelit^ & t accommodoit avec des carreaux ; quilla carejfoit 
& prenait des liberte\fùr elle qu'elle ne lui expliquait pas , ££ 
quelle lui repondit qutl faUoit quelle eût eflé prévenue de gran- 
des grâces, * 

La D.Cadiere faifoit-eîîe ces récits dans un tems fufpeèt' elle 
«toit fous la direction du P,Girard, & elle y a refté encore près 
<le quatre mois^elle étok alors) ainfï qu'il re dit) pcjfedée de la'fi- 
reur de pajfer pour fainte ,& le prétendu complot de diffamer 
un Ci pieux Directeur n'a été formé , fui van t lui-même , que par 
le P. Nicolas , & à ta fin de Septembre après le retour du Cou- 
vent d'Ollioules à Toulon. Lors donc que cette Fille parloir 
«le la forte , fon intérêt de pajfer pour fainte s'y Opofoit -, à moins 
quelle ne crût que les actions du P. Girard éioïent fainte s. Il 
faut bannir du langage qu'elle tenoit tout motif de haine & de 
deieipoir}elIe étoit fortement attachée au P. Girard, 8c il ne 
l'étoit pas moins à elle ; les vifltes fréquentes faites à Ollioulës 
& leurs lettres refpectives le juftifîent. Si elle avoit eu avant 
d'aller à Ollioulës , l'intention de noircir fon ConfehVur & de 
fe préparer des témoins s elle ne lui auroit pas rendu crois mois 
après ,& les lettres qu'il lui avoit écrit, & les minutes de celles 
qu'elle même lui avoit envoyé. Les relations quelle faifoic aux 
perfon nés de fâ confiance , des manières innocentes (êfr- fainte s du 
P. Girard , font antérieures de beaucoup au prétend n complot, 
à la direction & à l'arrivée même du P. Nicolas 3 Sc la manière 
feule dont cette Fille les faifoit 5 prefentent aux plus incrédules 
la jufte idée de fa implicite & de fâ bonne-foi. 

<Jue le P. Girard ne dife donc plus: la Fille ne parlait que de 
Dieu 3 étoit prête a fefacrifier mille fois avant que d'off enfer Dieu % 
ft)cerieftque 1er fqu elle n était plus a elle quelle a pâ être des- 
honoré e.V retend-il trouver une refiburce,même dans les crimes, 
& les rendre incroyables, Ou les effacer par cela feul qu ils fe- 
raient infinis* Une Fille imbûë des principes du Quiétifme, 
livrée à des penfées impures , dont le Directeur ne la détourne 
pas, prévenue que funionk laquelle il la conduit, eft marquée 
dans le livre de Vie > illuminée & abufée par des faux prodiges, 
le trouve enfermée fous la clef avec un Ditecteur qui eft hom- 
me ï Eh ! quel homme? Un Quietifte. Ëft-il furprenant que par- 
lant de Dteu,f$) prête à fefacrifier mille fois avant de l'offenfer^We. 
foit deshonorée i 



/ 



«9 

Comment ne feroit-elle pas trompée^ elle I'cfr par des mira- 
cles ? Le Directeur révère & fait révérer publiquement,comme 
imftigmate divin t la playe qu'elle a au côté \ il la reprend de fon 
peu. de courage & de /on peu de foi , lorfqu'elle y met un emplâtre 
polir appaifer la douleur qu'elle lui caufe } & un nouveau pro- 
dige va fe joindre au premier pour perfectionner la fourberie: 
le.Dire£teur qui difpofè des fiigmates, en faveur de fes Péniten- 
tes les plus chéries , eftà fon tour ftigmatife. La playe divine qu il 
a dans le cœurriefà. qu intérieure ^A faut qu'elle le foit,pour daig- 
ner à fa chère Enfant la gloire de la ranimer : le Prophète fait 
parler Dieu \fa volonté 3 dit-il , demande que ces deux playes su~ 
nijfent {g) fe touchent ; pourra-t'elley rcfiftenLes deux playes 
s'unijfent&je touchent , le P. Girard applique fa poitrine contre 
la fienne, gjc.ôc il l'applique fans crainte d'être interrompu, 
parce qu'il a- déjà pris les précautions neceflaires ; &avec la 
mëmefimplicité qu'il vérifiait le trait miraculeux , il donne pour 
excufe )pag. $t.) la nature de cette ail ion 3 qui ne permettait pas 
de sexpôfera unefurprife. 

Le P. Nicolas fe feroit difpenfé d'entrer dans ce détail, s'il 
avoit pu fe diflimuler que le P. Girard &fes partifans ofent 
mettre à profit le merveilleux qu'il y a dans la ïeduc~tion dont 
fe plaint la D. Cadiere, pour la rendre incroyable , &la faire 
pafTer pour une impofture , dont ils veulent à quel prix que 
ce foit trouver l'auteur en la perfonne de ce Religieux. Ce- 
pendant ce merveilleux fait partie de la féduclion , & indique 
tout au plus la main d'un trop habile feduéteur.On en découvre 
clairement le principe , les progrés & la confommation : le 
fïftême elt fuivi, & l'objet du P. Girard eft marqué dans tou- 
tes fes démarches. Par- le Quiétifme , il gagnoit l'efprit & le 
cœur de la Pénitente , mais ce n etoit pas afTcz , lé merveilleux 
lebloùiÏÏoi telle-même, fes parens , & le public. L'illufion de- 
venoit prefque une réalité Iorfqu'elle étoit générale , Ôc elle 
devoit être appuyée fur quelque chofe d'éclatant pour difïï- 
per ou pour prévenir tous les foupçons: ce Jefuite enfin plus 
ingénieux que le refte des hommes , faifoit fervir fes pâmons 
à fa gloire 3 & le voile de fa volupté étoit fi brillant, qu'il l'en? 
tretenoit , la cachoit & la fanttifioit tout enfemble. 

Ce merveilleux que l'on voit t ôc dont la caufe paroît tout au. 
plus équivoque , peut-il fournir une reflôuree à l'incrédulité î 
Lft-ce par une circonftance obfcure , ou que l'onvoudra foi- 
même obfcurcir , que l'on peut détruire ce qu'une affaire ren- 
ferme de clair & d'évident ? N'efV-ce pas au contraire par 
ce qu'il y a d'évident & de certain, que l'on doit explique? 
ce qui feroit obfctfr ? 






70 

Dès que la fédu&ioft eft évidente , & que les faits" qui 
tonnent ce merveilleux , en ont vifiblement été les moyens , 
n'eft-ilpas indiffèrent que la Caufe foit ou ne foit pas naturelle ? 
Eft-ce en effet ehdifputant fur la caufe, que Ton peut effacer ou. 
changer des faits eertains,-& en feront-ils moins des moyens de 
fé'duâ:ion;Quel autre en peut fçavoir la caufe que le fedu&eui ? 
y*oudroiconenfaveurdefon habileté le récompenfer de Ton. 
crime , & croire qu'il ne l'a pas commis , par cela feul qu'on fe- 
roit moins méchant & moins fubtil que lui ? 

L'attention du P. Girard à révérer les ftigmates > a les faire 
révérer au Public ,8c à la D. Cadiere , en la reprenant de [on peu 
de courage fjr de fan peu de foi lorfqu'elle y mit une emplâtre } les 
mêmes ftigmates procurez à plufieurs autres Pénitentes , ôc de- 
venus le fceau du troupeau chéri , n'annoncent - ils pas le mê- 
me auteur ?Et peut-on en douter , lorfque l'on voit l'objet &c l'u- 
fage de ces ftigmates > Le P. Girard avoit s fuivant fes befoins , 
une playe divine dans le cœur , pareille à celle que la Fille avoit 
extérieurement , & il appliquât fa poitrine contre la jienne , 
CV. l'inventeur de tant de fourberies eft -il incertain ? Et fi. 
Ton veut être absolument incrédule fur la caufe des ftigmates & 
du merveilleux , peut- on l'être ( incrédule ) fur leur première cau- 
fe , qui eft la malice du fédueteur ? 

La corruption du cœur entraîne ordinairement le naufrage 
de la foy ■, ce naufrage fait , fi c'eft une perfonne du monde , 
elle ne fe met pas en peine de couvrir fon ir religion , parce qu'- 
elle n'eft'pas un obftacle à fes pallions : fi c'eft un Prêtre qui ne 
foit pas dépourvu de raifbn ni de fentiment , comme cette ir- 
religion une fois manifeftée le rendrait odieux , ôc le mettrait 
même hors d'état de fatisfaire fes de(irs , il eft forcé de fe ca- 
cher d'être hypocrite , & d'affecter extérieurement plus de ver- 
tu lor/qu'il fera, plus déréglé. Telle a été de tous les tenis la 
conduite des gens d'Eglife qui fe font livrez à leurs pallions ; 
n'ayant pu les accommoder avec la Religion, ils l'ont facrifiée» 
& l'ont rendue le jouet & Pinftrument de leurs parlions. Elles 
conduifent toutes à la poffefïïon de l'objet , qui eft la fin que la 
cœur paffionné fe propofe , & l'ardeur dont il eft dévoré , le por- 
te naturellement à em brader tous les moyens qui y conduifent. 
La paflion une fois établie ,*rend tout pofïible & tout croyable. 
La prévention doit'ceder enfin à la vérité. Il ne faut pas juger des 
hommes comme d'une figure fur une feule & première vue ; il y a un 
cœur & un intérieur Qu'il faut approfondir. Le ma f que de t'hypo— 
crtfie cache la malignité; ce nefi que peu a peu y & forcé même par 
le tems & les occajtons , que le vice con fommi vient enfin à fe dé- 
clarer. Les 



7î 
Les pins incrédules (s'ils ne le font pas volontairement J n'ont 
aucun prétexte pour s'éloigner de la venté s i]s trouvent dans 
cette caute plufieurs voyes également fûresj*>our la découvrir , 
qui font, pour ainfidire, proportionnées à la portée de tous les 
efprits. L 

Uetat' oïïétoit la D. Cadïere , en: effentiellement un état de +M .. . 
féduftion continuelle ï la faulTe illumination * entraîne les extafes, <je fpïritucl, L 
tes ravifjcmens , la liquéfaction , tevanoùijfcment , les bai fers , ies 3- diap. 15. n. 
embrafjem°n$ , l'alle^rejfe , l'union, ta transformation , fe.< «çcm , /e *»*- 
r/rfge ; & s'il eft difficile à quiconque n'eft pas Quiétifte de fçà- 
Voir ces effets y ce Maître du Qurétîfme nous apprend tout de 
fuite, que* toutes ces chofe s font pour ceux qui ne tes ont pas éprou- 
vées , ce que tes couleurs font aux aveugles ,'& l'harmonie aux fourds. 

Quoiqu'il en fuit , cet état ne peut être x^x 1 extraordinaire; car 
indépendamment des faits 'qui font prouvez par la procédure , 
& que le P. Girard a toujours examiné , ne doit-on pas être fur- 
pris que fous fa direction, plufisurs filles ou femmes illiterées , 8£ 
d'une condition -dont l'ignorance eft le partage , fe foieut éle- 
vées tout à coup à un degré d'illumination , qui pouvoir les faire 
paiter pour des doctes Quiétiftes? 

Les accidents convullifs , les peines intérieures $c extérieures , 
St torfs les autres faits extraordinaires , dont Yobfefton peut être 
le principe , préfentent quelque chofe de moins mrprenànt: fi 
l'on •conudere que le Quietifme y conduit , & que cette héréfie 
déguifée depuis plufieurs Siècles fous des noms difterens, a tou- 
jours été la lource des cbfejjions , C* autres chofe s extraordinaires , 
fi favorables aux faux myfèiques , dont l'objet eft 1* impureté i ain- 
fiqué l'apprend M r Boffuét dans fà Relation fur cette héréfie, 
page 132., l'orgueil inféparable de cette faujfe myfiicité, la cefla- 
tfon des prières , l'éloignement entier du falut , l'infenfibilité 8c 
même l'abandon aux œuvres de Satan, & toutes ces pratiques ani- 
mées de fon efprft , ne font-elles pas propres à donner l'entrée à 
cet Ange de ténèbres ï 

Ce mot objejjton , s'il ne rentermôit quelque chofe de réel * fe- 
roit-il déveriu fi familier à la D. Cadiere , 8c aux alitres Péniten* 
tes du P. Girard > Quel intérêt, a voit-elle à lui déclarer qu'elle 
etoit obfedée , 5c à lui faire part de la révélation , qui eft l'épo- 
que de fotiobfejfion f Le P. Girard auroït-illaiffé à cette Fille une 
entière liberté âe l* accepter îConVmoit-'Aca effet à un Directeur 
Je marquer tant d'indifférence fur un fait fi important } Mais 
s'il n'avoit été qu'indifférent pour l'acceptation de l'obfeffion * 
auroit-il été fi zélé de l'aller voir ailidûement lorfqu'elle étoit 
èbfedée ? A ur oit- il écouté avec patience Çr /implicite fes vifibtis 
obfcenes t Son attention fe feroit-eLIe bornée à fe rendre le feul M©. 

T 



I 



74 
decin des «*«* t/n'-ums £P fumatmels , Se de n'avoir point de fpec- 
tateurs , lorfqu'il étoit auprès de fa Malade 3 

Loin que rineefte , dont le P. Girard eft aceufé , foit incroya- 
ble, comme il s'eft efforcé de le foûtenir s 6c qu'on puiffe dire , 
que s'il nef pasforcier, il nef pas inceflueux; il eft démontré qu'il 
ne faut pas borner au fortilege la caufe de Tincefte. La véritable 
caufè de ce crime , eft la fédudion. L'obfeflion de la D. Cadie- 
re j toute certaine qu'elle eft , n'eft pas un moyen absolument né- 
ceffaire pour rendre cette féduclion poffible , les accidens , les 
extafes, & tous les autres faits extraordinaires , qui ne perdent 
rien de leur réalité , à quelle caufe qu'on les attribue , n'eu font- 
ils pas des moyens affûrez i Le Quiétifme lui feul ne fuffi- 
roit-il pas t Et fi tous ces moyens pris féparément , peuvent fer- 
vir au Directeur pour féduire une jeune Pénitente , que fera-ce 
dans un cas où ils font réunis enfemble ? Les accidens convul- 
fifs , les extafes , les preftiges , le Quiétifme , tout cela fert à Yin- 
ceftueux 3 il ne lui manque que de refter/ew/ avec fa Pénitente , 
& s'il craint quelque furprife , de s' enfermer fous la clef. 

Peu importe après cela au P. Nicolas que le P. Girard foit ou 
ne foit pas réellement incefutux , il nous fùffit de l'avoir ramené 
au point où il doit être envifagé. L'accu fation que la D. Cadiere 
a formée contre lui , n'eft plus fi extraordinaire que (es partffans 
l'avançoient 3 pour éblouir les efprits , & pour conclure que c'eft 
une calomnie extravagante , dont nul autre que le P. Nicolas pou- 
voit être l'auteur. Ce Religieux injuftement perfeeuté , n'a pas dû 
refufer à fa légitime deffenfe l'ufage qu'il a fait d'une petite par- 
tie des preuves que h procédure & la raifon lui ont fourni > s'il 
néglige toutes les autres qui fe préfentent en foule pour le fou- 
tien de cette accuiàtion , c'eft qu'elle lui devient indifférente 
au moment qu'il a diftîpé les fauifes idées que le P. Girard avoit 
donné par fon Mémoire pour rendre tout à la fois fon crime in- 
croyable 3 & réalifer le chimérique complot. 

S'il s'obftine aie foûtenir, & qu'il veuille n'être juftifie qu'- 
au dépens du P. Nicolas, cette tentative eft auffi peu judicieufe 
qu'elle eft injufte : en. effet quelle nécefTité y avoit-il que l'in- 
nocence de ce Jefuite fut attachée au crime qu ; l'on fuppoferoit 
à un autre Religieux > le P. Girard a reconnu fans doute que la 
D. Cadiere n'a pu d'elle-même , ou par le fecours de fa Famille , 
l'aceufer des crimes qui ne feraient pas véritables , Se que pour 
donner un air de vraifemblance au complot , il falloir y faire en- 
trer le P. Nicolas. 

Mais fi cette Fille ôc fes Parens ont afiez de /Implicite & de 
bonne foi, qu'ils foient incapables d'une calomnie , pourquoi le 
P. Girard dans fon fiftême a-t'il reprefenté Ôc la Fille &c Ces deux 



75 
Frères , comme des fourbes in lignes qui l'ont rrompé pendant 

une année entière que le P. Nicolas nétoit pas encore à Toulon > 
ou n'avoir eu aucune relation avec eux > Si cette Fille & fes deux 
Frères, fans le fecours du P. Nicolas , étoient des impofteurs , 6c 
de fi habiles impofteurs , qu'un éclairé Jefuite qui vouloit tout voir y 
èc qui voyait tout a été trompé , Je P* Nicolas étoic-il néceffaire 
pour perfectionner leur impofture ? 

Dans le fens du P. Girard il faudrait même fuppofer deux com- 
plots. Le premier feroit le complot de fainteté , fie des faits prodi- 
gieux qui en font partie, lequel eft perfonnel à la Fille & à Cn 
Famille. Le fécond, feroit le complot d'infamie, qui eft rejette 
fur le P. Nicolas. Ce complot defainteté , à quoi éroit-il deftiné ? 
Si c'étoit pour donner au P. Girard une libre entrée dans fa cham- 
bre de la D. Cadiere , fie abufer enfui te de Ces manières innocentes 
avec la Sainte, pour l'accufèr de l'avoir déshonorée > en ce cas ces 
deux complots n'en feroient qu'un feul , fie il auroit été formé 
fans que le P. Nicolas en pût fç avoir la moindre chofe. Si au 
contraire ce premier complot n'avoit pour objet que la fainteté , 
& rien de plus , il faut convenir d'abord que la Famille de Ca- 
diere étoit peut-être de toutes celles de Toulon la moins propre 
à une telle impofture s la (Implicite qui fait fbn caractère , frap- 
pe au premier coup d'œil. Mais fi ce complot étoit vrai , qui 
pourra concevoir que le P. Nicolas inconnu à cette Famille , Paye 
déterminée à un complot diamétralement oppofé , & que de la 
vanité outrée de pofledër une Sainte , il l'ait engagée à fe couvrir, 
volontairement d'un opprobre éternel , fie à fe ruiner de biens , 
même par là plus noire des calomnies qui ne lui auroit laiffé que 
la crainte du châtiment? Car enfin voilà tout le but du dernier 
complot. Pour perfuader à cette Famille de faire un Ci étrange fa- 
crifîce , que lui a donné , que lui a promis , que lui a fait appré- 
hender le P. Nicolas ? Pou voit- elle fe flatter qu'un Carme Dé- 
chauifé , fans appui fie fans crédit , la foûtiendroit contre des en- 
nemis tels que les Jefuites , qui étant Ci formidables quand leur 
Caufè eft injufte , le feroient infiniment d'avantage Ci la vérité 
étoit pour eux fC'eft ainfi que le fiftême du P. Girard fe détruit 
par lui-même, en l'examinant de près» fie qu'en multipliant les 
Complots par la néceflîté où il s'eft vu d'auortir (on impofture , il 
les a rendus moins croyables que les crimes dont il eft accuie. 
; Après tout , qu'a fait le P. Nicolas pour être réputé l'auteur 
d'un fi ridicule complot î II a été le Confefleur de la D. Cadiere 
par l'ordre de M. l'Êvêque : fur l'aveu qu'elle lui a fait de (èa 
péchez fie de fes pratiques \ il a rempli les devoirs d'un minifte- 
re dont il n'eft comptable qu'à Dieu. Devoit-il appeller des té- 
moins, ou exiger de cette Fille une confefïîon publique , pour 






f 



7 6 

^tonfeiter la déclaration qu'ellelui*en faifoit \ Et peut - on avec 
la moindre juftice le rendre refpon fable de toutes les démarches 
ocelle a tenues, ou qu'elle aura été forcée de tenir dans la fui- 
te f 

Le P. Girard l'a tenté i pour y ré iïlTrr il aurait dû tout pre- 
mièrement fe juftifîer J &: en fuke prouver que le P. Nicolas eft 
l'auteur .de cesealomnies.Ces deux points font très-indépendans 
l'un de l'autre i la feule ^uft vacation du P. Girard ne rendrait pas 
le P. Nicolas coupablej, & l'on conçoit aifémentque l'un & l'au- 
tre pourraient êtreinnocens , quoiqu'il foit eiTentiellement vrai 
quelle P.Girard ne Tell pas, le P. Nicolas doive l'être par une 
'toofequence néceiTaire » où feroit en effet le complot fi l'Accufé 
eft coupables 

Il a été plus facile au P. Girard d'aceufer leP. Nicolas quede fe 
juftifier fur l'ace ufat ion dirigée contre lui. Pour le premier , il ne 
faut que des allégations que l'on peut établir par des faits ou faux 
bu équivoques , & avec le fecours de quelques témoins men- 
diez*) pour le fécond , au contraire , il faut détruire des preuves 
invincibles qu'on n'éiude pas avec la pitoyable défaite de \z/im- 
f licite & 'pureté â*int e nt ion d ' u n J efu ite 

La conduite du P. Girard exprime elle feule le miférabîe état 
defacaufe. Il ne crut pas devoir s'endormir tranquilement fur' 
la foi du Décret d'afTigné qui verïoitd ? être rendu contre lui s Se 
-quoique le P. Nicolas , la D. Cadiere & le P. Cadiere fbn frère 
eu fient été décrétez d'ajournement perfonnel , il penfa que la dif- 
férence de ces Décrets ( furpris de la religion de Meilleurs les 
CommiiTaires ) ne ïui donnoit qu'un avantage très fuperficîel , 
qui n'auroit pas plus de durée que le fecret des chargés de la 
procédure; Il y avoit pris cette jufte idée , ou du m'oins dans cet- 
te partie de la 'procédure s qu'il a fait faire fous le nom du 
Promoteur > loin d'y découvrir le prétendu complot du P, 
'Nicolas , i\ ny apperçût que les traces des mouvemens qu'il 
s'écoir donné pour le prouver. 

La rétraction que l'on avoit tâché II fouvent d'ex torquerdela 
D. Cardiere , devint alors plus neceiTaire que jamais. Chacun 
fçait que cette Fille après avoir été forcée par Yaccedit que fît 
chez elle l'Official , de manifefter des crimes dont elle ne s'étoit 
réfervée que le fouvenir - t fut refîerrée ( pour premier fruit de 
cette Plainte involontaire ) dans le Convent des Religieufes 
Urfulines de Toulon , dont le P. Girard eft le principal Di- 
recteur. 

Le parallelle des Décrets étoit capable d'ébranler tous ceux 
qui n'avoient pas une connouTance parfaite des preuves ? l'ha- 
bileté & l'intégrité de Mrs. les CommiiTaires , donnoit un nou- 
veau 



77 
veau poids à ce jugement , qui eft le préjugé ordinaire du crime 

& de l'innocence. 

On conçoit aifément que les Jefuites dévoient faire fervir ce 
premier fuccès j a ébranler principalement la'D. Cadiere, Le 
lieu où elle étoit , favorifbit ce deflein -> les menaces &; les vio- 
lences qu'elle avoir déjà éprouvé 3 fembloienr l'y avoir difpo- 
fée ; il n'y manquoit proprement que de Pallarmer , par l'idée 
effrayante de fon fëdu&eur , r épuré innocent , d'elle , de fes . 
deux frères s & de fon nouveau Confeifeur , livrez à la honte 
Ôc aux peines des calomniateurs. Quelle occafion plus favo- 
rable pour engager cette Fille fans expérience , à trahir une 
vérité qui lui avoir caufé -ôc lui faifoit craindre tant de mal- 
heurs. % 

La D. Cadiere fubit l'Interrogatoire deux jours après les Dé- 
crets , & le 2. $ . Février 1 7 3 1 . durant les Séances de ce jour 
& du lendemain 16. elle foutint fon expofition > & répondit 
aux interrogats d'une manière à faire comprendre qu'elle n'au- 
roit pas pu s'en démêler , h elle n'avoit eu la vérité pour 
guide. 

L'Interrogatoire de voit finir le 2.7. ôc les Jefu:tes jugeant de 
l'avenir par le pane , virent qu'ils manquoient leur coup , s'ils 
n'avoient quelque moyen fuperieur à ceux qu'ils avoient déjà 
employé. Il le trouvèrent apparemment dans l'intervale du 2.6. 
au foir , au matin du 2,7. La Fille fe rendit de gayeté de cœur au 
premier Incerrogat. Inr. Si elfe nétoitpas contente de la direction du 
JP. Girard. A rep. Et accordé. Int. tout de fuite. Sijufqu'à la fin de 
fa direction ,// ne l'a pas conduite par les voyesde la pins haute per- 
feclion. A rep. Qu^oùï. Int. Si elle ne lui avoit jamais reconnu atcim 
amour charnel ,& autre vue que celle de la mener à Dieu. A rép. 
Ne lui avoir jamais connu d'autre vite que celle du defir de fon falut. 
Avec la même docilité qu'elle donne des éloges au P. Girard 
elle va rejetter toute fon accufation fur le P. Nicolas. Int. Si 
ce nefi pas par l" infpiration & le confier l du Carme quelle a in- 
tenté cette affaire. A rep. Et accordé. Int. Qui lui a confeillé de 
faire cette plainte contre le P. Girard. A rep. Que c'efl le P. Prieur 
des Carmes , 0* qu'il l'a lui a fait foutenir. Int. Qui lui a infi 
pire l'accu fa ti on en avortement procuré. A rep. Qu'ayant eu une 
perte de fiang réellement , £?* l'ayant raconté au Père Carme > il 
lui dit qu'il falloit quelle fe fut Blejfée. Int. D'où vient quelle a 
parlé dijj-eremment dam fon expoftion. A rep. Que le P, Prieur 
des Carmes s'était fi fort prévalu de fes foiblejfes > qu'il le lui avoit 
perfuadé , & l" avoit obligée de le foutenir comme une vérité .\ïit. Ct 
qu'il lui difoit fur cette affaire. A rep. Qtiil lui difoit qu'il fal- 
lait la foutenir. Int. Qui lui dit de faire fon expofition, A rep- ^«5 

t 



7* 
le Prieur des Carmes lui dit de U faire. Cette Fille croyoit ap- 
paremment que plus elle répéteroit la même réponfè , elle pa- 
roîtroit moins fufpecte. 

Le fond de ces réponfes ( ainfi qu'on a pu le remarquer depuis 
que la D. Cadiere les a rendues publiques ) con lifte à modifier une 
partie des principaux faits. Ceux que l'on peut regarder comme les 
effets de Yobfijfion , font attribuez à fis jeûnes longs c* fréquent 3 a U 
leélure de plufieurs Livres qui Imf affilent pUîfïr,& de tant de Saints 
dont elle voulût t imiter les vertus » ce qui lui a fins doute fait voir 
( elle devoir ajouter > & au Père Girard auffi) des chofis qu'elle 
n'a pas réellement vu. Elle rapporte les ftigmates à un fing ex- 
trêmement échauffé far les abfiinences , joint à cela quelques petites 
maladies naturelles. A l'égard des accidens eonvulGfs,^es trans- 
figurations & des autres faits prodigieux , où les abfiinences 8c la 
croyance Savoir vu ne fervent de rien i la Fille eft muette , 2c 
il n'y a nulle réponfe , pas même avec le feul mot oui. 

Les faits naturels & physiques , font tournez à peu près de 
la même façon , la Fille dit au P. Girard que les fiigmates croient 
une faveur du Ciel , celui-ci le croyant bonnement & ja,intcment> 
étoit venu che% elle , les avoit voulu voir 3 & fi mettant d'abord à 
genoux 3 & s'otantfa calote , il les avoitbaifi-^ aux pieds & au côté 
avec vénération 3 ( cette vénération efl bien précipitée) le P. Girard 
l'embraffoit chrétiennement t faintement, & avec lafinple affection 
que les Directeurs ont pour leurs Pénitentes Z/ne fois en pu- 
nition de ce qu'elle n'avoit pas voulu s'abandonner à une extafi , 
le P. Girard entra dans fa chambre , ferma U porte 3 & tl lui dit que 
puifquelle n'avoit pas voulu être revêtue des dons du Ciel , ;/ falloir 
qu'elle fut dépouillée t & alors il lui fit quitter fin manteau &*fis )upes> 
ty* d'abord il la fit rehabiller fur le champ, fans la toucher.... quelquefois, 
après que le P.Girard avait dit la Méfie 3 il s' af prochoit de U grille (c'é- 
toif à Ollioules ) & lui difoiten îembraffant , & lui prefentant le coté 
de tortille : Adieu mon Enfant. Sans effacer ou nier aucun des faits 
qui font prouvez par la procédure 3 elle dit enfin en général, 
qu'elle n'a jamais rien vu d'indécent au P. Girard , <T qu'il a, 
été ht en éloigné d'exiger rien d'indécent d'elle. Et elle ne répond 
absolument rien pour concilier ce qu'elle a dit dans cette féance , 
avec ce qu'elle avoit avancé dans les précédentes, ou avec les faits 
qui font constatez par les témoinsjelle ne répond pas même fur la 
caufe de fa variation 4 Et à voir la facilité qu'elle eût en excu- 
fant le P. Girard, de s'exeufer elle-même, fes deux frères 8c 
tout le refte de la famille, & de n'aceufer d'un bout à I'au-* 
tre que le P. Nicolas s on diroit prefque qu'elle avoit déjà faic 
une tranfa&ion avec le P. Girard, & que la perte de ce Re- 
ligieux étoit la condition du traité. 



79 

Dès lors la Société conçût une eftime infinie pour la D.Ca-ï 
diere. Lorfque fa Plainte étoit foûtenuë par environ 80. témoins 
& même par les aveux du P. Girard , qui avoient précédé les 
réponfes de cette Fille, elle étoit folie, fourbe , extravagante ; 
elle l 'étoit à un point , qu'il ne falloic avoir aucun égard aux 
preuves qu'elle avoit rapporté. A peine eut-elle varié, qu'elle 
pafla d'une extrémité à l'autre i les Jefuites vantoient fon té- 
moignage à peu près comme celui des vingt-quatre Vieillards ± 
il furpaffoit ( à les entendre ) tous ceux que la procédure ren- 
ferme , le P . Girard étoit blanchi , & ils en triomphoient pu- 
bliquement. 

Ce n'étoit pas encore afTez pour eux ; Un Jefuite doit être 
blanchi avec fplendeur , & le P, Nicolas étoit deftiné ( comme 
on a pu le comprendre ) à relever l'éclat de cette opération. Il 
avoit été décrété d'un ajournement perfonnel , avant que la 
D. Cadiere eut varié , on Crut qu'après cet événement , étant 
beaucoup plus effrayé , il fuivroit les mouvemens que la pru- 
dence di&e quelquefois à un innocent. L'immenfe crédit des 
jefuites eft très-propre à les infpirer , & leurs principaux émiC 
faires afFectoient dédire , que le Carme n'avait plus d'autre parti 
que celui de fe réfugier À Avignon, 

Leur intérêt ou leur malice n'a pas fervi de règle au P. Ni- 
colas , Il auroit rougi de n'avoir pas une enfiere confiance à la 
Juftice d'un Parlement , qui en a donné fans interruption des 
exemples mémorables» & les voyés dont on s'eft fèrvi pour don- 
ner à ce Religieux une faune terreur , font bien plus propres 
à faire connortre combien la caufe du P. Girard eft defeipe- 

En effet , quel pourroit être le fruit de cette variation > 1 * 
L'accufation que fait une Partie , ne fert qu'à indiquer le cri- 
me, mais elle ne le eonftate pas; il faut en chercher la preu- 
ve dans les informations , dans les aveux du Querellé; en un mot 
dans les A clés de la procédure. 

2.*. Lorfque le crime eft prouvé , s'il eft de ceux qu'on appelle 
publics , ( comme dans ïe cas prêtent ) la Partie ne peut diipo~ 
fer que de fon intérêt civil ; il ne dépend pas d'elfe de gra- 
tifier l'Accule par un défiftement de fa Plainte , ou de con- 
niver avec lui pour effacer fon crime; la pourfuite en eft tou- 
jours refervée au Vangeur public. 

De ces deux principes, il s'enfuit! i°. Que d le P; Girard eft 
criminel fuivant la procédure, la variation de laD. Cadiere ne 

Î>eut pas le rendre innocent. 2 . Quand même elle auroit pu 
'exempter de toute pourfuite } la P/ainte n'en feroit pas pour 
cela calomnieufe ," ce feroit tout au plus le bonheur de l'Ac- 
cufé d'avoir obtenu foo, impunité , 8c la même procédure qui 
prouve le crime > excluroit toujours l'idée du complot. V* La 



So 
ï). Cadiere ne pourrait jamais en accufer & convaincre tout 
«nfemble le P. Nicolas ; fon témoignage n'a pas plus de force 
envers lui qu'il en a contre le P. Girard i & fi la variation fub- 
fiftoit elle n'aurait d'autre effet que celui d'indiquer un nou- 
veau crime , dont il réitérait à chercher la preuve. 

Si l'on examine cette variation en elle-même , pourra-t'elle 

foûtenir un moment le regard de la rauon ? Avant que Ja D. 

Cadiere allât à Ollioules, 6c lorfqu'elle y étoit , n'avoit - elle 

"» 12.Tem.La F 35 ^ K c° nn *d"ence ( aux trois témoins * , dont on a ci-devant 

Damedc Raini- tranferit les dépofîtions ) de la plupart des liberté z criminelles 

baud an «col. q ue i e p t Girard avoir prifes fur (a perfonne , & qu'elle a ren- 
3g.Tem.Annc } , , r r I _ n r > i 

durci, ferme dans ion exponuon ? Le P. Nicolas qui n a vu cette 

' jtf.Ttm. La Fdle pour la première fois, que quatre mois après qu'elle eût 
■yer. ^ ces con ^ £ j ences ^ i es l u i_ a -t'il fuggerées > Cela feuî ne fuffi- 
roit-il pas pour anéantir cette variation fuppofé même qu'elle 
n'eut pas été révoquée , mais elle l'a été malgré les obftacles qu'- 
elle trouvoit dans l'endroit même où les Jefuites avoient eu le 
fecret de l'extorquer , & les eu confiances de cette révocation , 
rendent fon retour à la vérité plus merveilleux 3 que ne l'avoit 
été fa foibleffe à la trahir : chacun -en jugera par la feule lec- 
ture de la pièce. 

33 Du matin 10. Mars 175 1. Sçavoir faifons nous.,.Con* 
33 feillers ScComiftifTaires &c. qu'ayant accédé au Monaftere des 
Religieufes de Ste Utfule de cette Ville de Toulon i pour con- 
tinuer de procéder à la continuation de la confrontation, con- 
y) tre Catherine Cadiere fille de Jofeph de cetteVille , & y étant 
3 , elle nous a requis de recevoir une déclaration qu'elle prétend 
j, nous faire» & après lui avoir fait prêter le ferment, a dit qu'elle 
3 , le tien ta fo premières réponfes faites devant l'O facial > & l'ex- 
pofition auiïi par elle faite pardevant le Lieutenant au Siège de 
cette Ville , du 18. Novembre dernier 5 comme contenant ve- 
i} nté j et qu'elle autoit toujours foute uu jufqu'au jour z 7. Février 
dernier du matin , jour auquel la Sœur qui la fertla fit boire 
du vin pur à jeun , qu'elle trouva falé après l'avoir bû , ce qui 
lui étourdit les efprits & nous étant arrive^ dans ce ttms t pour 
„ continuer fon audience & fon interrogatoire , 0* lui ayant repré- 
senté qu'elle Jeroit jugée par des hommes qui ne croiront point les faits 
extraordinaires qu'elle nous racontoit >& quainfi elle eût a nous 
33 dire la vérité finalement, & quelle eut à nous découvrir les verita- 
yi blés coupables ; au elle étoit jeune i qu'en ne difant point la vérité s 
elle Je perdoit ; qu'on ne croiroit jamais nifes miracles 3 nifes obfef 
, fions 3 nifes pojfejfions 3 ni [es prophéties ; c£* que ces remontrances 
3 , jointes à l'effet du breuvage, i'ont portée a dire tout ce qu'il y a de 
contraire a tout ce quelle avoit avancé da,ns fes réponfes dud. jour x 
„ dans fon recollement & confrontation > jufquà cejourd'hui > foûte- 

nant 



Si 






3i 

31 



>» 



« 



33 

3*. 

3» 

31 



„ dent & reconnoiflant la vérité de fes premières réponfes faites 
„ devant -I Officiai , & exposition devant le Lieutenant , Iefqucl- 
„'Ies contiennent vérité, révoquant tout ce qu'elle peut avoir 
„ dit de contraire ,tant dans fcfd. réponfes , recollement &con-' 
,, frontarion , & que c'ei]: par, crainte qu'elle a dit le contraires 
,, Ces premières réponfes & exposition, &ç. 

Les motifs énoncez dans cet aéte font un peu plus étendus dans 
la confrontation mutuelle du P. Nicolas avec la D. Cadiere, faite 
devant Mrs. les Commiiîàir e le 18. Avril 173 1. 3i Pardevaht 
„ Nous y &c Le P. Nicolas a dit que l'objet qu'il a à propo(èr> 
„ eft qu'il a apris par brait public ,qu on a engagé laD. Cadiere 
„ à fe rétracter & à le charger lui , & cela par -promefTes & pat 
,, menaces ,... & lad. D 1Ic a dit, -qu'il eft vrai que le jour 17. Fé- 
„ vtieril lui fut donné un breuvage à jeun, qui etoit du vin qu'-. 
„ elle trouva /aie ; que ce breuvage lui troubla & lui interdit les 
w efprits j qu'il lui fut donné par la Guyol , fille de la Guyol,zeIée 
„ partifane duP.Girard,*yfï«ï outre cela été intimidée par la Super ieu- 
j, re par des menace* & violences , tant delà part de ladite Supérieure^ 
„ cfue de ladite Converje & autres perfonnes de confideration. ( Le Pi 
„, Nicolas rappelle enfuite les faits contenus dans fa dcpofition, 
„ & dans fes Réponfes qui donnent un démenri'general à ïa va- 
,, nation de la D, Cadiere,) &k D. Cadiere a dit que tout ce qui 
„ v^nt d'être dit par le P. Nicolas eft véritable; & que fi elle a dit 
„ quelque chofe de contraire en fes Réponfes du 17* Ôc dans le 
„ cours de là Procédure jufqu'au jour de fa rétractation (du. iov 
,, Mars,) „ ce n'a été que l'effet du breuvage qu'elle avoir pris ,£$* 
fy des menaces qu'on iut fit \ en ajoutant au furplus qu'elle ne pouvait 
pas avoir déchargé le P» Girard dans les crimes dotit il eft aceufé, 
puisqu'ils conftent par la procédure & p$r fes propres réponfes, 
& qu'il eft même coupable de bien d'autres — . . Ledit Père 
Nicolas nous a requis d interpeller la D. Cadiere , de déclarer 
de quelles menaces on s i étoitJervi i &* delà part de qui elles étoieni 

„ fanes La D, Cadiere a dit que la Supérieure du Convent 

„ de Toulon lui avoir dit, que quand le Carme jejàuverok de Tou- 
v , Ion tout jeroit accommodé , & queji elle perfifîoit dans fon expojt* 
,, tien , elle ferait mi je a la quefiion : menaces qui lui ont étéjaità 
„ par des perfonnes quelle nommera en tems &■ lieu. Si la variation 
<le laD. Cadiere n'avoit pas déjà été révoquée, ne tomberoit-elle 

f>as entièrement à l'égard du P. Nicolas, par cela feul qu'elle rie 
'auroit pas fbûtenuë lors de la confrontation ? C'eft l'efprit des 
articles 8.& n. dutit. 15.de l'Ordonnance de 1670, & Tufage 
inviolable de toutes les Juridictions. 

Mais cette variation qui ne peut pas nuire par tant de raiforts 
au P. Nicolas , ne porteroit-elle aucun préjudice au P. Girard > 
Les méchantes exeufes & les voyes détournées dont on fe fert pour, 
pallier les crimes , contribuent à les manifeftex encore mieux jcel* 

X 



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» 

3Ï 



/ ï 



8i 
les que l'on a employé dans la variation de la D. Cadiere , ne per- 
mettent pas de porter un autre Jugement > pourvu que l'on pren- 
ne la peine d'y réfléchir. 

-En effet , l'artifice eft fi marqué & fî grofïïer , qu'on né peut 
le méconnoître. i u Elle commence fa variation par uno«7 abiolu, 
qu'elle donne pour toute réponfe À Tint. 'Si elle eft, contente de la 
direélion du P. Girard ,&fî jufquà la fin il ne ta pas conduite par 
tes voyes de la plus haute perfection. Cet oui fec né paraît g u ères ve- 
nir de l'abondance du cœur ; il dit trop 3 car quel eft Iêîefuite 
même qui ofat avancer que le P. Girard a conduit cette Fille par les 
voyes de L plus haute perfection ? Il vient d'ailleurs trop tôt,&; la D. 
Cadiere n'a pas gardé la vrai-femblance. Quoi i elle paife fur lé 
champ & fans milieu d'un extrême à l'autre i les deux jours pré- 
eedens , elle renouvelle fa Plainte contre le P. Girard , 6c le char- 
ge par fes réponfes des crimes les plus noirs, & elle vient le len- 
demain matin répondre brufquement par un oui , qu'elle eft con- 
tente de fa direction , & qu'il la conduite par les voyes de la ptiïs 
haute perfection i Voit-on là une vérité échapée à l'imprudence i 
ou arrachée à l'embarras d'un coupable ? i 
. x q La D. Cadiere dit a la 1 15». rep. j^»<? le P. Girard l'embraffoit 
chrétiennement 3 faintement , & avec l'a fïmple affeélion que les Di- 
recteurs ont pour leurs Pénitentes, Et in t. de dire que fi- ce que lui re- 
pondit le P. Carme là dejfus. A rep. Que le P. Carme lui dépeignit 
avec horreur , ce qui s' étoit paffé defimpie & de faint entre elle 3 & 
le P. Recleur ;•& lui dit que celles qui s'abandonnent au corps de gar- 
de ne font pas pire-; alors il lui ftp fumeurs quejlionsjui demanda fi. elle 
n' avoit pas fenti du piaifir 3 fî elle ne s'etoit pas trouvée mouillée j& 
fi elle n'avoitpfk fenti de la douleur : a quoi elle répondit quelle n en- 
tendait rien à ce qu'on lui difoit s & que du plaifr & de la douhut 
elfe n en avoit point reffenti , quelle s' étoit trouvée mouillée; mais 
que cela lui arrivait quelquefois par un écoulement d'urine : qu'alors 
le Carme lui dit qu'elle s' étoit trompée , que le P. Girard lui avoit 
fafeiné l'efprit,& quelle ne s'était pas aperçue de ce q a" il lui avoit 
fait; que le mouillé étoit une fuite naturelle de l'aclion que le P. Gi- 
rard avoit commis en elle f &* que fî elle n avoit fenti ni pUifirni dott- 
far , c'efi qu'il lui- avoit fafci né l'efprit, ce qu'elle lui fou tint toû- 
j&uri être faux , n'avoir jamais fenti ni plaifr ni douleur , lui ayant 
toujours foutenu qu'tlle n'avait rien vu d*immodefie au P. Girard 
nide> contraire a ta pudeur i qu'à force *de lui dire le P. Nicolas le lui 
fekfœada,fe prévalant de fa foibleffe. 

-L'objet de ces -deux réponfes , eft d'expliquer & même de 
fanSlifier les embraffemens dont la Fille s'étoit plainte dans Ton 
ewpofoioh j ê£ danses réporifês 5 6. & c 1 . du jour précèdent dont 
V&icMa' teneur y le P. Girard la vif toit che% elle de tems ew tems 
fihn\ Qu'elle étoit malade ,0* là ilfefermoitdansja chamhre , prenoir 
wifiêge , U ùrohduboutdu lit, lui paffoit une main par derrière, & 






*5 

une autre parâevant s t appuyoit fur fa poitrine.», Ù* elle tombait alors 

. dans des accidens qui lui faifoiènf*perdre toute forte de connoijjance \ 
& quand elle revenoit , elle fe trouvoit dans des poflures indécen- 
tes y c'efl-a-dire la chemife relevée &> même dans le lit, & qu'alors 
elle expliquait fes peines au P. Reàleur qui lui répondait que cela ne 
lui devait pas faire de la peine 3 puif quelle Ûevoit le regarder com- 
me Dieu i qu'elle devait s'oublier , 0* qu'un état vertueux bonifioit 
tout le refie. Que dans le Carême le P. Girard là vifitoit régulière- 
ment , attendu l'état extraordinaire ou elle fe trouvoit , étant tom- 
bée quelquefois fans connoijjance & en extafe , le P. Girard étant 
avec elle , lors quelle revenoit de fon extafe 3 elle Je J en toit de la 
douleur aux parties , 0* qu'elle fe fentoit mouillée > de quoy s' étant 
plainte y le P. Girard lui dit , je le crois bien ma pauvre enfant, 

Tels font les embrajjemens , qui du foir 4 au matin font devenus 
faints & chrétiens y mais cela n'a rien de furprenant , & la mê- 
me fille qui avec un oui a élevé la direction du P. Girard aux! 
voyes de ta plus haute perfecli on 3 a bien pu en faire autant a l'é- 
gard de fes embrajjemens. 

Il feroit important toutefois , que l'on pût fçavoir de quelle 
façon on doit entendre les embrajjemens faits cbêtiennement & 
faintement , & avec lafmple ajfeàlion que les Directeurs ont pour 
leurs Pénitentes ; car la D.Cadiere ne l'explique pas dans fa varia- 
tion , 8c on n'en trouve aucun formulaire dans les Sts. Canons. 

Mais au derTaut de cette explication que la D. Cadiere au- 
rait dû faire, ne trouverait - on pas quelque chofe d'équiva- 
lent dans [es plufieurs quefiions qu'elle prétend que le P. Nico- • 
cas lui fit y & dans les réponfes qu'elle lui donna ? il n'eft pas pof. 
ïible en effet <Juë fi ces embrajjemens qu'elle qualifie vague- 
ment chrétiens & faints , n'avoient rien eu de charnel , le P. 
Nicolas lui eût demandé fur fon récit , fi elle n'avoit pas fenti de 
plaifir, fi elle ne s'étoit pas trouvée mouillée , &* fi elle n'avait pas 
fenti de la doukur : il feroit incroyable qu'elle n'eut pas regar- 
dé ces plufieurs quefiions t comme étrangères aux embraflemens 
faints y & qu'elle y eût répondu qu'elle s'étoit trouvée mouillfe 3 
mais que cela lui arrivoit quelquefois , ( Se à point nommé lors 
des embrajjemens faints ) par un écoulement d'urine « ôc il feroit 
encore plus incroyable que le P. Nicolas eût perfuadé à cette 
Fille que des embrajjemens qu'elle lui avoit vanté comme chré- 
tiens & faints , étoient très-criminels , s'ils n'avoient eu une rela- 
tion neceflaire avec les plufieurs quefiions. 

Le P. Girard l'a bien reconnu de la forte : car lors de fes fé- 
condes Réponfes , & au 1 5 , Int. s'il ne l'a -point embrajjée , il a 
iep. & nié : il faut ici neceiTairement quelle P. G'rard'j ou la 
Fille , foit parjure. Si c eft le P. Girard , il eft condamné par 
lui-même , 6c il combat la variation y parce que les &mtir.ajjemens 
^u'il nie font c€rtfe* criminels. Si c'eft au contraire la Fille , 



3) 



84 

-elle n'a donc pas dit la vérité lors 4e fa variation , & el T c eft 
indigne de foi. 

5°. Après les embrafTemens qualifiez faints ty chrétiens , ri' 
eu a proposd'en montrer d'une nouvelle efpece. Xa Demoi- 
felle Cadiere fur le 1 5 1, Interrogatoire du même jour 2.7. Fé- 
vriers de nous dire , s'il efl véritable que le P. Girard. l'ait baisée 
au Parloir & à l' Egltfe -des Clair ifles d'Ollioules ; a répondu, que 
■quelquefois après que, le Père Girard avoit dit la Mejfe y il s'appro- 
chait de la Grille, isr lui dtfoit en l' embrajfant , <t? lui préf entant 

1 E CÔTE*' DE L'OREILLE: ADIEU MON E N F A N T. 

Que cette Fille fut ingenieufe le jour de fa variation ! Elle 
craignit apparemment que quatre à cinq témoins n'euilent 
dépofé ( comme ils l'a voient fait effectivement ) fur les bai- 
fers donnez à la grille du Parloir Se de l'Eglife des ClaiïinVs s 
'-& pour parer à l'imprefïïon facheufe de ces déportions, elle 
convertit adroitement les baifers, en embraffemens du côté de 
l'oreille. Après ^tant de précautions, on ne croiroit pas que le 
P. Girard le fit une peine d'avouer de tels embraffemens > ce- 
pendant interrogé lors de fes fécondes Réponfes , „ (1 elle 
fortant la tête du trou de la srilte , il ne la pas embraflee 
tout Amplement fans que les vifages fe foient touchez. A 
*„ réf. Et nié , cela n'étant point du tout fa manière , on peut le 
3 , croire ? & étant accoutumé à plus de retenue , voilà ce qui 
fait le doute j mais -toujours efl -il vrai qu'il dément la varia- 
tion. 

4°. La D. Cadiere dans fa rep. au 1 16. Int. dit que le P. Gi* 
rard étant venu che^ elle , il avoit voulu voir les fligmates i féî fe 
mettant à genoux -, <ùr s' étant fa calotte 3 il les avoit baife^ aux pieds 
<^ au coté avec vénération. Et au 118. Inter. elle répond, qu'en 
punition de ce quelle n avoit pas voulu s'abandonner a une extafe > 
le P. Girard entra dans fa chambre ^ ferma la porte -, & lui dit que 
puuquelle n avoit pas voulu être Yevêtuëdes dons duCiel 7 il falloit 
quelie fut dépouillée, çjr alors il lui fit quitter fon manteau W fes 
jappe s , O* d'abord il la fit réhahller fur le champ fans lu toucher* 
Le P. Girard au 18. Int. des fécondes Réponfes, ayant perdu 
fans doute fon ancienne vénération pour les ftigmates, dit 
qu'il peut s'être baiffé pour les voir y mais il ne les a point baife^ ni 
aux pieds ni au coté y <& qu'il fe peut alors qu'il fut fans calotte at~ 
■tendu les odeurs. En effet ne font- elles pas infu portables au 
mois d'Avril > Par fa réponfe au 13 e . Int. il nie de lui avoir fait 
quitter fon manteau $? fes j ttppcs > il de voit ajouter , pour les lui 
faire reprendre fur le champ , <sr fans la toucher. Car de bonne 
foi , qui pourroit croire ce que débite la D, Cadiere dans fa va- 
dation ? 

5 . Au i45>,Interrog. Ce quelle penfoitfur les vifions y extafe, 
révélations } obfefjions ^voix intérieures is 1 autres ebofes quelle a cru 

voir. 



' 






v 



8 S 
voir. La. fille rep Apresy avoir mûrement penfè que J es jeunes longs 
ijrfrequens > fes abjiïnences , UlcSiure de plufeurs livres qui Utifcti» 
f oient plaifir , <jr tant de Saints dont elle vmhit -imiter les vertus , 
lui ont fans doute fait voir des ebofes quelle fia pas réellement vtf t 
<sr quelle s'bnaginoit de voir, il faut l'avouer, ce jour iC Fé- 
vrier fut bien lumineux pour la Demoi telle Cadiere : depuis 
le foir précèdent juiques au lendemain matin , elle a reconnu 
l'illufion de ce qu'elle avoit crû réellement voir depuis une an- 
née Se demie*, elle difeerne clairement 8e diftinctement la 
caufe de tous ces faits extraordinaires , de laquelle l'éclairé Père 
Girard dit qu'il doutoit encore après un an d'examen. 

Mais ferieufement y penfet'elle, quand elle nous vient dire 
qu'après y avoir mûrement penfé , f es jeunes longs & fréquent , & 
fes abjiïnences lui ont fait voir des ebofes qu elle napas i>Hl l\ pa- 
roîc par la procédure que ce n'a été que dans le Carême de 1750. 
qu elle ne mangeoit pas , Se l'époque de fon obfefÏÏon qui eft à 
lafinde Novembre 171g. eft antérieure dequaue mois. Le P. 
Girard lui même prétend , & il a fait depoierà la Laugier Se 
à la Guyol , deUx de fes fidèles ftigmaufées,que la D. Cadiere 
mangeoit en fecret , tandis quelle fe vantoit de ne prendre au- 
cune nourriture. Les ftigmates communs à plufieurs Péniten- 
tes j Se les transfigurations fur le fqu elles certe Fille ne répond 
rien , Se qu'elle eut bien mieux expliqué le jour irj. Février 
qu'elle fut fi illuminée , étoient-ce des chofes qu'elle croyoic 
voir? Le P. Girard j le Père Grigmet fonconfrere , lesRetioieu- 
fes d'Ollioules , Se tant d'autres avoient-ils, le cerveau creux par 
des jeunes & des abjiïnences , lors qu'ils reveroient les ftigmates j 
& admiroient les transfigu rations ï 

6°. Lefprit pénétrant de la D. Cadiere du 17. Février, ne 
brille nulle part de fa variation , autant que dans fa reponfe au 
\%y interrog. Elle avoit avoué dans la précédente, que le P. 
Girard lui portoit quelquefois à boire de l'eau dans une écuelle , c'eft 
la même eau qu'elle a dit dans fon expofition être rougeâtre; de 
mauvais goût , Se avoir été lui vie de grandes pertes de fang. Int. 
5"/ elle frouvoit un mauvais goût à cette eau. A rep. Que non , <&r que 
fi elle étoit quelquefois teinte de fang, c 'étoit parce que feignant du 
nés , il en tomboit quelques goûtes. L'invention eft rare, ôc bien 
plus merveilleufe que celle du fang périodique des transfigura- 
tions ! Une fidèle & ûfficieufe goûte de fang vient tomber dans 
lecuelle à chaque moment précis que leP- Girard la préfente, 
pour en rougir l'eau, Se fans que la fille puifle jamais l'empê- 
cher d'y tomber ! On ne peut s'empêcher d'en rire, Se cepen- 
dant il y a des gens aviez ftupidespour le croire en faveur du 
P. Girard , pree qu'il eft Jeiuice. 

Y 



8tf 
^°. Cette variation éroir fi bien faits après y avoir mûrement 
pensé 7 que la D. Cadiere ne repond que fur fes faits , qui 
éroient fufceptibles de quelque explication qu'elle croyoit fa- 
vorable au P. Girard , elle laide commodément les autres en 
arrière, & ne dit pas même un feul mot, des huit à neuf fuis 
qu'il a convenu de s'être enfermé avec elle fous la clef h elle ne detru ic 
pas les faits principaux de fon expoijtion , parce qu'ils font 
prouvez, Sx elle fe borne à les adoucir i fon but e(t de s'excu- 
ferelle, fes deux frères, le Jacobin Se le Prêtre Se toute fa fa- 
mille, fur le fondement que le P. Nicolas avoit abufé de leur 
foibleffe , & à la 1 17. rep. Ûtt de plus, que fa mère <& elle ont re* 
gardé comme un très grand malheur dans leur famille la connotjfance 
quelles ont eue de ce P. Carme } ty qu'elles n'auroicnt jamais commen- 
cé cette affaire s'il ne les y avoit engagées. Elle ajoute à la 148. rep. 
Que fes frères ne voulaient point que cette affaire commençât ; mais 
que le Prieur des Carmes difoit toujours qu'il nefalloit pas defifer. 
L'attention à rejerter la plainte fur le Père Nicolas ett fi grande, 
qu'il. n'y a pas une feule réponfe cù il ne foit parlé de lui. 

De là les réflexions naiflent en foule. La Fille ne prit le 
parti de varier que fur la foi qu'elle feroit difculpée, de même 
que toute fa famille. I J ar la variation , elle voulut préparer celle 
de ûs deux Frères qui avoient été décrétez, & elle croyoit que 
fon exemple leur impofoit la necelîité de le iuivre. Le P. Ni- 
colas devoit afioitir ce beau projet, & ccre facrifié au repos 
qui étoit promis à la D..Cadiere , Se à la vanité outrée des Je- 
fuites qui fecroyent en droit { l'on ne fça it par quel titre ) de ne 
réparer leurs fautes qu'en les endolîant fur autrui. La Mère & 
les Frères de certe Fille ont fi peu regardé comme un malheur la 
connoiffance du P. Carme , qu'ils n'ont celle de crier à la fubordi- 
nation des qu'ils apprirent qu'elle eut varié. Si l'expofuion 
avoit été faite contre le gré de la Mère & des Frères , ou qu'ils 
eu fl'en t fu i v i fi m p t e m e n t les infpiration s du P. Carme , a u r oi t ils 
hefité d'accepter le parti qui leur fut offert , en prenant la route 
que la variation de leur Sœur venoit de tracer? Ilsy furent in- 
fenfibles ; & leur refus fondé fu r ce qu'ils aimoient mieux périr eux-- 
mêmes } que d'immoler l'innocent au falut d'un coupable , fait voir 
dans quel efprit la Fille a pu dite' que fes Frères ne voulaient point 
que cette affaire commençât .-feront ils foupçonnez de la foûtenir 
pour faire plaifir au P. Nicolas > Ils n'y ont trouvé (comme 
lui) qu'une forte d'oppreflion qui lesauroit rebuté dès le pre- 
mier pas , fi la vérité Se la juftice n'avoient ranimé leur con- 
iiance. 

Rien ns prouve mieux que la Demoifeîle Cadiere avoir 
iàir fa paix, pât voye d'arbitres, avec le Père Girard, que 







8 7. 

leur confrontation mutuelle du <r. Mars 1731. LeSlure faite 
des réponfes de la D. Cadiere , le P. Gtrard dît qu'il ne s'ejl ja- 
mais rien pajjé que dé très -pur <ts* de très-modefle entre lui & la 
ZX Cadiere i qu'il la regardait comme une Jointe Fille , qu'il voulait 
conduire à la perfection ; <£?* que fans entrer dans le détail de tout 
ce qui eji contenu dans les Réponfes de la D. Cadiere , fur quoi il 
Je rapporte aux fiennes 7 il répond en tout de la pureté de Je s inten- 
tions , <(? de l'efprit de religion dans lequel il a parlé , écrit & 
agi, ..... <T la D, Cadiere a dit Jes réponfes , à commencer du 
2.7. au matin , O 4 Jon addition au recollement, contenir vérité > 
avoiiant de n'avoir jamais rien vil dans le Père Girard que de très- 
pur <tsr de très-faint y répondant pareillement de la pureté de Jes in- 
tentions, Si la prefence des deux Magiltrats refpectables qui 
au-'orilbient cette confroncation ne la rendoit un acte juri- 
• dique, & qu'on pût s attacher feulement au toile que joiïoient 
les deux Parties, ne devroit-on pas la ptendre pour une Jcene, 
avec bien plus de raifon que l'accident du 16. au 17. No- 
vembre ? 

D'abord le P. Girard ne propofe aucun objet contre la D. Ca- 
diere, qui Pavoitaecuféde crimes fi atroces, ôc qui en laiubic 
encore des vertiges trop marquez dans fa variation ; craignoit-il 
de ne l'aigrir par fes reproches , & qu'elle ne rompît le traité dé 
pacification ? On ne peut en douter , fi Ton fe rappelle que le P. 
Girard , lors de les fécondes Réponfes ,. nia abf olumenr les faits 
que la D* Cadiere avoit mitigé par fa variation j c'étoit le tems 
de lui faire des interpellations fur ces mêmes faits, pour la met- 
tre hors d état de les foûteriir s'ils étoientfaux » les confronta- 
tion mutuelles n'ont pas d'autre objet. Cependant trop heu- 
reux d'avoir furpiis la variation telle qu'elle efl , il fut aflez- 
prudent pour ne pas chicaner fur ce qu'elle renfermok de con- 
traire aies intérêts^ 

Le petfonnage de la Fille eft-il moins emprunté ? S'il eit 
vrai qu'elle eût calomnié dans fon expofition le Père Girard> 
fe feroit'-elle prefentée devant lui de fang froid? Auroit-elle 
borné les marques de fon repentir , à dire nuëment quelle 
n avoit rien vu que de très-pur <ts" de très-faint ? A.uroit - elle ofé 
après une fi noire calomnie, répondre pareillement de la pureté dé 
Jes intentions a la face de ce faint Directeur , & s'approprier par 
une efpece de dérifion les termes dont il s'étoit fervi ? 

On ne finiroit point s'il falloit s'arrêter à toutes les réfle- 
xions que cette variation fournie On ert furpris que la De- 
moifelle Cadiere y ait perfifté durant dix jours, & ne devroit-< 
on pas l'être plutôt qu'elle l'aie enfin révoquée ? Epouvantée 
par les menaces, feduite par les promettes, captive & privée 



r. 



.88 
1 de confeils , tracaflce enfin de toutes les façons, !e a - il mer- 
veilleux que dans cet état elle n'ait pas eu le courage de fé 
plaindra de fa FdïfcMfe > Jgft 

Le dernier jour de fa détention dans le même Monaftere, lui 
parut le premier jour de fa liberté; elie deiavoûa la variation 
qu'elle y avoir faite. Semblable à ces eaux où l'art fait violence à 
la nature, elle reprit fon cours naturel loriqu'elle fut moins pref- 
fée. L'impofteur qui a cédé à la force de la vérité eft confondu 
& humilié ; il lui étoit plus facile de foutenir lemenfonge 
jufqu'à la fin , que d'y revenir après qu'il l'a découvert lui- 
même -, & fi la D. Cadiere, dans le même lieu, avec les 
mêmes motifs de crainte pour l'avenir , en préience des mê- 
mes Magiftrats, & lins autre fecours que celui qu'elle a 
trouvé dans fa conviction intérieure , a eu la fermeté de 
révoquer fa variation ; fi malgré de fi longues & de fi ru- 
des épreuves, elle perfifte encore à foutenir fon expofuion, 
la Ver ire feule a pu luiinipirer ce delTein, & lui donner affez 
K o Afap,* wj de hardieffe pour l'exécuter Que fon pouvoir eft grand, & 

vtti.mitl %& , _ . f . ^- L... *i i 

f*tr*»amiMni». qu il le tait iennr dans toute cette attaire : elle perce les 

n*m*fd4,rtij£' t nuages les plus épais ^ elle fe fuffit pour triompher de tous 

^fdTt h0 f*aiTf* ^ es pJ e £ €s > eue "^ î^ême fervir à (a gloire les plus grands 

V fi >pf"»d'f obiîaeles qu'on lui oppofe ! En effet , le P. Girard auroit-il 

f. c<xit«. '" eu recours à cet indigne artifice s'il ne lui avoir été necef- 

faire \ Un Jefuite innocent craindroit-il d'être moins protégé 

que la famille de Cadiere , ou douteroit il de la juftice de 

fes Juges , fi la hibornation, l'impolture, la violence, ne ve» 

noient, à ion fecours? 

Le prétendu complot attribué au P. Nicolas , ou plutôt 
les efforts que Ton a fait pour donner du corps à cette chi- 
mère \ indiquent bien mieux le vrai complot qui avoit été 
formé contre lui : les chofes parlent affez d'elles-mêmes, 
fans qu'il faille les relever par nos exprefiions. Les plus in- 
diffe refis & les moins éclairez l'ont connu, & en ont été re- \ 
voirez ; que ne doit-on pas attendre des lumières & de l'in- 
tégrité de la Cour? 

Cette affaire, à qui doit-elle fa naiffance qu'aux Jéfuites 
eux-mêmes? Srle P. Girard en a fourni la matière , le P. 
Sfabarier n'en a-r-il pas caufé tout l'éclat ? La D. Cadiere & 
fon Prëre le Jacobin, avoient demandé comme une grâce 
à N4, l'Eve que , d'enfèwelir leur de: honeur dans un oubli étemel , 
& il ! le leur avoit promis. Le P. Nicolas a t-il pu empêcher 
ce Prélat d'en 'parler aux Jéfuites, & ceux-ci de ne pas se- 
carter des règles de la prudence ôc de la modération? Le P. 
Sabatier fait une convocation tumultueufe de Stigmatijces , 

• il 



il veut une tctraBation publique , il menace de lajuftice qu'il de* 
vroit craindre, il fait accéder l'Officialité chez la D. Cadiere > 
& il eft l'aggrefTeur. Le P. Nicolas a-t il pu empêcher cette 
Fille de repondre à l'Official , ôc de prendre les précautions 
que fa famille a crû neceuaires contre une violence fi mar- 
quée, & une infulte d téméraire? Les Jefuites qui dévoient 
être foigneux de jetter un voile impénétrable fur cette af- 
faire , non contens d'être les premiers à la divulguer , vou- 
loient faire un crime à cette Fille de fon (ilence, Au lieu 
d'un complot ( qui excite la rifée & l'indignation publique) 
ne re marque.- t-on pas plutôt un jufte jugement de Dieu,qui ré- 
pand quand il lui plaît des ténèbres vangerefjhfùr les paffions 
illicites ? Et ne fe rappelle -t-on pas aifément quune petite 
pierre détachée de -la montagne /ans mains d'homme , tint frap- 
per, aux pieds d'argile de l'énorme Statue de Nabuchodonojor y 
& la reduifit en poudre* 

QUATRIEME CHEF D'ACCUSATION. 

Le P. Nicolas a révélé la confefïïon de la D, Cadiere t 
& nommé fon complice pour les deshonorer. 

RÉPONSE. 

Le P. Girard plus ingénieux à feindre des crimes dans ïtf 
P. Nicolas, qu'à fe purger de ceux dont il eft lui-même ac- 
eufé, s avoue' ici Coupable fans y penfer ; aufïï le Public a 
d'abord dit, cène Fille a fait une confeffion générale au P. Nicolas , 
le P. Girard fe plaint que celui-ci l'ait révélée j il eft donc coupa* 
ble des crimes dont elle ïaeeufe*. 

Comme il ne confie aucune part que le P. Nicolas ait re- 
vêlé la confefïïon de la D. Cadiere , Ôc qu'il défie le P. Gi- 
rard & fes plus fiers Partifans d'en donner la moindre preu. 
ve, il ne daigneroit pas. répondre à cette atroce calomnie , 
fi l'honneut du Sacerdoce ne l'y engageoit. Le caractère dont 
il eft revêtu , ne lui permet pas de fouftrir qu'on le foup- 
çonne, même légèrement, dans cette partie du miniftere, où la 
moindre faute eft une prévarication ^ & le Public qui Ta 
toujours diftingué du coupable , attend qu'il juftifie fis ju- 
gemens. 

La révélation de la confefïïon , eft une infraction du fe- 
cret que le Confefleur doit à fon Pénitent , & c'eft un fai- 
crilege. Quel quel fois c'eft le Pénitent qui permet , ôc qui veut 

Z 



I 



9° 
tjue le ConfefTeur donne une connoiffance de ces m êmes 

faits , ou qu'il les confirme quand il a été obligé de les ma- 
tufefter lui-même % & il eft des cas où cela eft permis. 

Le P. Girard , qui par délicate jfe , s'il faut l'en croire , nofe 
«xhiber des lettres que la D. Cadiere l'a intetpellé de pro- 
duire , parce , dit- il , qu'elles regardent fa, confejfwn ( il veut 
pourtant que ce (oient fes Frères qui les ayent écrites ) 
n'a pas fcrupule d'accufer le P. Nicolas de l'avoir révélée , 
fans autre preuve de ce fait que fa hardieflTe à le publier ; Se 
comme depuis qu'il eft aceufé il a établi de nouveaux prin- 
cipes dans la morale , il prétend que le P, Nicolas ait com- 
mis un attentat facrîlege en wvelant cette confejfon % dans les 
circonftances les plus affreu/ès 3 ceft-a-itre , devant les Juges. 

La fin de cette révélation , autant qu'on. peut le compren- 
dre par {on Mémoire, étoit de le perdre dans lefpric de M. 
l'Evêque, enfuite devant les Juges, en y foutenant la pré- 
tendue impofture de la D. Cadiere - f mais un {impie expofé 
de ce qu'a fait le P. Nicolas , & de ce qu'il a pu faire , va 
démontrer fon innocence , & convaincre même les parti- 
fans du P. Girard, que les titres de facrîlege , de calomnia- 
teur, de prophanateur des chofes faintes , dont il eft fi prodi- 
gue, pag. 49. & jo. de fon Mémoire, lui conviennent par 
excellence. 

Le P. Nicolas avoit fait trois vîntes à là D, Cadiere dans 
la mai{on de campagne du Sieur Pauquet ; il avoit inftruit 
M. l'Evêque félon fes ordres de la nature des extafes , des 
vifîons&des ftigmaces de cette Fille - f pouvoit il fans trahirfon 
jniniftere, entretenir ce Prélat, le Public, & cette Fille dans 
l'erreur? Deux jours après quelle eut fait fà confeffi on géné- 
rale dans la maifon de campagne de fa mère , où elle fut 
conduite le 19. ou le 50. Septembre , M. l'Evêque lui fie 
l'honneur de l'y venir voir ; il voulut lui parler en particu- 
lier i l'entretien fut allez long; il apprit ce qu'il n avoit point 
encore /çu$ peut-être n'en fçutiî pas autant qu'il defiroit : 
quoiqu'il en foit , il demanda permifïïon à la D. Cadiere 
pour le P. Nicolas, afin que celui-ci pût lui parler ; elle la 
donna verbalement, & le P. Nicolas nétoit point préfent à 
cette converfation. 

Où paroît ici le crime de révélation ? C'eft M. l'Evêque 
qui demanda la permiffion à la D. Cadiere pour le P. Nico- 
las : le P. Girard niera-t-il ce fait ; Mais il eft conftaté par 
Je plus bel endroit de la procédure , cet endroit qui a fait 



9i 

triompher les Jefuites pendant quelques jours , l'on veut 
dire les Réponfes de la D. Cadiere dans le tems même de 
la variation, peuvent-elles lui être fufpecta 3 II lui lui rendit 
alors toute fon eftime. 

Au 145. Interrogatoire, & le 59. de la variation , on lui 
demande y? elle ne fia.it pas que dans la confeffon on ne doit 
point nommer le tiers ( comme fi l'on pouvoit ignorer que le 
P. Girard fût Ton Confetfeur ) & encore moins donner dts 
permijjïons de publier ce qui le regarde ; a répondu , que M. ï B- 
<uêque lui ayant fait donner une pareille permipon verbale , %) 
le P. Nicolas la lui ayant demandée par écrit , elle s'en ejloit 
rapportée à eux , & ri an/oit pas crû faire mal. 

Ot fi M. l'Evêque a demandé cette permiflïon pour le P. 
Nicolas, ceîui-ei navoic donc encore rien dit à ce Prélat qui 
pût regarder la confeflion de la D. Cadiere ; & cela eft fi 
vrai, que du jour de la confeflion à celui delavifite du Pré- 
lat , le P. Nicolas ne l'avoit pas vu. 

Si M. l'Evêque a demandé cette permiflîon , il fçavoit donc 
déjade la bouche de la Fille des Faits qu'il voutoit éclaircir 
avec le P. Nicolas : ou peut-être efperoit-il d'apprendre du 
Confefleur des mifteres que la pénitente n avoir ofé lui de- 
clarer -, les aveus qu'il en a voit déjà tirez annonce lent na«* 
tutellement quelque chofe de pire. 

Si M. l'Evêque a demandé cette permiffion, il étoit donc 
complice du tort que le P. Nicolas vouloit faire au P. Gi- 
rard auprès de fa perfonne, puifquil lui avoir obtenu la li- 
berté de l'inftruire de tout ce qui setoit pafle entre elle 
& le P. Girard ; les Jefuites l'en foupçonnéront-ils 1 

De plus, file Père Nicolas eût été capable d'entrepren- 
dre de deshonorer le P. Girard auprès de M, l'Evêque , il 
pouvoit , fans avoir recours à la révélation de la confeflion , 
^engager fa Pénitente à porter plainte à ce Prélat contre fon 
ancien Directeur : le P. Girard n'ignore pas la Bulle contra 
folliciiantes -, fi elle n'eft pas en vigueur en France ; cela prouve 
feulement qu'un Confefleur to'eft pas obligé de s'y foumet- 
tre, & non qu'il fût coupable quand il s'y conformeroit dans 
un cas auffi grave queceluici. 

Il pouvoit encore, après avoir reçu la permiflîon verbale, 
fatisfaire le Prélat fur ce qu'il navoit pu fçavoir de la D. Ca- 
diere , & l'informer de tout ce qui s'étoit pafle entre ce 
pieux Directeur y & fa Pénitente : le fameux Suarez Jefuite 
eft ici garant du Carme DéchaufTé, tom. 4. difput. 33. fect. 



~<$i Confejfàmn pojfe complicem de licentia pœnitentis ad fuperiu- 
rem tanquam ad patrem non tanquam ad judicem enunciare > ce 
qui s'entend de la première dénonciation qui fe fait à un 
Pafteur, quand le cas eft encore oculte. Et certes le motif 
en étoit aflez prenant ^ une fille qu'on donne en fpeéta- 
cle de fainteté* , & qui enfuite fe reconnoît la "trifte vic- 
time de la fédu&ion , une fille qui a des compagnes dans 
• cette efpece de direction ; c'en étoit afTez pour engager le 
P. Nicolas a. profiter de la permiflion verbale , &il n'en fal- 
loït pas même tant pour déterminer M. l'Evêque' à purger 
le miniftere d'un pareil fanetificateur , ut occulté ft) prudenter 
peccati occafionem complice auferat , ajoute Suarez à l'endroit 
cité. 

Mais où confte-t'il que le zèle du P. Nicolas l'ait emporté 
fur fa difcretion? a-t'il jamais engagé la D. Cadiere à porter 
plainte a M. l'Evêque contre le P. Girard ? A-t'elle jamais 
fait elle-même la moindre démarche vers ce Prélat y Le P. 
Nicolas pouvoit-il l'empêcher de la venir voir dans fa mai- 
foft de campagne, de lui parler en particulier , de l'interro- 
ger , & de tirer quelques aveus de fa foibleffe , & de fa jufte 
douleur ? S'eft-il fervi de la permifllon verbale que M. l'E- 
vêque lui avoit fait donner > D'où vient donc que ce Prélat 
revenu une féconde fois voulut l'interroger de nouveau > 
D'où vient qu'elle ne lui re pondit , qu'en fe jettant à fes 
pieds pour le fupplier de lui épargner de plus grands éclair- 
cuTemens , & d'enfevelir dans le filence ce dont elle f avoit 
inftruit deux jours auparavant ? 

Or fi le P. Nicolas ne s'eft pas fervi des moyens qui lui 
étoient permis dans les bonnes règles , & que la religion 
même auroit authorifé dans le cas prefent , pour donner à 
M. l'Evêque une jufte idée de la direction du P. Girard , com- 
ment ofc-t'il dire , que le P. Nicolas a révélé la confemon 
de la, D. Cadiere pour le déshonorer? 

Le billet donc parle le P. Girard, page 55. de fon mémoi- 
re, feroit-il une meilleure preuve du noir dejfein ou il faip en- 
trer le P. Nicolas ? Ce billet eft du S. Novembre ; c'eft à dire 
d'un mois & demi après le complot , dont l'époque doit 
être necefTairement vers la fin de Septembre , puifque ce 
fut alors que le P. Nicolas dit à M. l'Evêque , que l'efprit 
malin avoit plus de part que l'efprit de Dieu, aux prodiges 
qui s'operoient dans la D. Cadiere. 

Qu'aurok donc fait le P, Nicolas pendant un mois &c 

demi ? 



demi ; Quetoit devenue l&pajjhn quil'animoitîD'ou vient qu'il 
a attendu jufqO'ali S. Novembre de fe munir d'un pareil bil- 
let îcétoit renvoyer bien loin l'accompliflement d'un défit. il 
conçu dans là fureur. , 

Ce Religieux fè trouvoit quelquefois à St. Antoine , 
où M. l'Evêque lerttretcnoit ordinairement du triftefot de 
la D. Cadiere>& de l'erreur où les Jt fuites Tavôient plongée 
lui-même en la lui donnant pour une {àinte ; il Vôyoiç aufïï 
les Dlles Allemand &Batarel chez la D. Gadiere ,& il étoit 
difficile à celle-ci de ne parler pas de fes malheurs. Dans ces 
différentes conventions que le P Nicolas ne poùvoit gue- 
res éviterai craignoit toujours de ne répondre même fans 
le vouloir à certaines chofes qui pouvoient regarder lacon- 
feifion. La permiffion verbale > quoique fuffifante , ne raffu- 
fanc pas entièrement fa delicateffe , il demanda pour fa propre 
tranquilité ce billet écrit & fîçné de la D. Gadiere , par lequel 
elle déclare fui avoir permis de parier avec M. C Evéque y & ces 
deux Dlles renfermées fous cette expreffion,^ autres perfonne s ,* 
les mots même devant les y^^jjquele Père Girard y ajoute % 
marquent tout au plus; qu'il ne'fe dément jamais, & s'il eft 
fi hardi que d'akerer la vérité d'une pièce qui eft fous les 
yeux de la Gour . que doit-on penfer des faits où il ne don* 
ne pour exeufê que la pureté de fes intentions .% 

Le P. Nicolas s'ateendoit fi peu à dépoferUn jour en ver- 
tu de ce billet , qu'il ne prevoyoit pas même s'il y feroic 
obligé^ & en effet malgré la jactance du P. Sabatier de met- 
tre i' affaire en jaftice ,ft la D. Cadiere ne fe retra fiait . il ne fe 
feroit jarriais peffuadé , que la politique des Jefuites les dé- 
terminât à donner au Public le fpectacle nouveau d'un ac 
cedit de l'Officialité chez une Pénitente du P. Girard, 

S'il faut juger de la conduite du P.. Nicolas par l'événe- 
ment j on voir que lorfque la D. Gadiere a été obligée defe 
détendre contre les attaques de fori ancien Go nfefTeur, il nô 
s'eft pasfervi de ce billet du 8. Novembre, & quoi qu'il en 
eût reçu un nouveau daté du 1 1. Décembre par lequel elle le 
prie gj le requiert de depoferfirce quelle lui a dit en confeffmn 3 
il ne fe détermina pas à dépofèr 4 nonobstant les trois a£ 
figjriations confecutives qui lui furent données, & ilfouffri^ 
encore qu'on lui fignifiât trois actes ou Gomparans pour le 
même fujet.dont il va rappeller la teneur. Cette refiftanca 
de, fa part s'accorde-t'elle avec les difpofîtions-que lui prête 
le P Girard un mois & demi avant, fa dépofitioh qui n'efl 
-cuiè du ii. Décembre fuivant? 



• . 



94 

TENEUR DESCOMPAflÀÎSS. 

PAr devant Nous P. Nicolas de St, Jofeph , Prieur des Car* 
mes T) echaufe\ de cette mile de Toulon v efl comparuë *2). 
Catherine Cadiere , fille a feu, Jofeph^ Marchand de la mime 
Ville de Toulon, laquelle nous a dit &. remontré ', que fur U 
plainte quelle a portée à & fur t expo fition par ellt faite a M. h 
Lieutenant General de Se ne chai, contre le P, Girard Re&eur des 
Jefuites de cette Ville de Toulon y U lui a été permis de faire 
informerai quoi elle fait procéder actuellement ; f$ comme elle a 
befoih de notre témoignage comme Vun des principaux témoins de 
fa plainte 3 elle nous aurait fait donner diverfes afilgnations 9 pour 
faire notre depofition > ce que nous aurions refufé de faire par 
déférence ou bienfeance : mais comme nous ne pouvons plus nous 
diff enfer d'aller dépofer , ft) quen faifant cette depofition . nous 
pourrions par rapport à notre mini ft ère cacher les faits quelle 
nous a dit en confejfion $ elle nous requiert >{%) nous prie inftam*. 
ment que nous ayons a depo/èr généralement fur tous les faits à Çjf 
fingulierement ceux quelle nous a declare\ en confejfion % enfuite 
de la permijfion quelle nous en a donnée , tant de vive voix que 
par écrit ,^/ quelle nous en donne par leprefent comparant s au- 
trement & faute de ce faire elle prendra notre filence pour un 
refus de dire h vérité y & pour un parjure ± à* quoi elle a con% 
clu 9 & a figné) Catherine Cadiere. 

L'Exploit eft au bout aux originaux dans la procédure. 

Deux jours après la Signification du rroifiéme de ces ac* 
tes j le P. Nicolas ayant pris Ton confeil , fe détermina dé 
depofêr en juitice. Le P. Girard prétend que cette depofi- 
tion foit une révélation de la confejfion & un facrilege ± fes par- 
tifans le répandent dans le public j il faut démontrer. par les 
Docteurs de l'Eglife > par les Théologiens , par les Canonif 
tes, & même par les exemples > que cette depofition eft dans 
les règles. 

Le P. Nicolas reconnoît que c'eft Dieu lui même qui a mis 
le fceau fur les péchez confefTefc , qu'il n'eft aucune puiflan- 
ce fur la terre qui foit en droit de le rompre, que la nature 
S y oppofe s que l'infraction du fecret de la Pénitence e'1 oigne- 
toit avec raifort les Fidellesde l'ufage de ce Sacrement j & il 
n'ignore pas ce que dit'S. Léon dans fon Epître 80. Tuncdemum 
plures ad pœriwntiam poterunt provocari ,fî populi auribus non 
pub lice tur confeientia pœnitentis. 

.Mais un Confeûeur requis par fon Pénitent de dire & do 



%) 



P zr ft allai r*™* 
Ure, ergs ttiatn ?*• 
teftptr S*(tr<ti- 
ttm. 



déclarer ce à^ii\ lui a die en confeffion le puiffe faire 
il faut renoncer aux lumières même delà raïfon pour le ré- 
voquer en doute 3 & c'eft être bien mauvais potr en faire 
un crime" dans le public a celui qui la fait. ;. 

S. Thomas fur le 4. Livre des Sentences , diftinot. il. queff . g«« p 6!t ji «fc 
jj. art. ï. & principalement 3. part. Supplem. queft. li. art; l^tfiTZm^fJlL 
4, s'explique en ces termes tCè qu'un Pénitent peut par lui- Tmfi£l7uàui 
même y il le peut par un autre j il peut niveler fes peche%^ il peut- 
donc fe /èr<vir du Prêtre pour les manif eft er a autrui. 

Or dans la fuppoïltioh que la D. Cadiere a pu ifairê une 
expofîtion à la Juftîce contre le P. Girard , elle a pu, félon la 
Doctrine de S. Thomas, fe fervir du P. Nicolas pour dépo- 
fer fur les faits qu'elle lui avoit dît eh confeïTion , etUm po- 
teft per Sacerdotem hoc faceré, dit ce S. Docteur - y & afin qu'on 
ne s'imagine pas que le fceau de la confeflîonfoit rornjm en pa- 
reil cas, il ajoute que des que le Confeffeûreft requis par ion 
Pénitent, la conhoiflance qu'il a des péchez de celui-ci ceffe 
d'être divine j elle devient purement humaine >poteft autem 
pœnitens facere ut illud quod Sacerdos Jciebat ut Deus 3 faut 
etiam ut hamo - k quodfacït dum licenciât eum ad dicendum 1 d'où 
il s'enfuit que lorfque le Gbnfèflctir parle dii confentemerit 
du pénitent , il n'eft point violateur du fecret , &ideo fi dicat 
non fr&ngtt fîgillum. C'eft toujours S. Thornas à l'endroit Cité. 

Ce fentimeht eft fuivi d'un fi grand nombre deTheolo* 
^iens, qu'il feroit ennuyeux de les rapporter. ^Eftius in 4, Sent. 
diftinct. ij.Silvius/a Supplem. SanÊiThom. Soto 3 diftinB.it. 
quaft. 4. Silvefter in werbo conf, M à tin us , lib. %. de Pœnit. cap. 
ï6. le P. Alexandre , Theol, Dogm. (§fc Morjib. t. reg. 64. Sce. 
Beuvejtom. j. des Refdîut. Gas 18. ficc. 

Mais jxmr profiter des lumières qui doivent être refpe&a- 
blesau P. Girard , voyons quel eft le fentimenr de Suarez , 
rom. 4. Difput 3 3 . Secî. j. S entent ia communis , & il l'appuyé de 
l'aut-honté de S. Bonaventure , de S. Thomas >& de plufîeurs 
Auteurs domeftiques^ToIet, Grégoire de Valentia,&c. $ 
wera eft^fcilicet 3 licere Confejfario ex facultate pœnitentis confef- 
fionem rêve lare s & la raifon qu'il en doune , eft que quoique ce 
fecret foit divin 3 il eft pourtant de la nature du fecret en gêne- 
rai , quamwis fit facrum continetw ^tamenfub génère fecreti y &c. 
eft autem bac naturaficreti ut ejus ùjus pendeat ex <voiuntate com- 
mittentis >ficut depofttum ex woluntate deponentis $ Çf c. 

Or fî dans ia Doctrine de Suarez le fecret de la conf e filon» 
dépend de la volonté du Pénitent , eorame Un dépôt de la vo r 



i 



- . .. f$ 

lonté de celui qui Ta confié , le Confcfleur peut donc en faire 
rufage,quele Pénitent lui permettra , comme le dépositaire 
peut employer le dépôt félon la volonté de celui qui le lui a re- 
mis j cette Doctrine ne doit pas être étrangère au P. Girard. 

Joignons au fentiment des Théologiens celui des Canoni- 
ftcs. Felinusfur lechap. Math, extra de Simon, remarque que 
félon tous les Docteurs 3 Confejforpoteft rewelare confeffionem de 
confenfapœnîtentis -, & il fe fonde fur cette raifon deS. Thomas , 
que ce fecret. n'étant qu'en faveur du Pénitent, il peut y re- 
noncer fuivant cette, règle dictée par le fens commun ,»««/! 
qui/que potefl renumiarejuriprofe introduBo* 

Menoch. ^Ve arbit./ud. lik i. Sent. $.Cafu n } 1 9. dit que cette 
opinion eft trèVveritable 5 parce que le confentement du Pé- 
nitent tait ceffer le motif du fecret.qu'on ne doit pas garder à 
fon préjudice y cum ce fit hoc cafu ratio il la. celandi confeffionem 
ne damnum confefo afferatur* 

Barbofa fur le chap. omnis wtrïufq. fexus , eft du même fen- 
timent. Covarruvias in 4. décret, part. z. cap, 8. §. 1%. ajoute 
que le Pénitent dijfout lui-même le fceau de la confeffron , 
remitttt ac diffahvit , par le pouvoir qu'il donne au Confef- 
feur de manifefter ce qu'il lui a déclaré. 
\ A des témoignages fi formels 3 les ennemis du P. Nicolas 
fcuvr iront-ils les yeux pour reconnoître l'injuftice de leur 
cenfureiQue s'ils perforent à dire avec le P. Girard que fa 
dépofition eft facrilege 9 que deviendront les faints Docteurs, 
. les Théologiens & les Canoniftes qui la juftifient \ Ou il faut 
commencer leur proce v s 3 & de plus de cent Autheurs qui onc 
penfé comme eux 5 & faire prdlcrire leur Doctrine par l'EglU 
Je , ou il faut avouer que le P. Nicolas n'eft pas criminel y 
& que fon innocence a étéjufqu'ici la victime de l'ignorance 
des uns , & de la malignité des autres. 

Mais le P. Girard veut des exemples ; car il ajoute dans fa 
confrontation avec le Père Nicolas que le cas eft inouï, qu'un 
Cenfejfeur dépofè contre un tiers dans un tribunal feculien 

Les faits ne juftifîeroienc pas la conduite du P. Nicolas , û 
le Droit ne lui étoit favorable ; ainfi indépendamment des faits, 
là. dépofition eft hors d'atteinte ; Etiam in externo foro va 1ère 
teftimonium conf effort s de licentiâ pœnitentis } ad ejus innocent iam 
comprobandam. Navarrus cap 8. & in cap. Sacerdos , «°. 1 j 1 . 

Mais puifque le P. Girard demande des faits , le P. Ni- 1 
fcolas va remonter jufquau commencement du dernier Siè- 
cle s pour rapprocher de nos jours l'exemple K. P. Michaëlis ; 

Inquifïteuç 



1 



97 

Jnquiuteur de laFoy, dépofant en la Caufe contre Louis Gau- 

fridy, Prêtre de Marfeille, qui avoir féduit laD. de Demandolz. 

Déclaration de Demoifelte Maidelaine de Demandolz* de la 

Palud, touchant la révélation de Je s Confe$ons. 

DU 2 3. Février 161 1. voulant Noufdit ConTeiller-Com- 
milîaire procéder à l'Information à Nous commifes , 
nous fommes acheminez en la chambre du R. P. en Dieu Fn 
SebaftienMichaëlis, Inquifiteur delà Sainte Foy, prêchant à 
préfent le Carême en cette Ville, & lui ayant fait entendre, 
pour loùir & enquérir comme témoin fur le fujet de notre 
Commiiïïon > coTicernant Magdelaine de Demandolz , par 
lui ci-devant , comme nous a été dit , traitée en qualité dePerc 
Spirituel ôc exorcifée ; lequel nous a répondu & remontré , 
d'autant que la plupart des chofes qu'il peut fçavoir des affai- 
res, état& difpofition de ladite de Demandolz lui a été dit en 
eonfefïîon , qu il n'oferoit & ne doit le révéler en aucune façon, 
fi ce ri eft avec le bonflaifirÇ$confentement dtcelle : Nous re- 
quérant à ces fins mander appeller ladite de Demandolz pour 
lui faire entendre notre intention , & fçavoir fi elle voudra 
permettre quilpuilTe dire&dépoferde ce qu'elle lui a dit en 
qualité de ConfeiTeur 5 à quoi nous conformant , avons au 
même inftant mandé appeller ladite de Demandolz , Ôc lui 
ayant fait entendre le fait de notrediteCommiffion , & inten- 
tion , & reprefenté combien il importoii a. ï honneur de Dieu, 
au bien umverfel de l'Eglife & du Public , & encore au falut 
defon ame , que la venté des crimes dont elle a déjà répondu 
far devant Nous fut mamfeflée ; & la difficulté que ledit P. JVÏi- 
chaëlis avoit fait d'en dépofer , fans avoir préalablement fa 
permijpon & confentement 3 & que, les autres Pères qui Vont 
aufli entendue en confeiTîon pourroient auffi faire la même 
difficuté , l'avons admoneftée de déclarer pardevant nous fi 
telle eft fa volonté , ï exhortant à ce faire. 

Laquelle nous a répondu avec toute démonflrâtion de bon 
fens, qu'elle avoit déjà par ci-devant déclaré au P. Michaêlis, 
comme elle a dit pardevant nous, que pourvu qu'il plût a Mei- 
lleurs de la Juftice de ne la rechercher par raifon des choies pa£ 
fées, & dont elle a parlé pardevant nous , qu'elle diroit en fa 
préfence , & de tels autres qu'il lui plairoit „ la vérité de ce qui 
s'eft palfé , &c. .... déclarant que fous les mêmes conditions , 
& pourvu qu'il plaife à Melïîeurs de la Cour de lui accorder , 
continuer & confirmer ladite aflurances elle eft contente, @£ 
permet tant audit P. Micjoalts qu au f dit s Pères Billiet g? au- 
tres fe s Confejfeurs , de dire & révéler a la Jttftice le fecret de 
fes confepons , en ce qui concerne fa féduâiw, cas Çj crimes 

Bb 



r 



wmm 



98 
Âonî elle a répondu par devant nous. Dont & de laquelle dé- 
claration faite en notre préfence, &c avonsconcedé Acte, 

ce iccîie fait fouflîgner , & nous fommes en après fouflînez. 
Magdelaine de Demanpolz. Thoron, Commiifaire. A. Gx- 

*AN0EAU. 

R E F L E X IO NS. 

1*. Us'aginoit d un Prêtre qui avoit féduit la D. Magdelaine 
de Demandolz ; & oui pour y réufîir avoit employé tout ce 
que la Religion a de plus a ugufte , & tout ce que le maléfice 
a de plus violent, &.ce font des Confeiîeurs qui font requis 
pour dépofer fur ces faits-. 

2". Monfieur le Commiffaire exhorta Magdelaine à con- 
fentir queccsConfefleurs dépofaffent en Juftice, fur les faits 
qu elle leur avoit déclarez en confeffion 5 il lui reprefenta mê- 
me ou il y alloit de l'honneur de, Dieu >& du bien universel de 
fEmfeÇtf du Public; elle donna fon confentement, fes Con- 
feueurs s'en fervirent s furent-ils décrétez? Furent -ils traitez 
comme le P. Nicolas? L'intérêt de la Religion n'eft-ilplus le 
même, ou doit-il céder à celui delà fociete? 

3*. Dans le cas de Magdelaine de la Palud , ceft elle qu'on 
follicite à donner fon confentement pour découvrir la vérité. 
Dans le cas de la D. Cadiere , c'eft elle- même qui requiert 
fon Confeflèur par des prières privées , & par des Actes juridi- 
ques , afin qu'il rende témoignage à la vérité de (a plainte, elle 
à qui feule appartient d'en ufer de la forte , & qui ne l'a fait que 
par la neceffité où l'on l'a mife de prouver fon innocence. 

Quoique le P. Nicolas ait établi parles preuves de droit & 
défait, qu'ilapû dépofer à la requilltiou de la D. Cadiere, il 
veut bien répondre à quelques faibles difEcultez qu'on lui op- 
pofe. 

OBJECTION, 
Quoi ! drfênt les Partifans des Jef uites , le fecret de la confef- 
fion neft-il pas de droit divin? Et depuis quand le pénitent 
peut-il en diipenfer ? 

• R E P o ws E. 

Unjefïiiteva répondre > fera-t on fatisfàit ? Le fecret de la 
confefSôn eft fàcre par tous les droits , naturel , divin & hu- 
main *,mais leprecepte ne s'étend pas à le garder malgré le pé- 
nitent, en ifaveur ; duquel il eft établi. Son confentement n en 
pasfimplenient une drfpenfe, mais il met le Confeffeur hors 
au cas duprecepte , parce qu'il fait que ce qui étoit matière du 
fecret ceiïc de l'être 5 c'eft la doctrine de Suarez à l'endroit cité. 
Hanc noneffe àifpenfaùoneminpr&veptoAi'vino, fia mutatto- 



k 99 

nem mater U ejus : namfenfus pr&cepti efi 3 ut fervetkr jttxta 
*voltmtatcm committentis. 

OBJECTION. 

Cette manifeftation 3 ajoutent-ils , de la part du ConfefTeur, 
rend la confeflion odieufe. 

RE P O NS E. 

1°. Quel pitoyable raifonnement ! La confeflion ne feroit- 
elle pas plus odieufe, fi dans un cas grave un ConfeiTeur gar- 
doit le fecret au préjudice de l'honneur ou de la vie de Ion 
pénitent , quand celui-ci le requiert de rendre témoignage à 
ton innocence ; oAd ejas innocentïam comprobandam , corn - 
me l'enfeigne Navarre s à l'endroit cité. 

2 g . Si un Prêtre révéloit la confefïion de fon pénitent fans 
fon aveu , cela feroit capable de révolter la confiance des 
Fidèles, 6c de rendre la confefïion odieufe. Mais quand ce 
n'eft pas le Confeflèur qui eit infidèle, que le pénitent veut 
pour des juftesraifonsque'fonfecretfbit révèle , & qu'il de- 
meure d'ailleurs confiant parmi les Fidèles qu'il ne le fera ja- 
mais que de leur confentement, la confeflion peut-elle de- 
venir odieufe? Et ideb non fit odtofa confcjfto> dit Valentia 
Jefuite , ci-deflus rapporté. 

3°. Qua-t-on appris de nouveau par la dépofition du Père 
Nicolas ? La Demoifelle Cadiere avoit déjà fait fon expofition, 
elle étoit communiquée à 39. témoins , & toute la Ville en 
{ça voit le contenu. Le Père Nicolas n'a parlé qu'après elle; 
ci parce qu'elle l'en a requis : l'ufage de la confeflion peut-il 
en devenir odieux ? 

OBJECTION. 

Mais , continuent-ils, fa dépofition du Père Nicolas eft inu- 
tile 5 car il ne dépendrait que d'une malheureufe de {è con- 
fefïèr aujourd'hui, & d'accufèr demain le plus honnête hom- 
me, qu'elle chargerait enfuite du témoignage de fon Con- 
fefieur. 

R E P O N$ E. 

Quoique l'utilité ou l'inutilité de la dépofition du Père 
Nicolas lui foit très-indifïerente , il- doit néanmoins faire re- 
marquer, 1*. Que les Loix ne regardent pas comme inutile 
le témoignage d'un ConfeiTeur. On en fit un autre cas dans 
la caufe de Gaufridy j & quand il s'agit de prouver une fé- 
duction, il n'en eft pas de moins fufpect, ni deplù&fort, Ôc 
fans doute que les Jefuites ne l'ont que trop reconnu, parles 
injuftes démarches qu'ils ont tenu pour faire décréter lePerc 
Nicolas. 2 . La companûon de la Demoifelle Cadiere, à 
une malheur eufe , eft ici bien mal placée. Depuis ion earance 



IOO 




elle a été regardée comme un exemple de régularité ; & fi les 
Jefuites qui ont fait des enquêtes fur la conduite du Fere Ni- 
colas, dans toutes les Villes où il a demeuré , avoient pu mor- 
dre fur celle de la Demoifelle Cadiere, ils nef auroient pas 
épargnée. Elle fort d'un état prétendu dvv'm , où elle étoit bien 
éloignée de croire qu elle fut dans la mauvaife voye. Le voile 
de fainteté qu'on lui avoit jette deflus , s'eft enfin déchiré , Ôc 
le bandeau levé, elle a vu des miferes qui lui avoient été in- 
connues y qui pourra fe perfuader qu'elle les ait confeflées dans 
la vue de les rendre publiques ? 

Ici difparoît donc la malbenreufe qui fe confene aujour- 1 
d'hui , oc qui aceufe demain le plus honnête homme. La 
Demoifelle Cadiere s'eft confefiee dans un.temps non fufpect, 
un mois Ôc demi avant qu'il plût aux Jefuites de la livrer à la 
Juftice ; pou voit-elle prévoir cette perfécution? Tout l'avan- 
tage quelle a crû retirer de la dépofition du Fere Nicolas, 
c'eft f affûranee qu'il pouvoir donner de la conformité de ia 
plainte à 1 état où il lavojt trouvée ; état où elle fe croiroit 
encore très-innocente, fi ce Religieux pour fe faire honneur 
dans le public d'avoir fous fa conduite une Sainte à prodiges, 
lui en avoit diflîmulé l'horreur Ôc le péril. 

OBJECTI ON. 

Enfin le Père Nicolas nedevoit jamais révéler le complice 
dans fa dépofition. 

REPONSE. 

i°. Cette objection que les Partifans du Père Girard ont 
crû invincible , & qu'ils répètent le plus fréquemment , eft la 
plusfoible, & en même temps celle qui demande la condam- 
nation du Père Girard : y ont-ils bien penfé , quand ils l'ont mife 
au jour > 

2°. 11 étoit public que le Père Girard étoit le Directeur de la 
Demoifelle Cadiere. Le Promoteur l'avoit nommé dans fa 
Requête à l'Officiai ? c'eft de lui qu'elles'eft plainte dans fes ré- 

Î>on(ës 6c dans fon expofition , les témoins dépofoient contre 
ui ,1a dépofition du Père Nicolas pouvoit-elle être appliquée 
à un autre qu'àl'accufé? Et peut-on dire qu'il ait révélé un 
complice qui étoit déjà fi connu ? 

3*. Quel fecret devoit le père Nicolas au perc Girard? S'il- 
avoit recula Confeffïon, Ôcqu'enfuite violateur de fon fécret , 
il eût parlé ou dépofé contre lui en Juftice , il pourroit s en 
plaindre , Ôefaccabler de ces reproches que S. Jérôme faifoit 
autrefois à Ruffîn : Çcirt te jaBasxrimina qu& t'Ai confefîtts fum, 
& bac i&. médium proUtumm, âeberes mcmmijfe qnod jacue- 
rim aâfeâestms > ntgUdio oris îm amputarts caput meum , 

apolog. 






loi 



apolog. ch, n. Mais le Père Girard n'a rien communiqué au 
îere Nicolas fous le iceau de la confeffion : par quelle règle 
celui-ci étoit-il donc obligé de taire fon nom dans une infor* 
mation prife nommément contre lui ? 

4*. Le complice, félon tous les Théologiens» appartient au 
fecret de la confeffion , exc&njequenù^ ceft-à-dire dans k cas 
que la révélation du complice pourroit faire connoitre la pé- 
nitente 5 mais cela n'eft qu'en faveur de la pénitente, & non 
du complice, dont la jujle' peine 3 ajoutent-ils , eft d avoir la 
honte d'être tôt oh tard découvert & accttfesàc fi la Demoifelle 
Cadiere a pu permettre de révéler fa corrfèfïion , à plus forte 
taifon a-t-elîe pu permettre de nommer le complice à qui le 
Père Nicolas ne doit aucun fecret, cV qui dans le cas préfent 
où il s'agit d'incefte fpirituel , fait partie necellaire de la dépo^ 
lîtion duPere Nicolas. Ainfî 1 enfeigne le fçavant Père Moriri 
dans fon Traité de la pénitence, liv. 2. chap. 10. propofit. 6» 
Lie et uti feientia confejfïoms etiam prodito complice in bonum 
pœmtenHs 3 modbpœnitens permijerit. 

De tout ce que l'on vient de dire, il faut conclure i°. que 
loin que le P. N icolas ait révélé la confeffion de la D. Cadiere, 
il ne 1 a pas même fait lors du confentement qu'elle lui donna 
de l'ordre de M. l'Evêque , quoiqu'il eût pu le faire fuivant 
toutes les règles. 

2°.Que fa dépofition enjuftice, que Ton ne peut pas appeller 
une révélation , mais une (impie confirmation de ce que fa Pé- 
nitente a voit déjà révélé aux juges & au Public par fon expo- 
fition eft fondée fur la doctrine de rEglife,&fur les exemples 
que l'on trouve dans les Regiftres de la Cour ; & le P. Girard 
devroit plutôt s'appliquer à rendre innocent ce que fa caufe 
préfente de criminel , qu'à rendre criminel ce qui ne le fut ja- 
mais. 

Le P. Girard termine enfin fes impoitures, endifant (pag49*J 
four concerter avec la Cadiere & [es frères , on 'voit le Père 
Nicolas s enfermer les jours Çf les nuits a la campagne de la 
Cadiere ^ où comme chacun featt , il far doit fi tien les mejures 
Çf la retenue <p W eft toujours endroit d attendre de s person- 
ne s de fon état , il n'a pu en difeonvenir lut-mème ; peut -on 
porter TcfFronterie plus avant ? La Cadiere retourne - 1' elle à 
la Vdle , il l'j fuit ; on le 'voit tous les jours chez, elle , & il ne 
s'en retire joutent qua des heures indues; cefi dans ces en- 
tretiens perpétuels & fecrets que l'on complote ,Çtfc. Le Père 
Girard piqué de n'avoir pu mettre le Père Nicolas à fa place , 
VQudroit-il l'avoir au moins pour compagnon ? Il paroît ce- 
pendant qu'il fe réferve avec juftice la fuperiorité : Le PercINî- 

Cc 






>, 



— ■ 



IQZ 






£0 las, félon lui, ne s'enfermait à la campagne de la Cadiere > 
que four concerter avec elle Çff avec fes frères , & le P. Girard 
amateur du jecret , çoncertoit/<f«/ avec la D. Cadiere 5 ne lui 
fîed-il pas bien de reprocher à ce Religieux d'avoir manqué 
aux bienféances de fon état, après qu'il les a gardées lui-même fc 
avec tant dcfcrupule? S'il ne falloit repondre qu'à la téméraire 
imputation du PercGirard , le Père Nicolas s'en ferait honneur, 
plutôt que de la réfuter 5 avec le nom que ce Jefuite s'eft fait 
dans l'Univers , on ne peut craindre de fa part que des éloges. 
Mais les fbupçons que fes émifïai res ont malignement femé 
dans la procédure contre le Père Nicolas , ne lui permettent 
, pas ( quelques légers qu'ils foient ) de garder le fîlence. Us 
avoient cru par làdeFntimider, &de l'obligera prendre la 
Fuite pour rejetter tout furjlui , & laiiîer un champ libre à la 
juftification du Père Girard 5 ils n'ont pas réiïfïi dans leur pro- 
jet, & il ne leur refte que la honte de Fa voir formé. 

Ces foibles foupçons roulent fur quelques faits, ou équi- 
voques ou indifrerens. La dépofition de Mre. Camerle , Au- 
47!Tém«ï n . monier de M. l'Evêque (témoin produit par le Père Girard, 
fous le nom du Promoteur ) avoit donné lieu à ceux que le 
trop grand defir de favorifer ce Jefuite a rendu les parties dé- 
clarées du Père Nicolas , de publier que celui-ci avoit couché 
une nuit dans la chambre de la D. Cadiere , ck rien n'eft plus 
propre que fa dépofition elle-même , à détruire cette calom- 
nie. Dépofe avoir entendu dire au Père Prieur des Carmes, 
(Vétoit lorfque ce Religieux ledit à M. l'Evêque J qu'il avoit 
fajfé Joute une nuit dans laBafiide avec ladite Cadiere y pour 
entendre une confefjion générale qu'il lui fit faire 5 Çf que de là 
étant allée au mois d'Octobre dans la Bifide de Ja mère , le 
Père Prieur lui tenoit une compagnie fort ajpdue ,j demeu- 
rant trois ou quatre jours de fuite ,j couchant tres-jouvent 
en compagnie de fes frères le Jacobin Çf l' Ecclefiaft que y & 
quelquefois œvec le Dépofant. On peut joindre à cette dépo- 
fition Ja réponCc que fit la D. Cadiere le 17, Février , jour dé fa 
variation , au 131. Int. Si à la Baffide de Pauquet fie P. Ni- 
colas Carme, ne pajfa pas une nuit avec elle i A rep. Que le 
Père Carme pajfa une nuit dans [a chambre tous les deux le- 




qu eue nous a ait ci-dejfu 
gênerai de la direction du Père Girard. Une démarche fi inno- 
cente par elle-même, & fi neceffaire, eu égard à la fîtuation où 
étoit cette fille ; une démarche enfin que Mre. Camerle n'au- 
rokpas fçù , û le Père Nicolas ne Favoit apprife à M. l'Evêque, 



IOJ 



peut-elle donner lieu au moindre foupçoh defavantageux ? 

Il ne faut pas éloigner de cette dépolîtion celle de Magde- 
laine Pauquet f témoin-produit par le Promoteur t ) déçoit que 
l'Eté paffè la- Z). Cadiere étant a la Bajiide de [on Oncle -, elle 
j étoit vtfitée prefque tons le s jour s par Adre. Came fie , & que 
te Père Prieur des Carmes y venait quelquefois > lequelj pafîa 
une nuit au plein pied de ladite Bajiide & au tjrciUas s en 
compagnie de la Z). Cadiere j dans le tems que la Dépofante 
f$ Les sutres je retirèrent dans leur appartement. Cette nuit 
eftla même dont on vient de parler 5 Magdelaine Pauquet re- 
tirée ôc couchée dans fôn appartement , ne pou voit pas fça- 
voir ii le Père Nicolas reftoit Ç$ paffoit la nuit au Tredlas , où 
■c)\e lavoit laiilé. Le Père Nicolas a avoué dans fes réponfes , 
qu'après avoir refté jufqu'à dix heures au 1reiUas,i\ monta avec 
la D. Cadiere dans fa chambre, & celle-ci le pur de fa varia* 
lion le reconnut de* la forte , Quoiqu'elle fût fi difpofée à trahir 
la venté au préjudice de ce Religieux. • . 

Quatre Religieufes , deux Uriulines & deux de la. Vifltation 
( témoins du Promoteur J ontdépoféen mêmes termes, avoir 
entendu dire a Magdelaine Pauquet, que le Prieur des Carmes 
œvoitpaffe quelquefois , (oit le matin ou l' après -dîné , deux heu* 
res enferme dans une des chambres de ladite Bajiide avec U 
D. Cadiere , qu'il avoit une fois dan fi avec elle. Ces Religieu- 
fes, pénitentes les unes du Père Girard, & les autres du Père 
Sabatier , & parmi lefqu elles fë trouve la Dame de Cogoîin , 
.qui a voulu jouer fon folle dans ce procès , vifoient fans doute 
à exeufer les enfermemens du Père Girard > par ceux qu'elles at- 
tribuent gratuitement au Père Nicolas; mais il ne pourra leur 
tenir compte que âekui bonne volontés car ces témoins font 
défavoiïez par Magdelaine Pauquet, à qui elles aiTûrent de 1 a- 
voir oui dire; celle-ci f comme on peut Je remarquer) n'ayant 
abfolument rien dépoféde pareil 3 ni même d'approchant. 

Enfin , la D. Batarei > au recollement^ a dit que la D. Cadiere 
lui a raconté comme dans le fi jour quelle avait fait à fa Bajii- 
de s le Prieur des Carmes prenoit beaucoup, de libériez* avec 
elle , couchant dans la même chambre , féparée feulement par 
un rideau qui fermoit l' alcôve ; une nuit elle fe trouvant in- 
commodée , le Carme vint a fonfecours en cBemife quelle lui 
avoit prêté ; & quelle dépofante a vu le Carme qui badmoït 
avec la D. Cadiere , & la chat oui lloi t , çtfplusna dit. Le Père 
Nicolas ne dira pas, à l'exemple du Père Girard , que ce témoin 
aie cerveau faibles mais il eft important que l'on fçache que 
cette fille avoit été enfermée dans la Maifon duRefugc, au mê- 
me tems & par la même raifon que la D, Cadiere fe fut chez 



76,Témola, 



71. Tem. La 
Dame de 
Gogo lin. 
7j.Tém. La 
Dame Sau- 
rhi. 

8ii Tem. La 
Dame Gau- 
•liio. 

Sj.Tém, La 
Dame Por- 
tails. 



Iô4 

lesReligicufesUrfulines. Quatre ou cinq mois de détention 
dans une prifon qu'elle n'avoit méritée qu en manifeftaht la di- 
rection du P. Girard , redoubloient l'envie qu'elle -a voit d'en 
fortir. Le feul moyen qu'on lui fit entrevoir pour y parvenir» 
fut edui de dépoter lors du recollement contre le Père Nico^ 
las : eile l'a fait de la manière qu'on l'a vu , & elle eft exeufa- 
fcleen quelque façon d'avoir acheté à ce prix le recouvrement 
de la lÏDerté. 

Les émiiTairesdu P. Girard ne crurent pourtant pas qu'elle 
l'eût fuffifàmment méritée 5 car il n y a proprement que ces 
mots , a vu le Carme qui badinoit avec elle Çf la chatouillait > 
qui Ibient de quelque confideration 5 autfî deux ou trois jours 
après ayant été confrontée à la D. Cadiere, elle parla comme 
une fille qui avoir bonne envie de fortir du Refuge 5 elle pré- 
tendit avoir 
dans toi 




ajouta même que la D. Cadiere lut du que 
voit fi fort chatouillée , quelle éto'tt tombée du lit en bas. Il eft 
apparent que fi le procès extraordinaire eût été fait dans le mô- 
me tems contre le Père Nicolas, la D. Batharel lui auroit été 
confrontée avant que la liberté lui eût été rendue ; mais il ne 
s'enagiflbit pas encore , attendu que ce Religieux navoit pas 
répondu fur fon Décret. Ce fait fur lequel fe préfentent tant de 
réflexions , a été expliqué par la D. Cadiere dans un Acte pro- 
teftatif qui eft au procès. 

On ne s'arrête pas à ce que ce témoin a dit lors de fa con- 
frontation avec la D. Cadierejpardeux raifons. i\ Les témoins 
ne peuvent rien ajouter a leurs déportions après le recolement, 
l'art 1 1. du tit. 1 5. de lOrdonnance de 1 670. y eft exprès. 2*. 
La D. Batharel ayant été enfuke confrontée au Père Nicolas , 
elle ne lui a foûtenu ni propofé aucun des faits , que le grand 
deik de fortir de & prifon lui a voit fait inventer lorfqu'eïie fut 
confrontée à la D. Cadiere. 

Ce qu'elle a dît lors du recollement ne mérite pas une plus 
grande attention. i°. Le témoin eft unique. 2 . Elle a dépofé 
x\acla Cadiere lui avoit dit ( celle-ci Fa toujours defavoiïéj 
que le Prieur des Carmes couchoit dans la même chambre ,Jé- 
f are feulement par un ridean qui fermait t alcôve h tandis que 
Mre.Camerlefainiî qu'on l'a vu) aflure comme témoin ocu- 
laire > que lorsque le Père Nicolas étoit obligé de coucher à 
cette Baftidc , c étok en compagnie défis frères le *Jacobm & 
l'Ecclefîafttque ^quelquefois avec le Dépofant. Or le témoin 
qui n'a pas dit la vérité dans un chef, eft indigne de foi dan^s 
un autre. 

Ceft 



Ï05 



C'cft là tout ce que le noir complot formé contre le Père Ni- 
colas , a pu extorquer des témoins livrez aux Jefuites 5 il a crû 
néceflaire d'inférer leurs dépofitions mot à mot, crainte qu'on 
ne l'accusât de les avoir affaiblies. Si le Père Girard avoit pris 
cette précaution dans fcn Mémoire inftruclif, il lui eût épar- 
gné le chagrin & la peine de relever à chaque pas fes impo- 
ftures. ! 

Mais quelle foi peuvent mériter des témoins, qui ont dépofé 
fur des faits étrangers à la plainte de la D. Cadiere, & à celle 
du Promoteur ? Dans l'une & dans l'autre, le Père Nicolas eft- 
il querellé? y eft-il même parlé de lui ? Que l'on regarde le pré- 
tendu complot comme une dépendance de la plainte que le 
Promoteur avoit feint de diriger contre le Père Girard , & que 
fur ce fondement on ait produit des témoins pour le prouver, 
on n'en eft pas furpris 5 mais quelle relation peut-on trouver 
entre les manières libres, que ces témoins ont voulu attribuer 
au Père Nicolas , ôdes crimes dont le Père Girard eft accuféf 

Dès qu'il eft vrai en fait que ces manières libres ne font pas 
l'objet des Requêtes de Querelle , fur lefquelles les témoins ont 
été produits, oc qu'elles ny ont aucune connexité, il eft cer- 
tain en Droit que les dépolirions fur ces faits étrangers font de 
nulle valeur par une double raifon. 1 g . Parce que le témoin ne 
jure de dire la vérité que fur le contenu de la plainte , dont le- 
cture lui eft faite. 2*. Parce qu'il ïe rend lui-même accusateur 
volontaire , & par conféquent fufpect. Cette maxime eft fon- 
dée fur le chap. 29. extra de tefttbus Çtf atteftat. fur la glof. du $. 
idem ^ulianusX- 1 ^.ff.dejurejurando, en ces termes : Teftes 
nonfimt interrogandi , nififùper articulés produclis* Proinde [i 
extra illa capita déportant ^jidem non facmnt* Et Mr. Cujas 
dans fon Commentaire fur le même chapitre, obferve fort à 
propos que le Juge ne doitpas même recevoir pareilles dépo- 
sitions : ÏNec ultro , dit-il ,fi<uelint tejîijicari audtendos ejfe,quia 
necfuper ea rejurejurando convenu (uni , & fine jure juran- 
do nullus eji teftis idoneus. Elle eft enfin fi confiante , que la 
Cour en fit un un Arrêt de Règlement le 8. Mars 1657. en la 
caufe d'Anne Olivier contre M.le Procureur General inftigué* 

Si ces dépofitions font abfolument inutiles contre le P. Ni- 
colas, le font-elles contre le P. Girard ? Les efforts impuiflans 
qu'il a fait pour fe donner un foible imitateur, ne marquent- 
ilipas l'excès de fa malice? Si le P. Nicolas avoit été afïèz mé- 
chant pour fuivre ( quoique de loinj les traces du Père Girard, 
lêfcroit-il appliqué à defaoufer la D. Cadiere , ou plutôt ne Tau- 
roit-il paslaiÛee dansl'erreur où elle étoit plongée ? La routé 
n'etok-elle pasirayée ? un Stigmate intérieur n en fonrhiffoit- 
ilpasPoccafion? Dd 



■■ 



Il n'eft donc rien de plus ridicule tjuè les foiipçons qu'on 
avoit voulu répandre fur la conduite du P. Nicolas : il aurait 
pu les'négliger : car ne fe difïïpent-ils pas par eux-mêmes , foit 
queTon examine la qualité des témoins & de leurs témoigna- 
. ges, foit quei'on connue re-qull n'y a ici d'autre aceufateur que 
lefce Girard ■? LaD, Cadiere a-t'clle aceufé le P. Nicolas delà 
moindre indécence , le jour même de fa variation 3 qu elle pa- 
rut fi envenimée contre lui ? S'il a cru devoir s'attacher à les dé- 
truire 3 ces foupçons, oe n'a été que pour forcer la prévention 
-la plus obftinée a reconnoître fonïnnocence, & les voyes trop 
iniques quel : onavoit r prifespour l'opprimer. 

En effet, y eut-il jamais une affaire où la prévention & la par- 
tialité j fi elle étoit réglée au gré du P. Girard , dût êtreportée à 
un plus haut point ?fiun coté il faudrait être crédule à l'excès, 
& fe perfuader qu'un Jefuite a pu , fans brecheit aux règles de la 
pudeur ,inftruire des jeunes Pénitentes de la morale corrompue 
du Quiétîfme 5 les laiffer en pray e aux penféesimpures, leur écri- 
re les lettres les j?lus pafljonnées 5 les emtjrafTer , lesbaifer 5 pro- 
mener fes regards & fes mains fur tout leur corps jdefeendre 
avec elles dans des privautez maritales ; s'enfermer fous la clef 
avec elles fréquemment , & durant plusieurs heures chaque 
fois; Et de l'autre 3 l'incrédulité irait jufqu à la malignité la plus 
outrée j on ne pourrait croire qu'un Carme DéchaulTé ait pu 
innocemment détromper une Pénitente abuféesfe trouver avec 
elle au milieu d'une nombreufe famille ; coucher avec fes Frè- 
res dans la même maïfon de campagne; fe fervir des prières &■ 
des pratiques de TEglife pour foulager fes maux, fous les yeux 
âc à l'exemple même de fon Evêque. Le même homme pour- 
rait-il dans la même affaire , être fi malin contre l'un > & Il in- 
dulgent en faveur de l'autre ? Ne feroit-ce pas là ce que l'Ecri- 
tu rc appelle unpoids & unpoids, une me fur e & unemefure, (tf 
une abomination devant Ùïetâ 

Le P. Girard auroit-il befoin d'une telle prévention, s'il avoit 
la caufe du P. Nicolas à foûtemr ? Ne lui fuffiroit-il pas qu'elle 
fut jugée avec un efprit impartial, & après avoir pris toutes les 
inftruétions neceffaires àl eclairciiTement delà vérité ? En effet* 
que reproche-t'on au PercNicolas?D avoir exorcifé la D. Ca- 
diere, concerté avec elle l'accident du icî, au 1 7. Novembre , 
& révélé fa confefïion. Il a lieu de croire que l'on eft fatisfàit 
des réponfes qu'il, a données à ces deux derniers chefs: tout fon 
crime confifte donc à l'exorcifme qu'il a fait en fècret; mais û 
cétoit un crime, ne feroit-il pas plutôt celui de M. l'Evêque de 
Toulon ? Trop docile à fes ordres, le Père Nicolas accepte là 
direction de la Saime iQliktdes t il découvre Fillufiôn cte ion 



état par 1 aveu qu'ellelui en fait 3 le Prélat s'en inftruit lui-même; 
ils reconnoiffent l'un ôc l'autre la neceflïté des exorcifmes , & ils 
les font delà même manière 5 fut-il jamais de conduite plus pru- 
dente ? Un Jefuite en auroit acquis des éloges a jufte titre 5 Se un 
Religieux infortuné y a trouve ( ce qu'il avoit appréhendé dès 
le commencement ) la fource d'une aftreufe perfecution! 

Cependant le P. Nicolas & le P. Girard ne font pas plus chers 
à l'Etat l'un que l'autre ; l'innocence feule les distingue 5 &la 
Religion qui demande la punition de celui qui Ta violée, crie 
encore plus fort en faveur de l'innocent. Le crédit des Jefuites 
«ft grand , il etl vrai , & le Père Nicolas ne l'a que trop refTenti 
jufqu à prefent ; mais l'intégrité de fes Juges l'eft encore plus , 
&c'eflce qui le rafllire. il cette de redouter la flèche qui 'vole 
durant le jour, & ï Intrigue qui marche dans les ténèbres y aufîî 
n'a-t'il pas balancé de venir fe remettre entre les bras de la Ju- 
itice, malgré tous les bruits que fes ennemis répandoient pour 
l'en détourner. 11 eft devant un Tribunal où les droits de l'in- 
nocence font facrez; & quel que foit le fort 4u coupable, il ne 
peut 4e perfuader que l'innocent lui fera immolé ; un tel événe- 
ment dont la feule penfée fait horreur , & qui feroit fans exem- 
ple parmi ces peuples fauvases , qui participent à peine à l'hu- 
manité , pourroit-il le craindre d'un Sénat augufte qui s'eft di- 
ftingué dans tous les temps par la nobleflè de fesfentimens } & 
par fon attachement inviolable aux règles delà Juftice, & à l'in- 
térêt de la Religion ? Conclud comme au procès. 

F. NICOLAS DE Ç JOSEPH,Prieurdes 
Carmes Déchauffez du Couvent de Toulon. 

PASCAL, Avocat. 

H. CHER Y, Procureur. 







A ÂIX , chez Jos ep h D avid , Imprimeur du Roy & de la Ville. 1731. 



■— 



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À 



PREMIERS 

ACTES et CONTRAT 



PROTESTATIFS 



• 



DE LA DEMOISELLE CADIERE, 



Signifiez au Père Girard , & à Monfieur le 

Procureur General. 



^™ 




• 







5£5 A AIX, Che* Rime*AdibeHt, Imprimeur du Roy. £ig 

ACTE PROTESTATIF 

DE M 1 " CATHERINE CADIERE. 

SIGNIFIE 

AU p ERE GIRARD, 

Le quinzième Mars mil fept cent trente-un. 

E Catherine Cadiere, fouffignée, déclare 
& foutiens cjue- les divers faits contenus dans mes 
exportions contre le Père Girard Redleur desjufui- 
tes de Toulon , font véritables , àc au furplus qu'à la 
| faveur des artifices du P. Girard, j'ay été injufte- 
ment opprimée , & fouffrant beaucoup pendant l'inf- 
tru&ion de la Procédure > Car i , ayant été enfermée dans le Mo- 
naftere de Sainte Urfule de Toulon, je fus privée de voir mes 
Parens , excepté ma Mère que je n'avois pas la liberté devoir toutes 
les fois que j'en au roi s eu befoin. 

z. Les Religieufes du dit Monattere n'ayant jamais voulu foufTrir 
que j'aye pris une fille pour me fervir dans le Couvent, on me donna 
la nommée Guyol , Sœur converfe , fille de la Guyol , Pénitente du P. 
Girard , & qui a depofé en fa faveur. 

3. Lorfque l'affaire étoit pendante pardevant le fieur Oflîcial , l'on 
affecta de faire oùir en témoins quelques femmes ou filles aufli 
Pénitentes du P. Girard, pour tâcher d'éluder les juftes plaintes portées 
contre lui , fans faire attention, s'il fe croit innocent qu'il devoir tout 
premièrement fe juftifier , avant de pouvoir rien faire au fujet de la 
prétendue calomnie 11 mal à propos imaginée. 

4. Le P. Girard, quoique pourfuivi criminellement , a toujours 
continué de prêcher ôe de confeiTer comme il faifoit auparavant , 
randis que j'étois enfermée dans une chambre à clef, quoique inno- 
cente i : & dans le tems qu'on faifoit quelque remontrance la deMus , 
l'on repondoit que le Père avoit confeité &c prêché , & qu'il contt- 
nueroit. 

5. Les divers comparons prefentés à M. l'Evêque jnftifient qu'il 
n'avoit pas été pofïïble d'avoir un Dire&eur pour me confe(fer i & s'il 
s'en prefentoitquelqu'un de la part dudit fieur Evêque, il me difoit 

A 



• 



qu'il nepouVoit m'entendieà ConfefTequeje n*eufîe auparavant re- 
paré le fcandale qu'on prctendoit que j'avois donné par mes expofi- 
tions contre un faint homme. 

6. L'Official Se M e . Pomet fon Greffier ont publié dans la Ville, 
qu'ils blanchiroient le P. Girard , qu'il feroitplus blanc que la neige , 
Se que je ferois punie de mort. 

7. Pour me Surprendre, l'on me faifoit accroire que iij'iniiftois de 
fou tenir mes ex polirions, je ferois appliquée à la question s que je fe- 
rois vifitée en maPerfonne , Se que tant moi que mes Parens ferions 
févérément punis 5 au lieu qu'il ne nous arriveroit rien , fi je retrac- 
tois ce que j'avois dit cpntre le P. Girard. 

8. Ledit M e . Pomet,Greffier,ne faifoit pas difficu!té,lorfqu'une par- , 
tiedes témoins vouloient dépofer quelque chofe d'agravant contre 
le Père, de dire tout haut qu'il n'étoit pas queftion de cela, veu que 
cela n'étoit pas neceffaire^ Se l'on ne le couchoit pas par écrit. 

5?. Certaines perfonnes , que je nommerai dans la fuite , fe tenoient 
dans le Palais EpifcopaU Se lorfque \çs témoins fe prefentoient ^ ils 
les interrogeoient , en ayant même renvoyé une partie > en leur ôrant 
des mains leurs copies d'amgnatièns. 

10. Ledit Vf. Pomet, pour prévenir les efprits en faveur du 
P. Girard , & contre moi , afre<5toit pendant l'audition des témoins , 
avant Se après , d ecrûe à Aix plufieurs lettres qui ont été lues en 
divers endroits. 

1 r. L'on menaçoit de Lettres de Cachet les témoins qui dépo- 
f eroient pour moi , Se même ceux qui fe prefenteroient pour me 
conseiller. 

i z. LePromoteur,Ies nommées Laugiere, A rnaude, Se autres Pern* 
tentes du P. Giratd , Se qui ont depofé pour tâcher de le blanchir t 
ont agi de concert pour chercher des témoins contre moi. 

13. Les Juges n'a voient pas encore fini leur feance, que le P. Girard 
çtoit averti par certaines perfonnes de tout ce qui fe paflbit. 

14. LePete Albany , Gardien des Obiêrvantin^, qui a été auiïi 
interdit Ôc décrété au fujec d'un crime grave , ayant pris la fuite s 
il a été rappelle Si rétabli dans toutes £gs fonctions ; il a enfuite fervi 
de témoin , Se follicité une Sœur qu'il a , Religieufe dans le Couvent 
de Sainte Claire , Se autres Religieufes avec lefquelles il efl dans 
d'étroites liaifons , pour les porter à dépofer contre moi , Se tâcher 
par là de rendre inutile la dépofition de la Sœur Marie , Toumere 
audit Couvent j c'eft- à-dire que le Père Girard a crû fe préparer 
par là des objets contre les témoins qui peuvent avoir dépofé la 
vérité des faits. 

1 5. Le Père Boutier , Exprovincial des Obfervantins , a menacé 
les Religieufes dudit Couvent de Sainte Claire qui dépoferoient con- 
tre les intentions de M. l'Evêque. 

16. Le 17 Février 173 r > avant que Me/ïîeurs les Commi/ïàfres 

fe 



♦ 



fe fa fient portez le même jour dans le Monaftere des Urfulines de 
Toulon 3 ladite Guyol , Sœur Converfe , me prefla fï fott , que je fus 
contrainte de boire à jeun dans un gobelet qu'elle me préfenta » en- 
forte qu'au moyen de ce breuvage &: des menaces dont je me fuis 
déjà plainte , mon efprit & mes iens furent enrierement altérez pen- 
dant quelques jours. 

17. Les nommées Laugiere , Graviere & Arnaude , Pénitentes 
du P. Girard , que le Promoteur , qui lui efl: il affidé , a fait oiiir d'office 
par un odieux complot , & fi contraire à l'ordre de la procédure , don- 
nèrent des marques d'une joye publique fur la qualité des Décrets, 
dont elles écoient elles-mêmes la caufe par leurs fauffes dépoficions, 
en difant d'ailleurs hautement que le P. Girard étoit innocent , & que 
je ferois brûlée. 

i 8. La nommée Batarelle , qui a été renfermée enfuite d'un 
Ordre fuperieur dans le Refuge de Toulon , & qui avoic .dépofé 
une partie de h vérité avant le recollement ôc la confrontation , fut 
fortement follicitée par un iïen parent , après avoir comploté avec 
quelques autres perfonnes , pour augmenter' dans fa déposition cer- 
tains faits contraires à la vérité. 

1 9. Ledit M c . Pomet, Greffier de M. l'Evêque , Dimanche onze 
Mars , d'abord à l'ouverture des portes de Toulon , fe porta à Olliou- 
les , nonobftant la pluye qui étoit alors rapide , & ce pour folliciter les 
Religieufes de S te Claire, afin de décharger le Coupable , &c charger 
l'Innocente, & pour leur remettre une Lettre de M. l'Evêque qui leur 
ordonnoit de m'enfermer à clef dans une chambre de leur Couvent , 
& de ne me laifler voir à perfonne , excepté à mes pârens. 

io. Le Père Girard par (es rufes ayant periuade à M c . Cafeneuve , 
Huiiïier , qu'en fortant du Monaftere S te Urfule de Toulon , ou le long 
du chemin , je m'évaderais , il le porta de me fuivre de près av c la. 
MaréchauiTée. On me fit fortir dudit Monaftere fur les neuf heures du 
matin , efeortée par cet HuifÏÏer Se quatre Cavaliers , comme fi j'étois 
décrétée de prife de corps, ou criminelle de quelque chofe qui méritât 
le dernier fupplice j ce qui n'a fervi qu'à faire toujours mieux com- 
prendre au Public les oppreffions que j'ai fbuffertes , jufques-là qu'ils 
ont dit tout haut que c étoit une continuation des artifices du Père Gi- 
rard. 

11. Ce dernier n'a jamais été fuivi par l'Huiiïjer , lorfqu'il a été ques- 
tion de le confronter aux témoins, au lieu que ledit M e . Cafeneuve m*a 
toujours fuivi de près , depuis le Monaftere des Urfulines jufquesà 
celui de S te Claire , l'un fe trouvant au commencement du village , 8c 
l'autre au bout. 

xi. Les Religieufes Urfulines de ce lieu me mirent dans une mau- 
vaife chambre où il y avoic actuellement une Religieufe en démance , 
que l'on fit fortir pour m'y loger , y ayant dans cette chambre une 
odeur infupporcable , de pour tout lit de la paille , ôc une méchante 

B 




couverte *, mes parens furent obligez le lendemain de mon arrivée de 
me mander un matelas , des draps , &c une couver ce. 

Enfin , tous ces faits cy-deflus détaillé* , qui ne font qu'une partie 
des mauvais craitemens que j'ai foufferc , font certains Se publics. Auf- 
fï je procède de me pourvoir en temps 8c lieu par toutes Us voyes de 
Droit. Je déclare encore n'avoir jamais approuvé les procédures qui 
ont été faites à mon égard 3 pour être contraires aux règles de la Juf- 
tice, Se même à. 1'Arrefl; d'Attribution du Confeil , Se qui m'a oblige 
de procéder de la nullité , & de me pourvoir auflï par les voyes de 
Droit contre cette procédure > & contre les Décrets que je n'ai jamais 
pareillement approuvé : lefquelles proteflations je réitère. Et d'au- 
tant que j'ai un intérêt fenûble de faire voit que je n'ai donné aucun 
confentement ni acquiefeement à tout ce que deflus, je fuis obligée de 
mettre en notice par le prefent Acle audit P. Girard en tant que de be- 
foin les fufdites Déclarations & Proteflations 3 pour me fervir ainfi que 
de raifon , de quoi je requiers Acte , Se ai ligné au bas de chaque page 
à l'Original : Signé , Catherine Capiere. Contrôllé à Ollioules , le ij. 
Mars 173 1. Signé t Gautier. 

Le préfent Acte a été fignifié le 1 j. Mars 1731. audit P. Girard 3 par- 
lant à fa perfonne dans la maifon de M re Roberty > Vicaire 3 lequel a, 
die ne vouloir faire aucune réponfe au fufdit Acte proteftatif. Con- 
trôllé à Ollioules, le 15. Mars 1751. Signé, Gautier , à l'Original 






EXTRAIT 

DE CONTRAT PROTESTATIF, 

Fait far Demoifelk Catherine fadiere contre le Père Girard, 

le ié. éMars 1731* 

L'An mil fept cent trente-un , & le feize Mars , pardevant Nous 
Notaire d'OlliouIes» a été prefentée en personne Demoifelle Ca- 
therine Cadiere, fille à feu Jofeph , Marchand de la Ville de Toulon , 
laquelle de Ton gré , libre volonté , en tant que de befbin ratifiant 
l'Acte proteftatif qu'elle fit lignifier le jour d'hier au Père Girard , 
Redteur des Jefuites de la Ville de Toulon , déclare qu'elle a obmis de 
fe plaindre dans le fufdit Acte ; 

i°. Qu'outre le breuvage qui luy avoit été donné le 2.7, Février der- 
nier dans le Couvent des Urluiines dudit Toulon où elle étoit détenue- 
par Ordre fuperieur , par lequel breuvage les fens avoient été altérez &c 
allienez , Meilleurs les CommifTaires ayant été quelques jours après 
dans ledit Couvent, où ils relièrent depuis neuf heures du matin julqu'à 
huit heures du folr fans en fortir , pour confronter ledit P. Girard , ôc 
quelques Témoins à ladite Cadiere : elle fut forcement menacée de la 
queftion &c autres peines , il elle infiltoit a foûtenir fes exportions , en 
luy difant que Ci au contraire elle përfîftoit à fa rétractation , elle dévoie 
être alTûrée qu'elle fortiroic du Couvent au plutôt, fans qu'elle, ny 
fes parens fulTent punis, de qu'en ce cas il n'y auroit que le Per. Car- 
me , qui pourroit fe retirer à Avignon : que ce ne feroit pas là un grand 
inconvénient pour conferver l'honneur de toute une Société. 

z°. Que ces violences & promettes luy furent faites dans ledit Cou» 
vent des Urfulines de Toulon , de la part de la Supérieure , &c autres» 
qu'elle nommera dans la fuite , tandis qu'elle n'eut pas feulement la 
liberté de parler à fa. Mère , qu'on refufa de luy faire voir. 

3 . Que quelques jours après , ladite Cadiere ayant repris fa pre- 
mière liberté &c ferenité d'efprit , & reconnu qu'on avoir voulu luy 
tendre un piège , en voulant l'obliger de trahir la vérité pour déchar- 
ger le Coupable , & charger l'Innocent , elle auroit déclaré aufdits 
Sieurs CommifTaires , comme elle infiftoit à ce qu'elle avoit fpûcenu 
dans (es exportions , comme étant la feule & pure vérité. 

4°. Ladite Cadiere déclare , que comme ledit P, Girard n' avoit 
aucun objet contre lesReligieufes S te Claire de cedit lieu , une de ces 
mêmes perfonnes ayant été promener avec ce Père, elle luy auroit die 
qu il soublioit de fe deffendre * tandis que Cadiere failoit ton chemin , 
éc qu'il failoit fe déchaîner conrre ces Religieufes i ce qu'il a fait in- 
juflement &c inutilement le jour d'hier. 



f. De plus , ladite Cadiere déclare qu'ayant donné ordre à M e . 
Aubin , Ton Procureur , de requérir Me.fTieurs les Côm mi flaires qu'elle 
Fut remife à fa mère , par les raifons déduites dans un Comparant , il 
n'a été apointé que d'un foit communiqué , attendu que M. le Procureur 
General du Roy y lorfque le Comparant luy a été prefenté , a répondu 
verbalement audit M e . Aubin , qu'il avoît reçu des ordres pour la 
faire traduire à Aix. Enfin , ladite Cadiere déclare encore que (î 
elle n'a pas pu faire plutôt les déclarations & protestations , c'efr, 
parce qu'elle n'étoit pas en liberté dans ledit Couvent desUrfulines de 
Toulon , où elle auroit même eu de la peine de trouver un Notaire. Au 
moyen de quoy elle protefte de fe pourvoir par toutes les voyes de 
Droit pour tout ce qui elt contenu cy-deffus , & dans fon Acte protef- 
tatif du jour d'hier , & pour toutes les autres violences Se complot în- 
juftement faits contre elle : de quoy elle requiert Acte pour luy fervir 
contre tout qu'il appartiendra i que nous , Notaire , luy avons concédé. 
Fait & publié audit Ollioules , dans le Parloir du Couvent des Urfu- 
Jines dudit lîeujoù ladite Cadiere fe trouve détenue prefentemenr, Sieur 
Jean Gautier , Bourgeois , & Jofeph Icard , Hôte dudit Ollioules , 
Témoins requis & foulïignez , avec ladite Cadiere 3 fîc moy Clavel , 
Notaire Royal. Collacionné à Ollioules le 16. Mars 1731. Signé, 
Gautier , à l'Original. 






ACTE 



Signifié le p. Avril à M. le Procureur General in ^Parlement d'Aix. 

A La requête de Damoifelle Catherine Cadiere de la Ville de 
Toulon y foie fignifié & mis en notice à M. le Procureur Gene- 
ral du Roy 3 qui en infiftant aux précedens Actes proteftatifs par elle 
faits , elle luy a très-humblement reprefenté les faits furvenus depuis 
lors 3 & qui confiftent à fçavoir : 

Le premier 3 que la Demoifelle Ifabeàu Pomet fa mère , par un com- 
parant du 16. Mars dernier ayant requis Meilleurs les Coin truffai r es 
de luy remettre fa fille pour en avoir foin, à la charge de la repré- 
senter toutes les fois qu'il feroit dit &c ordonné , puilque n'étant dé- 
crétée que d'un ajournement perfonnel , & l'ordre en vertu duquel elle 
avoir été mife dans le Convent des Urfulines de Toulon ayant ceffé , 
& étant couvert par l'Arrêt du Confeil qui a renvoyé la connoùTance 
de cette affaire en première Inltance à la Grand'Chambre du Par- 
lement , rien ne pouvoit plus empêcher la remifïion de la DemoU 
felle Cadiere a fa mère. Ce comparant fut appointé d'un foit mon- 
tré à M. le Procureur General du Roy , celuy-cy ne voulut le répan- 
dre fur le fondement qu'il avoit une Lettre de Cachet , portant de la 
faire traduire à Aix & de la mettre dans un Convent , ce qui obli- 
gea la Demoifelle Pomet de prier Meffieurs les Commiflaires Se 
Monïîeur le Procureur General du Roy de mettre au moins fa fille 
dans un des Convens d'Aix non fufpecT:s s ny dirigez par les Jefuices , 
ce qui luy fut promis en prefence de plusieurs Personnes » cependant 
nonobftant cette parole elle a été mife au fécond Convent de la Vi- 
fltation de cette Ville d'Aix qui a toujours été dirigé parles Jefuites, 
comme il eft notoire. 

Le fécond 3 que depuis Ollioules jufqu'à Aix elle a. été efeortée 
par l'Huifïïer de la Gom million , & par trois Cavaliers de la Maré- 
chauflée , comme G elle avoit commis quelque grand crime , & 
qu'elle fut décrétée de prife de corps de la même manière qu'elle 
avoit été traduite de Toulon à Ollioules pour la diffamer , tandis que 
le Père Girard Jefuite aceufé & convaincu de tant de crimes capitaux , 
joiiit de toute fa liberté , prêche , con feue , & fait toutes les fonctions 
dépendantes de fon miniitere ; le tout au grand fcandale & indigna- 
tion du Public. 

Le troifiçme , que pendant fa traduction d'OlIiouIes à Aix , & le 
15. du mois de Mars dernier que la Demoifelle Cadiere &c tout le 
cortège qu'on luy avoit donné logèrent dans le Cabaret de Jouves 
Hôte de Roqueraire , le nommé Fouque Brigadier defdics Cavaliers 
voulut coucher dans la même chambre qu'elle , fous prétexte , di- 



foit- il s qu'il ayoit des ordres pour cela i de forte qu'elle & fa mère 
quiraccompagnoit , furent obligez de veiller toute la nuit voyant 
un Cavalier dans leur chambre , ce qui eft un trait de violence bien 
condamnable. 

Le quatrième 3 que lorsqu'elle arriva en cette Ville d'Aix , outre la 
cohuë & bien des Perfonnes que les Jefuites avoient pofté pour l*in- 
fulter par des paroles outrageantes , la plupart des Religieufes du fe- 
cond Monaftere de la Vïfitation fe mirent aux fenêtres avec toutes les 
Penflonnaires pour la voir arriver , & qu'étant defcenduë & entrée au 
premier Parloir ,plufieurs Religieufes affectèrent de dire à haute voix 
en prefence de plusieurs perfonnes qu'elles ne vouloient pas recevoir 
un pareil original , en parlant de la Demoifelle Cadiere 3 qu'elles 
n'avoîent, pas été prévenues 3 tandis qu'elles l' avoient fi bien été 
qu'elles s'étoient toutes mifes d'avance aux fenêtres , ce qui fut ac- 
compagné d'un air & des difcours de mépris y ôc comme l Huifher de 
la Commiflion prefenta à la Dame Supérieure un Ordre du Roy , il luy 
fut répondu qu'on ne reconnoiffoit que les Ordres de M. le Grand 
Vicaire s de luy ayant envoyé pour cela une Tournerez elle rapporta 
vrai-femblablement , fans lui avoir parlé, qu'il ne pouvoir venir que 
l'après-dîné fur les trois ou quatre heures } pendant lequel temps elle 
tut expofée à la rifée & aux infultes des Emiflaires des Jefuites , ce qui 
donna eniuite lieu à l'Huiffier de la Comniiffion de dire qu'il en al- 
loit porter plainte à M. le P. P. lequel fe chargea de fa part d'or- 
donner à la Dame Supérieure de recevoir la Demoiielle Cadiere , 
Se cela fut exécuté. 

Le cinquième , que quoiqu'on eût ordre dans le Convent de ne 
la laifler voir quàfes parens Se àfon confeil, néanmoins on ne laiffa 
pas trois ou quatre jours après fon arrivée d'ouvrir la porte du plus 
haut& petit parloir qui luy a été deftiné à elle feule pour y voir {es 
parens Ôc fon confeil , & d'y faire entrer un jeune homme habillé de 
gris portant épée, qui remit à la Demofelle Cadiere une Lettre ano- 
nime de h teneur lai vante. 

Je fuis toujours plus furprife , ma Chère , du procédé que tu tiens. 
Tu continués d'apprendre au refte du monde la îbttife que tu as faite. 
Attens un Arrêt définitif pour te rendre encore pjus odieufe aux yeux 
de tout un public i la chofe a trop éclaté , me direz-vous } elle écla- 
tera bien plus encore , fi tu ne prens garde , car il te feroit moins des- 
honorant de te ret racler que de perdre ton Procès. Il faut être autant 
de tes amis que je le fuis pour t'écrire avec autant de liberté. Je fuis 9 
ma trèVChere , tout à vous. De Toulon ce \6, Mars 1731. ôc au-deiïus 
elt écrit à Mademoiselle Cadiere aux Petites Maries à Aix. 

Cette Lettre donc l'objet n'étoit que de perfuader à la Demoifelle 
Cadiere de fe rétracter 3 ne peut partir que de la main des Jefuites , 
foit qu'il n'y a qu'eux qui ayent intérêt d'employer toute forte de 
voye pour furprendre une pareille rétractation , foit parce que cette 
Lettre quoique datée de Toulon 3 ne peut avoir été écrite que d'Aix , 
puifqu'elle eft datée du 16. Mars & adreflée à la Demoifelle Cadiere 



3 

au jfecond .Monaftere de la Vifitation d'Aix , tandis que ledit jour 

16. Mars elle croit encore à Oîlioules , & qu'on ne pouvoir pas fça- 
voir à Toulon fi elle feroit mife au fécond Monaftere de la Vifita- 
tion d'Aix, ce qui montre que ce n'eft là qu'une fuite des tentatives 
que les Jefuites ont faites continuellement depuis le commencement 
de ce Procès , pour extorquer d'elle des retractations > tout ce qui a 
précédé & fuivi , ne permet pas d'en douter. 

Le fixiéme , que par un de fes précedens actes protefta tifs , elle 
s'étoit plainte qu'on avoit promis à la nommée Battarel un des té- 
moins par elle produit de la faire fortir du refuge où elle ctoit en- 
fermée en vertu d'un ordre fuperieur , pourvu que lors de fon recol- 
lement elle ajoutât des faits contraires à la vérité , que l'efpoir Se 
l'envie de recouvrer fa .liberté, lui firent dire lors de fon recolle- 
ment des faits non feulement faux , mais encore contraires à toute 
vrai-femblance, après quoi ce témoin dit qu'elle avoit bien mérite 
qu'on lui tint parole j Se en effet la Demoiielle Cadiere vient d'ap- 
prendre qu'on la lui a fi bien tenue qu'on lui a procuré la fortie du 
refuge. 

Le feptiéme , que le P. Girard qui confefle actuellement une par- 
tie des témoins que le Promoteur , qui lui eft fi affidé , a produits, 
&'qui ont depofé en faveur de ce premier , a envoyé depuis quel- 
ques jours à Aix la nommée Guiol , un des témoins Se fa Pénitente 
actuelle qui eft dans le même état qu'avoir été la Demoifelle Ca- 
diere, pour publier dans le premier Monaftere de la Vifitation Se 
autres endroits de cette ville d'Aix des faits contraires à la veriré, 
pour tâcher de perfuader que le Père Girard eft innocent, & que la 
Demoifelle Cadiere eft une folle & une calomniatrice , Se qu'enfin 
comme les Jefuites Se leurs EmuTaires ont tenté perpétuellement de la 
faire retracter, Se qu'il eft apparent qu'ils ne manqueront pas de con- 
tinuer j^fquau bout toutes leurs injuftes tentatives i au cas qu'on par- 
vînt àlui faire faire à l'avenir quelque rétractation, elle la déclare dès- 
à-prefent nulle Se invalable , comme ne pouvant être que l'effet 
d'une violence & d'une féduction à laquelle elle n'auroit pas pu 
refifter , parce que cette rétractation à la faveur de laquelle on vou- 
droit tenter d'innocenter le Père Girard , ne pourroit être qu'évi- 
demment contraire à la vérité , puifque fes crimes font fi bien prou- 
vez , non feulement par un grand nombre de témoins irréprocha- 
bles , mais encore par fes propres Lettres par lui avérées Se par les 
propres aveux , proteftant la Demoifelle Cadiere de faire enfuite in- 
former tant fur les faits contenus dans le prefent acte proteftatif, 
que fur tous les autres mentionnez dans fes précedens comparans , 
& de tout ce que de droit Se acte , ôc a figné , C ATHERJNE 
CADIERE. 

Controllé le 10 Avril 173 1. 



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PRECIS 

DES 

CHARGES; 

POUR Demoifelle Catherine Cadiere , de 
la Ville de Toulon , Querellante en Incefte 
fpirituel, & autres crimes. 

CONTRE le Ptre Jean- Baptijle Girard, 
Jefuitc, Querellé. 



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A AlX> de l'Imprimerie de la Veuve de Joseph Senez. 173 i. 





PRECIS DES CHARGES, 

POUR DEMOISELLE CATHERINE CADIERE, 

de la Ville de Toulon", Querellante en* Inccftc fpincucl , & 
autres Crimes. 

CONTRE le\PereJem -Baptifte Girard , Jefuite , Querelle. 

OMME par nos précedens Mémoires nous avons établi 
fort au long les preuves des Crimes du Pcre Girard , & re- 
futé de même tous les prétextes qu'il avoît employez pour 
j les combattre > nous avons crû que pour rendre plus facile 
la décifion de cette affaire fi vafle & fi importante*:, il étoit 
inecefTaire défaire un Précis', qui ne renferme que les Faits 
qui confièrent les Crimes dont il eft aceufé t & la cita- 
tion des Témoins èc des Pièces 'qui prouvent chaque Fait , parce que 
les principes né font pas conteftés , & font même convenus. On avertit 
ici qu'il avoit été fait une erreur en numérotant les Témoins de l'In- 
formation , qui.confiftoit en ce que de 89. on étoit paffe à 100. Elle ne 
pouvoit pas autrement donner lieu à des équivoques 3 puifqu'il n'y en 
avoit point dans le nom des Témoins ; cependant on a réparé exactement 
cette erreur , après llmpreffion des deux premiers Mémoires de la Demoi- 
felle Cadiere. • 

SUR L'ENCHANTEMENT ET AUTRES FAITS 

extraordinaires, 

L'Aveu que la Demoifelle Cadiere avoit fait avant le Procès , d'avoir 
reçu du Père Girard le fouffle , auquel elle attribuoit fon tranfport d'amour 
pour lui , eft prouvé par laD.épofition de Meffire Gandaibert , Curé , pre- 
mier Témoin ; par celle de Meffire Gitaud , autre Curé , fécond Témoin; 
de Louis Remoûis j e , de Claire Berenguier j/". & de François Meradou ioo t . 
Témoin. 

La vérité de Fobfeffion de la Demoifelle Cadiere eft juftifiée. i°. Par- 
les propres Aveus de l'Accufé 3 dans {es Réponfes aux 41, 42* 43- 44- 4J- 
46, J5-JS. 57_. & 58. Interrogatoires â où il a fixé l'époque de cette 

A 



. 



'ûbfeffion à la fin de .Novembre , ou au commencement de Décembre 
Ï729 > & en a décrit les progrès & les effets ; il eft vrai que par fa Répon- 
. le au 4j. nierrogatoire » il fixe la fin de cette obfefiion au yingt ¥é% 
Trier 1730. pour en attribuer fauiïement la délivrance miraCuleufe à la 
Sœur de Remufar lbn autre Pénitente ; mais la continuation de cette 
obleifion efl juftifiée par les lettres de l'Accule, &. par celles de la De- 
mailelle Cadiefe , produites au Procès, Le Père Girard dans fa première 
lettre du fept Juin j qui étoit le lendemain de l'entrée de fa Fenitente au 
Couvent, lui dit; On ma raconté une partie de ce que vous fouffrites en che- 
min > cr comme je m'y attendais , je rien fus pas furpris s & dans TApof- 
tiile : Ecrivez-moi incejfamment ee que veuj aviez obmiî de me dire , com- 
me je vous l'avais ordonné , & ppurfuivez, brièvement à marquer tout ce qui 
s* eft pajjé en vous , en reprenant depuis le commencement de votre état de 
peine jufques à £ entrée du Carême t quand vous aurez, écrit tout ce qui eft 
arrivé depuis lors jufques à maintenant , ( il appèlloit robfeflîon de là Pe- 
titente , fon étar de peine. ) Dans fa lettre du neuf du même mois , il lui 
dit : Ne feriez, - vous point tombée dans votre état de peine ? La Cadieré 
dans fa lettre du ïi. du même mois de juin lui dit ; Je ne doute point , 
mon cher Père , que Madame t 'Abcjfe ne vous en ait déjà écrit fur mon camp- 
ée , ejf quelle ne vous ait en même terni marqué mes indipaftttous , félon ce 
■quelle m'a fait connaître par fes difeours , mais elle eft aveugle fans doute 
fur l'origine de mon mal ; il efl vrai quelle s' eft appercué de mon crache- 
ment , de ma perte de fang , dont elle m'a paru cjjruyée , aujjï -bien que 
Madame la Mère Mahrefte qui me fuit de près pour en connaître la véri- 
table caufe , dans l'incertitude ou elle eft de mon mal; mais je ne juge pas 
à propos de lui en découvrir le myflere , qui ne doit être refervè qiï# vour 
feul d'en avoir la connojjfance. Dans la même lettre , & dans les autres 
des 28, dU même mois , 2$ Juillet 8e 9 Septembre t elle lui marque 
plufîeurs accidens d'obfeflîon très-violents , pluffeurs virions , & dés trans- 
figurations } & dans celle du 24 Juillet qu'il a datte'e du 2j. dans l'im- 
preflion qu'il ca a fait faire » elle lui reproche de l'avoir mife dans cet 
état* A t égard de mon inconftance , prenez-vous-en à celui que je ferÈ , qui 
me tourne où il veut , & comme il veut ; Vos confeils n'ont pas peu contri- 
bué à me conduire à cet état > comme vous fçavez. Au refte , quant à cet 
Article y je vous le pardonne Volontiers , puis qu il eft fans remède. Et il efl 
fi vrai que le Père Girard lui avoit confeîllé & fait accepter cette obfef- 
fion , que par fî lettre du 26. du même mois , qui «fl la Réponfe à 
celle de la Demoifelle Cadierë du 24. il n'a pas ofj^ coutelier la vérité 
de ce fait ,* ce qui prouve tout à la fois h réalité & la continuation de 
l*obCe(Tioa aptes le io Février , Se même que le Père Girard en étoit 
l'Auteur* 

l 9 . Les âccidenS d'obfefïïon que la Demoifelle Cadiere avoit eu à 
Toulon avant qu'elle fût au Couvent , font prouvés , entrautres par les 
Dépofitions de Catherine Artigues 3é f . & de Marguerite Ricaud 5$% 
Témoins» 

Les accidens d'obfeflion qu'elle avoir continué d'avoir au Couvent 3 font 
prouvés , outre les lettres , par le Récolement de la Dame de Lefcot 20-. 
Témoin , par celui de la Dame Reîmbaud 22 e .. de la Dame Marie Guerin z6\ 
& par la Dépofition de la Demoifelle Hermite , Pensionnaire de ce Mona* • 
frère , 94". Témoins. 

Les accidens dobfeflïon qu'elle continua d'avoir après fa fortie du 
Couvent , tant à la Baftide de Pauquet , qu'à celle de la Mère de 11 
Quetelante , & les Exorcifmes qui lui furent faits par le Carme , eii 




i 

jprefence & de l'ordre de M. l'Evèque , font prouvez par le Recollement de 
Clair Berarde 11 e . Témoin , les Dépofirions d'Antoine Alibett 14 e . de Me (Tire 
CamCrlc 47 e .Temoin, fi dévoué au Promoteur , & qui en parLe même en plu- 
fieùrs endroits de fa DéDo'fition 1 . 

Les troisaccidensde l'obielîîon qu'elle eut dansla nuit du 16, au î/.Ko- 
vcmbrCjdontlescircûnitancesfi étonnantes font bien détaillées parles deux 
Curez qui y furent apellez , font prouvez non feulement par leurs Depofi- 
tions, mais encore par celle de Louis Rembuis j Témoin, de Clément 
Garnier 7. de Clair-Etienne Artigues 10. de Clair Berarde n. de Loûîs- 
Jofeph Remoiiis 14. de # François Garnier 15. de François Calas *i6. de 
Louis Calas 17.' de Catherine Artigues 36. de Clair Berenguier 57. Té- 
moins. m 

• .La vérité de la Couronne & des Stigmates delà Demoifelle Cadiere, & 
qu'ils étoient ordinairement ifanglans , eft prouvée , i°. Par Meffire Gi- 
raud , 2 Térnoin dans'fa Depofition , par la Dame de Lefcot 20. Témoin , tant 
dans fa Depofition que dans fon Recollement , par la Demoiielle Hermite 94 
dans fa Depofition , par la Dame Boyer , Religieufe 97. Témoin > qui ajoute 
que le Père Girard lesavoit baifez , après avoir ôté fa Calote. 

2° Par les lettres produites au Procès » & fur tout par celle de 
la Demoifelle Cadier» du 9. Septembre , où elle dit : Mes ' pieds 
dr mes mains furent toute à la. fois enfanglantez 5 fait au dnfus , foit au 
deffous , comme Madame VAbbeffe oui en fut témoin , fut ta pre- 
mière à m en faire apptreevoir j ce fang y ejî refié deux jours imprimé j 
fans ou tl me fût pojfible de Peter. Il eft. encore prouvé par la lettre du 
Père Girard du 22. Août 1730. que voulant faire accroire à M. TEvêque 
que depuis qu'il av" oit formé le deffein de tirer la Cadiere de la Direction , 
tous les Prodiges qui fe pafToïent en elle avoient cédez, afin' de lui per- 
fuader par làdela lui laifTer ; il lui ordonne en cas que le Prélat la quef- 
tionnât fm fes Plâyes , de lui répondre qu'elles étoient fermées depuis aue 
le Père Sabatïer avoit été la voir j & comme il fçavrùt qu'elles étoient 

•ouvertes, il lui deffend de les lui montrer, ô' 'il parle de vos Playes , dites- 
lui quelle s font fermées depuis ajue le Père Sahatierfut chel vous >Û ne lui faites 
rien voir. 

30. Par lesRepohfesde l'Accufé. Sur le 74 interrogatoire il avoue d'avoir vu 
quatre à cinq fois les Stigmates des pieds , & en fait la defeription ; fur le 75. 
il convient d'avoir fait ôter à la Cadiere les Emplâtres qu'elle avpit mis à 
fes Stigmates , & qu'il l'avoit reprife très ieverementde fon peu de cou- 
rage & de fon peu de foi } fur Je 76. il dit que les Stigmates des mains 
h'étoient qu'une petite impreffion i fur le 77. qiie le Stigmate du côté 
étoit une playe ordinairement fanglante , large, & à peu près comme une 
pièce de quinze fols fur les faufTes Côtes à quatre doigts au deflbus du 
Téton gauche du côté du flanc ; fur. le 78. il avoue fous des termes 
enveloppez , d'avoir baifé le Stigmate du Côté ; fur le 129.il convient d'a- 
voir vu la Couronne , & qu'elle étoit un petit Cercle large d'environ deux 
doigts, & teint de fang; & fur le 130. interrogatoire, il ajoute qu une fois 
dans TEglife le fang découloit de la tête de la Demoifelle Cadiere fur fon 
front. 

Les transfigurations de la Querellante font prouvées ï fçavoir , celle 
qu'elle eut depuis le Jeu dy Saint jufques au Samedy , pari aveu de l'Accufé 
furies 61. & 62. interrogatoires, eu il convient d'avoir vûle Vendredy Sfint 
la Cadiere avec les Stigmates au Côté » & aux Pieds , le Vifage plein 
de fang, & une Couronne fur la Tête , & il ajoute fur le 68. interrogatoire» 
qu'il Je fit remettre la feryiette teinte de fang » reprefentant à peu près 



un vifage enfanglanté, dont on avoit eiïuyé celui de la Cadîerc leVen- 
dredy Saint, 

La transfiguratiûn'du 8 May eft prouvée par ladépoftion de Mte.Giraud, 
deuxième témoin , qui dit qu'il vit la Cadiere couchée dans fon lit avec un 
vifagefemblable à ut\ Ecce Homo , les yeux rouges, comme teints de fang, 
le front avec plufieurs goures de fang qui tomboient fur les jolies, une em-- 
preintede fang fur lalévrefuperieure, Ton menton, avec plufieurs goûtes de 
fang empreintes ; que la Guyol étoit à genoux devant le lir , & qu'elle lui dit: 
qui nf fe convertirait pas en voyant cela? Par la dépolîtionmémedelaGuyol, 
froiïlémc témoin ; par les réponfes de l'Accufé fur les $6&$7 intcrrog. où 
il dit, que le 8 May il vit deux fois la Cadiere, le matin , ScTaprès-diné, qu'el- 
le eut une transfiguration telle que celle a*u Vendredy-faint. II ajoure qu'il, 
y trouva la Guyol , laBaterelle » & iaReboul , & que beaucoup de monde 
l'avait contemplé en cet état depuis le matin jufques alors. 

La transfiguration du 7 Juillet eft prouvée par la dépofition de la Dame de 
Lefcot, vingtième témoin, par celle de laDamedeReimbaud, 22 e . par cel- 
le de la Dame de Guerin , 26 e . & par celle delà Demoifelle Hermirc , 94e té- 
moin, qui dépofent que la Demoifelle Cadiere étoit fansconnoiffance, im- 
mobile , avec les yeux fermés , 6c que le Jfeng lui découloit de Ja tête , du 
front, & des mains; ôç les Dames de Lefcot &deReimbaud ajoutent dans 
leur Reculeraient , que le Père Girard avoit dit de conferver l'eau mêlée de 
fang , dont on avoit Javé le vifage de fa Pénitente, parce qu'elle feroit des 
effets merveilleux , & que la Cadiere avoit déjà fait des Miracles à Toulon^ 
La Dame de Beauflîer, cadette, quoique fubornée par la Lettre de la Dame 
dcCogolin, a été forcée dans fon Recolement de convenir, qu'on avoit en- 
fuite envoyé de cette eau à une malade à Toulon , pour en mettre dans fon 
bouillon î ce qui fuppofe néceffairement qu'elle avoit été confervée par l'a- 
vis du Père Girard. Et celui-ci étoit fi avide d'avoir la preuve de toutes les 
merveilles qui s'operoîenten la Cadiere î qu'il avoir chargé la Dame de Lef- 
cot, Maitreffe desNovice5, d'en tenir un mémoire, pour fervirun jour à. 
l'édification du Public , comme elie l'a dépofé, & par l'aveu de VAccuté , 
tant fur le né. inter. où il dit que le 7 Juillet fa Cadiere eut une transfi- 
guration toute pareille à celle du 7 Avril & du 8 Mai , que fur le 117. où 
il ajoute qu'il trouva toute la Communauté extafiée des merveilles qui 
s'operoient en la Cadiere. 

Outre ces trois transfigurations il y en a encore deux autres arrivées; 
l'une le %t Juin & l'autre le 20 Juillet , juitifiées par les lettres de la De- 
moifeRe Cadiere des 21 Juin & 11 Juillet, donc l'Accule a approuvé la te- 
neur par la production qu il en a faite. 

Plufieurs Religieufes du Couvent Sainte Claire d'Ollioules 8ç des Pen- 
fionaires du même Couvent , & fur tout la Dame Abbefls 18 Témoin, la 
Dame de Reimbaud 22. la Dame Marie Guerin 26. la Dame Claire de Gue- 
rin 27. Anne Martin 29. la Demoifelle Victoire Aubert 30 la Dame Mar- 
guerite de Guerin 32. Se la Sœur Artigues 33. dépofent plufieurs faits de 
Sortilège'. 

Le fait , que la Demoifelle Cadiere avoit .été élevée en l'air , eil prou- 
vé par la Dépofition de Meflire Giraud , qui dit que lors de la transfigu- 
ration de la Demoifelle Cadiere du 8 Mai , ayant demandé fi cela 
luûétoit arrivé bien d'autres fois , la Guyol &; la Demoifelle Cadiere Mère 
lui* repondirent qu'il lui étoit arrivé bien d'autres chofes , & qu'on 
l'avoit vûè' élevée en l'air ; & par celle de la Damé Anne Boyer 97, 
.Témoin, qui depoie que la Guyol lui avoit dit que dans le Voyage qu'elle 

fit 






fit à Aix avec la Demoifelle Cadiere , elle avoit vît celle-cy élevée 
deux pans en. l'air au-defius du Couffin de la Chaife Roulante. Le Pè- 
re Girard fçavoit fi bien que cela arrivoit quelquefois à la Querellan- 
te , que par fa reponfe au 88. interrogatoire , il dit que la dernière Fête 
de la Pentecôte elle devoir être élevée en J'air , qu'il fe rendit chez elle 
pour en être Je témof n , & que fe Tentant élevée en l'air Zc craignant que 
ce fût là une penfée diojguëil , elle y reilfta , & fe prît à fa Cheife pour 
empêcher, d'être élevée , quoiqu'il luy dir de s'abandonner à l'Efprifr 
de Dieu s & que comme il vit qu'elle refiftoit à l'opération divine ; 
il^Tortir. . ■ . • • 

Les M eues que la Cadiere difoit dans le temps de fes accideris d'ob- 
fefiions , & de fes Extafes , & fes Communions miraculeufes , font prou- 
vé es par Ta depofition de plufieurs Témoins. Meflire Giraud 2. Témoin, 
depofe que le 8. Mây , jour d'une transfiguration de la Querellante , la Guiol 
& le Père Cadiere qu'il trouva dans fa Chambre , lui dirent que la Cadiere 
avoit dit toute la Âleffe à haute voix , aufll-ctiefi que le CAon & les 
Oraifons , & que pendant qu'elle recitoit aînfi les Prières de la Mette , 
elle avoit élevé une petite Croix qu'elle avoit entre fes mains, & qu'on com- 
prit alors qu'il falloit que le Père" Girard fût à l'Elévation de fa Méfie. 
La Reboul , 6. Témoin , quoyque Pénitente ftigmatifée de l'Accufé , ôc 
produite par le Promoteur , depofe que la Cadiere lors de la transfigura- 
tion du S. May , difoit la Melfe , expliquoit en françois ce qu'elle avoit 
dit en latin ; qu'elle fit l'Elévation avec la Croix qu'elle tenoit dans fes 
mains ? ouvrit la Bouche , tiroit la Langue en figne d'une perfonne qui 
Veut communier , fans que les Spectateurs viflent aucune Hoûie , & qu'elle . 
finit la Méfie , & -donna la. Bénédiction avec la même Croix. La Dame 
cïe Lefcot 20. Témoin , dans fon recollement , dit qu'elle a vu dire une 
fois la Meflè à la Cadiere dans fan Lit, La Dame de- Reimbaud 22. 
Témoin , dit dans fon recollement » que la .Cadiere dans des Extafes 
avoit dit deux foif là Méfie dans fon Lit , paroifiant communier. î 3t 
qu'une autre fois elle la vit en Extafe difant les paroles que l'on dit 
quand on communie en Viatique , ouvrant la Bouche. La Dame de 
Guerinad. Témoin, depofe que le 7. Juillet» jour de la transfiguration 
de la Cadiere , lorfque le Père Girard fut arrivé , la Soeur de Beauffiec 
la Cadete luy dit qu'elle avoit vu communier la Cadiere , à quoy; 
il re pondit ; ne voulez -vous pas, que je le (cache , puifque c'eft moy- 
mcuie qui l'ai commûniée > qu'alors la Sœur Beauffier o)it à la Dame 
Guerin , entends- tu cela ? Quelle merveille ! Ils font Saints l'un & 
l'autre -,. & qu'enfuite le Père Girard entrant dans la Chambre de la Ca- 
diere qui étoit couchée dans fon lit , lui dit : Ah ! petite gourmande , 
vous venez toujours me prendre la •moitié de ma portîcn ; & les Dames 
de Lefcot & de Reimbaud, dans- leur confrontation avec la Cadiere, 
& fur fon interpellation, ont ajouté que quand la Soeur de Beauflipc 
eut dit au Père Girard que la Cadiere avoit communié au lit , il lui repon- 
dit s Ne voulez - vous pas que je le fçache , puifque je l'ai cqmmuniée 
moi-même J A quoi la Sœur de BeanïTier repartit î Comment cela fe peut- 
il , puifque vous étiez à Toulon ? Ne fçavez- vous pas qu'il y a des tranf- 
ports , répliqua le Redleur ? Ce qui frapafïfortla Sœur de Beautfier, qu'elle 
en fut malade deux jours. , 

A l'égard des Vifions &. des Extafes de la Cadiere , elles étoîent fi fré- 
quentes , qu'elle en avoir en tout temps '& en tout lieu , comme il eft prouva 
par prefque tous les Témoins de certe Procédure. 

Elle avoit encore la connoiflance de l'Intérieur des Confciences > ce. 

U 



lPaît eft prouve par Me Aire* Giraud '2. Témoin ; qui de p oie que le joué 
de la Transfiguration du 8. May ,. la Guiol lui dit que la Cadiere eon- 
noiûoit le fonds des Contciences ; qu'elte lui avoit deviné ce qu'elle a voit 
fait , & que la Guiol lui ajouta ; on* fait pafler la Cadiere pour une Rou- 
dete ; c'eft-à-dire , qu'elle va trouver plufieurs Confefl'eurs > mais quand 
elle fait cela die- va trouver ces Confeffeurs pour \eur dire ce qu'ils ont 
fait , afin qu'ils fe corrigent î & il y en a eu même qui l'en ont remer- 
ciée ; par Claire Berarde 11. Témoin, dans fon Recollement, où elle dit 
que fAbbé Camerle lui avoit avoué que la Cadiere lui avoit deviné 
bien ie chofes qui lui croient arrivées , & qu'alors il l'apelloit une Sain- 
te s "par la Dame de Lelcot 20. Témoin, dans fon Recollement , où el- 
le dit que la Cadiere avoit le fecret des Confciences & des Penfées les 
plus cachées; pat la Dame de Guerin 26. Témoin t qui dépofe que 1% 
Cadiere au retour d'un Extafe lui devina tout ce qu'elle avoit penfé , 
ce qui l'étonaa extrêmement ,•& augmenta l'idée de fainteté qu'elle s'en 
éroit foriiée , par l'aveu de l'Accufé fur le 26, Interrogatoire , où il dit 
que la Cadiere avoit des connoiûances particulières de ce qui fe paf- 
foit en elle , de -ce qui fe pafibit chez les autres ; & par plufieurs des 
Lcttr.es produites au Procès , par lesquelles on voit qu'elle étoit consul- 
tée de toute part fur des affaires de Confcience , & même de la part de 
M. l'Evêque , comme il -paroît par fes Lettres dès 21. &■ 12. Juillet, Se 
fut tout par celle du P. Girard du 22 Août * où pour perfuader à ce 
Prélat que depuis qu'il avoit formé le deflein de tirer la Cadiere ' de 
fa Direction , il avoit défendu à celle-ci de donner aucune réponfe fut 
l'intérieur des Confciences à des perfortnes de qui M. l'Evêque pût le fça- 
voir , afin de le porter à laifîer la Demoifelle Cadiere fous fa Direction t 
Dans la. conjoncture pre fente je me -crois obligé four la plus grande glsire de Dieu , 
ér pour votre tranqmhté , de 'vous défendre pour un temps par toute £ autorité que 
notre Seigneur m a donnée Jur vous , ejr dans les termes les plus forts que fuiffe cm-, 
ployer un Confeffeur , un Directeur , u» Ami, un Père, je vous défens , dis -je , i° De 
parler a qui que ce f oit au monde de fon intérieur propre , ni de votre propre intérieur, 
quelque mouvement qu'il vous fembïe en avoir. Ce point ne regarde ni Monfeigneur 
que j'ai excepté plus haut, ( C'eft là une faùfle exception qu'il a ajoutée en 
refaifant fa Lettre , puisque toute fa teneur prouve que cette précaution n'é- 
toit prife que contre lui ) ni Maiemoifelle ; Guiol. A l'égard de vos Religieufes rjr 
de toute autre perfonne qui irait vous voir, parle^.de Dieu , mais gardés 
àbfolument un profond filence , fait fur leurs difpofitions que 'vous pourries con- 
naître , foit fur les vôtres même. 2 °. N'écrives a qui que ce foit à Toulon ; 
vous pouvés écrire ailleurs , fuivant les mouvemens de la Grâce : Ohfervés 
ces deux- f oints , ma chère Enfant , avec une exactitude inviolable jufqu'à 
nouvel ordre : Nvtwe - Seigneur veut gue- vous en ujiez, maintenant de la forte, 
efr il cfl indifpenfabk de le faire même à l'égard de vos proches. 

Plufieurs autres Pénitentes du Père Girard étoient dans les mêmes e'tati 
que la Demoifelle Cadiere ; c'eft - à - dire , qu'elles étoient dans l'obfef- 
fion 5 qu'elles avoient des Vifions , des Stigmates & des Extafes : Les 
accidens d'obfe filon de la Laugier , pendant lefquels 3. ou 4. Perfonnes 
ne pouvoient pas s'en rendre les maîtres 5 elle .mordoit le Crucifix , ôc 
y»crachoit delTus, difoit qu'on lu y fît venir ce Diable de Père Reéteut 
pour la tiref de ces états où il l'avoit miCe , font prouvés par Qaire 
Berarde n> Témoin , par la Demoifelle Julren 12. Anne Cadiere 38,; 
Jherefc JLîotme , dite l'Allemande $9. dans fa confrontation 



avec* la Cadiere ; Claire Roque 42. Tnerefe Bonifay 4?." Anne Belote 
46. Catherine Laugier jj. Magdêrtine Allemande 92. Elizabeth Guaite 
5)8. Demoifelle Therefe Villeneuve 59. & Catherine Ferrand 107. Il eft 
même certain que les accidens d'obfeflion de la Laugier continuent en- 
core aujburdhui , & que toute la Ville de Toulon en eft extrêmement 
indignée. \ * ■ - 

La fameufe Guiol étoit aufli dans l'état d'obfeflion : Elle a voit de,s Stigma- 
tes s des Extafes , des Vi fions j & fçavoit auflî l'intérieur des Confeiences ï 
cela eft prouvé par ladépofition de la Batarelle 38. Témoin, par celle de 
l'Allemande 39. de la Dame de Boyer pj. par la confrontation de la Dame 
d'Aubert j Abbefle 15»'. Témoin avec la Cadiere , pat la confrontation 
de la Dame de l'Efcot 20. par celle de la Dame de Guerin 26. aufli avec 
la Cadiere.. 

L'Allemande Mère étoit dans les mêmes états , comme il eft prouvé 
J>ar la dépofition d Anne Cadiere 18. ."Témoin , par celle de Margue- 
rite Brune 5%. par le Recollement de-Magdelaine Allemande , fa Fille» 
& par la dépofition même d'Allemande Mcre } où après atoir avoue 
qu'elle avoir été dans les mêmes états que la Cadiere , elle- ajoute qu'elle 
n'en avoit été délivrée que par les Eiorciimes que le Prieur des Carmes lui 
avoir fairs. 

La Reboul^fcoit auffi dans les mêmes états , comme il eft prouvé pat 
les dépofitions de Meflîre Giraud , & d. la Demoifelle Joinville , dixiè- 
me & centième Témoins ; telles étoient encore la Gravier , la Berlue; ce 
qui avoit donné lieu à l'Allemande de dire au Père Girard : On dirait que 
•les Dons du Ciel font chez, vous- aux Enchères , les voyant fi communs à vosf * 
ïênitentes , entendant parler de leurs Stigmates , de leurs Vifions & de 
leurs Extafes y comme Meffire Gandalbert à qui l'Allemande l'avoir ra- 
conté , Ta dir dans fa confr on ration avec J'Abbé Cadiere , fur. l'interpella*; - 
tion de celui-ci. . * 

On ne peut pas douter que le Père Girard n'eut mis toutes ces Pénirentes 
dans ces états , i°. Parce qu'avant fon ai rivée à Toulon'iln'y avoit perfonno 
dans ces états. 

2 . Parce qu'après fon arrivée il n'y avoir que fes Pénitentes qui f 
fanent , & qu'il n'y avoit aucune Pénitenrc d'aucun autre Confëiïlur qui jr 
fût. 

j9. Parce que dans ces accidens d'obfeflion , elles ne parloient que de lui; 
& qu'elles en parloient comme de l'Auteur de leur obieffion. 

40. Parce qu'il convient (url.s 4i. , & 42. Interrogatoires que la Cadiere 
J'avoit confulté pour fçavoir fi elle devoir accepter cet érat d'obfeflion ; Se 
qu'il .ne l'en avoit pas eUfiuadée. Et enfin parce que celle-ci par fa Lettro 
<îu 24. Juillet lui avflit reproché de l'avoir jettée dans cet état d'obfeflion,' 
& de le lui avoir confeillé ; &c que par fa reponfe du 2.6. ni par aucune au- 
tre il n'a point contefté la vérité de ce reproche ; & il*eft fi vrai- qu'il a voie 
perfuadé à fes Pénitentes d'accepter l'état d'obfeflion , en leur faifant, ac- 
croire que o'étoient -"là des érats Divins , qu'il eft prouvé par toute la 
Procédure que le Père Girard & fes Pénitentes appelaient ces accides^ 
des maux Divins, -qui n'étoient pjs du reflot des Médecins $ & le Pera 
Girard vouloit fi bien faire accrrjre au Public que c etoient là des Prodi- 
ges de la Grâce , qu^il refufcit l'A'bfolutîon aux perfonnes qui n'y ajou- 
toient pas. foi , comme il eft prouvé par la dépofition de Marie- Anne Ca« 
las $6. Témoin. 

Au refte , nous ne prétendons pas donner pour des faits de Sogilegei 
tous ceux que -flous Venons de rapporter dans ce Chapitre , puifque 1% 



8 

plupart peuvent être des purs effets du Quietifme î car fuivant Molinos 
en fon Traité de la Guide fptr ituelle % • & Içs Auteurs, qui traitent de ces 
Matières, & furtout Labruyere en fes Dialogues , le Quietifme a fes 
Obfefficms , fes Extafes & fes Vifîons ; mais nous avons -cru devoir ren- 
fermer tous ces Faits extraordinaires dans ce feul Chapitre , Ôclaiffer à 
Méffisurs les Juges , dont les lumières font infiniment fnperieures aux 
nôtres , à décider quelles font les Caufes de tous ces étonnans Effets , 
dont l'Accufé eft toujours le véritable Auteur 9 foie qu'ils procèdent de 
l'Enchantement , ou du Quietifme. 

SUR L E %VIET ISME. 

Le Père Girard eft convaincu de Quietifme , & d'en avoir erïfeigné Îe9 . 
pernicieufes maximes à fes Pénitentes. Il y en a deux preuves inconteftables 
au Procès : La première eft tirée des dépolirions des Témoins s & la féconde, 
des Lettres. 

Meffire Gi'raud 2. Témoin, dépofe que la Reboul & la Laugier , deux 
des Pénitentes du Père Girard » lui avoienr avoué qu'elles faifoient fou- 
vent des parties de plaifir avec fes autres Pénitentes ? qu'elle^ ne faifoient 
aucune Prière vocale depuis long-tems , & qu'elles communioient néan- 
moins tous les jours ; qu'il fumfoit de fe tenir en la préfence et Dieu , & que 
quand on eft uni avec lui , tout eft permis. Dans fa confrontation avec les 
Trerfcs Cadiere, fur leur interpellation, il ajoute que f Allemande Mère, autre 
Pénitente de l'Accufé , lui avoit avoué que lorfqu'elle étoit fous la direction 
# de celui-ci., non feulement elle nefaifoit aucune Prière vocale, mais encore 
elle étoit dans une impuiffance de prier. 

Meffire Gandalbert , premier Témoin , dans fa confrontation avec. l'Abbé 
Cadiere, dit que l'.Allemande lui avoir pareillement avoué d'avoir été dans 
une impuiffance de Prière fous la direction du Père Girard. La Berlue , fi- 
xiéme Témoin , Pénitente ftigmatifée, produite par le Promoteur, dit dans 
fa dépofition que la Cadiere lui difoit qu'il n" étoit pas néceffaire de faire 
des Prières vocales : Il eft vrai qu'elle ajoute que le Père Girard lui avoit 
dit de continuer la récitation de l'Office : Si ce fait eft véritable , c'étok ap- 
paremment au commencement de fa direction , parce qu'il ne la croyoit pas 
encore affez parfaite pbur être mifè dans la contemplation paffive s car il 
eft dé notoriété qu'elle avoit été difpenfée de la Prière vocale » & qu'elle 
i^en' faifoic plus depuis plus de deux ans : La Lettre du Curé de faint 
Raphaël , à qui elle l'a avoué > tout récemment écrite à Meffire Chieuf- 
fe, Bénéficier enl'Eglife faint Sauveur de cette Ville , en eft une nouvelle 
preuve". . . 

L'Abbeffc du Monaftere fainte Claire d'Ollîoulcs ; t$. Témoin , dépofe 
que la Demoifelle Cadiere ne pouvoit pas fuivre les exercices de la Com- 
munauté j qu'on ne|a voyoit jamais en Prière à l'Eglife , & qu'elle ne faifoit 
aucune mortification : Et dans fa confrontation avec la Querellante , elle 
ajoute que le Père Girard lui difoit de ne pas tant s'attacher aux- Prières voca- 
les, mais de s'unir à Dieu par l'efprit. 

* La Dame Claire Guerin , Religieufe Clairîfte, dépofe que la Cadiere avoit 
commencé à la jetter dans le Quietifme & dans Timpuiffance de prier. La 
Dame Marguerite de Guerin , autre Religkufifc du m âme Monaftere , dépofe 
auffi qu'elle étoit dans l'impoffibilité de faire des Prières vocales ,.& qu'elle 
ne pouvoit pas même fe tenir en la préfence de Dieu. 

La Batarel 38. Témoin , dépofe que quand elle étoit fous la direc- 
tion du Père Girard , elle avoit expérimente une ceffation de Prières & 

un 






9 
un rebut pour toutes fortes de bonnes pratiques; qu'il l'avoit raffinée fur 
cetém, & dit que la Prière n'étoit qu'un moyen pour parvenir à l'u- 
nion , & que quand une fois on y étoir parvenu , il n'en étoit plus be- 
loin ï que pendant 1'abfencc de l'Accufé î s'étant trouvée dans une pareille 
ceffation de Prières , Se ayant coniulté lur cela la Demoifelle Cadiere » 
elle lui dit que c'étoit là l'état d'union avec Dieu , & un état de per- 
fection , duquel on ne pouvoit déchoir que par infidélité j que les Dé- 
mons n'avoient plus de pouvoir fur l'on ialut, & qu'il falloir fuivre ces 
înfpirations intérieures. La Cour icra étonnée de voir combien cette Fille 
de bafle extraction» & fans étude , parle fçavamment le langage & les 
maximes du Quietifme dans fa longue & prodigieufe dépofition j ce qui 
fait voir combien le Père Girard avoit inftruitfes Pénitentes de ces funeftes 
maximes. 

L'Allemande » 39 Témoin, depofe que Iorfqu'elle étoit fous la dire £H 011 
du Père Girard» s'étant trouvée dans une impoflfibilité de prier » ôc le 
le lui ayant communiqué » il lui avoit d'abord dit de fe tenir à l'état de 
Prière y ( apparemment qu'il ne la croyoir pas encore aflez avancée dans 
le Quietifme-, ni aJTcz parfaite pout en être difpenfée ) & que l'ayant 
aiïuré qu'elle ne pouvoit pas prier» îll'avoit rafiurée» lui avoit dit qu'il 
fuffifoir qu'elle fe tint unie à Dieu. Elle ajoure qu'elle n'avoit repris la li- 
berté delà prière vocale, que par lesExorcifmes} & que la Guyol lui avoit 
avoué que toute prière vocale lui étoit interdire & impoflîble , Se qu'elle ne 
pouvoit pas même faire la révérence au Crucifix qu'elle avoit au chevet de 
ion lit , qu'elle étoit en coutume d'adorer. 

L'Accufé qui fent combien ces Dépofitions forment une conviction en- 
tière contre lui , avoir objecté une partie de ces Témoins , fçavoir » Meflire 
tjtraud , la Batarelle & l'Allemande : Mais par Arrêt du 14. Août der- 
nier» il a été débouté des Objets qu'il avoit propofez contre ces trois 
Témoins. 

La féconde preuve de Quietifme fe tire des lettres de la Cadiere , qu'il 
à produites » & encore de [es propres lettres , toutes refaites qu'elles fontj 
& malgré les expreiïïons qu'il en a retranchées» 6c celles qu'il y a ajoutées en 
les refàifant , elles renfermentpourtant encore un fond de Quietifme qu'on 
ne peut pas mécbnnoître. 

Le Père Girard par la lettre du fept Juin 1730. dit à la Cadiere : Vous 
êtes encore avec mot , ma chère Enfant > & je ne vous perdrai point de vue; vous 
ne m'oub tirez, pas de votre coté ; Celui qui nous a renfermé dans fonfein » 
nous y tiendra infeparablementunis dans le tems & dans l'Eternité: Referai 
toujours tout à vous dans le /acre' Cwurde Jefus* v oilà une union de tendrefle 
& de Quietifme ï pour peu qu'on foie inflruit des ces Matières » on ne peut 
pas les révoquer en doute. 

La Cadiere par fa lettre du 1 $ Juin difoit à l'Accufé : Vous me fîtes fentlr 
t autre jour que je dévots m abandonner entièrement à Œfprit de Dieu taupes les 
fois quil viendrait f s communiquer à moi ; mais je vous dirai ici que ce matin 
à Matines dans le tems qu'on difoit le Te Deum » m étant afffe fur ma forme* 
& m étant abandonnée comme vous me FaveZ recommandé » Madame fAbcjfe 
vint dans l y infiant me prendre par la tête en me fecouant» & en me difant à 
pleine voix devant toutes les JReitgieufes ^que je ne devais point refier affife pen- 
dant le Te Deum» & quelle m ordonnait de me drefer » ce que je fis avec des 
peines incroyables , putfqù 'il me fallait reftfler malgré m^i aux mouvemens inté- 
rieurs que je rtffentais : Ain fi vous vaye^ l'impojjïbilité où je me trouve de pouvoir 
fuivre vos confeils » & les peines par confequent inévitables où je dots m attendre 
déplus. 

C 






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Le Père Girard par fa lettre du même jour lui re'pond : £tfTeDeufri 
fe dit toujours debout : Vous avez, été [ai fie dans la cir confiance la fins de-> 
itcate de l'Office : Notre Seigneur a voulu vous ménager encore par là une 
petite mortification : Je vous ai dit de vous y attendre ; mette^ tout 'à pro- 
fit. Quand avec un médiocre effort vous pouvez reftfier aux impreffîons pen- 
dant l'Office 3 faites- le $ s'il efi trop difficile , abandonne^- vous au bon Dieu , 
& abandonnez - lui en même tems toutes les petites fuites : Dans tes autres 
rencontres» ne forcez pas violemment CE f prit intérieur. Et à la fin delà 
même lettre il ajoute : Demain je vous ofj rirai avec moi à Dieu dans le 
cœur y & parle Cœur de fon cher Fils 3 à la Sainte Méfie 3 qui fera pour l'un & 
pour l' autre i cefi là que je vous porte 3 & que je prétens toujours vous trouver: 
N'en forions point 3 nous ferons en lui entièrement unis pour maintenant & pour 
^toujours. 

Dans la lettre du il. Juin la Cadîere dit; Toute confiernie fappercûs 
en me relevant que les mérites du Sang de Jefus-Chrifi coulaient abondam- 
ment fur moi & fur une autre perfonne que je vous dirai en fon tems , 
(c'e'roit le Père Girard ) & U me dit qu'il prétendait que je m'unifie avec lus 
dans fon Sacrifice 3 pour expier les dej ordres de cette Communauté , qui lui efioit 
jufques là abominable. Et dans fa lettre du 28. du même mois au commen- 
cement » elle lui dir: Quoique je vous fois phis intimement unie y comme vous 
ffave7,que fij'efiois fantcejje auprès de vous y votre prejence cependant me 
fer oit absolument neceffaire pour me donner des remèdes prompts à mes maux 

continuels Et à la fin elle ajoute : Je fuis avec un profond refpett 

& une parfaite union dans le facrê Cœur de Jefus 3 mon cher Père 3 votre 
très humble 3 &c, 

L'Accufé dans fa lettre du vingt -neuf* Juin luy marque: LaiJJe^ 
agir notre Divin Maître de votre coté , ma Fille , & tene^ - vous feu- 
lement bien fourni fe & bien docile à toutes fes imprejfions : Toute votre 
attention doit fe borner là 1 Ne penfez 3 au refit 3 à ce qui fe pâffe en 
vous & autour de vous > foi t par rapport aux maux , f oit par rapport 
aux bienf qui <v$us font envoye\ , qu'autant au'il efi befoin pour m'en 
rendre compte : Confiez, - vous toujours en la bonté de Jefus - Chrifi , & ne 
craigne^ point fes Ennemis & les vôtres , ils ne feront jamais que ce qu'il leur fera 
permis de faire 3 & ce qu'il leur fera permis de faire tournera à leur confufion, 
à notre propre bien 3 à l'avantage du prochain >&à la plus grande gloire du cher 
Epoux. 

La Cadiere par fa lettre du trois Juillet, lui marque: Je vous dirai 
ici que dans le tems que vous me donniez l'Abfolution 3 le Seigneur m' ayant 
attirée à lui » feus la liberté de lui demander la grâce de ne plus penfer à 
moi-même j & depuis ce tems- là il m'a tellement exaucée dans ma Prière 3 
que je fuis dam un oubli entier de moi-même 3 & que rien d'ici- bas nefi 
plus capable de me toucher. Il me femble que je ne vis plus parmi les Créa- 
tures ; Dieu feul m'occupe toute entière à chaque moment du jour ; & ce 
qu'il y a de plus particulier , mon cher Père 3 cefi que ce qui me faifoit le 
flus de peine 3 ne m* en fait plus aujourd'hui: Vous ff avez que rien ne m' et oh 
■plus cher que de dérober à la vue de la Communauté les grâces particulières 
dont il daignoit me faire part & me favori fer ; & cependant pour le pre- 
fent , je nefouffre aucune peine de m' abandonner à l'Efprit de Dieu qui m'oc- 
cupe par fon immenfité comme un Océan , quoique cependant je ne diftingue 
pas en particulier ce qui m occupe j au contraire 3 j'en rejfens comme une ef- 
fece dejoye à caufe des grands biens que les mifericordes du Seigneur produifent 



Ji 
dans ta Communauté 3 comme je m en aperçus , & à caufe que je fuis affurtè 
qu'il en tirera toute la gloire qui lui efidâë , & qu'il acheverapar confequem far 
là C œuvre qu'il a commencé en moi. Je vous fupplie toujours de vous reffouvenir 
de moi dans vosfaînts Sacrifices de la Meffe ; pour moi , vous devez être perfuadé 
que je vous mené toujours avec moi, & que je vous ferai toujours parfaitement 
unie dans le J acre Cœur de JeJ us. 

Le Pcre Girard dans fa Reponfe du 4, du même mois» lui dit : Mon Dieu , 
que vous me faites de plaifir , ma chère tnfant 3 s'il efi vrai que Notre Seigneur 
vous accorde la grâce de vous bien oublier vous-même ! Que vous alte7 être au 
large ! Que vous aurez, de liberté ! Que notre bon Maître avancera prompt emtnt 

fon ouvrage ! Lai§ez-îe tout faire 3 ma Fille 3 & n'errerez, / lus fa main 

La Communauté fera 3 fenfera ce qu'il lui plaira \ il faut que Marie-Cithe- 
rine foit toute -à Jefus - Chrifi , ou plutôt il faut qu'elle difparoijfe , ou 
qu'elle fe perde 3 pour qui! ny ait plus que fon Epoux qui agijje 3 qui parle, 
qui fe montre. Quel bien ne fera pas ce Divin Sauveur dans la Maîfon oit 
vous êtes . lorf qu'il n'y aura plus que lui qui vous anime , & qu'on n'ap* 
percevra que vous en lui ? Ah ! ma chère Enfant 3 hâte^-vous 3 mourez vite; 
la bette vie que celte qui fuivra 3 & que ta gloire du faint Amour fera gran- 

de! Demandez- lui bien 3 ma Fille , pour Jean-Baptifie la même 

faveur. 

La Demoifelle Cadiere , par fa Lettre du 9 Juillet, dit : Samedi pen- 
dant ta célébration de la Meffe , je me fentis frappée d'un attouchement di- 
vin 3 qui s'imprima dans moi avec tant de véhémence 3 qu'il me renverfa 

tout d'un coup par terre Depuis lors i mon cher Père 3 je me trouve 

dans l'abîme de la Divinité 3 qui fait tout mon bonheur 3 ma félicité & mon 
martyre tout à la fois 3 lequel s'il continué , me donne lieu de croire que je 
ne vivrai pas long-tems 3 & que de P image je pajfcrai bientôt à la réali- 
té. Four vous 3 je découvre le même bonheur 3 fi vous lui êtes fidèle t com- 
me je te demande continuellement à Notre Seigneur , foit pour vous 3 foit pour 
moi. 

L'Accufé dans fa Lettre du 16. après avoir exhorté fa Pénitente à faire 
aveuglement tout ce qu il lui ordonnoit 3 & à ne faire plus aucune forts 
de refiftance » parce que le faint Amour en feroit bien blefle , ( ce quijne re- 
gardoît pouttant véritablement que la répugnance qu'elle avoit pour ces 
libertez criminelles qu'il vouloit prendre continuellement avec elle » & 
pour la difeipline qu'il lui vouloit donner par un rafinement de libertina- 
ge 3 en lui faifant accroire que c'e'toit la volonté du bon Dieu , ) lui dit : 
Prenez garde 3 ma chère Fille 3 qu'il ne vous échappe rien d'oppofé aux volon- 
tez de notre grand Maître _-. Ne dites jamais je: ne veux pas 3 je ne ferai pas ; 
te faint Amour feroit bien bleffé decette refiftance , & j'aime afieX^ mon Dieu 
pour être infiniment touché d'une pareille faute de votre part } fi vous en étiez 
capable. Il ajoute : Ne ferez-vous pas , ma Fille 3 ce que je vous'confeilte- 
rai , & ce qui me paraîtra le plus glorieux pour Jefus-Chrifi 3 te plus utile 
pour vous 3 te plus avantageux au Prochain \ Vous m'avez tant promis de n'a- 
voir plus de volonté ; n'oubliez jamais que les faveurs reçues & tes défie ins de 
Dieu fur fa petite Créature 3 demandent un abandon abfolu & une remïfe to- 
tale entre f es mains. Il finit fa lettre par loi dire : Je fuis avec vous , & avec 
vous plus que je ne puis dire. 

La Demoifelle Cadiere , par fa Reponfe du %t. lui dit : Pour ce qui 
regarde le facrifice que vous exigez de mot 3 je ne fçaurois vous dire tout 
ce que je foujfre , & tout ce que j'ai encore à fouffrlr : Si f écoutais ta ten- 
tation , vingt fois je me trouverais difpofée à retracer ta parole que je vous 



n 

Ui donnée : ( Cette parole étoit de fe ibûmettre à la difcîplïne qu'il lui doh- 
noit , & à toutes les libériez qu'il prenoit lut elle par la fenêtre de la Grillé 
d'j Farkitr. } Par ia Lettre du len Jemain %%. après lui avoir fait le détail d'une 
vifion pleine d'impetez & de blafphêmes 3 elle ajoute ; Ce matin je ri ai 
re^it votre Lettre que fur les dix heures à la vérité' , mais auparavant vers les 
'huit heures j'ai efte avertie intérieurement de m'unir avec vous , afin de re- 
mercier le àeigneur des mifericordes qu'il daigne nous faire , tant à îun qu'à 
l'autre. . . Je fuis , en attendant votre Reponfe avec impatience , toujours 
étroitement unie dans le f acre Cœur de ?. C. 

Le Père Girard y dans fa Lettre du même jour » lui repond : Je rends 
mille grâces à Notre Seigneur de la continuation de fes mifericordes \ Pour y 
repondre , ma chere Fille , oubliez-vous & laijfe^ faire 5 ces deux mots renfer- 
ment liflusfubiime dtfpofition. 

La Demoifelle Cadiere > dans fa Lettre dû 3 Août » lui marque ; Mon êtaf 
[prefent efi un dénuement total y où il ri y a plus ni grâces > ni laveurs , ni lu- 
mière y ni cannoifdnce , ni dejfein particulier. Voilà cette fublime difpofi- 
tion du Qutetifrae que le Père Girard lui avoit tant confeillée de vive voix» 
& par toutes fes Lettres » & fi loiiee par celle du 22 Juillet. AutTi par fa 
Ke'ponfc du même jour 5 Août > il lui dit : Ayez, donc courage -, ma chere 
Petite; foumeitez-vous à tout , & laijfez, faire î conf entez qu'on vous dépouille 
abfolumcnt de vous-même , agree^ de mourir à tout pour ne vivre plus que de 
la vie fur naturelle de Jefus-Chtift: Voilà ce que je fou hait e , mon Enfant i 
■four vous & pour mot. 

La Demjilelle Cadiere par fa Lettre du 9 Septembre dit : je ne veux que 
vous f cul t mon Dieu \ je ne demande ni vos Dons , ni vos Faveurs > ni vos 
Lumières , rit les Grâces que tous accordez aux âmes qui vous font fidèles » 
mais uniquement votre grande Mifericorde : Ce riejt rit à vos Dons , ni à vos 
Grâces que je m attache , mais feulement à vous être fidèle , & à me cenferver 
à vous en tout 0" par tout. 

On n*a qu'à comparer tout te que nous venons de raporter des Dépo- 
sitions des Témoins & des Lettres , quoique refaites , avec les Propofitions 
de Molinos , condamnées par la Bule d'Innocent XI. & à celles condam- 
nées par ia Bule d'Innocent XII. & par plusieurs Mandemens des Evêques 
de France , rapportez par Dupin au 17 Siècle de l'Hiftoire Ecclefiaftique 
tle la dernière Edition , & l'on y trouvera une entière conformité. Il eft fî 
certain que le Père Girard eft Quietifte , que le Procès de la Demoifelle 
Cadiere n'efl pas la première époque de cette découverte i bien de Gens 
s'en étoient aperçus à Aix dans fes Prédications j & Ton connoit de les an- 
ciennes Pénitentes en cette Ville fi entachées de ces erreurs y qu'on n'a 
pas pu encore les en bien guérir , malgré tous les loins que leurs nouveaux 
Directeurs y ont pu prendre. 

En vain les jefuites , qui voient leur Confrère pleinement convaincu 
de Quîetifme , difent que le Parlement n'en peut pas connoître * & que 
la conno"'ffance de l'Herefie appartient à l'Eglîfe : Il eft vrai que quand 
il s'agit de fixer le Dogme i ceft à l'Eglife de le faire i mais une fois 
qu'il a été fixé par l'Eglife , comme il l'a été ici par les Bules d'Inno- 
cent XI. & d'Innocent XII. & par les Jugemens des Evêques de Fran- 
ce , & qu'il n'efl plus quefHon que de punir les lnfra£teurs > il n'y a 
plus que la Jultice Royale qui puifTe infliger des peines proportionnées 
à l'artrocité de ce crime : L'Eglife n'a pas la puiffanee du glaive » mais feu- 
lement des peines Canoniques. Nos Livres font pleins d'Arrêts qui ont 
condamné à la mort des Prêtres pour crime d'Herefie ; l'Ordonnance 
Criminelle 3 Tit, premier > Art. ji. en a même fait un cas Royal 5 & 

l'Arrêt 



TÂrrêt du Cônfcil d'Etat du 16 Janvier dernier n'a-t'il pasattribtiéâu Pavî 
lement en première inftanec la connoiffance de tous les Crimes dont le 
fere Girard eft acculé ï 

. SUR VIN C ESTE SPIRITUEL. 

C'eft une Maxime convenue entre les Parties , que les Crimes de cettô 
êfpece ne peuvent pas le prouver par des Témoins oculaires» mais feu- 
lement par des préfomptions prenantes & concluantes. Or nous avons 
ici non feulement une fouie de préfomptions de certe qualité » mais en- 
core les preuves les plus formelles qu'on ait jamais raporté. de pareils? 
"Crimes, . . 

La première fe tire de ce que le Père Girard eft convaincu de Quîé- 
• iifme> & d'en avoir enfeigné à fes Pénitentes > & fur tout à la Demoifel- 
le Cadiere > les pernicieules Maximes j car comme les Quietiftes préten- 
dent ', ïous prétexte de leur union avec Dieu , que tout leur efl permis ; 
6c que les a&ions les plus infâmes font indifférentes » 6c même avan- 
"tageufes à l'Ame , on peut dire que ce Quietiime charnel eft Je grand 
chemïà dé l'imputeté. Ainfi les Quiet ifles » fous prétexte du pur amour ; 
de l'amour Divin , ■ fe livrent à toute forte de diirolution , 6c c'eft ce 
Qu'ils appellent Baifers » Attouchemens , Mariages fpirituels , comme on 
le peut voir dans Mr. de Meaux> 6c dans le feptiéme Dialogue de la Bruyè- 
re , & c'eft par cette yoye que tous les Directeurs Quietifles 3 à l'exem- 
ple de Molînos leur Chef , abufent de leurs Pénitentes , en commençant 
£ar leur présenter le pur amour , ou l'amour Divin pour objet » & en 
y fubrogeant enfuke l'amour charnel , fous la faulTe apparence d'une 
union fpiiritueile. C'eft ainfi que le Père Girard eft parvenu à abufer de 
phifïeurs de les Pénitentes , 6c fur tout de la Demoifelle Cadiere ,. en lui 
periuàd'ant que Dieu l'avoit uni avec elle , que c'étoit là une union en 
Jefus -Chrift; que pour plaire àDieu il falloir remplir tous les devoirs de 
cette union conjugale , & en lui faifant regarder toutes les voluptez de 
i'arhôur prophan'e comme des Attouchemens de l'amour Divin .■ C'efl 
dans ce fens qu'il faut prendre toutes ces unions dont il eft parlé dans les 
Lettres aux endroits dont nous avons rapporté les termes , 6t cette uniori 
intime dans le facré Coeur de Jefus qui f^it la clôture de toutes ces .ter- 
tres } ce quinépermet pas d'en douter , c'eft que dans une Vifion dont il 
feft parlé dans le 27 Interrogatoire de TAccufé , il fembloit à la Demoifelli 
Cadiere d'avoir vu le nom de Jean-Baptiftc > qui eft celui de fon Directeur; 
6c Celui de Catherine » qui eft le fien , unis ôc écrits dans le Livre de Vie J 
que dans fes Extafes » lorfqu'elle étoit au Coitvent d*Ql! Joules , elle difoic 
en prononçant le nom de Jean-Baptifte 6c de Marie-Catherine qu'elle* 
avoir fait fonjnariage depuis uh an, que dans lesOraifons de la Meire»qu'ellé 
difoit dans fes raviffemens , elle méloit les noms de Jean-Baprifte 6c dé 
Marie - Catherine » comme il eft prouvé par la Dépofition de la Damé 
Marie Gucrifl 26; Témoin , & par le recollement de la Dame Claire 
Guerih ij. 6c que dans fes Réponfes devant l'Official elle dit que tou- 
tes les fois que le Père Girard lui manioit le lein , elle recevoir des grâces 
6c des faveurs 9 & qu'elle étoît charmée par des fenrimens qui lui paroif- 
fbienr tout Divins j ce qui montre qu'il l'avoit jette dans un effroyable 
Phanatifme. 
Là féconde preuve de cet Inceftc fpiritucl , fe tire de la frequentatïoM 





continuelle de ce Directeur avec fa Pénitente > contre la prohibition des 
Canons , & même de celle de faRcgle, Jufques au commencement de 
. fon obfeflion il l'obligeoit à l'aller voir tous les jours aux Jefuires fous pré- 
texte Ge lui rendre compte de fes états. Depuis lors julques au mois de 
Juin > qu'elle fut au Couvent , il Falloir voir prefque tous, les lours à fa 
Maifon où il demeuton trois ou quatre heures avec elle. Ces vifites fi fre- 
q uen es qu'il faifoit ordinairement tout feul , contre la défenlc de fa Rè- 
gle ! it. de Saeet'drt, No. ng, font prouve'es par ladepof. de Loiiis Rcmoùis J. 
Te'moin , par celle de Claire Eftienne Artigues 10. de Claire Berarde ir.de 
Louis- Jtfcph Remoiïis 14. de François Garnier .1-5. de François Calas 16. 
d'Anne Cadîere 18. de Catherine Anigues j6, de Marguerite Ricaud jj. de 
Claire -Berenguier 58 de Catherine Bayer j .. de Gabriel Hauteuerre 62. de 
Pierre Meiffren 63. d'Elizabeth Calotte 50. Ôc de Claire Durant 102. Et lors 
qu'elle fut mife au Couvent s il Falloir, voir .très-fouvenr , & paflbit les, 
jours entiers avec elle au Parloir » comme il t£l prouvé entr'autres par It 
Demoifelle Hermine 94. Témoin , tant dans fa Depofition que. dans fa 
Confrontation avec le Père Girard , 6c par Marguerite Ainaude 109, Té-, 

moin. ■ . 

La troifléme preuve fe tire du commerce continuel des lettres , qui étoit 
entre ce. Directeur & fa Pénitente , comme il efl juilifie par celles qui 
font produites au Procès , & encore plus, par laJettre dePAccufé du 
%% Juillet , où après avoit . it au commencement : Voict la troijiémt lettre 
en trois jours , il ajoure enfui te : Cette Lettre - ci ,î ous ^dtî que vous ve r 
nez, toujours après moi , & il eft dangereux que vous ne .m atteigniez, point 
à moins que 'vous nen écriviez, deux par jour j il eft certain que dans les 
trois mois 6c demi qu'elle a relié au Couvçnt i jUlui a écrit plus de 
80 lettres , 6c elle plus de quarante » quoi qu'elle fût toujours en ar- 
rière pour cela. Or fi ce Directeur s'étoit borné à la charité de la Di- 
rection , auroit-il entretenu un pareil commerce de lettres avec une 
jeune Fille , contre la prohibition de fa Règle au Chap, Reguiar. Pr*p» 

La quatrième preuve fe tire de la qualité des lettres que ce Direc- 
teur écrivoit à fa Pénitente. Si l'Accufé n'avoît pas pris la frauduleufe 
précaution de retirer fes lettres 6c de les réfaire , nous n'aurions pas 
eu befoin du fecoucs. de la. preuve vocale pour le convaincre de cet 
Ince/Ie fpirituel j mais c'eft précifement cette démarche de fa part qui 
doit prouver que toutes les lettres qu'il a retirées étoient de la même 
qualité que celle du 22 Juillet qui nous elt reftée comme par miracle, 
6c de celle qu'il avoit dictée à la Guyol fa Confidenre le 39 Août : Les 
preuves que fes autres lettres étoient de la même qualité, que \es deux 
que nous] avons 3 ôc qu'il a refait les feire qu'i a produites * font bien 
ïenfibles. 

La première eft tirée de ce qu'en mettant fâ Pénitente au Couvent 
Stç. Claire d'Ollioules , il avoit itipulé de l'AbbeiTe 3 q,ue les lettres 
qu'il écriroït à cette première , ne pafler oient point fous fes yeux , non 
plus que les Réponfes qu'elle lui feroit , comme il eft prouvé par fa 
lettre du j Juin 1730. rapportée à la Page 7. de notre premier Mé- 
moire. 

La féconde fe tire de ce que fi ces lettres n*avoient contenu que des 
confeils charitables de Direction , lorfqu'il fçût que M. l'Evêque avoit 
refolu de donner un autre Directeur à la Cadîere , il ne les auroir pas 
fait retirer avec tant d'empreffemenr car la Gravier s une de les Péni- 
tentes ftigmatifées , qu'il envoya exprès au Couvent j il auroit au coh- 




iy 

traire été bien aife qu'elles fuflent reliées entre les mains de la Querel- 
lante pour fa propre justification. 

La troifiéme eft fondée fur ce qu'il efi prouvé par la Procédure, & fuir 
tour par la confrontation de la Batarelle , trente-huitième témoin, avec la 
Demoifelle Cadiere, que le Père Girard écrivoit à celle-ci deux fortes de 
Lettres : Les unes, qui n'étuicnt que pour en faire montre, &qu'il fignoit, 
dévoient pafler par les mains de l'Abbe/Te ; &il fallait rendre les autres qui 
croient des Lettres de tcndreil'e: > ôtqu'ilne tignoit des, immediatement'à la 
Demoifelle Cadiere , par les Pénitentes fh'gmatifées. Cette différence 
efî encore prouvée par la Lettre galante du vingt deuxième Juillet, quin'efr, 
.point lignée , & par fa Lettre de congé du quinzième Septembre, qui elt 
lignée. • . - - ; \ : 

1 a quatrième confifte en ce qu'il ne produit que 16 Lettres, quoiqu'elle Tait 
interpellé de les produire toutes. . , . .- 

La cinquième fe tire de ce que la Lettre de la Demoifelle Cadiere du %6, 
•Aoult i7ic. prouve quç. celle du Petc Girard du %%. a été refaite, puifqu'elle 
fe plaintdansfa Lettre queceliedu Père Girard étoit pleine de dureté & de re- 
proches langlants, tandis que la Lettre de l'Accufé, telle qu'il l'a produite, ne 
renferme rien de pareil., ■ * .-. 

■ La dernière le tire de la différence extrême qu'il y a entre la Lettre du *2, 
Juillet, &lesi6. qu'il aproduites auProcès : Cette première efl: une Lettre 
pleine d'enjouement , de tendrefle, &depaflîon-, & les autres font d'un lîil» 
bien différent i ce pendant malgré la réfection qu il en a faite, dans laquelle il 
a retranché les expreffions les plus iortes , on ne laiiTe pas d'entrevoir fapaf- 
fion fiour fa Pénitente , aulîi bien que d'ans celles de celle-ci, quoiqu'elle fût 
obligée de me furet fes expretiîons , par raport à fes Frères qui lui prêtoient 
leur main , & qui n'avoient garde de foupçonnér ce myitere d'iniquité: Il 
fumra pour le prouver ; de rapporter ici quelques endroits des Lettres des 
Parties. ■ : , x , . , : -' 

l La Demoifelle Cadiere, da :s fa Lettre duonziéme Juin , lui dit : Il ne me 
refl$ que vous f eut en cette vie , mon cher Père , qui puijjie^ m'aporter quelque 
çonfolation ,. & me donner ces premiers moment de joye , de douceur, & de 
tranquillité que fat perdus de vue depuis le premier moment que je fuis entrée 
dans cette Mai f on* Vingt fois du jour je foâpire après C heure favorable où je 
fourrai vous voir , pour vous communiquer de vive votx ce fonds de mes mife- 
res , ne pouvant me communiquer à tout autre ,* ce qui ne fait pas chez moi 
le moindre fujet de mes peines , comme vous devez, en être convaincu : Ainfi 
hâtez-vous i mon cher Père t le plutôt que vous pourre^ , de venir donner la 
guerifon à une pauvre malade digne de' votre compaffim. Et fur la fin de 
cette Lettre ; je me referve à vous developer de vive voix bien de petits fecrets 
que je n'ofe vous expofer par écrit, - 

L'Accufé ,r par fa Lettre du : 9, Juin , il lui dit ; fat autant Je dêfir &. 
d'emprejfemcnt que vous, ma cher c Pille , de nous voir bien-tôt enfemble : fa~ 
vois déterminé demain , Vendredy , d* aller à Ollioules ; mais il m 1 efl venu de* 
fuis kiet un petit mal de gorge, qui méfait craindre que- nous ne j oyons privés 
Çun & l'autre de parler fi têt de près & à cœur ouvert. Et dans fa. Lettre du. S6. 
juillet s il lui dit ; Bopfoir, ma chère Enfant , je fuis avec vous t & avec 
vous plus que je ne fuis dire* 






Teneur de 






LA LETTRE 
G I R À R D , 

Du iï. Juillet » 173 p. 



D U f E Pv £ 



Voici , nta chère Enfant , la troiftéme Lettre en trois jôUrs : Tachée, 
'de nt obtenir du temps. Dieu -fait loué : Bientôt peut-être ne fourrai- je fiuï 
'rien faire que four celte à qui j'écris ? toujours fçai-je bien que je la font 
■far tout , & quelle eft toujours avec moi , quoique je far le & que j'agiffe 
avec d'autres performèt. Je rends mille grâces à Nôtre àetgnéur de la, con- 
tinuât ton de f es mifericordit» Pour y refondre , ma cbtre FtUe 3 oubliez-vous 
&laiffez faire : Ces deux mots renferment la plus fublime diffojition. Nx 
dites mot fur tout ce que vous* a recommandé Mon feigneur :* Nous verrons 
nom deux ce qu' on peut faire & dire, il eft arrivé ce matin , & je lui 
ai déjà parlé de vous par occafion : Je *he crois f as qu'il aille à 01 Houle s; 
je lui ai fait entendre qtte cet éclat ne convenait f as ; Je fourrai peut-être par 
tâcafion tui parler de 4a Sainte Meffci Le Grand ■ Vicaire & te Père de S abat - 
tier iront aparemment Lundy vous voir. Ce dernier , après lui avoir parlé } met 
fait entendre qu'il ne vous demanderait rien ; mais fi par Lazard ou l'un ou Fau- 
tte s* avifoit de le faire , & même au nom de fEvêque , ou fouhaitoit de voir 
quelque chofe , vous n avez pour toute rêponfe qu'à dire qu'il vous eft étroitement 
défendu de parler & d'agir. Mangez, gras , comme on le veut , je vous t'ai écrit t 
Oui t ma chère Enfant , j'ai befosn eCaffurance ; vous n'en ferez pas la vtBime. 
N'ayez point de volonté & n'écoutez point de répugnance ; vous obéirez^ en tout 
comme ma petite Fille t qui -ne trouve*rien de difficile quand c'efl /on Père qui 
•demande. J'ai Une grande faim de vous revoir j & de tout voir: Vous fçavek. 
que je ne demande que mon Bien > & il y A long-temps que je n'A rien vu qu'à 
demi. Je vous fatiguerai ; Lie bien l Ne me fatiguez-vous pas auffiî Ileftjufté 
que tout aille de moitié. Je connois bien qu enfin vous deviendrez* fage : Tant 
de grâces & d'avis ne deviendrons pas inutiles. Je fuit ravi que vous f oyez con- 
tente dû Père Gardien ;je le recommanderai au bon Dieu : /Y 'oublies, pas de votfc 
céte'y nsa Malade , ma f œuf €$■ lès autres perfonnes que je voUs ai recommandées. 
Mademaifelle Gùyolvous trouva hier mourante , & votre Frère vient de me di- 
re que vous vous portez à merveille; Vous êtes une incon fiante ; ce /croit bien pis 
fi vous deveniez gourmande. Patience : Je voulois feavoir ft te maigre fe fuf- 
porter oit ; te temps nous inflruira. Commence"^ toujours ces jours d'abftinence par 
le maigre; s'il ne pajfe pas , eu s'il revient d'abord , faites auj/i d'abord gras : 
Suive^ cette règle , nous découvrirons ta fainte volonté de notre Maître. S'il 
faut fortir s c eft une nouvelle û une grande peint pour vous ej? four moi; mais 
le bon Maître fait béni , nous fêtons fournis & nous confent irons atout. Bon 
foir y ma chère Enfant : Pourrex-vous déchiffrer mon griffonnage ï Compte^ 
lien; cette Lettre-ci vous dit que vous venez toujours apns moi, & il eft dan- 
gereux que vous ne m'atteigniez, à moins que vous rt'en écriviez deux par jour. 
Adieu 3 ma Fille j priez pour votre Père , pour votre Frère , pour votre Ami % 
pour votre lits t & pour votre ferviteur : Voilà bien de titres pour interejfer un 
bon ccéïïr, 

La Dcmoifelle Cadiere par fa Répohfedu 24. lui dit: Je ferai plus attentif 
<Ve à l'avenir à ménager votre temps; cela n'empêchera point cependant que je 

ne vous mené par tout avec moi > m' étant auj/i cher que vous fêtes 

je vous attens avec impatience , pour raff'ajîer la faim que vous avc% de m* 
ittin Ne f û y e \. f°' ll9t eK peine de votre Bien , il vous eft tout dévoué : Ve+ 

ne* 



17 

ne% au plutôt contenter vôtre petite curiofitê; mais a condition que ma fou- 
mijfiQn vous dédommagera une fois pour toutes de vos peines , & que vous 
ne compterez plus fi exactement avec moi pour l'avenir: Peut-être que mon 
obéïjfance vous donnera lieu de retracler vos petits reproches fur cefujet. ... 
Si je deviens gourmande , penfe^ que je ne vous pardonnerai jamais, puif- 

quil y aura de vôtre faute Pour ce q r u regarde vos Lettres , je 

fçais bien que je fuis en arrière , mais dans l'état continuel de fouffrance 
où je me trouve , j'y vais de bonne foy , & je ne compte point après vous; 
fait es- en de même de votre côté , & contente^ vous de ma bonne volonté : 
Celui qui pourra écrire davantage , en auraplus de merhe.Jefpere que vous me 
rendr^ cette juflice, aujfi bien que celle de croire que je vous fuis intime* 
ment unie dans le facré Cœur de Je jus, mon cher Père , vôtre trés-humble, &c. 
Il faudroit être bien novice en 'amour, pour ne pas trouver dans cette 
Lettre du'Peie Girard du i&. Juillet , &dans cette Réponfe de fa Pé- 
nitente du ta. les preuves non-feulement de la flame dont il brûloic 
pour elle, mais encore de leur commerce inceftu eux, fans avoir befoin 
d'emprunter ici lefecours d'aucun Commentaire, 

Enfin la Lettre que le Père Girard fit écrire par la GuioU la Demoi- 
felleCadiere,& qu'il di&aàla Guiolle 50. Août 17 30. rems auquel 
M. l'Evêque avoit refolu de donner un autre Directeur à laDemoilelle 
Cadiere , & qu'elle avoir déjà déclaré à la Guiol qu'elle vouloir quitter 
la Direction du Perc Girard , où il a fi bien dépeint fa defolation ôc 
fondefefpoir,eftune preuve fans réplique de fon commerce inceftueux 
avec fa Peni tente, & que la Guiol en étoit l'indigne Confidente. Cette- 
Lettre prouve encore que l'Aecufé, pour tâcher de couvrir ce mi (ter e 
d'iniquité, abufoit des termes confacrez à la pieté > ce quieftalTez pro- 
re adonner la clef de fes autres Lettres , où l'on trouve cet affreux mé- 
angc d'expreïfions d'amour & de dévotion. Ilfuffit de rapporter ici ia 
teneur de cette Lettre du 30 Aouft. 

Matrès-chere Saur , Lundi arrivant à Toulon vers l'heure du midi, 
je fus me défendre à la Porte des J" fui tes » je vis un moment notre cher 
Père abîmé dans la dernière defolation : Il me dit d'abord que fi javois 
quelque chofe de défilant à lui dire , je n avais qu'à me taire , *2* que je 
ne manquafie pas de lui écrire fur le champ, & lui porter ma Letre le 
foir après fin Sermon aux Dames de S te ZJrfule j ce que je fis avec beau- 
coup de difficulté, &je mis fur le papier ce que notre grand Dieu mm fpira. 
J'ai été ce matin le voir, de retour de la Campagne depuis le foir de Saint 
jfuguflin. Je nefçai fi au dernier moment de fa vie il fera plus mourant 
quaujourdhuy 'Je lui ai demandé quelle étoit fa dtfpofition , &fifàdou~ 
leur étoit toujours la même- Il ma répondu avec grande confiance que fou 
amertume augmentoit de moment en moment, & que ce matin en s 'éveillant 
il avoit eu un redoublement de defolation , & qu'il ma donné à compren- 
dre qu'il lui ôtoit entièrement la parole. Ma très chère Sœur, je vous laijfe' 
à penfer à quel point doit être l'excès de ma triflejfe , voyant les deux 
perfonnes que j'aime & que fejiimele plus au monde , réduites a la dernière 
des épreuves \ & tout cela , qui en eficaufe f C'efivous , ma très-chere Sœur: 
il ne falloit de votre part qu'un feul mot de réponfe furie champ avec grande 
fimp licite, & l'on auroit été en paix, êluandvous me dîtes que notre bon 
Dieu naprouve pas votre Keponfe fur la Lettre reçue , après l'ordre 
de votre chère. Père , vous me fiflesune grande compaffion : Il reçut votre 
Lettre le Dimanche fur les neuf heures du matin, dont il a lieu d'être 
très-mecontent : Vous ne lui réponde^ que bien des juflifications de votre part, 
& tout le tort pour lui. Dîeufoit béni : QtSil daigne vous ouvrir les yeux 

E 



p 

Ja 



yw fois pour toutes. Quoiqu'il en foit, Vendre dy fa thdrii'e le conduira a 

Qttioules , après avoir dit la Mefe ici à Toulon: Ma très- chère Sœur, je 

vous demande tn grâce par les mérites de fefus-Chrift, de lui parler avec 

toute la fincerité qu'il vous fera poffible ; puisqu'il veut bien vous conjoler , 

faîtes en forte qu'il fa fat à fon tour- Vous n'ignoreZpas que la grande 

part que je prends à ce qui vous cencerne , me donne la liberté de vous 

parler de la forte > mats pardon, ma chère bonne j je finis en vous témoignant 

toute \la part que je prends à la confolation que vous recevrez Vendre dy , 

jour deflmé an plus grand de tous vos bonheurs. Ma chère Sœur , je vous 

embrajfo du meilleur de mon cœur; je m'unis toujours plus étroitement avec 

vous , & ne vous quittant jamais au pied de la Croix de Notre Sauveur 

Jtfm-Chrift* Bon foir. 

La cinquième preuve eft tirée de deux faits qui fupofem nece flaire- 
meutee commerce inceftueux. Le premier confifte en ce qu'il 'eft prou- 
vé par le Recolement de la Dame de Leftoc, MaîtrefTe des Novices, 
20 e . Témoin , qu'elle avoir lu une Lettre du Père Girard , par laquelle 
il marquoit à la Demoifelle Cadiere d'un air badin, que fiel le n'étoit 
pas fage , il lui donnerait le fouet; & la Demoifelle Batarelle , 38 e , 
Teraoin, depofe que la Demoifelle Cadiere lui avoir avoué dans un 
rems non fufpeel; , que le Père Girard lui avoir donné la difciplineau 
Parloir d'Olîioules ; on verra dans la faire qu'il la lui avoit donnée 
auflidansfa Chambre par un raffinement de volupté. Er l'autre fait eft 
qu'il avoit envoyé à fa Penitenre un Formulaire de Confefïïon , conte- 
nant le détail des fautes dont elle devoir s'aceufer, en cas qu'elle fe con- 
fèfsâr au Directeur du Monaftere ou à un autre qu'à lui , avec défen- 
fes de lui rien dire de plus. Cela eft prouvé par la depofitionde la 
Demoifelle Victoire Aubère, 30. Témoin , & par laConfronrarion de 
la Dame de Lefcot avec la Demoifelle Cadiere , qui difent d'avoir 
vu ce Formulaire de la Confeffion. 

La fixiéme preuve eft tirée des libertez criminelles que l'Accu Ce 
eft convaincu d'avoir prifes fur fa Pénitente, dont il y a ici deux 
preuves: La première eft tirée de fes propres aveux ;& la féconde , des 
Témoins de la Procédure. 

Sur ie 74 e . f n te rrogatoire il avoue d'avoir vu 4 ou 5 fois les Stigma- 
tes despieds de ia Demoifelle Cadiere, & il en fait la deferiprion » fur 
le 77. d'avoir vu le Stigmate du côté qui étoit à 4. doigts au-detïous 
du Teton gauche i furie 78. il avoue en termes envelopés , d'avoir bai- 
Té ce Stigmate du cceur i & furie 12 e Interrogatoire de fes fécondes 
Réponfes, il convient d'avoir touché les côtes de fa Pénitente, & l'os 
fternon , de devanr fa poitrine , en faifanc acroire fauffement à celle- ci 
que ces côrps-etoient relevées par une furabondance de grâce. 

En vain ï) prétend que c'étoit pour vérifier fi ces playes étoient natu- 
relles ou furnaturelles , & pour éclaircir les doutes qu'il avoit fur les 
Faits extraordinaires qui fe paffoient en la Cadiere ; Coït parce que fi 
cela eût été, il auroît fait faire cet examen par des Médecins ôc des 
Chirurgiens, &: ne l'auroit pas fait lui-même tout feul à porte fer- 
mée, & fans vouloir y laiiïer alTîfter la Mère, qui étoit inftruite de 
tout» foie encore plus parce que nous avons prouvé invinciblement 
à la page 9 & fuivantesde notre Réponfe à ton premier Mémoire, 
qu'il n'avoit point de doute là-deflus , & qu'ainfi toutes ces libertés 
font une preuve de fon commerce avec fa p enitente. 

La féconde preuve de ks libertés criminelles eft tirée des Dé- 
poficionsdes Témoins. 



i .. Il eft prouvé par le Recollement de la Dame. Lefcot to.Té* 
moin, par celui d'Ifabeau de Prat 14. de Lucrèce Materone^. &par 
la Dépofition de la Dame de Guerin %6. & de la Demoifelle Hermute 
04. qu'il faifoit fermer la Demoifelle Cadiere dans le Chœur intérieur, 
Se qu'il fè fermoir dans l'Eglife pour parler enfemble;il avoir objecté 
Lucrèce Materone, mais il a été débouté de l'objet par l'Arrêt du 14, 
Août dernier. 

2, . Il eft prouvé par la Déposition de Marie Materone ■> Tourriere 
S.Témoirr, que le jour de Sainte Claire que le P. Girard dîna au Par- 
loir, cette Tourriere ayant mis la table fort éloignée de la Grille, il la 
prit aveeimpetuofité & violence & l'en aprocha en difant ; vous voulez 
bien m'éloigner de ma Fille; Qu'ayant dit à la Demoifelle Cadiere d'al- 
ler prendre laclef qui ouvre la Fenêtre de ce Parloir , le Père Girard ré* 
pondit qu'il n'étoit pas neceffaire/, & qu'ayant prefenté i la Querellan- 
te un petit couteau qu'il avoic, elle ouvrit cette Fenêtre; & que pen- 
dant le Repas elle vit qu'il tenoit fa main dans celle de fa Pénitente. 
La Dame de Guerin 16. Témoin > dépofe qu'un jour que la Cadiere 
étoit fermée dans le Chœur intérieur, èc le Père Girard dans l'Eglife; 
elle vit qu'ils fe touchoient la main. 

3°. Il eft prouvé par la Dépofition de Marie Materone S. Témoin '$ 
qu'un jour elle vit I'Aecufé embrafler Ôc baifer la Cadiere par la Fenê- 
tre de la Grille du Chœur, ôc un autre jour par celle du Parloir -, & 
par la Dépofition de Lucrèce Materone, que le 7. Juillet, jour de la 
Transfiguration, elle vit que le Père Girard & la Cadiere s'embraiToient 
& fe baifoient ; & la Sœur de Prat qui étoit avec Lucrèce Materone, 
ajoure, que celle-ci le lui ayant dit , & ayant regardé à travers une 
vitre, elle vit véritablement qu'ils ne fe baifoient plus, mais qu'ils par- 
loient tête à tête, 5c face à face ; & qu'un peu auparavant elle avoic 
vu la Cadiere ernbralTer le P. Girard. Magdelaine Allemande 92.. Té- 
moin , dépofe que la Demoifelle Cadiere lui avoit avoué dans un tems 
non fufped,que le Père Girard la baifoit avant qu'elle entrât au Con- 
feflionnal. Il e(l vrai que par le jugement des Objets , Marie Macerone 
a été rnife in religions ; mais d'abord que fa Dépofition eft foûtenuë par 
celle de plufieurs autres Témoins irréprochables, qui dépofent aufîi 
des embraflemens &: des baifer s qui font des acles de même nature , 
toutes ces Dépolirions fe réunifient & fe fortifient refpe&ivement. Faut- 
il être étonné s'il aembraiTé, s'il a baifé la Cadiere, puifqu'il avoiie 
lui-même d'avoir pris fur elle des libertés encore plus criminelles Se 
plus prochaines de la confommation du crime, Se qu'il eft convaincu 
d'avoir auflî embrafte & baifé d'autres Pénitentes, & fur tout la Guiol 
& la Batarelle, comme on le verra dans un moment > Nous détaille- 
rons encore dans la fuite les libertés criminelles qu'il avoic prifes fur 
la Demoifelle Cadiere lorfqu'il étoit enfermé dans fa Chambre. 

La 7 e . preuve eft tirée de ce qu'il s'eft enfermé tout feul avec fa Pé- 
nitente. 

i°- Le 7. Juillet il refta enfermé avec la Demoifelle Cadiere dans fa 
Chambre au Couvent d'Ollioules, depuis 9. heures du matin jufqu'à 
midi, & depuis lors jufqu'a 4. heures, la porte ne fut quepouflee; ce 
Fait eft prouvé par le Recollement de Marie Materone, 8. Témoin , 
par celui de la Damed'Auberr, Abbeife, 19. Témoin ,par celui de la 
Dame deLefcoc 2,0. de la Dame de Guerin %6. & par la Dépofition de 
la Demoifelle Hermite 94. Témoin. 



20 



i°. Il eft prouvé par la Ocpofition de Claire Berardefc autres Té- 
moins raportés dans l'Article d es Vifites , que le Père Girard s'étoit en- 
fermé plus décent fois tout feul avec fa Pénitence dans la Chambre de 
CviUe-ci avant qu'elle fût au Couvent, à commencer depuis le mois de 
Décembre 1719. jufqu'au mois de Juin 1730. qu'il l'envoya au Mo- 
nafterefunteClaired'Qllioulesi&par fa réponfeau 8 3. Interrogatoi- 
re , il a avoué lui-même, après bien des détours, qu'il s'eft enfermé à 
clef huit à neuf fois dans la Chambre de la Demoifelle Cadiere » il eft 
vrai qu'il ajoute que c'étoir après Pâques '» mais tous les Témoins prou- 
vent qu'il s'étoit enfermé long-tems auparavant, & depuis le moisde 
Décembre précèdent, contre la prohibition des Canons & celle de fa 
Règle Tit. de Sacerd. Ait. iS. qui défend fi feverement aux Jefuites 
d'aller voir des Femmes fans Compagnon, ni de leur parler dans au- 
cun lieuobfcur ou fermé i ce qui eft une prefomption juris & de jure 
de fou commerce inceftueux avec fa Pénitente, qui fuffiroit toute 
feule pour fa conviction. 

La 8 e . preuve fe tire de ce qu'outre les libertés criminelles qu'il a 
avouées par fes Interrogatoires, dont nous avons déjà fait le détail, il 
eft prouvé Dar la Dépofition de plufieurs Témoins à qui elle en a voie 
fait l'aveu dans un tems non fuïpedt, Ôc qu'elle au roit eu un inrerêt 
eflentiel de cacher pareilles choies, que lorfqu'il étoit enfermé avec 
elle dans la Chambre de fa Maifon à Toulon, il avoit pris les libertés 
criminelles dont on va faire le détail. 

i°. D'abord qu'il entroit , & qu'il avoit fermé la porte , il lui met- 
toit la main dans le fein , lui baifoit fouvent le Stigmate du cœur , & 
le fuccoitmême i cela eft prouvé par la Dépofition de la Batarelle 3 3. 
Témoin, Se de Magdelaine Allemande 92,, 

i°. Qu'il avoit fouvent appliqué a nud fa poitrine fur celle de la 
Demoifelle Cadiere, fous prétexte qu'il avoit un Stigmate intérieur, 
qu'il falloit le faire baifer avec le Stigmate extérieur de fa Pénitente» 
ce Fait eft prouvé par la Dépofition de la Batarelle, par celle de Mag- 
delaine Allemande, & de la Sœur Boyer 97. Témoin. 

3°. Qu'au retour de fes Extafes ou de fes Accidens, elle s'étoit 
trouvée tantôt à terre , & leP. Girard derrière, qui lui tenoit la main 
dans (on fein 3 tantôt fur le lit & lui a fon côré , avec toutes les mar- 
ques d'une Fille violée, comme il eft prouvé par les Dépolirions de 
Magdelaine Allemande , & de la Batarelle. 

4°. Il avoit fait déshabiller & mettre en chemife la Demoifelle Ca- 
diere-, lui avoit donné la difeipline fut le Lit, & baifé l'endroit où il 
avoit frapé, & l'avoir en fui ce embr ailée, &c. Ce fait eft prouvé par 
la dépofition de la Batarelle 3 8. Témoin, de l'Allemande Mère 35. & 
4*Allemande Fille 92.. La pudeur ne nous permet pas d'entrer dans un 
plus grand détail : La Cour pourra le voir dans ces trois dépofitions, 
oans celle du Père Nicolas 40. Témoin , fi bien inftruit par une voye 
nonfufpec"te,que les Jefuites n'ont recherché enfuite à faire décréter 
fous de faux prétextes , que dans l'inique vue d'affoiblir fon témoigna- 
ge, qui n'a point été rejette par le jugement des Objets, & encore dans 
le Recollement de la Dame de Reimbaud 2.2.. Témoin. 

Non feulement l' Accufé eft convaincu d'avoir abufé de fa Pénitente, 
mais encore de lui avoir procuré l'Avortement i & c'eft ce qui nous 
refte à établir, & qui fournit une nouvelle preuve turabondante de ce 

commerce. 

SVR 



I 



2i 



SUR L'AVORTE MENT. 

L'Accufé avoit prétendu éluder ce Chef d'Accufation , en foûtenanc 
que la Denioifeue Cadiere , par Ces Réponfes devant l'Official , avoit fixé 
réppqne de fa joùinance au jour qu'il lui avoit donné la difcipline dans 
fa Chambre , qui étoit le 22. ou le 13. May ï mais nous avons fait voir 
là fàufleté de ce prétexte à la page 66. Ôc fuivantes de nôtre Réponfe à 
fon premier Mémoire , & ilnerefte plus qu'à rappel 1er ici fommairement 
les preuves de cet Avorcement. 

La première fe tire de ce que l'Accufc avoit donné pendant plufieurs 
jours une écuelle d'eau à la Demoifelie Cadiere, qu'il alloit prendre lui- 
rhême â la Cuifine , Se qu'il ne vouloit pas que la Servante ni aucune 
autre perfonne lui portât. Ce fait eft prouvé par la dépofition de Claire 
Berarde, Servante de la Cadiere, n. Témoin ; parcelle de Magdelaine 
Allemande, 92. qui ajoute que la Demoifelie Cadiere lui avoit avoué 
que cette, eau avoit un mauvais goût ; & encore par- l'aveu du Père Gi-? 
rard fur le 102. Interrogatoire. 

La féconde preuve le tire de ce qu'au bout de huit jours de ce Breu- 
vage , elk fit une mafie que ^Officiai a crû être de fang , & le Lieute- 
nant , de chair. Ce fait eft prouvé par la dépofition de la Batarelle & de 
l'Allemande Mère , à qui la Cadiere l'avoit avoué long-tems avant ce 
Procès. 

La troifiéme preuve, fe tire de ce que lors de cette blefiure , que la 
Cadiere fit un pot plein de fang , le Père Girard le prit & fut l'examiner 
curieufement vers la Fenêtre deux ou trois fois , & la Servante fut en- 
fuite le jetter , & alors il dit , quelle imprudence ! Ah quelle imprudence .' 
Ce fait eft prouvé par la dépofition de Glaire Berarde Servante. 11. Té" 
moin ; par celle de Louis Remouis, r. Témoin , qui dit de le lui avoir 
oui dire ; & par la dépofition de Magdelaine Allemande & de la Bata- 
relle, ^ qui la Cadiere l'avoit avoué dans un tems non fufpect. Le Pè- 
re Girard convient lui-même par fa Réponfeau 106. Interrogatoire, d'a- 
voir vu Ce pot plein de fang , & encore dans fon Faftum page r. & 40. 
& varie fur les faux prétextes qu'il veut avoir eu pour defeendre dans 
une pareille familiarité avec une Fille. 

La quatrième fe tire de ce que la Mère de la Demoifelie Cadiere , qui 
ignorait tout ce miftere , & qui ne fçavoit pas quelle étoit Pindifpofition 
de fa Fille , vouloit la faire «vifiter par un Médecin ; mais le Père Girard 
1 en empêcha en lui difant que c'étoient des maux divins qui n'av oient 
pas befoin de remèdes humains. Ce fait eft prouve par le recollement 
de Claire Berarde , & par l'aveu du Père Girard dans fa Confrontation 
avec l'Abbé Cadiere. 

Inutilement il s'aviferoit d'opofet que Claire Berarde a été mife in re-> 
ligionê parle Jugement dts Objets , puifqu'outre qu'elle eft témoin ne- 
ceflàiré, & que in domeflkis non rtfrohftUtr domefîicum ttftmmmm s d'ail- 
leurs les faits qu'elle depofe font non- feulement prouvez par d'autres té- 
moins irréprochables , mais même par les propres aveus de l'Accufé. 

La cinquième preuve fe tire de la demande que le Père Girard fit à 
l'Abbefle $c à la Maîtrefle des Novices la première fois qu'il les vit» fi 
la Demoifelie Cadiere n'avoit point de perte de fang : cela eft prouvé 
pat le recollement de ces deux Religieufes. 

La dernière fe tire de la Lettre du Père Girard du 30. Juillet 1730; 

F 






aa 

par laquelle il demande à fa Pénitente fi fes Règles lui font revenues ; 
par ces tetmes enveloppez: Marquez,-moi quand ejr comment les Biens font 
revenus , efre. Ôc qu'il finit par ces mots enjoùez : Je juis en lui tout et 
que vous m'aviez cru dans les purs les plus jerains ejr les fins doux. 

Toutes ces preuves réunies enfemble prouvent invinciblement le com* 
merce de ce Directeur avec fa Pénitente , & cet Avortement. On petit 
dire 'qu'pn n'a jamais rapporté de preuves fi complètes de pareils crimes, 
& qu'il faudroit renoncer à l'ufage de la raifon , & fermer volontairement 
les yeux à la lumière , pour y trouver le moindre doute, 

La Demoifelle Cadiere n'eft pas la feule Pénitente de Vaccufé avec 
laquelle il avoit pris des lîbertez criminelles^ car il eft prouvé par la pro- 
cédure qu'il en avoit fait de même avec plufieurs de fes autres PenitentesJ 
Claire Berarde , n. Témoin dépofe d'avoir vu le Père Girard baifant la 
Guiol au vifage 5 & la Batarelle , dans fa confrontation avec le Père Ca- 
diere , a avoué qu'un jour qu'elle étoir chez la Guiol , celle-ci lui dit : Mon 
Mari eft à Beaucairej le Père Girard doit venir me voir } arrête-toi, & 
nous le mefurerons. 

La Sœur Boyer , #7. Témoin , dépofe que la Guiol -lui avoit raconte 
qu'une des Pénitentes du Père Girard l'avoit baifé au Confefllonnal , Se 
que la Batarelle ayant été la voir , lui avoit dit que c'étoit elle qui l'a- 
voit embrafle & baifé. La Batarelle même,, .5 8> Témoin , dans fa depofï- 
tion , après avoir dit des chofes fort furprenanres au fujet de fon unioa 
avec le Père Girard , elle ajoure qu'elle l'avoit embrafle & baifé au Con- 
feffional de fon confentenïent ; & qu'un jour chez la Cadiere elle le bai fa 
aux deux joues. Il convient» lui-même par fa Rseponfe au 140. Interro- 
gatoire , que la Batareïle le baifa chez la Cadiere ; il eft vrai qu'il ajoute 
qu'il s'en dépêtra le plutôt qu'il pût ; mais ce faux prétexte .eft détruit 
pat la depofition de la Batarelle , qui dit de l'avoir baifé alors à l'une 5c 
à l'autre joue, & encore au Confefllonal , & qu'il y avoit confenti ; 5C 
ce qu'il y a de plus fcandaleux , c'eft que nonobstant cela il ne laifla pas 
de continuer de confeuer la Batarelle , comme il l'a avoué fur le 147. In- 
terrogatoire. 

A l'égard de la Laugîer, la Demoifelle Julien, 12. témoin, dépofe 
qu'un jour qu'elle étoit dans la chambre de cette première , le Père Girardf 
y vint; qu'alors elle en fortit , & qu'il s'enferma à clef dans la cham- 
bre de ladite Laugier. Elle ajoute qu'un autre jour un nombre de ces 
Be votes y danfoient , chantoient & fautoient , mangeaient & buvoient 
à la fanté des Jefuitons. Anne Belonne , 4^. Témoin , dépofe qu'elle 
a vu quelquefois le Père Re&eur s'enfermer dans la chambre de la 
ILaugiet. Gaiheïme, Laugier s 5- Témoin > dit que lorfque Marianne Lau- 
rier avoir des accidens d'obfeflion , le Père Re&eur y venait , & que 
quand il étoit feul avec elle dans fa chambre , il pouffbit la porte , ne 
fçachant point la Dépofante ce qu'ils faifoient dedans. La Demoifelle 
Joinville, 100. Témoin, dépofe qu'elle a vu. entrer quatre à cjnq fois le 
Père Girard dans la chambre de la Laugier, où il fe fermoit avec elle ; 
qu'un jour elle lui difoit : Mon Père t vous êtes fur moi , retirez, vous. Et 
Magdelaine Allemand , p2. Témoin , dans fon Recollement dit que la 
Laugier lui avoit avoué que le Père Girard avoir abufé d'elle à Pocca- 
fion de fon obfefllon , & qu'elle étoit grofle de lui. C'eft ainfij qu'il s'é- 
toit formé un petit Serrail parmi fes Pénitentes , aufquelles il*perraettoit; 
de faire des parties de plaifir à la campagne , & leur prêtoit le Clerc 
des Je lui tes pour leur fervir de Cuifinier , comme il eft prouvé par foi» 






aveu fur ïe 145. Interrogatoire ; & dans le temps qu'il croît en commerce 
avec elles, il les faifoit communier tous les jours, & même fans Cou* 
feilion préalable. Quelles abominations ! 

A l'égard du dernier Chef d'aeeufation , qui regarde la Subornation 
des Témoins > nous nous refervons d'en établir le mérite par l'analife 
que nous ferons des Témoins du Promoteur , par laquelle nous mon- 
trerons tout à la fois que l'Aecufé eft convaincu d'avoir fuborné les 
Témoins qu'il a produits fous le nom de celui-ci, Ôt même quelques- 
uns des nôtres qui avoiçht déjà dépofé , & que tout ce qu'il "leur a fait 
dire eft évidemment contraire à la vérité , & détruit non- feulement 
par un très-grand nombre de Témoins irréprochables, mais encore par 
fes Lettres & fes propres Aveus. 

Après cela c'eft bien en vain que le P. Girard fe retranche à dire que 
la Dlle, Cadiere eft non-recevabîe en la poutfuite qu'elle fait contre lui , 
foit parce qu'elle a été enfuite décrétée d Ajournement perfonnel à la 
Requlfition de M. le Procureur Général du Roi , foit parce qu'elle a va- 
rié dans fes Réponfes, & que par l'Arrêt qui a confirmé la procédure 
faite à la requête du Promoteur , elle a été déboutée des Lettres Royaux 
qu'elle avoit impetrées envers cette variation; car cette Objection eft 
abfolument infoutenable, & ne peut fervîr qu'à prouver toujours mieux 
combien ce Je fui te eft coupable. 

]°, Où a-t'il trouvé que le Décret d'ajournement perfonnel qui a été 
rendu contre la Dlle Cadiere fans accufation, contre toutes les règles de la 
Juftice , fi long-tems après fon Êxpofition & l'Information qu'elle avoit 
fait faite contre lui , compofée d'environ foîxante & dix Témoins, ren- 
fermant là conviction de tous les Crimes du Querellé , & qui n'eft , 
ce Décret , tout évidemment que l'Ouvrage des artifices Jefuitiques , 
l'ait privée de l'action en rapt , que la Loy & les Ordonnances don-* 
nçnt à toute fille ou femme., dont l'honneur a été ravi , & que l'Arrêt 
du Confeil du 16 Janvier dernier, qui a attribué cette affaire en pre-î- 
miere inftance a la Grand' -Chambre , lui a expreuement réfervée , en or* 
donnant que le Procès feroit fait 5c parfait au P. Giratd , à la requête de 
M. le Procureur General du Roy,& à la diligence de laDemoifelle Cadiere, 
ïi bon lui femble , dont elle ne pourroit être privée que pat un déparrement 
expies qu'elle n'a jamais fait ni ne fera jamais. 

L'autre prétexte n'eft pas moins infoûtenable , i°. Parce que les 
Lettres Royaux dont la Demoifelle Cadiere a été déboutée étoient 
abfolument furabondantes , n'ayant été impetrées qu'en tant que 
de befoin ; & que leur principal objet , qui n'a voit pourtant rien 
que de jufte, n'étoit pas de fe faire refti tuer envers une variation fi dé- 
mentie parla procédure, & qui ne /iibfiftoit même plus comme on va le 
montrer, 

2°. Parce que cette variation n'eft qu'un effet des trames iniques des 
Jefuites , qui depuis le moment qu'ils eurent forcé cette Pille à porter 
cette plainte , ont employé ou fait employer les voyes les plus odieufes 
pour la forcer à fe rétracter ; tes mauvais ttaitemens dans le Couvent 
des Urfulines de Toulon qui leur eft* fi vendu où ils la firent enfermet 
contre tout droit ; le refus de tout Confefleur prouvé par les Compa- 
*am produits au procès ; la feene de Meffire Berge efeorté du Père de 
Çabatier , Je fin te, & de deux Témoins au Couvent, pour l'obliger à faj* 
re un département de fa plainte fi elle vouloit qu'il la confefsâr , com- 
me il eft prouvé par la dépofition dudit Meffire Berge ; les mauvai* 



24 
traitemens à elle faits pour le même fujèt au Couveit des Urfulines 
d'OUioules ; fa traduction îgnominieiife ' dans le fécond Monaftere de 
la Vifitarion de cetije Ville d'Aix , encore fi dévoué aux Jefuites , 
qui en ont la Diredi<t>n , & qui ont déjà fait diverfes tentatives pour la 
forcer à fe retraiter] ainfi qu'il eft juftifié par l'A de du 18. Août 
dernier fignifié à la Dame Supérieure, & par les Réponfes qu'elle a fai-« 
tes ; la Lettre anonime que les Jefuites lui firent remettre 2. jours 
après qu'elle eut été mife dans ce Couvent , dont la teneur eft raportée 
dans notre" premier Mémoire page 1 8. celle qu'un Commis de la Pofte 
remit à fon Défenfèur le 6. du même mois , aattée de Toulon , du 
3. Août , par laquelle à force de menaces on le follicitoit de perfuader 
à fa Partie de fe retraiter j Se enfin par les menaces & les violences qui 
ont été faites à cette pauvre Fille dans le Couvent des Urfulines de 
Toulon, lieu fi ennemi de la vérité &c de la liberté, lors de cette va- 
riation , d'une partie defquelles le Greffier de la Conimiffibn eft inftruit , 
& qu'elle a toujours fuplié la Cour d'oûir pour en fçavoir la vérité : 
Tout cela ne permet pas de douter que cette variation eft l'ouvrage 
d'une volonté étrangère. 

3 . Parce que cette variation n'exifte plus , & qu'elle a été anéantie 
par la révocation que la Demoifelle Cadiere en fit le 10. Mars der- 
nier - reçue par Mrs. les Commiflaires , qui a été réitérée par fa con- 
frontation mutelle avec fes Frères & avec le Prieur des Carmes , & qui 
n'eft point attaquée. 

4°. Parce que quand même cette variation n'auroit pas été revo- 
quée , & qu'elle fubfifteroit encore telle qu'elle auroit été faite , elle ne 
pourroit point rendre la Demoifelle Cadiere non-recevable en fa plainte, 
ni procurer aucun avantage à l'Accufé. Elle ne pourroit pas rendre 
la Querellante non-recevable , parce que ce n'étoif pas- là un Dép alte- 
rnent de -fa plainte, comme il en auroit fallu un exprès & formel pour 
opérer une pareille fin de non- recevoir , mais une fi m pie variation fur cer- 
tains faits de fa plainte. Il ne pourroit tirer aucun avantage de cette va- 
riation, foit parce que fur le pied même des réponfes qui la contien- 
nent, le Père Girard n'eft pas moins coupable, puifqu'elle y foûtient 
encore des faits qui fuffifent pour la conviction, comme nous l'avons 
montré par les obferyations que nous y avons faites ; de forte que cette 
variation n'eft, pour ainfi dire, qu'une gaze claire & fine, jettée fur les 
crimes du Père Girard , à travers de laquelle on en voit encore toute 
l'énotmité & toute la noirceur ; foit parce que ce qu'elle y a dit de con- 
traire à fon Expoûtion eft évidemment faux & détruit, non- feulement 
pat une foule de Témoins irréprochables, mais encore par les Lettres 
& les aveus de l'Accufé , comme nous l'avons montté d'une manière 
fi fenfible par les mêmes obfervations. ( Car ce n'eft pas fur le langa- 
ge d'un Querellant, qui n'eft que pour indiquer le crime & le crimi- 
nel , que la juftice fe détermine , mais uniquement fur les preuves Se 
les charges de la Procédure qui font la feule règle de fes Jugemens. ) 
L'on peut dire que cette variation n'a fait qu'ajouter un nouveau crime à 
ceux dont l'Accufé étoit déjà convaincu , & rendre plus odieux fes Con-- 
frères qui en font les Auteurs. 

Enfin ces deux ridicules prétextes n'ont-ils pas déjà été condamnez 
par trois cjifferens Arrêts , qui ont jugé que la Demoifelle Cadiete eft 
encore la Partie civile du Père Girard ? Le premier eft celui du 30. Juil- 
let, qui en ftatuant fur fon appel k minïm* du décret d'affigné pour 

être 






ctrc oui rendu contre le Père Girard, ne l'a pas déclarée noa-recevable, 
mais l'en aieulenient déboutée par prétendue injufticcaufonds , en ordon- 
nant néanmoins que le Père Girard pafferoitle Guichet; ce qui eftprécife» 
ment la reformation de fon Décret, & tout ce qu'elle demandoit à cet 
égard; & le fécond eft celui du 54 Aouft dernier , qui furies Salvaiions de 
laDemoifclleCadiere, & à fa feule Requefte » a débouté l'Accufé des Ob- 
jets qu'il avoir propoiés contre les témoins de la Querellai! te , & cela fana 
Conclurions même de Mr. le Procureur General du Roy ; ce qui fait voir que 
dans cet Arreft le Père Girard n'a eu d'autre partie que laDemoifellc Cadiere, 
Vqilà le Précis & le Tableau des Charges contre l'Accufé : Après cela que 
les jefuites à leur ordinaire raflent des Romans tant qu'ils voudront,* qu'ils 
employent les FauiTetei , les Impoflures Ôc les Calomnies les plus avérées $, 
tous leurs efforts feront toujours impuiflants, & ne pourront jamais don- 
ner la moindre atteinte à la conviction fi entière de leur Confrère, tirée 
de tant de Témoins irréprochables, de les propres Lettres, & de fes propres 
Aveus, 

Conclud comme au Procès, & pertinemment» 



CATHERINE CADIERE; 



CHAUDON, Avocat: 



AUBIN, Ptocureart 



T 



■■ 









r^ *^ Q/yt<i4A,L0 Î<<JL? 



A A I X , dé l'Imprimerie de la Veuve de Joseph Senez. 1731 




PRÉCIS DES CHARGES* 



POUR* DEMOISELLE CATHERINE CAD 1ERE, 
de la Ville de Toulon , Querellante en Incefte fpirituel > > oc- 
autres Crimes; 



C O NTRE le Père Jean* Baptifte Girard, Refaite , Querellé. 




O M M E par nos précedens Mémoires nous avons 
établi fort au long les preuves des Crimes du père Gi- 
rard, & réfuté de même tous les prétextes qu'il avoit 
employez pour les combattre, nous avons crû que pour 
rendre plus facile la décifion de cetie affaire fi vàfte 
& fi importante , il étoit nécefTaire de faire un précis 
qui ne renferme que les Faits qui confiaient les Crimes dont il eft 
accufé,& la citation des Témoins & des pièces qui prouvent chaque 
Fait, parce que les principes ne font pas conteftez , & font même 
convenus. Ort avertie ici, qu'il avoit été fait une erreur ennumero- 
tant les Témoins de l'Information, qui confiftoit en ce que de 89. 
on étoit parTé à 1O0. elle ne pouvoit pas autrement donner lieu à des 
équivoques, puifqu'il n'y en avoit point dans le nom des Témoins; 
cependant on a^pparé exa£Vement«cette erreur , après l'impremoïi 
des deux première Mémoires de la Demoifelle Cadiere. 



SVR L'BNCHANT EMENT ET 

extraordinaires . 



AVTRES FAITS 



L'Aveu que la Demoifelle Cadiere avoit fait avant le procès d'avoir 
reçu du P. Girard le fonffle, auquel elle attribuoit fon tranfport d'a- 
mour pour lui, eft prouvé par la dépofition de Meffire Gandalbert, 
Curé, premier Témoin; par celle de Meftire Giraud, autre Curé, fé- 
cond Témoin; de Louis Remouis, cinquième; de Claire Berenguier 
cinquante-feptiéme ;& de François Mer&dou centième Témoin. 

La vérité de l'obTeffion de la Demoifelle Cadiere eft juftifîée , 1 °. Par 
les propres Aveus de TAccufé, dans fesRéponfesaux4r.4z. 43. 44. 4^. 
46. s$<$6.$j. & 58* Interrogatoires, où il a fixé l'époque de cette 

A 



\ 



V * '• - - 

'ôbfcffion à la fin de "Novembre , ou au commencement de Décembre 
1 719. & en a décrit les progrès & les effets > il eft vrai que par fa Répon- 
se au 45. Interrogatoire , il fixe, la fin de cette obfenïonau 10. de Fé- 
vrier 1730. pour en attribuer fau iTcmenr la délivrance mi raculeufe à la 
Sœur de Rem u fat fon autre Pénitente 5 mais la^ontinuarion de cette 
obfeffioncft juftifiée parles Lettres de l'Àccufé& par celtes de la De- 
moifelle Cadiere, produites au Procès, Le P, Girard dans fa première 
Lettre du 7. Juin , qui étoit le lendemain de l'entrée de fà Pénitente au 
Couvent , lui dît •: On m'a raconté une partie de ce que vous foufftîtes en che- 
mîn t $ comme je m'y attendons , 'je n en fus pas fur pris y & dans lapoltille : 
Ecnv£%^fnoi incejfamment ce que vous avie\ obmis de me dire > comme je 
mous ïawïs ordonné , & pour/hive^ brièvement à marquer tout ce qui sep 
paffè en vous, en reprenant depuis le commencement de votre eflat de peine 
jufquà rentrée du Carême , quand vous aure\ écrit tout ce qui èft arrivé 
depuis lors jufquà maintenant , (il appelloit robfefllon de Fa Pénitente ^ 
fon fat àt peine*) Dans fa Lettre du 9. du même mojs > il lui dit -. Ne 
feriey^vdus point tomb e e dans votre eftdt de peine ? La Cadiere dans fa 
Lettre du it. du même mois de Juin lui dit ï Je ne doute point *mon cher 
Père 3 que Madame l'Abbejfe ne vous ait déjà eferit fur mon* compte à & 
qu'elle ne vous ait en même -temps marquâmes indifpofîtions > félon ce quelle 
ni a fait connaître par fès difeours j mais elle efi aveugle fans doute fur 
l'origine de mon mal j il efi vrai quelle s efi apperquê de mon crachement . 
0~ de ma perte de fang y dont elle m'a paru effrayée , auffi-bien que Ma± 
dame la Mère MaîtTeffe qui me fuit de près pour en connaître la vérita- 
ble caufe , dans l'incertitude ou elle *e fi de mon mal s mais je ne juge pas a 
propos de lui en decounrir le mi fi ère , qui ne doit être refervt qu'a vous 
feul £ en avoir la, connoiffance . Dans la même Lettre, & dans les autre* 
des 18. du même mois, 2 y. Juillet & 9. Septembre , elle lui marque 
plufieurs accidens d'obfeiîion très-violensjplufieurs viuons,& des trahC 
figurations > & dans celle du 24. Juillet qu'il a dattée du 25. dans l'im> 
preiîîon qu'il en- a fait faire, elle lui reproche de l'avoir mifë dans cet 
e'rat. A l'égard de mon inconfiance ^prenei^vous-en a celui que je fers qui 
me tourne ou il veut } & comme il veut: y os confeils n 'ont pas peu contri* 
bue a me conduire a cet efiat 3 comme vous fçavez.- Au refte , quant* à cet 
article , je vous le pardonne volontiers , puis qu'il efi fans remède. Et il eft 
fivrai que le P. Girard lui avoit confeillé& fait accepter cette obfefïïon, 
que par fa Lettre du 26. du même mois , qui eft la Réponfe à celle de 
la Demoifelle Cadiere du 24. il n'a pas oie contefter la vérité de ce fait -, 
ce qui prouve tout-à-la fois la réalité & la continuation de robfeflion 
après le 20. Février , & même que le Père Girard en eroit l'Auteur. 

2 . Les accidens dobferïiort que la Demoifelle Cadiere avoit eu à. 
Toulon , avant qu'elle fût au Couvent , font prouvés , entr autres par les 
dépolirions de Catherine Artigues 56* & de Marguerite Ricaud 5 5* Té- 
moins. • 

Les accidens d'obfefnon qu elle avoit continué d'avoir, au Couvent , 
font prouvés, ourréles Lettres, par le Recolement de la Dame deLef. 
cot2 r . Témoin , pat* celui de la Dame Reimbaud 22', de- la Dame 
Marie Guerin 26 e , & par la dépolltion de la Demoilelle Hermite , Pen- 
sionnaire de ce Monaftere, 94 e Témoins. .' 

Les accidens d'obfciïion qu'elle continua d'avoir après fa fortie du 
Couvent, tant à laBaJKde de Pauquec , qua cette de la Mère de la 
Querellante, & les Exorcifmes qui lui furent faits par le Carme, en 
préfence&de l'ordre de M. TEvêque, font prouves par le récokmenc 



î 

de Claire Se farde i i e . Témoin, les dépolirions dÀntoine ÀÏibert ï oj^% 
de Mefïire Camerle 47 e . Témoin ,fi dévoue au Promoteur ,'& qui en. 
parle même en plu(ieurs endroits de fa déposition. 

Les trois acciderts de robfefîion qu'elle eut dans la huit du ï 6. au 1 7. 
Novembre, dont les circoniïances fi étonnantes font fi bien détaillées- 
par les deux Curez qui y furent appelles -, font prouvés non- feulement 
par leurs dépolirions , mais encore par celle de Louis Remouis 5. Té- 
moin , de Clément Garnier 7. de Claire-Eftienne Artigues 10, 
de Claire Berarde n> de Louis- Jofeph Remouis 14. de François Gar- 
nier ij. de François Calas 16- de Louis Calas 17. de Catherine Arti- 
gues jé-deClaireBerenguier j7- Témoins. 

La vérité de là Couronne & des Stigmates de la bemoifeUe Cadie- 
re, & qu'ils étoient ordinairement fahglants , eft prouvée, i°. parMef- 
fireGiraud i. Témoin dans fa dépoficion, parla Dame deLefcôt 10. Té- 
moin , tant dans fa dépofïtion, que dansfon Récole ment, par la Demoi- 
felle Hermite 94. dans fa dépofition , par la Dame Boyer, Religieufe 97. 
Témoin, qui ajoute que le P. Girard les avoir baifés, après avoir ôté fa 
Calote. 

i b . Par les Lettres produites au procès - 3 Se fur tout par celle de 
la Demoifelie Cadiere du 9. Septembre > où elle dît : Mes pieds 
(0- mes mains furent tout à la fois enfanglante\ , /oit au dejfus , foit au. 
de^us j comme Madame l'jfbbejfè qui en fut témoin - y fut la pre- 
mière à m' en faire appercewoir ; ca'fkn^y e(2 refié deux jours imprimé., 
fins qu'il me fut pojfble de lûter. Il eft encore prouvé par la Lettre âjï 
P. Girard du 11. Août 1730. cjue voulant faire accroire à M; l'Evêque 
que depuis quil a voit formé le deiTein de tirer la Cadiere de fa direction^ 
tous les prodiges qui fe paflbient en elleavoient cejTé, afin de lui per- 
fuâder par là ,de la lui lauTer ; il lui ordonne eh cas que le Prélat là 
queitionnât fur fes playes , de lui répondre qu'elles étoient fermées de- 
puis que le P.deSabatier avoit été la voir ; & que comme il fçavoit qu'el- 
les étoient ouvertes j il lui défend de les lui montrer. S'il parle deyos 
playes ^dites-lui quelles font fermées depuis que le F, de Sabatier fut che-z^ < 
vous j ©f ne lui faites rien voir. 

3 U . parles repOnfes de VAccufé. Surle74.inter.il avoue d'avoir vu 
4. 'à 5. fois les Stigmates des pieds, & ena faitla defcriptionfurle75- \ 
il convient d'avoir fait ôter à la Cadiere les Emplâtres qu'elle avoit 
mis à fes Stigmates, & qu'il l'avoitreprife très feverement de fon peu de 
courage^ de fori peu de foy^fur le 76. il dit que les Stigmates des mains 
n'étoient qu'une petite imprefïîon^ furie 77. que le Stigmate du côté 
étoit une plaie ordinairement fanglartte i large,&: à peu près comme une 
pièce de 15, fols fur les faunes Côtes , à quatre doigts au dciTous du 
Teton gauche du càté du fiàric -, furie 78. il avoue fous des termes 
enveloppés, d'avoir baiféle Stigmate du côté^fur le 1z9.il convient 
d'avoir vit la Couronne , & qu'elle étdit un petit cercle large d'environ 
deux doigts ,.&. teint de Sang ;& fur le 130. inter, il ajoute qu'une. Fois 
dans l'Eglife le Sang découloit de la tête da la Demoifelie Cadiere fur fori 
frortt- Les transfigurations de la Querellante font pronvées : fçavoir , . 
celle qu'elle eut depuis le Jeydy Saint jufquaii Samedy , par l'aveu de 
rA.ccufë:fûrles6i.& 6 z. inter. où il convient d'avoir vu le Vendredy 
Saint la Cadiere avec les Stigmates au côté & aux pieds , le vifage plein 
de Sang , & une Couronne fur la tête ; & il ajoute fur le 68, inter. qu'il fe 
fit remettre la ferviette teinte de Sang repref entant à peu près un vifage 
' enfanglanté dont on avoit effuyé celui de la Cadiere le Vendredv 
Saint, 




4 , 

La transfiguration du 8. Mai , eit prouvée par la dépofitiqn de Mre 
Giraùd i. tcm. qui du qu il vit la Cadiere couchée dans Ton Lit avec im 
vifage feinblable à un Ecce Homo , les yeux rouges comme teints de 
fang j le front avec plufieuts goûtes 'de fan g qui tomboient fur les 
joues., une empreinte de fang fur la lèvre fuperieure % Çgr\ menton avec 
plufieurs goûtes de fang empreintes : que la Guyol étoit à genoux de- 
vant le Lit 3 &c qu'elle luy ait % qmne Je convertirait pus en <vojrantceU > 
Par la déposition même de la Guy bl 3. tém.par lesréponfesdel'Accufé 
fur les 86- & 87. inter. où il dit que le 8. Mai , il vit deux fois la .Cadiere 
le matin , & l'apreVdîhée ;qu'elleéut une transfiguration telle que celle 
du 'Vendredy Saint. Il ajoute qu'il y trouvalà Gyyol , la Batarelle , & la 
Reboulj&que beaucoup de monde lavoït contemplée en cet état 
depuis le matin jufqu'alors; 

La transfiguration du 7, Juillet eft prouvée par la dépofition dé 
la Dame de Lefcot 10. Témoin , par celle de là Dame de Reim- 
baud il par celle de la Dame de Guerin 16. & par celle de la 
Demoifelle Hermite 94. qui dépofent que la Demoifelle Cadieréx 
e toit fansconnoiflance , immobile , avec les yeux fermés , & que le 
Sang lui déeou-Mt de la tête , du front , & des mains ; .ôc les 
Dames de Lefcot &c de Reimbaud ajoutent dans leur réeolement j 
que le Père Girard avoit dit de conferver /'Eau mêlée de Sang dont 
on avoit lavé le vifage de fa Pénitente , parce qu'elle feroit nés 
effets merveilleux ; ôc que la Cadiere avoit déjà fait des Miracles à 
Toulon. La Dame dé BeaUffier Cadette , quoyque fubornée par la 
Lettre de la D am e de Cogolin , a été forcée dans fon recolementde 
convenir qu'°n avoit enfuite envoie de cette Eau à une malade 
à Toulon , pour eh mettre dans fon Bouillon-, ce quifupofenéceffai- 
rement qu'elle avoit été confervée pat l'avis du Père Girard. Etceluî- 
cy étoit fi avide d'avoir la preuve de toutes les rnerveilles qui s'ope- 
f oient en la Cadiere , qu'il avoit chargé la Dame de Lefcot , Maïtrefle 
des* Novices ..d'en tenir un mémoire pour fervir un jour à l'édification 
du publie, comme elle l'a dépofé , & par l'aveu de l'Accufé tant fur le 
1 16. inter. oui! dit* que le 7. Juillet la Cadiere eut une transfiguration 
toute pareille à celle du 7. Avril & du 8 May , que fur lé 117. où il 
ajoute qu'il trouVa toiite la Communauté extafiée des merveillesqu i 
s'operoient en laCadiere. 

Outre ces trois transfigurations il y en a encore deux autres arrivées , 
l'une le ii. Juin & l'autre le 10. Juillet, juftifiées pat les Lettres delà 
Demoifelle Cadiere des 11. Juin &n, Juillet, dont l'Accufé a approuvé 
la teneur par la production qu'il en a faire. 

Plufieurs Religieufes du Couvent Sainte Claire d'Ollioules & des 
penfionnaires du même Couvent, & fur tout la Dame Abbeffe 18. rém, 
la Dame de Reimbaud n. la Dame Marie Guerin 26- la Dame Claire 
de Guerin 17. Anne Martin 19.1a Demoifelle Victoire-Aubert 30. la 
Damé Marguerite de Guerin 31. & la Sœur ArtigueS3 3. dépofent plu- 
sieurs faits de Sortilège. 

Le fait que Ta Demoifelle Cadiere avoit été élevée en l'air eCc prou- 
vé par la dépofition de Mre. Giraud, quidit que lors de la transfigu- 
ration de là Demoifelle Cadiere du 8. Mav , ayant demandé fi cela 
lui étoit ârri v é d'autres fois , la Guiol & la Demoifelle Cadiere Meré 
lui répondirent qu'il lui étoit arrivé bien d'autres chofes , &c qu'on 
l'avoit vue élevée en l'air; &" par celle de la Dame Anne Boyer97<î* 
Térrt. çjui dépofe que la Guiol' lui avoit dit que dans le Voyage qu'elle 

fît 



fit à Aix avec la Demoifelle Cadiere, elle avoit vu celle-ci élevée, 
deux pans en l'air au-deffus du couffin de la chaife roulante. Le 
P. Girard fçavoit fi bien que cela arrivoit quelquefois à la Querellan- 
te, que par fa réponfe au 88. interrogatoire, il dit que la dernière 
Fête de la Pentecôte elle devoir être élevée en l'air, qu'il fe rendit chez 
elle pour en être le témoin, & que fe fentant élevée en l'air, & crai- 
gnant que ce fut là une penfée d'orgueil, elle y réfifta , &c fe prit 
a fa Chaife pour empêcher d'être élevée, quoiqu'il lui dît de s'aban- 
donner à l'eîprit de Dieu, &"que comme il vit qu'elle réiiftoit à l'o- 
pération divine , il fortit. 

Les MefTes que la Cadiere difoit dans le tems de fes accidents d'ob- 
feffion /&defesExtafes,&fesCommunionsmiraculeufes, {ont prou- 
vées par la dépofition de plufîeurs Témoins. Mcfîïre Giraud z- Témoin , 
dépofe que le8.Mai,jour d'une transfiguration de laQuerellante,laGuiol 
Se le P. Cadiere qu'il trouva dans fa Chambre, lui dirent que la Cadiere 
avoit dit toute la Meffe à haute voix, aufîi bien que le Canon & les 
Oraifons , & que pendant qu'elle recitoit ainfl les prières delà MefTe, 
elle avoit élevé une petite Croix qu'elle avoit entre fes mains-, & qu'on 
-comprit alors qu'il falloit que le P. Girard fût à l'Elévation de fa Méfie, 
La Reboul, 6. Témoin*, quoique pénitence ftigmatifée de l'Accufé , 
& produite par le Promoteur, depofe que la Cadiere lors delà Tranf- 
flgurationduS. Mai, difoit la MefTè , expliquoit en François ce qu'elfe 
avoit dit en Latin^, qu'elle fit l'Elévation avec la Croix qu'elle tenoit 
dans fes mains j ouvrit la bouche , tiroit la langue en figne d'une per- 
fonne qui veut communier , fans que les fpeclrateurs vifTent aucune 
Hoirie, & quelle finit la MefTe , & donna la Bénédiction avec la 
même Croix. La Dame de Lefcot 20 Témoin , dans fon recolement , 
dit quelle a vu dire une fois la MefTe à la Cadiere dans fon Lit. La 
Dame de Reimbaud 22. Témoin, dit dans fon recolement, que la 
Cadiere dans des Extafes avoit dit deux fois la MefTe dans fon Lit . 
paroifTant communier - y & qu'une autre fois elle la vit entExtafc difant 
les paroles que l'on dit quand on communie en Viatique , ouvrant 
la bouche. La Dame Guerin 26. Témoin; dépofe que le 7. Juillet, 
jour de la Transfiguration dt la Cadiere , lorfque le Père Girard fut 
arrivé , la Sœur de Beauffier la Cadette lui dit qu'elle avoit vu com- 
munier la Cadiere , à quoi il répondit, ne voulez-vous pas que je le 
fçache , puifque c'eft moi-même qui l'aicommuniée > qu'alors la Sœur 
Beauffierdità la Dame Guerin, entends tu cela ? Quelle merveille 'Ils 
font Saints l'un & l'autre ; & qu'enfuite le Père Girard entrant dans la 
Chambre de la Cadiere qui étoit couchée dans fon lie lui dit : Ah ! pe- 
tite gourmande , vous venez toujours me prendre la moitié de ma por- 
tion ; & les Dames de Lefcot & de Reimbaud , dans leur confrontation 
avec la Cadiere ,& fur fon interpellation , ont ajouté que quand la Sccur 
de Beauffier eut dit au Père Girard que la Cadiere avoit communiéaU 
lit, il lui répondit ; Ne voulez-vous pas que je le fçache, puifque je l'ai 
communiée moi. même, à quoi la Sccur de Beauffier repartit ; Comment 
cela fe pe'ut-il , puifque vous étiez à Toulon ? Nefçavez vous pas qu'il 
y adestranfports, répliqua le Recteur? Ce qui frapafi fort la Sœur 
de Beauffier, qu'elle en fut malade deux jours. 

A l'égard des Vidons &c des Extafes de la Cadiere , elles étoient fi 
fréquentes, quelle en avoit en tout tems & en tout lieu, comme il efl 
prouvé par prefqu^ tous les Témoins de cette procédure. 

Elle avoit encore la connoiflance de l'intérieur des confeience j ce 

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.Fait eft prouvé par Mefiïre Giraud i. Témoin, qui dépofe que le jour 
<îe la Transfiguration du s. Mai, la Guiol lui dit que la Cadiere con- 
noilToit le fonds desConfcienceSiqu'clle lui avoit deviné ce qu'elle avoit 
fait y &c que la Guiol lui ajouta , on fait pafferla Cadiere pour une Rou- 
dete^ c'eft-à-dire , qu'elle va trouverplufïeurs ConfeiTeurs, mais quand 
elle fait cela elle va trouver ces ConfeiTeurs pour leur dire ce qu'ils ont 
fait j afin qu'ils le corrigent ; & il y en a. eu même qui l'en ont remer- 
ciée -, par Claire Berarde 1 1 . Témoin , dans fon> Récolement, où elle dit 
<|ue l'Abbé Camerle lui avoit avoué que la Cadiere lui avoit deviné 
bien des chofes qui lui étoient arrivées,& qu'alors il l'appelloit une Sain- 
te i par la Dame de Lefcor 2.0. Témoin, dans fonRécolement, où elle 
dit que la Cadiere avoit le fecret des confeiences & des pextfées les 
plus cachées ; par la Dame de Guerinré. Témoin, qui [dépofe que la 
Cadiere au retour d'une Extafe lui devina tout ce quelle avoit penfé, 
ce qui 1 étonna extrêmement^ augmenta l'idée de fainteté qu'elle s'en 
etoit formée -par l'aveu de l'Acculé fur le 16. Interrogatoire, où il dit 
cjue la Cadiere avoit des connoiflances particulières de ce qui fe paffoit 
en elle, de ce qui fe pafloit chez les autres, Ôe par plulîeurs desLet*, 
très produites au procès , par lefquelles on voit qu'elle étoit conful- 
tée de toute part fur des affaires de Confcience , & même de la part de 
M. l'Evêque, comme il paroît par fes Lettres des 11.& 12, Juillet, ôc 
. fur tout par celle du P. Girard du zi. Août ,où pour perfuader à ce Pré- 
lat que depuis qu'elle avoit formé le deiTein de tirer la Cadiere de fa 
direction , il avoit défendu à celle-ci de donner aucune réponfe fur 
l'intérieur des confeiences à des perfonnes de qui M, l'Evêque pût lefça- 
voir , afin de le porter à laiiTer la Demoifelle Cadiere îous fa direction : 
Dans la conjoncture prefente je me crois obligé pour la plus grande gloire 
de T>ieu , fg) pour votre tranquillité , de vous dejfendre pour untems par , 
toute l autorité que notre Seigneur ma donnée fur vous , tS dans les ter- 
mes les plus forts que puijfe employer un Confejfeur , un Dire Sieur , un Ami , 
un Père ; je toits deffends , dis -je , i°. De parler à qui que ce /oit au monde 
de fon intérieur propre , ni de votre propre intérieur , quelques mouve- 
mens qu'il vous femble en avoir. Ce point ne regarde ni Monfeigneur que 
fat excepté plus haut- y { C'eft là une faufle exception qu'il a ajoutée en 
refaifant fa Lettre, puifque toute fa teneur prouve que cette précau- 
tion né toit prife que contre lui ) ni Js/iademoifelle Guiol. .A l'égard de 
vos Religieu/es çt) de toute autre perfonne qui iroitvous voir y parle\de' 
r J)ieu ) mais garde\ ab/o lumen t un profond filence , fit fur leurs dijpofi- 
tions que vous pourrie\connoitre , fait fur les vôtres même. z°, N écrivez^ 
t a qui que ce j oit à, Toulon -, vous pouvez^ écrire ailleurs ,Juivant les mou-- 
vemens de la Grâce : Obfervcz^ces deux points , ma chère Enfant , avec 
une exactitude inviolable jufquà ncuvel ordre : NotreS eigneur veut que 
vous en ufîey^ m ain tenant de la forte , fg) il efi indijficnfible de le faire 
même a regard de vos p/oebes. 

Pluffeurs autres pénitentes du P. Girard étoient dans les mêmes états 
que la Demoifelle Cadiere, c'eft-à dire, qu'elles étoient dans l'obfef 
fion^ qu'elles avoient des vifions, des Stigmates & des Extâfes : Les 
accidens d'obfefïion de la Laugier, pendant lefquels 5. ou 4. perfon- 
nes ne pouvoient pas s'en rendre les maîtres ; elle mord oit le Cru- 
cifix, & y crachoir deffus, difoit qu'on lui fît venir ce Diable de P. 
Recteur pour la tirer de ces érats où il J'avoit mile , font prouvés par 
Claire Berarde 1 1 . Témoin , par Ja Demoifelle Julien 1 1. Anne Cadiere 
ïS. Therefe Lionne , dite l'Allemande 39. dans fa confrontation 






avec la Cadiere, Claire Roque 42. Therefe Bortifay 43. Anne Beîohe 
46. Catherine Laugier j$.MadeIaine Allemand 92. Elisabeth Guaite 
98. Demoifclle Therele Villeneuve 99. & Catherine Ferrand 1 07. Il eft 
même certain que les accidens d'obfcffion de la Laugicr continuent en- 
core aujourd'hui ,& que route la Ville de Toulon en eft extrêmement 
indignée» 

Lafameufe Guiol e'toit auffi dans l'état d'obfcflîon : Elle avoir des 
Stigmates, desExtafes, des Vifîons , Se fçavoit auffi l'intérieur des 
Confciences; cela eft prouvé par la dépofîtion de la Bararelle 58. Té- 
moin, par celle- de l'Allemande 39. de la Dame de Boyer 97. par la 
confrontation de la Dame d'Aubert , AbbefTe 19. Témoin avec la 
Cadiere , par la confrontation de la Dame de Lefcot 2.0. par celle de la 
Dame deGuerin 26'. auftî avec la Cadiere. 

L'Allemande Mère étoit dans les mêmes états , comme il eft prouvé 
par la dépofîtion d'Anne Cadiere 18. Témoin, par celle de Margue- 
riteBrune yg.parle Recollement de Madeleine Allemande-, fa Fille, 
& par la dépofîtion même d'Allemande Mère, où après avoir avoué 
qu'elle avoit été dans les mêmes états que la Cadiere, elle ajoute qu'elle 
n'en avoit-été délivrée que par les Exorcifmes que le Prieur des Carmes 
lui avoit faits. 

La Reboul étoit auffi dans les mêmes états, comme il eft prouvé par 
les déportions de MefÏÏre Giraud , & de la Demoifèlle Joinville , 2. Se 
ïoo. Témoins - y telles étoient encore la Gravier, la Berlue ; ce qui 
avoit donpé lieu à l'Allemande de dire au P. Girard : On diroh que les 
Dons du Ciel font chez, "vous aux enchères , les voyant fi communs <L 
• <vos Pénitentes , entendant parler de leurs Stigmates , de leurs Vi fions 
Se de leurs extafes, comme Mefïîre Gandalbert à qui l'Allemande la- 
voir raconté, l'a dit dans fa confrontation avec l'Abbé Ca,diere,fùr l'in- 
terpellation de celui ci. 

On ne peut pas douter que le P. Girard n eût mis toutes ces péniten- 
tes dans ces états, i°. Parce qu'avant fon arrivée à Toulon il n'y avoit 
perfonne dans ql?s états. 

z°. Parce qu'après fon arrivée il n'y avoir que fes pénitentes qui y 
fufTent , Se qu'il n'y avoit aucune pénitente d'aucun autre ConfefTeur . 
qui y fût. ^ 

5 . parce que dans ces accidens crobfefïlon, elles ne parloient que de 
lui , & qu elles en parloienfeomme de l'Auteur de leur obfefïïon. 

4°. Parce qu'il convient fur les 41. ÔC42. Interrogatoires que la Ca- 
diere l'avoir confulté pourffauoir fi elle devoir accepter cet état d'ob- 
fefïîon, Se qu'il ne l'en avoit pas difîuadée. Et enfin parce que celle- 
ci par fa Lettredu 24. Juillet lui avoir reproché d*e l'avoir jertée dans 
cet état d'ob fefïîon, &deleluiavoirçonfeilléi & que par fa Réponfe 
du 2,6. ni par aucune autre il n'a point conrefté la vérité de ce rep'ro- 
che -, & il eft fi vrai qu'il avoit perfuadé à fes pénitentes d'accepter 
l'état d'obfefTion , e$ leur faifanr accroire que c'étoienr là des états di- 
vins, qu'il eft prouvé par toute la procedure*ique le Père G irard & fes 
Pénitentes appelloient ces accidens des maux divins , qui n'éxoient pas 
du reffort des Médecins - 7 Se le -P. Girard vouloir fi bien faire accroire 
au public que c'éroient là des prodiges de la Grâce , qu'il refufoit l'Ab- 
folution aux perfonnes qui n'y ajoûtoient pas foi , comme il eft prpuvé 
parla dépofîtion de Marie-Anne Calas 96. Témoin. 

Au refte , nous ne prérendons pas donner pourdes faits de fortilege 
tous ceux que nous venons de rapporter dans ce Chapitre , puifque la 



plupart peuvent être des gurs effets du Quietifme ; carfùivant Molinos 
en fon "Traité de la Guide fpirituelle , & les Auteurs qui traitent de ces 
matières , & fur-tout Labruyere en fes Dialogues , le Quietifnie à fes 
obfefhons , fes extafes & fes vifions ^ mais nous avons crû devoir 
renfermer tous ces faits extraordinaires dans ce feul Chapitre , & laif- 
fer à Meilleurs les Juges, dont les lumières font infiniment fuperieures 
aux nôtres, à décider quelles font les çaufes de tous ces étonnans ef- 
fets, dont l'Accule eft toujours le véritable Auteur , foit qu'ils procè- 
dent de l'enchantement ou du Quietifme. 

S -V T^ LE ^VIETJSME. 

■Le P. Girard ëft convaincu de Quietifme , & d'en avoir enfeigné les 
pernicieufes maximes à fes Pénitentes. Il y en a deux preuves incon- 
teftables au procès : La première eft tirée des.depofitions des Témoins ; 
& la féconde , <les Lettres, 

Meffire Giraud l. Témoin , dépofe que la Rebouî & la Laugier, deux 
des Pénitentes du Père Girard, lui avoient avoué qu'elles faifbient fou- 
vent des parties de plaifir avec fes autres Penitentes^quelles île faifoienc 
aucune prière vocale depuis long-tems, & qu'elles communioient néan- 
moins tous les jours -, qu'il fumToit de fe tenir en la prefence de Dieu , &c 
que quand cm eft uni avec lui , tout eft permis. Dans fa confrontation 
avec les Frères Cadiere , fur leur interpellation , il ajoute que l'Alle- 
mande Mère autre pénitente de l'Accufé, lui avoit avoiié que^orfqu'elle 
croit fous la direction de celui-ci , non feulement elle ne faifoit aucune 
prrere vocale, mais encore elle étoit dans une impuiflance de prier. 

Mefïïre Gandalbert. premier Témoin.dans fa confrontation avec l'Ab- 
bé Cadiere, dit que l'Allemande lui avoit pareillement avoué d'avoir été 
dans une impuiflance de prière fous la direction du Père Girard. La Ber- 
lue é. Témoin, Pénitente ltigmatifée, produite par le Promoteur, dir 
dans fa déposition qu^la Cadiere lui difoit qu il n'étoit pas neceffaire de 
faire des prières vocales : Il eft vrai qu'elle ajoute que te Père Girard lui 
avoit dit de continuer la réciration de l'Office : Si ce fait eft véritable, 
c'étoit apparemment au commencement de fa direction, parce qu'il 
ne la croyoic pas encore «fiez parf^e pour être mife dans la Contem- 
plation paffive ; car il eft de notoriété qu'elle avoit été difpenfee de la 
prière vocale , & qu'elle n'en faifoit. plus depuis plus de deux ans : 
La Lettre du Curé de S. Raphaël, à qui elle Ta avoué , tout récem- 
ment écrite à Meftire Chieuffe , Bénéficier en l'Eglife S. Sauveur de 
cette Ville , en ëft une nouvelle preuve. 

L'AbbefTe du^Monaftere Ste. Claire d'Ollioules , 1 9. Témoin , dépofe 
que la Demoifelle Cadiere ne pouvoit pas fuivre les exercices de la 
Communauté; qu'on ne la voy oit jamais en prière à l'Eglife , & qu'elle 
ne faifoit aucune mortification : Et dans fa confrontation avec la Que- 
rellanre, elle ajoute que le Père Girard lui difoit de ne pas tant s'atta- 
cher aux prières vocales /mais de s'unir à Dieu par l'efprit. 

La Dame Claire Guerin , Religieufe Clairifte , dépofe que la Cadiere 
avoit commencé à la jetterdans le Quietifme & dansl'impuiflance de 
prier. LaDame Marguerite de Guerin, autre Religieufe du même Mo- 
naftere, dépofe auffi qu'elle étoit dans l'imponlbiliré de faire des prières 
vocales, &c qu'elle ne pouvoit pas même fetenir en la prefence de Dieu. 

La Batarlele j 8. Témoin , dépofe que quand elle étoit fous la direc- 
tion du Père G irard , elle avoit expérimenté une cetfation de prières & 

un 



un rebut pour toute forte de bonnes pratiques; qu'il l'avoit raflurée fur cet 
état, & dit que la Prieren'étoit qu'un moyen pour parvenir à l'union, & 
que quand une fois on y étoit parvenu , il n'en étoit plus bcfoin;que pendant 
l'abfencede l'Accufé , s'étant trouvée dans une pareille ceflation de Prières, 
& avant con fui ré fur cela la Demoifelle Cadiere , elle lui dit que c'ctoit-li 
l'état d'union avec Dieu , & un état de perfection, duquel on ne pou voie 
déchoir que par infidélité; que les Démons n'avoient plus de pouvoir fur 
ion falue, 6c qu'il falloir fu ivre ces inlpiiations intérieures. La Cour fera 
étonnée de voir combien cette Fille de baffe extraction , &c fans étude , parle 
fçavamment le langage & les maximes du Quietifme dans fa longue & pro- 
digieufe dépofition ; ce qui fait voir combien le Père Girard avoir infirme 
fes Pénitentes de ces funeftes maximes. 

L'Allemande, 39 Témoin , dépofe que lorsqu'elle étoit fous la Direction 
du P. Girard , s'étànt trouvée dan su ne inipoffibili té de prier,&Ie lui ayant 
communiqué, il lui avoir d'abord dit de fe tenir à l'état de prière (aparem- 
ment qu'il ne lacroyoit pas encore allez avancée dans le Quietifme, ni aflez 
parfaite pour en erre dif péri fée ) & que l'ayant affûté qu'elle ne pouvoit 
pas prier, il l'avoit raflurée, lui avoir dit qu'il fuffifoit qu'elle fe tinr«ume 
à Dieu. Elle ajoute qu'elle n'avoir repris la liberté de la prière vocale que 
par les Exorcifmes ; & que la Guiol luy avoir avoué que toute Prière vo- 
cale luy étoit interdite & impofîlble,& qu'elle ne pouvoit pas même faire 
la révérence au Crucifix qu'elle avoir au chevet de ion lit , qu'elle étoit en 
coutume d'adorer. 

L'Accufé, qui fent combien ces Dépofitions forment une conviction entière 
contre lui , avoir objecté une partie de ces Témoins ", fçavoir M ro Giraud , 
la Batarelle Ôc l'Allemande : mais par Arrelt du 14. Aouit dernier, il a été 
débouté des Objets qu'il avoit propofez contre ces trois Témoins. 

La féconde preuve de Quietifme fe tire des Lettres de la Cadiere qu'il a 
produites,ôc encore de fes propres Lettres,toutes refaites qu'elles fonr,& mal- 
gré les exprefîions qu'il en a retranchées , & celles qu'il y a ajoutées en les 
refaifant 3 elles renferment pourtant encore un fond de Quietifme qu'on 
ne peut pas méconnoiftre. 

Le P. Girard par fa Lettre du 7. Juin 1730. dit à la Cadiere: Wous êtes encore 
avec moi , ma chère Enfant, & je ne vous perdrai point de vue j vous ne nïou~ 
bltere^ pas de votre coté ; celui qui nous a renfermé d-ms fonfein , nous y tiendra 
infeparahlement unis dans le 1 2ms & dans Y éternité: Je ferai toujours tout à vous 
dans le facré Cœur dejejus. Voila une union de tendrefle & de Quietifme; pour 
peu qu'on foit inltruit de ces matières, on ne peut pas le révoquer en doute. 

La Cadiere par fa Lettre du 15. Juin difoita l'Accufé: Vous me fitts fenrir 
l 'autre jour que 'je de vois m abandonner entièrement a CFj'prit de Dieu toutes les 
fois qu'il voudroit fe communiquer à mot : mais je vous dirai ki que ce matin à 
Matines dans le tems au on dijoit le Te Deum , m' étant ajjïfe fur ma forme , & 
m étant abandonnée comme vous me l'ave^ recommande, Afadamet ' Âbbefjevint 
dans ï infiant me prendre par la tête en me fecoùant , & en me di fiant a. plane voix 
devant toutes les Religteufes^que je ne devoispotnt refier ajlife pendant le 1 Te Deum> 
€9* qu elle m ordonnoit de me dreffier, ce que je fis a'vec des peines incroyables ipuif- 
quil me fallait refifler malgré moi aux mouvemens intérieurs que je refjentois: Ainfil 
veut voyez l'impofifibilitê oà je me trouve de pouvoir [vivre vos confiais y & les- 



* 



10 



peines par confieqnent inévitables où je dois m' attendre de plus en plus. 

Le P.Girard par fa Lettre du même jour luy répond: Le Te Deitmfe dit tou- 
jours debout -.Vous ave^eftêfat/ïe dans la ctr confiance la plus délicate de l' Office :No~ 
tre-Seigneur a voulu vous ménager encore par- la une petite mortification : Je vous 
ai dit de vous y attendre: mettes tout a profit. Quand avec un médiocre effort vous 
pouvez refifier aux impreffions pendant l'OfficeSaites-le : s'il efi trop difficile ^ aban- 
donnez-vous au bon Dicu,& abandonnez-lui en même tems toutes les petites fuites: 
Dans les autres rencontres ne forcez pas violemment l'Efprit intérieur. Et à la fin 
de la même Lettre il ajoute ; Demain je vous offrirai avec moi à Dieu dans 
le cœur 3 & par le cteur de/on cher Fils à la /ai n te Méfie , qui fera pour £ un & 
pour l'autreiceft-là que je vous porte^ que je prétens toujours vous trouver. N'en 
fartons point t nous fierons en lui entièrement unis pour maintenant & pour toujours 

Dans la Lettre du zt. Juin la Cadiere dit : Toute concernée f aperças en me 
relevant que les mérites duSangdeJefius-Chrifi coulaient abondamment fur moi-& 
fur une autre perfonne que je vous dirai en fort tems , ( c'étoit le P. Girard ) & il 
me ditquilprétendoit que je munis avec lui dans J on Sacrifice 3 pour expier les dé- 
fordres de cette Communauté , qui lui étoit jufques- là abominable. Et dans fa Let- 
tre du 18. du même mois au commencement, elle lui dît: Quoique je vous fois 
plus intimement unie , comme vous fcave%, que fi f étais fans ceffe auprès de vous; 
votre préfence cependant méfierait abfo lumen t nece (faire pour me donner des remè- 
des prompts à mes maux continuels Et à la fin elle ajoute: Je fuis avec un pro- 
fond refpeéî & unepar faite union dans le f acre cœur defefus , mon cher Pere,vo- 
ire très-humble , &c. 

L'Accuféjdans fa Lettre du 2.9. Juin lui marque : Laijfez agir notre Divin 
Maître de votre côté , ma Fille ,& tene%^vous feulement bien foûmifie <T bien do- 
cile a toutes fies impreffions : Toutevotre attention doit fie borner là: NepenfeZyaf 
refie 7 àce quifepaffe en vous & au tour de vous , fiait par rapport aux ma^x, fiait 
par rapport aux biens qui vous font envoyez* qu'autant qu'il efi befioin pour m'en 
rendre compte : Confiez-vous toujours en la bonté de Jefus-Chrifi , ne craignez 
point fies Ennemis & (es vôtres , ils ne feront jamais que ce qu'il leur fera permis 
de faire , & ce qu'il leur fera permis défaire tournera à leur çonfufion , à notre 
proare bien , à l'avantage du prochain, & à la plus grande gloire du cher Epoux. 

La Câdtere, dans fâ Lettre du 3. Juillet lui marque : je vous dirai ici que 
dans le tems que vous me donniez l* Abfolution, le Seigneur m ayant attirée à iui^ 
feus la liberté de lui demander U grâce de ne f lu s penfier à moi-même ; & depuis 
ce tems-là il m'a tellement exaucée dans ma Prière , que je fuis dans un oubli ini- 
tier de moi-même ,& que rien d' ici-bas n efi plus capable de me toucher, lime fem- 
ble que je ne vis plus parmi les Créatures > Dieufeul m'occupe toute entière à cha- 
que moment du jour i& ce qu'il y a de plus particulier, mon cher Père , cefi que 
ce qui. me f ai fait le plus de peine, ne m'en fait plus aujourd'hui : Vous fçavez 
que rien ne m'êtott plus cher que de dérober à la vue de la Communauté les grâces 
particulières dont il daignoit me faire pare & me favorifer\ & cependant pour le 
préfent, je ne fottjfre aucune peine à m abandonner à l'Efprit de Dieu qui m* occupe 
par jon immenfité comme un océan, quoique cependant je ne di flingue pas en particu- 
lier ce qui m'occupe; au contraire j'en reffens comme une efpece de joye à caufedcs 
grands biens que les miféricordes du Seigneur produifent dans UCommunauté 3 comme 
je m'en aperçois , & à caujeque je juis affûrée qu'il en tirera toute la gloire qui 
Lui efi dite , & qu'il achèvera parconfequent par- la l'œuvre qu'il a commencée,en 



Il 



moy. Je vous [uplie tujourj dé T<m refjouvetir de moi dans vos faints Sacri- 
fices de la Aieffe : pour moi vous devez efire persuadé que je vous mené toujours 
avec moi , & que je vous ferai toujours parfaitement unie dans le f acre cœur de Je fus. 

Le P. Girard dans faRéponfedu 4. du même mois , lui die ; Mon Dieu, 
que vous me faites de plaifir , ma chère Enfant , s'il efi vray que Notre- Seigneur 
vous accorde (a grâce de vous bien oublier vous-même ! Que vous allez être au 
large ! Qye Vous aure^de liberté !ghie noire btn Adattte avancera promtement fan 

ouvrage ! Laijfe^k tout faire y ma Fille ,0* n 'arrêtez plus fa main » 

La Communauté fera , penfera ce qu'il lui plaira » tlfaut que Marie-Catherine 
foit toute àjefus-Chrift , ou plutôt il faut qu'elle difparoiffe ,ou quelle fe perde , 
pour qu'il n'y ait plus que [on Epoux qui agiffe , qui parle , qui fe monttt. Quel 
bien ne fera pas ce Divin Sauveur dans la Mai/on ou vous êtes * lotfquilny 
aara plus que lui qui vous anime , & qu on n appercevra que vous m lui ? Aht 
ma chère Enfant , hâtez vous , mourez vite i la belle vie que celle quifuivr^t &* 

que la gloire du jaint amour fera grande ! Demandez-lui bien , ma Fille , 

pour Jean- Baptifle la même faveur. 

La DemoifelleCadiere, par fa Lettre du 9. Juillet,. dit: Samedi pendant 
la célébration de la Meffe , je mefentis f râpée d'un attouchement divin , qui s'im- 
prima dans moi avec tant de véhémence, qu'il me renverfa tout d'un coup par 
terre* * » • « Depuis lors, mon cher Père, je me trouve dans l'abîme dé la Di- 
vinité \i qui fait tout mon bonheur , ma felicite 0* mon martyre tout à la fois , lequel 
s'il continué , me. donne lieu de croire que je nevivrai pas long-tems i &que de /'/- 
mage je pajjerai bien- tôt à la réalité. Pour vous , je découvre te même bonheur , fi 
vous lui êtes fidèle, comme je le demande continuellement 4 Notre Seigneur , foit 
pour vous , foit pour moi. 

L'Accufédans fa Lettre du ic. après avoir exhorté fa Pénitente à faire 
aveuglément tout ce qu'il lui ordonnoit , & à ne faire plus aucune forte de 
réilftanee, parce que le faint amour en feroit bien bleue, ( ce qui ns regar- 
doit pourtant véritablement que la répugnance qu'elle avoit pour ces libér- 
iez criminelles qu'il vouloir prendre continuellement avec elle , & pour la 
difeipline qu*il lui vouloir donner par un rafinement de libertinage, en lui 
faifam accroire que c'etoit la volonté du bon Dieu , ) lui dit : Prenez garde, 
ma ehere Fille , qu'il ne vous échape rien d'oppofe aux volontez de notre grand 
J\4aître: Ne dites jamais je ne veux pas jje ne ferai pas ; le Saint amour feroit 
bienbleffé de cette réfiflance , 0* j'aime affezmon Dieu pour être infiniment touché 
d'une pareil le faute de votre part, fi vous en étiez capable. Il ajoute : Ne ferez- 
vous pas, ma Fille , ce que je Vous confeillerai , 0tye qui me paraîtra le plus glo- 
rieux pourf ejus-Chrift , le plus utile pour vous , le plus avantageux au Prochain ? 
V ous m'avez tant promis de n* avoir plus de volonté i n'oublie^ jamais que les 
faveurs reçues les deffeins de Dieu fur fa petite Créature , demandent un aban- 
don abfolu & une remife totale entre fes mains. Il finit fà Lettre par lui dire :Je 
fuis avec vous , & avec vous plus que je ne puis dire. . 

La Demoifelie Cadiere, par-fa Képonfe du ai. lui dit; Pour ce qui regarde 
le facrifice que vous exigez de moi, je ne fçaurois vous dire tout ce que je fouffre, 
&* tout ce que foi encore à fouffrir : Si j'écoutois la tentation i vingt fois je me 
trouverais difpofee a retracer la parole que je vous ai donnée : ( Cette parole 
étoit de fe foûmettre à la difeipline qu'il lui donnoit , 6c à toutes les libériez 
qu'il prenoit fur elle par la Fenêtre de la Grille du Parloir. ) Par fa Lettre 



I z 
du lendemain 12.. après lui avoir fait le détail d'une vifion pleine d'impietez 
& de blafphêmes , elle ajoute : Ce matin je n'ai reçu 'votre Lettre que fur les dix 
heures a la vérité , mais auparavant vers les huit heures j'ai été avertie intérieure- 
ment de ni unir avec vous , afin de remercier le Seigneur des mi [encordes qu*tl daigne 

nous faire , tant à l'un qu'à l'autre Je fuis, en attendant votre Réponfc 

avec impatience , toujours étroitement unie dans le [acre Cœur de J. C. 

Le Père Girard , dans fa Lettre du même jour , lui répond : Je rends mille 
grâces à Noir e-Setgneur de la continuation de fes mi f encordes : Pour y répondre, 
ma chère Fille, ouUie^-vous ■& laiffe^faireices deux mots renferment laplusfu- 
h lime difpofition. 

La Demoifelle Cad i ère, dans fa Lettre du 3. Août , lui marque : Mon état 
préfent eft un dénuement total , où il ny a plus ni grâces , ni faveurs ,ni lumière , ni 
connoijjance , ni deffdn particulier. Voila cette fublime difpofition du Quietifme 
que le Père Girard lui avoic tant confeillée de vive voix, & par toutes {es 
Lettres, & fi louée par celle du zi. Juillet. Aufll par fa Réponfe du même 
jour 3. Août, il lui dit: Âyex donc courage, ma chère Petite , foumette%-vous à 
tout & laiffe^ faire : confient t^ qu'on vous dépouille ahfolument de vous-même : . 
égfée^ de mourir à tout pour ne vivre plus que de la vie fur naturelle de jefus- 
Chrifi : Voila ce que je [ouhaite , mon Enfant, four vous & peur moi. 

La Demoifelle Cadiere, par fa Lettre du 9. Septembre , dit : Je ne veux 
que vous feul ,mon Dieu : je ne demande ni vos Dons , ni vos Faveurs , ni vos Lu- 
mitres , ni les Grâces que vous accorde^ aux âmes qui vous font fidèles , mais unique- 
ment votre grande A4 tjéricordei Ce riifi ni a vos Dons, ni a vos Grâces que je 
m'attache , mai s feulement àwus être fidèle, & à me conferver à vous en tout &* 
par tout. 

On n'a qu'a comparer tout ce que nous venons de rapporter des Dépolirions 
des Témoins & des Lettres , quoi que refaites, avec les Propofitions de Moli- 
nos, condamnées par la Bulle d'Innocent XI. & à celles condamnées par la 
Bulle d'Innocent XII. & par plufieurs Mandemensdes Evêques de France, 
rapportez par Dupinau 17 e . Siècle de i'Hiftoir«Ecclefiaftique de la dernière 
Edition , & l'on y trouvera une entière conformité. Il eft fi cerrain que le 
Père Girard eft Quienfre, que le Procès de la Demoifelle Cadiere n'eu pas 
la première époque de cette découverte ; bien des Gens s'en étoient apperçûs 
à Aix dam fes Prédications, & Ton connoît de fes anciennes Pénitentes en 
cette Ville ft entachées de ces erreurs , qu'on n'a pas pu encore les en bien gué- 
rir , malgré tous les foins que leurs nouveaux Directeurs y ont pu prendre. 

En vain les Jefuites , qui voyent leur Confrère pleinement convaincu 
deQuietifme , difent que le Parlement n'en peut pas connaître , & que 
la connoifiance de l'Hercfie appartieht à l'Egliie : Il eft vrai que quand 
il s'agit de fixer le Dogme , c'eft à l'Eglife de le faire > mais une fois 
qu'il a été fixé par l'Eglife , comme il l'a été ici par les Bulles d'Inno- 
cent XL & d'Innocent XII. & par les Jugemens des Evêques de Fran- 
ce, & qu'il n'eft plus qneftioii que de punir les Infra&eurs a il n'y a 
plus que la Juftice Royale qui puifïe infliger des peines proportionnées 
a l'atrocité de ce crime : L'Eglife n'a pas la puiflancedu glaive, mais feu- 
lement des peines Canoniques. Nos Livres font pleins d'Arrêts qui ont 
condamné a la mort des Prêtres pour crime d'Héréfie j l'Ordonnance 
Criminelle 3 Tit. premier » Au. 11. en a même fait un cas Royal ; Se 

l'Arrêt 



l'Arrêt du Cônfeil d'Etat du 16. Janvier dernier n'a-t'il pas attribué ail 
Parlement en première inftance , la connoiiîance de tous les Crimes donc 
le P. Girard eft aceufé > 

SVK VINCÈSTE S P IRÏTV EL. 

C'eft une Maxime convenue entre les Parties , que les Crimes de cette 
efpece ne peuvent pas fe prouver par des Témoins oculaires , mais feu- 
lement par des prefomptions preUantes & concluantes. Or nous avons 
ici non-feulement une foule de prefomptions de cette qualité, ma"- en- 
core les preuves les plus formelles qu'on ait jamais 'rapporté de pareils 
Crimes. 

La première fe tire de Ce que le Père Girard eft convaincu de Qliîe- 
tifiue, & d'en avoir enfeigné à fes Pénitentes, & furtout àlaDemoiiel- 
le Cadierc , les pernicieufes Maximes i car comme les Quietiftes préten- 
dent , fous piétexte de leur union avec Dieu, que tout leur eft permis t 
& que les actions les plus infâmes font indifférentes, ôc même aVan- 
tageufes àl'A.me, on peut dire que ce Quietifme charnel eft le grand 
chemin de l'impureté. Aufli les Quietiftes , fous prétexte du pur amour 
de l'amour Divin, fe livrent à toute forte de dilTolution , & c'eft ce 
qu'ils appellent BaifeVs, Attouchemens , Mariages fpirituels, comme on 
le peut voir dans Mr. de Meaux, & dans le 7 e . Dialogue de la Bruyè- 
re ; & c'eft par cette voye que tous les Directeurs Quietiftes., à l'exem- 
ple de Molinos leur Chef > abufent de leurl Pénitentes , en commençant 
parleur prefenter le pur amour, ou l'amour Divin pour objet % & en 
y fubrogeam enfuite l'amour charnel , fous la faufte apparence d'une 
union fpiriruelle. C'eft ainiï que le P. Girard eft parvenu àabufer de 
plufieurs de fes Pénitentes, & furtout de la Demoifelle Cadiere , cri 
lui pedundant que .Dieu l'avoir uni avec ellcj que ç'étoit là une union 
en J.Ch. que pour plaire à Dieu il falloit remplir tous les devoirs de 
cette union conjugale, & en luy faifant regarder toutes les volupté* 
de l'amour prophane comme des Attouchemens de l'amour Divine 
C'eft dans ce fens qu'il faut prendre toutes ces unions dont, il eft par- 
lé dans le* Lettres aux endroits dont nous avons rapporté les termes ,, 
& cette union intime dans le faeré Coeur de Jefus qui fait la clôtura 
de toutes ces Lettres ; ce qui ne permet pas d'en douter , c'eft que dans 
une Vifion dont il eft parlé dans le 47c Interrogatoire de l' Aceufé, il 
fcfnbloit à la Demoifelle Cadiere d'avoir vu le nom de Jean-Baptifte » 
qui eft celui de fon Directeur , & celui de Catherine, qui eft le flen, 
unis & écrits dan» le Li vie de Vie j que dans fes Extafes ^ lorfqu'elie étoit 
au Couvent d'Ollioules , elle difoit en prononçant le nom de Jean-Bap- 
tifte & de Marie-Catherine , qu'elle avoitfait fon Mariage depuis un a» $ 
que dans les Oraifons de la MetTe qu'elle difoit dans fes raviflemens , 
elle mêloit les noms de Jean-Baptifte &*de Marie-Catherine, comme il 
cft prouvé par la Déposition delà Dame Marie Guerin 16. Témoin, & 
par le Recollement de la Dame Claire Guerin 17. ôc que dans fes Répon- 
fes devant l'Official elle dît que toutes les fois qua^c P. Girard lui manioic 
le fein, elle recevoir des grâces & des faveurs , ôc qu'elle étoît charmée 

far desfentimens qui lui paroiffoient tout Divins, ce qui montre qu'il 
avoir jettée dans un effroyable Phanatifme, 

D 



i 



1 



1-4 
Va féconde preuve de cet Incefte'fpi rituel- fe'tire de la fréquentation 

continuelle de ce Directeur avec fa ''Pénitente, contrela proliibitîon des 
Canons, & même de celle de fa règle. Jufcjues au commencement de 
fon obfefTion ill'obligeoit à l'aller voir tous les jours aux Jefuites fous 
prétexte de lui rendre compte de fes états. Depuis lors j-u fqu.es au mois 
de ]uin , qu'elle fut au Couvent , ;1 l'alloit voir pretque tous les jours à 
faMaifônou ildemeuroit 3. ou 4 heures avec elle. Ces viiites fi fréquen- 
tes qu'il Faifoit ordinairement tour, feul , conrre la défénfe de fa Règle 
Tit. de Sacerdot.'N . 18. fonrprouvéçs par ladépofition de Louis Remoiiis 
j. Témoin , par celle de Claire-Ëftienne Artigucs io. de Claire Betarde 
11. de Louis- Joseph Remoiiis 14. de Franços Garnier 15. de François 
Cals 16. d'Anne Cadjerc 18.de Catherine Artigues 36. de Marguerite 
Ricaud y r.deClaire Berenguier 57. de Catherine Boyer jp. de Gabriel 
HautelTe'tre 61.de Pierre Meiffrcn (> 3. d'Ehzabeth Calotte 90. & de Claire 
Durand loi. Et lorfq'u'elle fut mife au Couvent , il l'alloit voir très-fou- 
vent, & palïoit les jours entiers avec elle au Parloir, comme il eft prouvé 
entrautres parla Demoifelle Hermite 94 Témoin , tant dans fa Dépofi- 
tion que dans fa Confrontation avec le Pcre Girard , & par Marguerite 
Ainaude 109. Témoin. 

La 3e. preuve fetire du commerce continuel des Lettres qui étoit 
cntre.ee Directeur & fa Pénitente ? comme il eft juftifîé par celles qui 
font produites au Procès, & encore plus par la Lettre de l'Accufé du 
xi. Juillet, où après avoir^dit au commencement t Foid 'U troifume 
Lettre en trois jours , il" ajoute en-fuite: <_ ne Lettre-ci 'vous dit <j«e njotis 
*vcneQ toujours aprè's moi , & il' eft d&niêWtâc Que 'vous ne m'atteigniés 
point , à moins cjne njous'nen eçt'i^ifs il.ux par jour ; il eft certain que 
dans les trois mois & demi qu'elle a refté au Couvent, il lui a écrit 
plus de 8b. Lettres , & elle plus de quarante , quoiqu'elle fût tou- 
jours eri'4'rriere pour cela. Or fi ce Directeur s'ciott borné à la charité 
de la Direction auroit r il entretenu un pareil commerce de Lettres avec 
une jeune Fille, contrela prohibition de faRegle zuChap.Regular. Pr*p. 
N°. i 

La quatrième preuve (e tire de la qualité des Lettres que ce Directeur 
écrivoit à fa Pénitente. Si l'Accufé n'avoit pas pris la frauduleufe pré- 
caution de retirer fes Lettres & de les refaire , nous n'aurions pas eu 
be oin du fecours de la preuve vocale pour le convaincre de cet Inceftc 
fpirituel; mais c'eft précilement cette démarche de fa part qui doit 
prouver que toutes les Lettres qu'il a retirées étoient de la même qua- 
lité que celle du 11. Juillet qui nous eft reftée comme par miracle , & 
de celle qu'il avoit dictée à la Guiol fa Confidente le 3 Août: Les 
preuves que fes autres Lettres étoient de la même qualité que les deux 
cfue nous avons, & qu'il a refait les 16. qu'il a produites, font bienfen- 
iibJcs. 

La première eft tirée de ce qu'en mettant fa Pénitente au Couvent de 
Sainte Glaire d'Ollioules , il avoit ftipulé de l'Abbenfe , que les Lettres 
qu'il: écriroit à cette première , ne paiferoient point fous fes yeux, non 
plus que les Réponfll qu'elle lui reroit , comme il eft prouvé par fa 
Lettre du 5. Juin 1730. rapportée à la Page 7. de notre premier Mé- 
moire. 

La féconde fe tire de ce que fi ces Lettres n'avoient contenu que 



J 



des confeiîs charitables de Direction , lorfqu il fçût que M. l'Ëvêqué 
avoit refolu de donner un autre Directeur à la Cadiere 3 \l ne les auroit 
pas fait retirer avec tant d'emprelfcmcnt par la Gravier, unedefes Péni- 
tentes ftigmàtïféés, qu'il envoya ex près au CoUvént > il auroilaù c.on'trâu 
re été bien Si fe qu'elles futlent reftées- entre les mains de la Querellante 
pour fa propre juftification. 

La tfoifieme eft fondée fur ce qu'il eft prouvé par la Procédure ^ & 
furtout parla confrontation de la Batarelle ', 38e. Témoin ,.avec la Dc-i 
moifelle Cadiere , que le Père Girard écrivoit à celle-ci deux fortes de 
Lettres : Les unes , qui n'étoient que pour en faire montre &c qu'il fignoit 
devoiçnt paffer parles mains de l'Abbcffe ; & il faifoir rendre les autres , 
qui éroient des Lettres de tendrelTe & qu'il ne fignoit pas , immédiate- 
ment à la Demoifelle Cadiere par fes Pénitentes ïligmatifées. Cerce dif- 
férence eft encore prouvée par la Lettre galante du z z. Juillet , qui n'efl 
point fignie , & par fa Lettre de congé du 15. Septembre 3 qui eft 
fîgnée. 

La quatrième confifte en ce qu'il ne produit que 16. Lettres s quoi- 
qu'elle l'ait interpellé de les produire toutes. 

La cinquième fe tire de ce que la Lettre de la Demoifelle Cadiere* 
du z6. Août 1 730, prouve que celle du Père Girard du z z. a été refaite, 
puifqu'elle fe plaint dans fa Lettre que celle du Père Girard éroit pleine 
de dureté & de reproches fanglans , tandis que la Lettre de l'Accufé, telle. 
qu'il l'a produite , ne renferme rten de pareil. 

La dernière fe tire de la différence extrême qu'il y a entre la Lettre 
du 12. Juillet 3c les 16. qu'il a produites au Procès : Cette première eft 
une Lettre pleine d'enjouement , de tendreife & de paiTion, & les autres 
font d'un ftile bien différent ; cependant malgré la réfection qu'il en a 
faite, dans laquelle il a retranché les exprefïions les plus fortes j on ne 
lailfe pas d'enteevoir fa paillon pour (a Pénitente , auffi-bien que dans 
celles de celle-ci, quoiqu'elle fût obligée de mefurer fes expreffions, 
par rapport à fes Frères qui lui prêtoient leur main, & qui n'avoient 
garde de foupçonner ce miftere d'iniquité : II fiffira pour le prouver , de 
rapponet ici quelques endroirs des Lettres des Parties. 

La Demoifelle Cadiere, dans fa Lettre du 1 1 Juin , lui dit : // ne me 
rejie que vous feul en cette vie , mon cher Père 7 qui puijjie^ m* apporter quelque 
confiât ion , & me donner ces premiers momens de joye , de douceur & de tran- 
aminé que fat perdus de vue depuis le premier moment que je fuis entrée dans 
cette M ai fon. Vingt fois du jour je foûpù^aprè s l'heure favorable ou je pour* 
rai vous voir pour vous communiquer de^mve voix ce fond de mes miferes , ne 
pouvant me communiquer a tout autres ce qui ne fait pas che^ moi le moindre 
fujet de mes peines , comme vous deve^èn être convaincu : j4tn(i^ hate^vous , 
mon cher Père 3 le plutot-que vous pourrez de venir donner la guértfon a une pau- 
vre malade digne de votre compafjtùn. Et fur la fin de cette Lettre - y fe me re~ 
ferve a vous développer de vive voix bien de petits fecrets. que je n*ofe vous expo- 
fer par écrit. 

L'Accufé , par fa Lettre du 15*. Juin> lui dit : fai autant de défit ■& 
ètemprejjement que vous > ma chère Fille , de nous voir bientôt enfemble ; favois 
déterminé demain vendredi d* aller à Ollioules > mais il mejl venu depuis hier un 
petit mal de gorge, qui me fait craindre q%e nous ne [oyons prive% l'un & l'autre 
de parler Ji-tôt de près^r à cœur ouvert. Et dans fa Lettre du U. Juillet, il 



\C 



mi dit : Bonfoir ma cher Enfant , je fais avec vous > çy avec vous plus que je 
ne puis dire. 

TENEUR DE LA LETTRE DU PERE GIRARD, 

du xi. Juillet 1730. 

Voici , ma chère Enfant 3 la troiftéme Lettre en trois jours : Tâchez de m*4b- 
tenir du tems. Dieu foie loué : Bientôt peut- être ne pourrai- je plus rien faire que 
pour celle à qui j écris ; toujours fc ai- je bien que je la porte par tout > çy qu'elle 
tfi toujours avec moi , quoique je parle çy f a %ijf € a ^^ d'autres perfonnes. Je 
rends mille grâces a Notre Seigneur de la continuation de fes mi fer 1 cor de. f. Pour 
y répondre 3 ma chère Fille s oubliez-vous & laiffiz faire : Ces deux mots ren- 
ferment la plus fublime difpofition. Ne dites mot fur tout te que vous a recom- 
mandé Monfeigneur ; Nous verrons nous deux ce qu'an, peut faire çy dire. Jl efi 
arrivé ce matin 3 çy je lui aï déjà parlé de vous par occafion :Je ne crois pas qu'il 
aille à Ollioulles ; je lui ai fait entendre que cet éclat ne convenait pas : Je pour- 
rai peut-être par occafon lui parler de la fainte Meffe. Le Grand Vicaire çy h 
Père de Sabatier iront apparemment Lundi vous voir : Ce dernier , après lui 
avoir parlé , m'a fait entendre qu'il ne vous demanderait rien î mais fi par bavard 
ou l'un ou l'autre s'avifoit de le faire 3 çy même au nom de l'Evêque 9 ou fou- 
hditoit dt voir quelque chofè 3 vous ri avez pour toute rêponfe qu adiré qu'il vous 
efl étroitement défendu de parler çy d'agir. Mangez gras t comme, on le veut 3 je 
vous Pat écrit ; Oui , ma chère Enfant , j*ai befoin d'affurance ; vous n'en ferez 
pas la viéhme. N'ayez point de volonté çy ri écoutez point de répugnance ; vous 
obéirez en tout comme ma petite Fille t qui ne trouve rien de dijfiale quand c*eft 
fan Père qui demande. J'ai une grande faim de vous revoir , çy de tout voir i 
Vous ffaviz que je ne demande que mon bien > & il y a long- tems que je n'ai rien 
vu qu'à demi. Je vous fatiguerai ; eh bien f Ne me fatiguez ~*vous pas aujf f II efi 
jufle que tout aille de moitié. Je cannois bien qu'enfin vous deviendrez fage : Tant 
de grâces çy d'avis ne deviendront pas inutiles. Je fuis ravi que vous foyez ton* 
tente du Père Gardien {je le recommanderai au bon Dieu : N'oubliez pas de vetre 
totems Malade M ma Saur çy les autres perfonnes que je vous ai recommandées , 
Mademoifelle Guiol vous trouva hier mourante 3 çy votre Frère vient de me dire 
que vous vous porter à merveille. Vous êtes une inconfiante ; ce fer oit bien pis fi 
vous deveniez gourmande. Patience : Je voulois fçavoir fi le maigre fe fuaporte- 
roit - f le tems nous inflru'ira. Commencez toujours ces jours d'abfiinence par le mai- 
gre \ s'tl ne paffe pas 3 ou s'il revient d'abord 3 faites auffi d* abord gras : Suivez 
cette règle, nous découvrirons la fain^volonté de notre Maître. S'A faut fortir* 
c'efi une nouvelle çy une grande peine^vour vous çy pour moi ; mais le ban Maî- 
tre fôit béni , nous ferons fournis & nou^onfentironsà tour. Bonfoir, ma chère 
Enfant ; Pourrez-vous déchiffrer mon griffonnage f Comptez bien s cette Lettre- 
ci vous dit que vous venez toujours après moi y çy il efi dangereux que vous ne 
ne m* atteigniez j à moins que vous rien écriviez deux par jour. Adieu 3 ma Filles 
Priez f our votre Père , pour votre Frère y pour votre ami , pour votre Ftls , çy 
four votre fer vite ur : Voilà bien des titres pour intereffer un bon cœur. 

La Dcmôifcllc Cad* i ère par fa Réponfe du X4. lui dit : Je ferai plus at~ 
tentive à l'avenir à ménager votre tems j cela n'empêchera point cependant que je 

ne vous mené par tout avec moi 3 m étant auffi cher que vous l'êtes 

Je vous attends avec impatience pour raffafier la faim que vous avez de me 
voir* Ne foyez point en peine de votre Bien ; il vouf efi tout dévoué : Ve- 
nez 



' l7 . y 
nc% au plutôt contenter vôtre petite curiofité ; mais a condition que ma fou- 

miffion vous dédommagera une fois pour toutes de vos" peines , cir que vous 
ne compterez plus fi exactement avec'moi pour l'avenir ; Peut-être que mon 
abéiffance vous donnera heu de retrdéîer vos petits reproches fur ce fu jet ... , 
Si je deviens gourmande , penfe^ que je ne vous pardonnerai jamais ., puif- 

qu'il y aura de votre faute Pour ce qui regarde vos Lettres , je 

fçais bien que je fuis en arrière ; mais dans l'état continuel de fouffrance 
ou je me trouve , j'y vais de bonne foi t & je ne compte point après vous 3 
faites -en de même de votre côté 3 & contentez-vous de ma bonne volonté : 
Celui qui pourra écrire davantage 3 en aura pins de mérite. J'efpere quevous me 
rendre^ cette Juflice j auffi-bien que celle de croire que je vous fuis intime- 
ment unie dans lefacré Cœur de Jsfus , mon cher Père , votre très-humble ,&c. 
Il faudroit être bien novice en amour , pour ne pas trouver dans cette 
Lettre du Perc Girard du n Juiller ,& danscetteRéponfede fa Péniten- 
te du 14 les preuves non feulement delà fia me dont il brûloit pour elle, 
mais encore de leur commerce inceftueux, fans avoir befoin d'emprunter 
ici le fecours d'aucun Commentaire. - 

Enfin la Lettre que le Père Girard fit écrire par la Guioi à la Demoi- 
felle Cadiere , & qu'il ditSta à la Guiol le 30 Août 1 730. tems auquel 
M. l'Evêque avoit réfolude donner un autre Directeur à l;i Demoifelle 
Cadiere , & qu'elle avoir déjà déclaré à la Guiol quelle vouloit quitter 
la Direction du Peter Girard , où il a fi bien dépeint fa défolation& 
fon defeîpoir, eft une preuve (ans réplique de fon commerce inceftueux 
avec fa Pénitente , & que la Guiol en étoit l'indigne Confidente. Cette 
Lettre prouve encore que 1" Accuflf pour tâcher de couvrir ce miftere 
d'iniquité , abufoit des termes confierez à la pieté -, ce qui eft afîcz pro- 
pre à donner laclef de fes autres Lertres , où l'on trouve cet affreux mé- 
lange d'exprelîions d'amour & de dévotion. Il fuffit de rapporter ici la 
teneur de cette Lettre du 30 Août. 

Àfa très-chere Sœur , Lundi arrivant a Toulcn vers l'heure du midi i 
je fus me defeendre à la Porté des Je fuites ; je vis un moment nôtre cher 
Père abîmé dans la dernière défolation ■; Il me dit d'abord que fi favoh 
quelque chofe>de défolant a, lui dire , je n* avais au a me taire 3 & que je 
ne manquajfe pas de lui écrire fur le champ , & lui porter ma Lettre le 
foir après fon Sermon aux Dames de Sainte IJrfule ; ce que je fis avec beau» 
coup de difficulté , çy je mis fur le papier ce que nôtre grand Dieu m'infpira. 
ffaà été ce matin le voir , de retour de la Campagne depuis le foir de Saint 
Augufiin, Je ne fçai fi au dernier moment' de fa vie il fera plus mourant 
qu'aujourd'hui : Je lui ai demandé quelle étoit fa difpofition 3 & fi fa dou- 
leur étoit toujours la même. Il ma répondu avec grande confiance que fon 
amertume augmentoit de momenf en moment _, & que c ? matin en s' éveillant 
il avoit eu <un redoublement de défolation , & qu'il m'adonne à compren- 
dre qu'il lui ôtoit entièrement la parole. Ma très chère Sœur 3 je voùt 'lai'ffe 
à penfer à quel point doit être l'excès de ma trifleffe , voyant les deux 
perfonne s .que j'aime & que fefiime le plus au monde 3 réduites à la dernière 
des épreuves ; ç£* tout cela , qui en efi caufe f C*efl vous y ma très-chere Sœur, 
Il ne falloit de votre part qu'un feul mot de réponfe fur le champ avec grande 
fimplicitê j & l'on auroit été en paix. Quand vous me dites que notre bon 
Dieu n'approuve, pas >vôtre Réponfe^ fur la Lettre reçue > après l'ordre 
de votre cher Père , vous me fi te s une grande compafjion : il reçut vôtre 
Lettre U Dimanche fur les neuf heures du matin y dont il a lieu d'efire 
très-mécontent ; Vous ne lui réponde^, que bien de juflificattons. de vôtre part, 
çy tout le tort pour lui. Dieu foit bem : qu'il daigne vous ouvrir les yeux 



18 

une fois pour toutes. Quoiqu'il en fait , Vendredi fa charité le conduira 4 
Oliioults , après avoir dit la Meffe ici à Toulon ; Ma très -chère Sœur , je 
'vous demande en grâce par les mérites de Jefus-Chrifi , de lui parler avec 
toute la fincerité qu'il vous fera pofjîble ; puif qu'il veut bien vous confoler J 
faites en forte au il le foit a fon tour. Vous n'ignore^. p as que la graude 
part que je prends à ce qui vous concerne , me donne la liberté de vous 
parler de la forte ; mais pardon , ma chère bonne ; je finis en vous témoignant 
toute la part que je prends a la confolation que vous recevrez Vendredi t 
jour dejtiné au plus grand de tous vos bonheurs. Ma chère Sœur , je vous 
embrœjje du meilleur de mon cœur î je m'unis toujours plus étroitement avec 
vous 9 & ne vous quittant jamais au pied de la Croix de Notre Sauveur 
Jefus-Cbrift, Bonfoir. 

La cinquième preuve eft tirée des deux fairs qui fuppofent neceflairc- 
ment ce commerce inceftueuV Le premier confifte en ce qu'il eft prou- 
vé par le Recollement de la Dame dé Lcfcot , Maineffe des Novices , 
ioc. Témoin , qu'elle avoit lu une Lettre du Père Girard , par laquelle 
il marquoit à la Demoifelle Cadiere d'un air badin , que fi ellen'étoît 
pas fage , il lui donneroit le fouet ; & la Demoifelle Batarelle., 38e. 
Témoin, dépofe que la Demoifelle Cadiere lui avoit avoué dans un 
tems non futpeft, que le Père Girard lui avoit donné la difcïpline au, 
Parloir d'OUioules ; on verra dans la fuite qu'il la lui avoir donnée 
auiîi dans fa Chambre par un raffinement de volupté. Et l'autre fait eft 
qu'il avoit envoyé à fa Pénitente un Formulaire de Confefïion , conte- 
nant le détail des fautesdont elle devoir s'aceufer, en cas qu'elle fecon- 
ftiïat au Directeur du Monaftere êh à un autre qu'a lui , avec défenfes 
de lui neti dire de plus. Cela eft prouvé par la Déposition delà Demoi- 
felle Victoire Aubcrt , 30. Témoin , & par la Confrontation de la 
Dame de Lefcot avec la Demoifelle Cadiere , qui difent d'avoir vu ce 
Formulaire de la Confefïion^ 

La fix'éme pteuve eft tirée des libertez criminelles que l'Accufé eft 
convaincu d'avoir prifes fur fa Pénitente , dont il y a ici deux preuves : 
La première eft tirée de fes propres aveux ; cV la féconde s des Témoins 
de la Procédure. 

Sur le y 4 e . Interrogatoire il avoue d'avoir vu 4. ou 5. fois les Stigma- 
tes des pieds delà Demoifelle Cadiere , & il en fait la defeription ; fur 
le 77. d'avoir vûle Stigmate du côté qui étoit à 4 doigts au-deiTbus du 
Teton gauche \ fur le '78. il avoue en termes enveloppés, d'avoir baifé 
ce Stigmate du cœur j & fur le 1 i"e. Interrogatoire de fes fécondes Ré- 
ponfes , il convient d'avoir touché les cottes de fa Pen itente , & l'os fter- 
non de devant fa poitrine , en faifant acroire fauffement à celle-ci que 
ces cottes et oient relevées par une furabondance de grâces. 

En vain il prétend que c'étoit pour vérifier fi ces playes étoient natu- 
relles ou furnaturelles, & pour éclaircir les doures qu'il avoit fur les 
Faits extraordinaires qui fepafloient en la Cadiere ; foit parce que ficela 
eut été , ilauroit fait faire cet examen par des Médecins & des Chirur- 
giens , & ne Tauroit pas fait lui-même tout feul à porte fermée , & fans 
vouloir y lai/Ter aiïifter la Mère , qui étoit in (truite de tout ; foit encore 
plus parce que nous o avons prouve invinciblement à la page <?. & fui- 
vantes de nôtre Réponfeà fon premjer Mémoire, qu'il n'avoit pointde 
de doute là de/Tus , & qu'ainfi toutes ceslibertés font une preuve de fon 
commerce avec fa Pénitente. 

La féconde preuve de fes libertés criminelles eft tirée des Déportions 
des Témoins. 



ï°. Il eft prouvé par le Recollement de la Dame de Lefcot 10. Té- 
moin, par celui d'Ifabeau de Prat 14. de Lucrèce Materone iy. & par 
la dépofition de la Dame de Gutrin z6. &: de la*Demoifelle Hermitte 
5>4. qu'il faifoit fermer la Demoifelle Cadiere dans le Chœur intérieur, 
&: qu'il fe fermoit dansl Eghfe pour parler enfemble ; il avoit objefté 
Lucrèce Materone, mais il a été débouté de l'objet par l'Arreft du 14 
Août dernier. 

z°. Il eft prouvé parla Dépofition de Marie Materone , Tourriere 
8. Témoin , que le jour de fainte Claire que le Père Girard dîna au Par- 
loir, cette Tourriere ayant mis la Table fort éloignée de la Grille, il la 
prit avec impetuofité & violence, & l'en approcha en difant; vous voulez 
bien m "éloigner de ma Fille : Qu'ayant dit à la Demoifelle Cadiere d'aller 
prendre la clef qui ouvre la Fenêtre de ce Parloir, le Père Girard répon- 
dit qu'il n'étoit pas neceflaire, & qu'ayant prefenté à la Querellante un 
petit couteau qu'il avoit , elle ouvrit cette Fenêtre ; & que pendant le 
Repas elle vit qu'il tenoit fa main dans celle de fa Pénitente. La Dame 
de Guerin zC. Témoin , dépofe qu'un jour que la Cadiere étoit fermée 
•dans le Choeur intérieur , &c le Père Girard dans l'Eglife , elle vit qu'ils 
fe touchoient la main. 

3°. Il eft prouvé par la Dépofition de Marie Materone 8. Témoin, 
qu'un jour elle vit l'Accufé embrafler & baifer la Cadiere par la Fenê- 
tre 4e la Grille du Chœur, & un autre jour par celle du Parloir; ôc 
par la Dépofition de Lucrèce Materone ; que le 7 Juillet , jour de la 
Transfiguration , elle vit que le P. Girard & la Cadiere s'embrafïoient 
& fe baifoient; & la Sœur de Prat qui étoit avec Lucrèce Materone, 
ajoute , que celle-ci le lui ayant dit , & ayant regardé à travers une vi- 
tre , elle vit véritablement qu'ils ne fe baifoient plus , mais qu'ils par- 
taient tête à tête , & face à face ; &: qu'un peu auparavant elle avoit 
vu la Cadiere embralTer le Père Girard. Magdelaine Allemande 9 1. Té- 
moin ,» dépofe que la Demoifelle Cadiere lui avoit avoué dans un tems 
non fufpecî: , que le Perc Girard la baifoi t avant qu'elle entrât au Con- 
fcflional. Il eft vrai que parle jugement des objets, Marie Materone 
a été mife.*» religwne ; mais d'abord que fa Dépofition eft foutenue par 
celle de pluficurs autres Témoins irréprochables , qui dépofent aufïi des 
embralTemens & des baifers, qui font des A&es de même nature , tou- 
tes ces Dépositions fe réunifient & fe fortifient refpectivement. Faut-il 
être étonné s'il a embrafle , s'il a baifé la Cadiere , puifqu'il avoue lui- 
même d'avoir pris fur elle desliberrés encore plus criminelles &pluspro- 
chaînes de la confommation du crime , & qu'il eft convaincu d'avoir 
aufïî embrafTé & baifé d'autres Pénitentes, & fur tout laGuiol & la Ba- 
tarelle, comme on le verra dans un moment? Nous détaillerons encore 
dans la fuite les libertés criminelles qu'il avoit prifes fur la Demoifelle 
Cadiere lorfqu'il étoit enfermé dans fa Chambre. 

La 7e. preuve eft tirée de ce qu'il s'eft enfermé tout feul avec fa Pé- 
nitente. 

i°. Le 7 Juillet il. refta enfermé avec la Demoifelle Cadiere dans. fa 
Chambre au Convent d'Ollioules, depuis neuf heures du matin jufqu'à 
midi , & depuis lors jufqua quatre heures , la porte ne fût quepoufïée i 
ce Fait eft prouvée par le Recollement de Marie Materone 8. Témoin, 
par celui de la Dame d'Aubert AbbeiTe 15». Témoin , -par celui- de la 
Dame de Lefcot 10. de la Dame de Guerin iC. & par la Dépofition de 
la Demoifelle Hermitte 94. Témoin. 



lO 



11 




i°. Il cft prouve par la Dépofition de Claire Berarde & autres Témoins 
rapportez dans l'article des vifircs , que le Père Girard s'étoit enfermé 
plus de cent fois rouf feul avec fa Pénitente dans la Chambre de celle-ci. 
avant qu'elle fut au Couvent , à commencer depuis le mois de Décembre 
' 1719. jufqu'au mois de Juin 1730, qu'il l'envoya au Monaftere de Sainte 
Claire d'Ollioules ; & par fa réponfeau 83. interrogatoire, il a avoué lui* 
même , api es bien des détours, qu'il s'eft enfermé à clef huit à neuf fois 
dans la Chambre de la Demôifèlle Cadiere; il eft vrai qu'il ajoute que 
c'étoit après Pâques : mais touslesTémoins prouvenr qu'il s'étoit enfermé 
long-temps auparavant, & depuis le mois de Décembre précèdent, contre 
la prohibition des Canons, & celle de fa Règle titre de Sacerd. article 18. 
-qui défend fi feveremem aux Jefuites d'aller voir des Femmes fan^ Com- 
pagnon » ni de leur parler dons aucun lieu obfcur ou fermé \ ce qui eft une 
préfomption jufis çjrde jurt de fon commerce inceftueux avec fa Peniten~ 
te , qui furtiroir route feule pour fa conviction. 

La 8 e . pleuve le tire de ce qu'outre les libertés criminelles qu'il a 
avouées par fes interrogatoires , dont nous avons déjà fait le détail , il 
eft prouvé par la Dépofitiori de pluficuïs Témoins à qui elle en avoir 
fait l'aveu dans un teins non fufpecl:, & qu'elle auroir eu un intérêt eiTen- 
tiel dé cacher pareilles choies, que lorfqu'il étoit enfermé avec elle dans 
Ja Chambre de fa Maifon à Toulon, il avoir pris les libertéstriniinelles 
nont oh va faire 'le détail. 

i°. D'abord cju'ilentroit, & qu'il avoit fermé la porte , il lui mettoit 
Ja main dans le fein , lui bai foie fou vent le ftigmate du cœur , & le fuc- 
çoit même j cela cft prouvé par la Dépofition de la Bararelle 38. Té- 
moin, & de Magdelaine Allemande pi. 

i°. Qu'il avoit fouvent appliqué à nud fa poitrine fur celle de laDe- 
moifelle Cadiere , fous prétexte qu'il avoit un ftigmate intérieur, & 
qu'il falloir le faire baifer avec le ftigmate extérieur de faPcnitentei 
ce Fa.'t eft prouvé par la Dépofition de la Bararelle , par celle de Magde- 
laine Allemande , & de la Scenr Boyer 517. Témoin. 
| 3°. Qu'au retour de fes Exrafes ou de fes Accidens , elle s'étoit trouvée 
tantôt à terre, & Je Père Girard derrière , qui lui tenoit la main dans fon 
feinv tantôt (ur le lit, & lui à fon côté, avec toutes les marques d'une 
Fille violée , comme il eft prouvé par les Dépolirions de Magdelaine 
Allemande , &; de la Batarellé. 

40, Il avoir fait deshabiller & mettre en chemife Ja Demoifelle Ca- 
diere ;îui avoir donné la difeipline fur le Lit , & baifoit l'endroit où il 
avoit frapé, & l'avoit eniuite embraffee , ikc. Ce fait eft prouvé parla 
dépoiition de la Bararelle 38. Témoin, de l'Allemande mère 39. & de 
l'Allemande fille $1, La pudeur ne nous permet pas d'entrer dans un plus 
grand détail : la Cour pourra le voir dans ces trois Dépofitions , dans 
celle du Père Nicolas 40. Témoin, fi bien inftruie par une voye non 
fufpe&e , que les Jefuites n'ont recherché enfu ire à faire décréter fous de 
faux prétextes, que dans l'unique vue d'arToiblir fon témoignage, qui 
n'a point été rejette par le jugement des objets , & encore dans le Rç- 
collcment de la Dame de Reimbaud 11. Témoin. 

Non feulement l'Accufé eft convaincu d'avoir abufé de fa Pénitente, 1 
mais encore de lui avoir procuré l'Avortement j ôc c'eft ce qui nous 
fefte à établir, & qui fournit une nouvelle preuve furabondante de ce 
commerce. 



zï 



SVR L'A Vb RT E M E N T. 

L'Àecufé avoit prétendu éludej: ce Chef d' Accufation , en foiuenant 
que la Demoifelle Cadiere, par fes Ré ponf es devant l'OrKcial, avoit fixé 
l'époque de fa jouiûanceau jour qu'il lui avoit donné la difcipline d.ms 
fa Chambres qui étoic le zi. ou le Z5. May i mais nous avons fait voir 
la faurferé de ce prétexte à la page %6. 8c fuivantes de notre Réponfe 
à fon premier Mémoire , & il ne refte plus qu'à rappeller ici fommaire- 
ment les preuves de cet Avortement. v 

La première fe tire de ce que l'Accufé avoit donné pendant plu (leurs 
jours une écuéle d'Eau à la Demoi Telle Cadiere , qu'il alloit prendre lui- 
même à la Cuifîne, &c qu'il ne vouloir pas que la Set vante, ni aucune 
aune perfonne lui portât. Ce fait eft prouvé par la déposition de Claire 
Berarde, Servante de la Cadiere , n. Témoin; par celle de Ma gd daine 
Allemand s 91. qui ajoute que la Demoifelle Cadiere lufavoit avoué 
que cette Eau avoit un mauvais goût » & encore par l'aveu du Père Gi- 
rard fur le 102,. Interrogatoire. 

La féconde preuve le tire de ce qu'au bout de huit jours de ce Breu- 
vage, elle fit une malTe que l'Official a cru être de lang , & le Lieu- 
tenant» de chair. Ce fait eft piouvé par la dépofition de la Batareile 
ôc de l'Allemande Mère, à qui la Cadiere l'a voit avoué long-tems avant 
ce Procès* 

La troiueme*preuve fe tire de ce que îors de cette bleflure , que la 
Cadiere fit un pot plein de fang , le Père Girard le prit Se fut l'examiné 
curieufement vers la Fenêtre deux ou trois fois , Se la Servante fût en- 
fuite le jetter ôc alors i! dit quelle imprudence ! ah quelle imprudence i 
ce fait eft prouvé par la dépofition de Claire Berarde Servante, ir. Té- 
moins » par celle de Louis Remouil , $. Témoins , qui dit de lui avoir 
oui dire; 8c par ladépofition de Magdelaine Allemande & de la Ba- 
tareile, à qui la Cadîere l'avait avoué dans un tems non fufpect. Le 
Père Girard convient lui-même par IPRéponfe au 106. Interrogatoire, 
d'avoir vu ce pot plein de fang, & encore dans fon Fa&um page 5. & 
40. & varie fur les faux prétextes qu'il veut avoir eu pour defeendre 
dans une pareille familiarité avec une Fille* 
• La quatrième fe tire de ce que la Mère de la Demoifelle Cadiefe, qui 
ignoroit tout ce miftcre,&qui ne fçavoit pas qu'elle étoit liridifpofition 
de fa Fille j vouloit la faire vifiter par un Médecin 1 mais le Père Girard 
l'en empêcha en lui difant que c'étoient des maux divins qui n'avoienc 
pas befoin de remèdes humains. Ce fait eft prouvé par le RecolemenÉ 
de Claire Berarde , & par l'aveu du Père Girard dans fa Confrontation 
avec l'Abbé Cadiere* 

Inutilement il s'aviferoit d'oppofer que Claite Beraf dfc a été mife ôi Rc- 
ligione par le Jugement des Objets» puifqù'outre qu'elle eft Témoin né- 
cefTaire, 8c que in domeflicis non reprobatur domefiieum tejîimonium i d'ail- 
leurs les faits qu'elle dépofe font non-feulement prouvez par d'autres 
Témoins irréprochablesjmais même par les propres a-veus de l'Accufé* 
La cinquième pseuve fe tire de la demande que le Père Girard fit à 
l'Abbeffe 8c à la MaîtrelTe de^ Novices la première fois qu'il les i«t, u 
la Demoifelle Cadiere n'avoi* point de perte de fang: Cela eft prouvé 
par le Recolement de ces deux Religieufes. 

La dernière fe tire de la Lettre du Père Girard du 30 Juillet 1738* 



11 



par laquelle il demande à fa Pénitente fi fes Règles lui fonr revenues* 
par ces termes envelopez : Marque^- moi quand & comment les Biens font 
revenus , &c. àc qu'il finit par ces mots enjoùez : Je fuis en lui tout ce 
que vous mavie^ cru dans les jours les plus ferains & les plus doux. 

Toutes ces preuves réunies eufemble prouvent invinciblement le 
commerce de ce Directeur avec fa Pénitente, & cet Avortement. On 
peut dire qu'on n'a jamais raportéde'preuves C\ complètes de pareils 
aimes, & qu'il faudrait renoncfr à l'ufage de la raifon, & fermer 
volontairement lesyeuxàla lumière, pour y trouver le moindre doute. 

La Demeifelle Cadiere n'eft pas la feule Pénitente de l'Accuféiavec 
laquelle il avoir pris des libériez criminelles i car il eft prouvé par la 
. Procédure qu'il en avoit fait de même avec plufieurs de fes autres Péni- 
tentes. Claire Berarde, n . Témoin , depofe d'avoir vu le Père Girard 
baifant laGuiol au vifage; & la Batarelle , dans fa Confrontation avec 
le Père Cadiere , a avoué qu'un jour qu'elle étoit chez la Guyol, celle- 
' ci lui dit : wlon Mari eft à Beaucaire \ le Père Girard doit venir nie 
voir; arrête-toi, 8t nous le rnefurerons. 

la Sœur Boyer , 07. Témoin depofe que la Guyol lui avoit raconté 
qu'une des Pénitentes dufere Girard l'avoit baifé au Confefuonal , fie 
que la Batarelle ayant été la voir, lui avoit dit que c'étoit elle qui l'a- 
voit embrafTé & baifé. La Batarelle même, 38. Témoin, dans fa dé- 
pohtion, après avoir dit des chofes fott fufprenantes au fujet de (on 
union avec le Père Girard , elle ajoute qu'elle l'avoit embrafTé & baifé 
au Confeffional de fonconfentement; 8c qu'un jour chez laCadiere el- 
le le bai fa aux deux joues. Il convient lui-même par fa Reponfe au 140 In- 
terrogatoire, que la Batarelle le baifa chez la Cadiere : il eft vrai qu'il 
ajoute qu'il s'en dépêtra le plutôt qu'il pût ; mais ce faux prétexte eft dé- 
truit par la *dépofition de la Batarelle, qui dit de l'avoir baifé alors à 
l'une & à l'autre joue, & encoreau Confefîïonalj & qu'il y avoir con- 
fenti;& ce qu'il y a de plus fcandaleux, c'en: que nonobstant cela il 
ne lai (Ta pas de continuer de contefTerla Batarelîe, comme il l'a avoué 
fur le 147. Interrogatoire. 

A l'égard de la' Laugier , la Demoifelle Julien u. Témoin , depofe 
qu'un jour qu'elle étoir dans la Chambre de cette première, le Père Gi- 
rard y vint; qu'alors elle en fortit,& qu'il s'enferma à clefdânslaCham- 
bre de ladite Laugier. fille ajoute qu'un autre jour un nombre de ces 
Dévote y danfoient, chantoient & fautoient, mangeoient ôcbûvoient 
à la famé des Jefuitcns. AnneBelone, 46. Témoin, depofe qu'elle 
a vu quelquefois le Père Re&eur s'enfermer dans la Chambre de la 
Laugjer. Catherine Laugier, 53. Témoin , dit que lorfque Marianne 
'taùgifcr avoit des accidens d'obfeffion , le Père Recteur y venoit, & que 
quand il étoit feul avec elle dans fa Chambre, il poùiïbit la Porte , ne 
fçachant point la Dépofante ce qu'ils faifoient dedans. La Demoifelle 
Joinville,ioo. Témoin, depofe qu'elle a vu entrer quatre à cinq fois le 
Père Girard dans la Chambre de la Laurier, où il fe fermoir, avec elle) 
qu'un jour elle lui difoic - Mon Père , vous êtes fur moi , retirexr™***- Et 
Magdelaine Allemand , 91. Témoin , dans fon Recolement, dit que la 
Laugier lui avoir avoué que le Père Girard avoit abufé d'elle, à i'occa- 
fiorfde fon obldflion , Ôc qu'elle étoit grofle de lui. C'eft ainfi qu'il s'é- 
toit formé un petit Serrail parmi fes Pénitentes, aufquelles il permettoic 
de faire des parties de plaifir à la Campagne, & leur prêtoit le Clerc 
des Jefuices ,pour leurfervir de Cuifinier, comme il eft prouvé par (on 



M 
aveu fur le 143. Interrogatoire ;& dans le tems qu'il étok en commercé 

avec elles , il les faifoit communier cous les jours , ôc même fans Com 
feflion préalable. Quelles abominations .' 

A l'égard du dernier Chef d'accu fat ion , qui regarde la Subornation 
des Témoins , nous nous referions d'en établir le mérite par l'analife 
que nous ferons des Témoins du Promoteur, par laquelle nous mon- 
trerons tout à la fois que l'Accufé eft convaincu d'avoir fu borné les 
Témoins qu'il a produits fous le nom de celui-ci , & même quelques- 
uns des nôtres qui avoient déjà depofé, & que tout ce qu'il leur a fait 
dire eft évidemment contraire à la vérité , &c détruit non-feulement 
par un très-grand nombre de Témoins irréprochables , mais encore 
far fes Lettres &c fes propres Aveus. 

Après cela c'eft bien en vain que le P. Girard fe retranche à dire que 
la Dlle.Cadier.e eft non-recevable en la pour fuite qu'elle fait contre lui* 
(bit parce qu'elle a été enîuite décrétée d'Ajournement perfonnel a la 
R equifitiou de M- le Procureur Général du Roy , foit parce qu'elle a va- 
rié dans fes Reponfes, & que par l'Arrêt quia confirmé la Procédure 
faite à la Requête du Promoteur , elle a été déboutée des LettresRoyaux 
qu'elle avoit impetrées envers cette variation \ car cette Objection eft 
abfolument inloûtenable , & ne peut feivir qu'à prouver toujours 
mieux combien ce Jefuite eft coupable. 

. i°. Où a t'it trouvé que leDectet d'ajournement perfonnel qui a été 
rendu contre la DU. Cadiere fans accu{ation,contre toutes les règles de 
Iajuftice,fi long-tems après fonExpofition 6c l'Information qu'elle avoic 
.fait (aire contre lui ,compofée d'environ ioixante& dixTemoins > ren- 
fermant la conviction de tous les crimes du Querellé , & qui n'eft * 
ce Décret , tout évidemment que l'Ouvrage des artifices Jefuitiques ^ 
l'ait privée de l'action en rapt > que la Loy & les Ordonnances doii- 
.nent à toute. -Fille ou Femme dont l'honneur a éré ravi, & que l'Arrêt 
du Conleil du j6. Janvier dernier , qui a attribué cette Aftaire en pre- 
mière inltance à la Grand' Chambre , lui a expreflement refervée, en 
ordonnant que leProcès feroit tait & parfait au P. Girard à la Requête 
de M. le Procureur General du Roy, & a la diligence de ]a Demoifelle 
Cadiere , fi bon lui femble , dont elle ne pourroit être privée que par 
un Département exprès qu'elle n'a jamais fait ni ne fera jamais* 

L'autre prétexte n'eft pas moins infoûtenable , i°. Parce que les 
Lettres Royaux dont la Demoifelle Cadiere a été déboutée étoient 
abfolument furabondantes , n'ayant été impetrées qu'en tant que de 
befoin i & que leur principal objet , qui n'avoit pourtant rien que 
de jufte , n'étoic pas de fe faire reftituer envers une .variation fi dé- 
mentie par la Procédure, & qui ne fubfiftoit même plus» comme on 
va le montrer. 
. i Q . Parce que cette variation n'eft qu'un effet des trames iniques des 
. Jefuites , qui depuis le moment qu'ils eurent forcé\ette Fille a porter 
cette plainte, ont employé ou fait employer les voyes les plusodieufes 
pour la forcer à fe rétracter > les mauvais traitemens dans le Couvent! 
desUrfulines de Toulon qui leur eft fi vendu où ils la firent enfermer 
contre tout droit > le refus de tout Gonfefleur prouvé par les £ompa- 
rans produits au Procès ; la feene de Mefîire Berge efeorté du Père de 
Sabatier , Jefuite , & de deux Témoins au Couvent , pour l'obliger à fai- 
re un Département de fa plainte fi elle vouloit qu'il la confefsât, com- 
me il eft prouvé par la Dépofition dudit Meftire Berge \ les mauvais 



traitement à elle faits pour le même fujet au Couvent des Urfulines 
d Gllioulesi fa traduction ignominieute dans le fécond Monaflere de 
la Vifitation de cette Ville d'Aix, encore fi dévoué aux Jefuites, qui 
en ont la Direction, 6c qui ont déjà fait diverfes tentatives pour la 
•forcer à =fe rertacter, ainfi qu'il eft juftifié par l'Acte du 1 8 Août 
■dernier fignifié à la Dame Supérieure, & par les Réponses qu'elle a 
•faites •-, la Lettre anonime que tes Jefuites lui firent remettre i jours 
après qu'elle eut étémife dans ce Couvent, dont la teneur eft raporrée 
dans nôtre premier Mémoire page 1 8. celle qu'un Commis de la Poftft 
remit a ion Défendeur le 6 du même mois , dattée de Toulon ,du 
3 Août , par laquelle à force de menaces on le foliicitôit de perfuader 
à fa Partie de le retracter i & enfin par les menaces Se les violences 
oui ont été faites à cette pauvre Fille dans le Couvent des Urfulmes 
de Toulon, lieu fi ennemi de la vérité Se de la liberté , lors de cette 
variation, d'une partie defqu elles le Greffier de iaComrniflion eft inf- 
truit, Se qu'elle a toujours fuplié la Cour d'ouïr pour en fçavoir la 
vérité» Tout cela ne permet pas de douter que cette variation eft l'ou- 
vrage d'une volonté étrangère. 

3 a . Parce que cette variation nexifte plus, 6c qu'elle a été anéantie 
par la revocation que la Demoifelle Cadiere en fit le io. Mars der- 
nier, reçue par Mis. les Commiiïaiiesjquj a été réitérée pat fa con* 
fronration mutuelle avec fes Frères 6c avec le Prieur des Carmes, ôt 
qui n'en: point attaquée, 

4°. Parce que quand même cette variation n'auroit pas été revo* 
quée, 6c qu'elle fubufleroit encore telle quelle auroit été faite , elle ne 
pou rroit point rendre la Demoifelle Cadiere non-recevable en fa plaind- 
re , ni procurer aucun avantage à l'Accufé. Elle ne pou rroit pas rendre 
laQaerellante non-recevable, parce que ce n'étoic pas- là un Départe- 
ment de fa plainte , comme il en auroit fallu un exprès 6c formel pour 
opérer une pareille fin de non-recevoir , mais une (impie variation fur 
certains Faits de fa plainte II ne pou rroit tirer aucun avantage de cette 
variation , foir parce que fur !e pied même des Reponfes qui la contien- 
nent, le Père Girard n'eft pas moins coupable» puifqu'elley foûtient 
encore des Faits qui fufiîfent pour fi conviction , comme nous l'avons 
montré par les obiervations que nous y avons faites ; de forte que cette 
variation n'eft , pour ainfidire , qu'une gaze claire 6c fine jettée fur les 
Crimes du Père Girard , à travers de laquelle on en voit encore toute 
l'énormitc Ôc toute la noirceur» foit parce que ce qu'elle y a dit de con- 
traire à ion expofition eft évidemment faux 6c détruit , non-feulement 
par une foule de Témoins irréprochables , mais encore parles Lettres 
6c les Aveu de l'Accufé , comme nous l'avons montré d'une manière 
fi fenfible par les mêmes Obfervations ( Car ce n'eft pas fur le langa- 
ge d'un Querel lant » qui n'eft que pour indiquer le Crime 6c le Crimi- * 
nel, que la Juftic*e ce détermine, mais uniquement fur k$ preuves & 
les charges de la Procédure qui font la feule règle de fes Jugemens. ) 
L'on peut dire que cette variation n'a fait qu'ajouter un nouveau Crime 
à ceux dont l'Accufé étoic déjà convaincu , ôc rendre plus odieux Ces 
Confrères qui en font les A ut eut s. 

Enfin ces deux ridicules prétextes n ont-ils pas déjà été condamnez 
par trois differens Arrêts, qui ont jugé que la Demoifelle Cadiere eft 
encore la Partie civile du Pt.'re Girard ; Le premier eft celui du 30 Juil- 
let, qui en ftatuant fur fon Apel à minime du Décret d'affigné p^nu 

• être 



15 ' • , 

être oui rendu contre le Père Girard s ne l'a pas déclarée hoh-reeevà- 

ble-, mais l'en a feulement déboutée par prétendue injuftice au fonds i 
en ordonnant néanmoins que le Père Girard pa (fer oit le Guichet $ ce 
'qui eft précifement la reformation de fon Décret , 6c tout ce qu'elle 
demandoit à cet égard > & le fécond eft celui du 14. Août dernier , qui 
fur lés falvations de la Demoifelle Cadiere , & à fa feule Requête , a 
débouté l'Accu fé des Objets qu'il a voit propofez contre les Témoins de 
raQuerellante,& cela fans Concluions même de M. le Procureur Ge- 
neral du Roy ', ce qui fait voir que dans cet Arrêt le Père Girard n'a 
eu d'autre Partie que la Demoilelle Cadiere. 

Voilà le Précis & le Tableau des Charges contre l'Accusé : Après 
'cela que lesjefuites,àleur ordinaire,faflent des Romans tant qu'ils vou- 
dront i qu'ils employent les FauïTetel , les Impoftures & les Calomnies 
les plus avérées s tous leurs efforts feront toujours impuifîants, Se ne 
pourront jamais donner la moindre atteinte à la conviction fi entière 
deleûr Confrère ,titée de tant de Témoins irréprochables , de fes pro- 
pres Lettres & de fes propres Aveus. 

Conclu d comme au Procès , & pertinemment; 



CATHERINE CADIERE. 



CHAUDON, Avocat. 



AUBIN , Procureur. 



J 



£ o e/ll et vt^ ïhjz) 



MEMOIRE 

Des faits qui fe font pafle* fous les yeux de 
M. ÎEvèque de Toulon , lors de l'origine 
de l'Aflàire du Père Girard Jefuite , & de la 
Cadiere. 



1 





MEMOIRE 

Des Faits qui fe font pa/fe^fous les yeux de M. F Eve que de 
^Toulon s lors de ^origine de F affaire du P. Girard Jt 'fuite 
€S? de la Cadiere. 

i 

£ ne me fuis déterminé à adrèffer ce Mémoire à MefÏÏeurs 
les Juges , fur l'affaire d'entre la Cadiere & du P. Girard , 
Se à le rendre public , que lors que par la lecture des Mé- 
moires imprimez ibus le nom des Parues, & qui ont. été 
répandus par toute l'Europe ; j'ai vu qu'on y avoit impofe 
à la vérité, fur les faits paffez fous mes yeux, &c exécutez par mes 
ordres , & qu'on m'y prétoit des iènrimens contraires à ceux dont j'ai 
toujours été vivement pénétré : C'elt donc pour effacer les idées que 
peuvent avoir donné ces Faits faux Se fupofez, que j'ai crû devoir 
expofer avec (implicite les faits tels qu'ils font , ô£ la vérité dépouillée 
des fauffes couleurs fous lefquelles on l'a déguifée. 

Ayant été abfent de mon Diocèfe pendanr vingt-cinq mois, pour 
des affaires de famille indifpeniàbles s j'arrivai à Toulon le zy> du 
mois de Juin de l'année paffee 1750. 

Sur le bruit qui s'étoit répandu de la prétendue fainteté de la nom- 
mée Catherine Cadiere , je me fèntis obligé de m'informer a vec exacti- 
tude de la vérité des faits que l'on racontoit de cette jeune fille s & je 
crûs que j'en devois commencer l'examen par Ces parens que je ne 
connoifTois point. 

J'envoyai chercher au milieu du mois de Juillet (a mère & iès freresj 
la mère me dit qu'étant enceinte de cette fille, elle ne pouvoit manger 
ni chair, ni poiflbn , qu'elle ne pouvoit fe nourrir que du pain bis 6c 
de légumes » qu'à l'âge de fix ou fepe ans , elle alloit à l'Hôpital fervir 
les malades i qu'elle avoit augmentée de jour en jour en vertus i qu'elle 
l'avoit vue élevée de terre , qu'elle avoit une côte élevée de trois doigts 
plus que l'autre , comme celle de St. Philipe de Neri. 



LePereCadiere, Dominicain, fon frere,me dit que c'étoit un Ange 
fur terre j qu'elle a voit le don de cqnnoître ce qu'il y a voie de plus ca- 
ché dans les confeiences ; qu'elle lui avoit dit a^ui- même fon intérieur* 
qu'elle parloit du Miftere de la Trinité mieux qu'un Théologien j 
qu'elle tombent en extaie cinq ou fix fois par jour j qu'elle avoit des 
Stigmates aux pieds , aux mains , au côté , une Couronne fur la tête , 
d'où il fortoit fouvent du fang> qu'elle avoit le don de Prophétie j 
qu'elle avoit vu dans fes vifions un Vaifleau fur la Mer noire, où il y 
avoir trois Jefuites, quiauroic fait naufrage fans fes prières, 8c dont le 
Père Girard avoit en main les Polices qu'elle avoit reçu miraculeufe- 
ment 5 qu'elle éeoit en commerce de lettres avec un Evêque d'Italie par 
le miniftere des Anges , qui portoient les lettres de l'un à l'autre ; que 
quand elle entendoit la Méfie du Père Girard, fouvent la moitié de 
l'Hoirie s'envoloit dans fa bouche î que ce Père étoit fort mifterieux 
fur tout ce qui regardoitles miracles de fa Sœur > qu'il les cachoït fort 
foigneufementj que c'étoit Dieu qui le lui avoit donné pour Direc- 
teur, & m'ajouta qu'il avoit été préf:nt le 8. May lorfqu'elîe dit la 
Méfie dans fbn lit h qu'elle fut crucifiée devant lui , ôi qu'il vit fortir 
de fes Stigmates , & fur tout de fa tête , ce jour-là,une grande quantité 
de fang • ce qu'il m'aiTûra en mettant la main fur fa poitrine ; 8c que le 
tout étoic arrivé en préfence de plufieurs perfonnes i mais que le Père 
Girard m'en diroit d'avantage s'il vouloit parler. 

Son autre frère , l'Eccîefiaftique, me donna une cbëffe teinte de fang 
en forme de couronne , que je remis furie champ au Père de Sabatier , 
& que ce Père conferve encore i il me dit en même tems que fa Sœur 
avoit pafle tout le Carême fans manger, ôc me confirma tout ce que 
(on frère le Jacobin m'a voit dit. 

Le zo Août de la même année le P. Dominicain m'a porta les révéla- 
tions que fa Sœur avoit eues pendant le Carême, J'interrogeai le P. 
Girard fon ConfefTeur , il me dit qu'il ne portoit fon jugement aflïïré 
lur rien ; que c'étoit pour ce/a qu'il ne parloit point, qu'il tâchoit ce- 
pendant de découvrir la vérité ; que pour lui il croyoit cette fille ver- 
tueufe j qu'on lui avoit promis des miracles pour le raiTûrer dans fes 
doutes , mais qu'il arrivoie toujours tard pour les voir. 
- Ayant témoigné au P. Girard l'envie que j'avois de voir cette fille, 
il -me répondit que ce feroit un éclat qu'il ne croyoit pas à. propos de 
faire, vu l'incertitude ou il étoit encore fur ces chofçs extraordinaires* 
d'un autte côté le Père Cadiere me difoit que fa Sœur fouhaitoic à me 
parler, & tâchoit de m'indifpofer contre le P. Girard , ce que j'ai en- 
core mieux découvert dans la fuite par une lettre écrite par cette fille à 
ce Père , de la main de fes frères, où elle recommandoit audit P. Gi- 
rard de m'em pêcher, autant qu'il le pourroit d'aller à OlIiouleS;CCpen J 
«Lant py fus le rjv du même mois d'Août, je dis laMefle, &: j'entrai 
dans le M onaftere 3 ac compagne duProyincial desO'bfet vantins,duGar- 



dien du Couvent d'OHioules, du Confefleur des Clerines, & du P. Ca- 
diereij'avois communié cette fille pendant maMefle.jelui avoisriouvé 
un vifaga fort rouge & enluminé , je la demandai d'abord en entrant. 
Elle fe fie attendre quelque tems , & je la trouvai alors fort pâle & fans 
couleur, ce qui me fait juger aujourd'hui qu'elle s' étoit allée ôter le 
rouge qu'elle avoit mis fur fon vifage avant la Communion - , je m'en- 
tretins un quart d'heure avec elle,elle me dit dans la couver fation que 
Dieu lui avoit donné le Père Girard pour ConfeflTeur , & que ce Père 
panant en riie devant les Carmes,il lui avoit été ditiyoilà l'homme que 
je t'ai deftiné , Ecce Homo; je lui demandai fous quelle figure Dieu s e- 
toit manifefte à elle pour lui parler ï elle me répondit que c'étoit fous 
la forme d'une flâmej & fur ce que je lui demandai fi elle ne fe 1 étoit 
pas imaginée , elle me répondit que quand Dieu par!oit,il parloit clai- 
rement, & qu'on ne pou voit pas s'y méprendre , elle me dit avoir reçu 
d'une manière miraculeufe uneCroix de bois aux extrémités de laquel- 
le il y avoit une marque de fang, qu'elle avoit donné cette C roix à fon 
frère l'Ecclefiaftique qui l'avoit gardée quelques jours, qu'enfuite elle 
la lui avoit reprife , & en avoit fait prefent au P. Girard , ce qui me fut 
confirmé par l'Ecclefiaftique, étant revenu dîner à Toulon le même 
jourjle P. Cadiere m'accompagnant dans ma voiture, me dit que le P. 
Girard étoit au defefpoir de ce qu'il m'avoit fait voir le cayer des Ré- 
vélations que fa fœur avoit eues pendant le Carême pour m'alieuner 
de ce Père , en me le rendant fufpecl:, ajoutant qu'il avoit infulté fa 
mère , & qu'il lui avoit dit qu'elle devroit arracher les yeux à fon fils 
le Jacobin, pour avoir montré ce Journal à cet Eyêque, ce que me nia 
le Père Girard, & fur le defir que je lui témoignai de voir cette Croix, 
il me dit qu'il l'avoit envoyée à quelques lieues d'ici, & que ce ne- 
toit abfolument rien. 

Le Père Jacobin me dit enfuite qu'il étoit important que fa fœur 
changeât de Directeur, il me demanda même la permiffion de la con- 
fefTer, & me pria de lui écrire une lettre de ne point for tir du Diocefe, 
qu'il fçavoit que le P. Girard avoit envie de l'enlever , & de l'envoyer 
au-delà de Lyon dans un Couvent de Chartruflmes, qu'il faiioit tout 
fon pofTible pour la détacher de fa familIe,&qu'ilcroyoitqu'ily avoit 
quelque miftere là-defTusj le P. Girard nie dit le contraire, quebien 
loin de la vouloir faire fortirdu Diocefe , c'étoit elle qui vouloit for- 
tir du Couvent de fainte Claire, & que comme elle lui avoit du que 
Dieu lui avoit manifefte fa volonté pour y entrer, il n'y confentiroic 
pas jufqu'à ce qu'il eût vu le miracle qu'elle lui avoit promis de faire , 
le P. Cadiere me dit fur ce miracle, que le f ereGirard demandoit d'ê- 
tre guéri d'une furditéqu'ila à une oreille, que ce miracle étoit trop 
intereiTé , que Dieu ne vouloir point accorder rien de femblable ; ce- 
pendant le miracle qu'elle avoit promis au Père Girard, comme je l'ai, 
apris depuis par elle-même , étoic, qu'elle feroit couverte de playes, Se 
qu'en mettant le pied hors du Monaftere » toutes fes playes difparoi- 
«oient- 



Enfin le Peré Girard quitta la direction de la Cadiere le 15 . ou le i<r. 
de Septembre , le Père Cadiere me dit que j'avois droit delà difpenfer 
défaire le miracle promis, & me pria d'écrire à l'AbbetTe de Ste Claire 
de la laififer fortir du Monaftere à caufe de fa fanté > elle forcit le 17. 
de Septembre, & fut remife dans la Baftide du Sieur Pauquet.LeP.Ca- 
diere me demanda un Confcfleur pour fa fceur , je lui nommai le'Pere 
Maurin Carme déchauffe , à qui elle s etoit autres fois confeiTée , il le 
rejerta enmedifant, que ce Père ne lui convenoitpointjôt que le Perc 
Nicolas Prieur des Carmes étoit plus propre pour fa fceur que le Père 
Maurin jje lui dis que je ne le connoiiTois point, il me repondit qu'il 
y avoit déjà quelques femaines qu'il confelîoit fa mere> que cétott un 
homme fçavant ôc miftiquej qu'il n'en voyoitpoinrde plus convena- 
ble, & qu'il me prioitde lui écrire une lettre pour l'y engager: ce que 
je fis,un moment après ma lettre écrite,le P.Nicolas arriva a ma maifon 
de campagne du Prieuré (a int Antoine où j'étoisalors,par le chemin du 
côte des Moulins , de la Baflide dudit Pauquet , de celle des Carmes , 
& non par Je chemin de Toulon , ce qui me furpric & me jetia dans 
quelque méfiance > je chargeai ce P. Nicolas du loin de me faire fça- 
voir tout ce qui arriveroic d'extraordinaire, & qui pourroit fe dire fans 
préjudice dufecretde la Confeilîonjil mêle promit,en medifàntqu'il 
ne falloit rien cacher de tout ce qui pou voit fe dire, à un Evêque, qui 
étoit le premier Perefpirituel de fon Diocèfe , & qu'en cela il ne tien- 
droit pas la conduite des Jefuites. Il me parut dans la converfation qu'ils 
s'étoient déjà vus avec le PereCadiere,Ôc me parla fur le même ton dont 
le P. Cadiere m avoit parlé > me pria d écrire une lettre à la Supérieure 
des Carmélites d'Aix, où il devoit prêcher le Panegerique defainte 
Therefe,& à un autre de ùi Pères pour fupléer à fa placera ns les con- 
ventions que j'eus avec lui , je lui témoignai la crainte où j'étois de ce 
que cette ûïle ayant quitté le Directeur que Dieu lui avoit donné,com- 
me elle & fon frcre le Jacobin m'avoient aiTuré , que Dieu ne fit ceffer 
ies grâces extraordinaires & miraculeufes qu'il lui faifoit j lu r quoi le 
Père Jacobin me répondit , que c'étoit pour un tems que Dieu le lui 
avoit donné,& quemaintenantfa providence lui en dounoit un autre. 
Je fus ralTuré,lei5>.deSeptembre,jour de l'A parition de faintMichel, 

je fm: en doute 1 û \ ~> — j- i> \ j- i r* ■ j m 

le fait du mwr de * e ™ Carme vint me dite 1 apres-dmer, que les Stigmates de cette nlle 
u Cmx ci - après a voient été remplis de fang, fur tout fa tête , Se que le fang avoit perce 
menno»ne ■ _, ne f e j fcff as de Ces bas,quec'etoit une chofe bien furprenantc&qu'il falloit 

f-if/'t pâi ut. fe 11 at fyl i 1 1 * i i 

pu m'en remettre l'é- que cela vint ce Dieu, ou du Démon, qu'il ail oie a Toulon pour cher- 
poque avec cette cer- cfier un mo rceau de le vraye Croix qu'il avoit aporté de Rome,qui a- 

tttude qu'exige ma ■ j r ■ ■ 1 ' »-i • r »' li j il r 

fmee-ïté dama Mi- V01t ^ c J a * ait un miracle , qu il verrou 11 ce n etoit point des ululions. 

Je fus deux jours fans voir ni le Père Nicolas, ni le PereCadiere,après 
ces deux jours le Dominicain étant venu diner àfaint Antoine, affecta 
- d'être tulle & mélancolique , & après le diner lui demandant des nou- 
velles 



moire* 



s 

velles de la Sainte, il nie dit : Quoi, Monfeigneur , ignorez-vouscequi 
eft arrivé ; je vous prie de me garder le fecret : Après que le Père Car- 
me a eu donné l'absolution à ma Sœur , les Stigmates 6c la Couronne ont 
difparus, & les cheveux font crûs tout a coup. Le Père Carme qui vint 
ce jour même à Saint Antoine, me dit la même chofe, & il ajouta, 
Ah le malheureux/ le miferable ! Pour moi , continua-t-il, je ne puis 
point parler ; il s'en alla, Se le Père Cadiere me dit alors ; ma Sœur a 
été enforcelée , & tout ce qui a paru d'extraordinaire en elle jufqu'ici , 
n'etoie qu'une illufion du Démon ; Elle quittera dans quelque tems la 
Baitide de Pauquet , & viendra dans la nôtre, & nous dira tout : Mais 
lui dis-je, aprenez-moi en attendant ce que vousfçavez. Comment eft- 
ce que le Père Girard l'a enforcelée? c'a été en foufflant, me dit-il, dans 
fa bouche, & elle- dans la demie étant au ConfeiTional pendant des deux 
ou trois heures confecutives *, elle vous dira tout. La Cadiere étant en- 
fuite venue dans fa Baftide, le Père Jacobin m'y accompagna ; nous y 
trouvâmes le Père Carme. Je demandai à cette fille , pourquoi elle pa- 
roi/foit fi, trifte? Elle me dit qu'elle vouloit me parler en particulier. Je 
vous prie , Monfeigneur , de ne faire point de mal , me dit elle , au Père 
Girard. De quoi eft-il queftion ; Comment vous a-t-il dirigé , lui dis-je? 
Ji s'attache à lui fes Pénitentes, me dit-elle, au lieu de les attacher à 
Dieu , & il s'en fait aimer > il a un caractère qui les charme toutes. Je 
lui demandai enfuite, s'il étoit vrai qu'il lui eût fouflé dans la bouche, 
&c qu'elle eût fouflé dans la fienne pendant deux ou trois heures ï Elle 
me répondit , qu'efïe£tivemerct tl lui avoit fouflé de (Tus , & que comme elle , 
iè détournoit, il' lui avoir die : Tournez vous, & recevez mon fouflé , 
mais que cela ne dura que quelques momens-j que depuis ce tems-là elle 
setoit trouvée toute tranfportée pour lui i qu'il lui avoit fait accepter 
l'état d'obfeflion \ pour délivrer un ame du péché mortel , mais que 
cependant cette perfonne ne vivoit pas mieux , qu'elle avoit été plus de 
•deux mois obfedée; qu'elle s'éroit rompue' par Ja violence de fes agita- 
tions, & que le Père Girard n'avoit point voulu lui faire desexorcifmes, 
quoi qu'elle les demandât avec inftance. Je lui demandai quelle raifon le 
Père Girard avoir eu de l'enforceler ; Elle me dit, que fous prétexte de 
voir Ces Stigmates, il lui touchoit le fein, le ventre, &r appliquoir fa poi- 
trine nuë contre la fienne, quand elle étoit dans le lit. Je lui demandai 
s'il n'avoit point fait l'acte marital , & fi elle contprenoit ce que je vou- 
Iois lui dire t Elle me répondit qu'elle le comprenoit parfaitement , mais 
qu'il n'étoit jamais rien arrivé de femblable , & qu'elle ne l'auroir pas 
foufrert. Qu'il y avoit neuf Pénitentes du même Père Girard qui a voient 
des Stigmates , & qui étaient auffi poifedées du Démon : dans une autre 
converfation elle me dit douze , & enfin jufques à vingt-deux , & que 
le Père Girard étoie Sorcier depuis vingt-huit ans. Je lui défendis de par- 
ler de tout cela, & que je mettrois ordre à tout, après avoir examiné 

B 




routes chofes~: elle me dît qu'elle donnoit au Père Nicolas le pouvoir de 
•révéler fa confeiïion. 

"Etant de retour à Saint Antoine, j'envoyai chercher le Père de Saba- 
*er, â qui je dis en fecret ce que j'avois appris, lui ordonnant d'exami- 
ner la conduite du Père -Girard. 

Le Père Prieur des Carmes , & le Père Cadiere me vinrent dire qu'il 
étoit à propos de faire des exorcifmes, de leur en donner le pouvoir par 
écrit, tant pour la Cadiere, que pour les autres Pénitentes du Père Gi- 
rard qu'ils trouveroient dans le cas, ce que je fis. Le Père Cadiere me 
proposa tour de fuite de faire venir deux Dominicains qu'il me nomma, 
pour examiner Ci l'obfefîion étoit réelle i il me dit qu'il faloit interdire le 
Père Girard, ou le faire fortir de Toulon : ils me touchèrent fouvent cette 
corde l'un & l'autre, mais je les refufai toujours, me doutant de quel- 
que fupercherie, & étant bien aife défaire examiner par le Perede Sabatier 
ce que ces gens pou voient tramer, afin d'en venir à bout, je fis lemblane 
de donner entièrement dans leur fens j ils exorciferent cependant la Cadiere, 
& quelques jours après elle fe déclara elle-même délivrée, s'étant tou- 
jours plainte jufques là, que le Père Girard lui aparoiflbit & la tourmentoit. 
Le Père Nicolas exorcifa enfuite à Toulon la Veuve l'Allemand & la 
Battarel,qui fe lai fièrent perfuader qu'elles étoient ob fed ées , ôc tâcha 
inutilement d'en faire autant à l'égard, de quelques autres Pénitentes du 
Père Girard, qu'il foUicita fortement, comme de ma part , d'aller à lui 
À confeile , & de lui obéir. 

Ce fut à peu près dans le même tems que le Père Cadiere me dit, 

que tous les Jefuttes étoient des impudiques, &c qu'en particulier pource 

■qui regarde le Père Girard , la Sœur de Lefcot Maîtrelfe des Novice* du 

Kionaftere de Sainte Claire avoit furpris ce Père prenant des libertez avec 

fa Soeur -, de quoi voulant m'éclaircir, je lui écrivis pour Ravoir ce qui 

en étoit <, & elle me répondit par une lettre vers la fin d'Octobre , qu'elle 

me proteftoir, foi de Religieufe, qu'elle n avoit jamais rien aperçu de. 

pareil. 

j e fah en doute 11 arriva encore alors que le Père Nicolas Carme me remit entre les 

/ h fah ne fe maiis une Croix de bois , qu'il médit être la même que la Cadiere avoit 

*fordap?islei9 donnée au PereGirard quatre ou cinq mois auparavant, & qu'elleavoic 

Septembre, Un retrouvée, aporcée miracuîeufement par les Anges dans fa Caiïette» 

du mt>ur^ det J'^bbé Cadiere m'aflura que c'étoit la même que fa Sœur avoit donnée 

Stigmates a cet- ^ _ , .. _ ^ — . , ? . . 

H FilU- a ce "ère » ce que ledit PereGirard ayant apns , pour me convaincre des 

fupercheries qu'on me faifoit, il fe fie rendre cette même Croix, qu'il 
avoir reçue de la Cadiere, & qu'il avoit envoyée dehors, & la donna 
au Père de Sabatier pour me la faire voir. 

Après que le Père de Sabatier m'eut die qu'il avoit examiné le Père 
Girard , & qu'il étoit impolTible que le Père Nicolas & les Cadieres ne 
lui euiTent impofé ; pour un entier éclairciflement, je jugeai à propos 



7 
de réunir ces trois perfonnes qui avoient été exorcifees par îe Père Ni- 
colas & de les reconfronter avec quelques autres Pénitentes du Père Girard* 
pour connoître ce qu'il pouvoit y avoir de réel dans ces accufations de 
Sortilège que les Pères Nicolas Ôc Cadiere apelloient lepurQiiiétifme» 
donc ils chargeoient ledit Père Girard i je fis dire aux unes & aux autres 
de fe rendre a la Baftide de la Cadiere avec le Père Nicolas ,6c je m'y 
rendis moi-même avec le Père de Sabatier, tout en arrivant nous vîmes 
lortir le Père Carme avec une Etoile violette & un Rituel Romain qui 
me vint au devant, me âifmz: Venez Monfeigneur, voir l'état pitoya- 
ble où on a réduit ces âmes que Dieu a confiées à vos foins. Et quoi 
qu'auparavant nous n'euffions pas entendu le moindre bruit, au moment 
que nous entrâmes dans la chambre ce fut un vacarme honble , la- 
Veuve l'Allemand étoit appuyée contre une muraille, fe plaignoit vio- 
lemment, comme fi elle eût beaucoup fouffert, la Bâta relie fe roula 
par terre, tirant la langue , tordant fes bras, criant & hurlant de toutes 
îes forces ; je dis au Père Prieur des Carmes, que puifque le bruit ne 
me permettoit pas de les interroger, j'allois me retirer , Ôc le»Pere Ni- 
colas me répondit que l'accès finiroit bientôt, Ôc il finit effectivement 
d'abord'» je commençai par demander quelque chofe à l'Allemande, & 
alors le Père Carme me dit qu'il me repondroit pour elle > le Père de 
Sabatier dit alors que c étoit elle qui devoit répondre, 8c ayant un peu 
difputé avec le Carme pour terminer ce différend, je dis que j'enten- 
drois& le Père & les deux Filles > l'Allemande me répondit qu'elle étoit 
poffedée du diable» mais que cela ne l'empêchoit pas de travailler Ôc dé 
faire fes fondions ordinaires. Lui ayant demandé fi elle étoit fujette z* 
des maladies > Elle me répondit qu'elle étoit habituellement allez malade» 
mais que pour cette fois fon mal étoit caufé pat le diable, & qu'il yavoit 
trois mois qu'elle ne pouvoit pas prier » le Père de Sabatier ayant reprefjncé 
qu'il étoit bien difficile de diftinguer dans une femme déjà avancée en 
âge, fi une incommodité venoic du diable ou d'une caufe naturelle , le 
Carme prenant la parole, dit d'un ton de maître, que la difficulté n'é- 
toit pas grande dans cette occafion , que la chofe étoit toute viflble : 
la preuve qu'il en aporta,fut que toutes les fois que l'Allemande vouloit 
prier elle fe fentoit le gozier ferré , ne pouvant prononcer un feul 
mot, elle me dit elle-même enfuite, fur une queftion que je lui fis, 
que le Père Girard n'avoit jamais pris aucune liberté avec elle, & qu'il 
ne lui avoit jamais parlé que de Dieu , & d'une manière pleine de zèle 
êc d'édification ; qu'il lui avoit toujours recommandé de fe vaincre ÔC 
de faire des efforts pour prier vocalement, l'exhortant beaucoup à la pa- 
tience & au travail des mains. 

La Battarel m'affura qu'elle n'étoit pas poffedée du Diable , mais qu'elle 
avoit avalé' le Père, Girard, qu'elle le portoit dans fon coeur & dans fes 
yeux , qu'elle avoit le cœur du Père Girard, & que le Père Girard avoit 




8 

le fien; & domine je lui demandai fi le Père Girard ne lui avoit point 
infpiré ces tfencknens pour lui, elle me repondit, que non , & que ce Père 
ne lui avoit jamais rien dit que d'édifiant & éloigné de toute paillon. 

Je feus akw* que les autres Pénitentes du Père Girard à qui j'avois 
donné ordte de fe rendre a la Baftide, accablées de laffitude, s'étoient 
arrêtées imy-chemin pour m'attendre à mon retour , &. (ouantde cette. 
Baftide pour m'en retourner à Saint Antoine, je fus fuivi du Père Nico- 
las , de la Cadiere, la Batarel , l'Allemande , Se du Père de Sabatier » qui 
sy rendirent avec moi, oùeelles-cy fe difpurerent beaucoup avec les au- 
tres Pénitentes du Père Girard que j'avois fait venir , les unes nièrent des 
faits que les autres avançaient , Elles firent fucceffivement plusieurs, pro- 
teftations les unes contre les autres , enfin après les avoir entendues, je 
les congédiai , leur deffendant réciproquement de parler du Père Girard, 
que je ne crûs dés lors point coupable, ayant remarqué au contrairedans 
les accufateursôi les aceufatrices beaucoup de paffion&: de déguifement. 

Le Père de Sabatier s'étant plaint à moi quelques jous après , & ayant 
apris d'aiUeurs moi-même que le Père Nicolas fes Religieux, le Pè- 
re Cadiere Jacobin répandoient dans la V ille des difeourts injurieux , qu'ils 
avoient tenus à moi-même contre le Père Girard, contre lequel ils pu- 
biioient les accufàtions qu'ils m'avoient portées, j'ordonnai à mon Grand 
Vicaire d'y remédier , Ôc celui-ci n'ayant pu venir à bout de faire celTer 
les mauvais bruits qu'on faifoit courir , fe trouva obligé de retirer mes pou- 
voirs de ceux qui en étoient les autheurs , fçavoir , le Père Nicolas, Prieur 
des Carmes , & le Père Cadiere , Jacobin. 

Le lendemain marin ces deux Pères vinrent me prier de leur rendre mes 
pouvoirs , ou de les ôter au Père Girard , ou de le faire fortir de Toulon , 
ce que je leur refufai>rur quoi ils me dirent qu'ils porteroient l'affaire 
en juftice, qu'ils avoient de quoi perdre le Père Girard, & qu'on leur 
promettoit que rien ne leur manquèrent, s'ils vouloient l'entreprendre, 
qu'on leur offroit pour celi cinquante mille livres. 

Trois ou quatre jours après les deux Curez de ma Cathédrale vinrent 
me raconter à Saint Antoine les feenes fcandaleufes Ôc bruyantes qui 
étoient arrivées à Toulon dans la maifon de la Cadiere la nuit précédente 
& le jour même; je me rendis d'abord à la Ville, & le lendemain mon 
Grand Vicaire fe tranfporta dans la maifon de ladite Cadiere en compa- 
gnie du Promoteur & des mêmes Curez, pourdreffer Procès verbal de ce 
qui s'étoit palTé la veille fur les Interrogats & Réponfes de cette fill", 
& prévenir par-là quelques nouveaux defordres ; laprès dîner de ce /our- 
la même , pendant que la Cadiere faifoit fon Expofition pardevant 
le Lieutenant qu'elleavoit requis d'accéder» le Père Cadiere vint me voir 
avec fon Prieur, il me propofa de brûler les Piocedures quife faifoient 
& de Jaiffer tomber cette affaire. J etois alors convaincu de l'innocence 
du Père Girard, & de la calomnie, dont tant lui, que fa Sœur & le 

Père 



^ 



Fcre Carme étoient auteurs ; je lui dis que j'y confenrirois moyennant 
un défaveu de la fille de toutes les infamies qu'elle a voit dites du Perè 
Girard d'ans fon prétendu accès d'obfeffion ; mais qu'il prît garde que pa- 
reil fcândale n'arrivât plus ; fur quoi il me répondit qu'il me promettoic 
que cela n'arrïveroit plus; 8c je ne pus alors m'empêcher de lui repondre 
vivement 3 Oh! oh! mon Père , il dépend donc de vous de faire parler 
& taire le Diable comme il vous plaie ? à quoi il ne répliqua rien ; 8c 
à l'égard de là réparation 8c défaveu que j'exigeois , il ne voulut jamais 
y entendre", & ie retira. 

Mon Promoteur , à la requifition duquel mon Grand Vicaire Se Offi- 
ciai avoit accédé en jurifdi&ion gratieufe pour connoîrre & dreiTer Verbal 
de l'obfeffîpn ou poffeffion de cette fille , ayant trouvé par fes réponfes 
qu'il étoit de (on miniftere public ecclefîaftiqùe de demander à faire in- 
former fur le contenu des réponfes de cette fille 3 préfenta fà Requête à 
l'effet de ladite Information contre les coupables , elle fut prife en con- 
cours avec le Lieutenant, attendu le cas privilégié qui apparoifïoit expofé : 
8c les témoins furent refpe&ivement affignez & oùis à fa requête 8c a 
celle de la Cadierc complaignariee pardevant ledit Lieutenant, comme il 
refaite de la Procédure. 

Voilà tin détail exa& de tout ce quieft, venu à ma connoifTance de cette 
affaire, dont j'ai pu me fouvenir ; tout étant dans la fincerité des choses 
comme elles fe font' paffées , & celle que je dois au Miniftere facré que la 
divine Providence à depofé en me* mains; fans que rien ait été hazarde 
dans ce Mémoire , fur quoy je puifie avoir le moindre doute , & 
le moindre icrupule qui pûifle me faire de la peine , fi ce n'eft de 
m'être peut-être un peu trop laifle entraîner par les apparences , Se 
d'avoir crû trop facilement les prodiges 8c miracle* dont cette famille 
m'a impofé ; ce que je déclare en dévoilant mon cœur 8c mes fentimens 
avec là candeur attachée à mon état , 8c avec la vérité qui en eft infeparable. 

tj< LOUIS , Ev. de Toulon, 



A TOULON, chez Jean-Antoine Mallard, Imprimeur du 
Roy , & de Mouleigneur l'Evcque. 173 U 



1 



J 






%l ** 



i4mmmm-VLs 




RESULTAT 

DES MEMOIRES 

DE LA DEMOISELLE CADIERE, 

Et Adhérants contre le P. GIRARD 

Jefuite. 



tf^PSSyi 'O N voit dans cous les fîécles, quelques-uns de ces évene- 



mens finguliers qui lémblenc deftinés à réveiller l'attention de 
tout l'Univers, ôc à occuper pour un temps la fcene publique. 
La Provence eft aujourd'hui le Théâtre de l'action principale 
qui nous étonne > elle efl telle, que le paflén'a rien vu de pa- 
reil ,& que la poflerité , ou intimité ou réduite par les vo/u- 
mesdontonmondeàcefujet, & la France & toute l'Europe, croira à peine 
ce qui fe pafle fous nos yeux. Tout efl: en mouvement. Je vois de part ou 
d'autre, l'innocence tremblante, & le crime infultant à la miféreoùil Ta 
plongée : Je vois dans les mêmes fers, Ôcaccufés & accufateurs , tousfufpedts 
<ie la profanation de leur Sacerdoce, de leurMiniftere, des Vcpux les plus 
iacrés» Je vois dans ce tumulte fcandaleux, la fainteté & l'abomination, la 
pieté & le facrilége, le Ciel enfin & l'Enfer confondus eniemble.'JLe crime 
eft commis, & jamais tant d'horreurs ne l'accompagnèrent ; mais où. eft-il ? , 
Il lefaut chercher } il ne fe cacherapaspluslong-tempsjôt fa nature annonce 
déjà le genre & le lieu du fupplice. 

Cependant, laRaifon effrayée, la Jufticeallarmée, la Religion infultée, 
femblent d'une caufe particulière, en avoir fait une caufe Commune ,i la- 
quelle tous s'intéreiïent fuivant leurs principes, ou faux ou véritables, leur 
pénétration ou leur peu de lumières , le fond de leur équité ou de leur injuf- 
tice, fuivant enfin lespaffions différentes qui entraînent & déterminent leurs 
décidons auffi inutiles que légères, précipitées, & peut- et récrimine les ! 

Quand il s'agit d'un Jcfuite aceufé , l'éclat eft'bientôt fait ; l'accufation ôC 
la condamnation font bientôt confondues, &c rien n'eft trop long-temps diffé- 



ré que fon fupplice , auquel on v ou droit encore aûoeier tous fes' femblables . 



i 



comme on les aflbcie d'avance à la honte d'une horrible & infamante accu- 
fation qu'on refufe d'approfondir. Tel eïr, l'efprit dominant , & la vigilance 
d'un certain Public, infatiable des opprobres & de la destruction de ceux 
qu'ils regardent comme ennemis , quoiqu'en vérité ils ne le foient que de . 
leurs erreurs. 

Je n'ai de grâce à demander à perfonne, & moins qu'à tout autre, à ces 
fauteurs déclarés dumenfonge, & des plus noires calomnies, mais je fou- 
tiens que tout homme, doit à l'évidence de la vérité, le jufte tribut que la 
raifon .humaine ne peut lui refufer:Je fçais où j'en fuis j l'on m'a réduit à 
n'ofer qu'à peine prononcer le nom du Père Girard y auffi je quitte qui voudra 
de cous fentirnens , même en faveur de fon innocence j c'eft bien allez pour 
un Jefuite qu'elle ne foit pas opprimée dans lui j mais qui que vous foyés , 
j'exige de vous en votre propre faveur , que vous ayés ici de la bonne foy avec 
vous-même. Car enfin, jl me feroit bien, inutile de porter fous vos yeux la 

f)Ius vive lumière de la vérité, fî Vous vous obftinés, en fuyant, à refîerrer 
e bandeau dont votre mâuvaife volonté les enveloppe. 

J'ai tout vu , s'écrie- t'on dans des tranfports qu'aucune digue ne peut plus 
arrêter ! J'ai tout lu. \ Le Père Girard a confommé le crime , il ne me faut 
l'impulllon d'aucune cabale pour le juger ; je m'interroge , & j'encens au 

fond de mon cœur, une réponfe de mort qui le condamne Je vous entens 

auffi, c'eft-à-dire, quei'efpece de crédulité qui vous emporte, a fa- fource 
dans votre cœur , & que vous étendes la condamnation intérieure & forcée 
que vous prononcés en fecret contre vous-même , à celle d'un homme qui ne 
vous reffemble en rien. 

Quand on lance dans le monde une Hiftoire de Galanterie , & fur tout 
contre ceux qui font par état les Fléaux du vice, quelque grofïïere , quelque 
mal concertée qu'elle puiffe être, elle trouve du cours } on l'adopte ; l'on 
prononce : le tempérammenc, le caractère, un certain tour de malignité 
prefque univerfelle en ce genre, emportent une imagination corrompue - y le 
cœur la fuit t l'efprit veut juftifier l'un & l'autre j il s'enyvre de fes premières 
idées à un point , que fermant toute entrée aux réflexions, feules capables 
de corriger l'erreur, il feperfuade au contraire qu'il ne lui refteplus qu'à fe 
confirmer dans des fenumens, que des impreffions trop bien gravées , lui fone 
regarder déformais, comme des principes certains: de là Ton violent pen- 
chant , fa détermination même i faifîr tout ce qu'on lui préfente de plus 
propre à l'enyvrer encore d'avantage $ & de cetteyvreffe, l'on voit naître 
dans toutes les facultés de rameainiï liguées, une efpece de feeurité, donc 
la faîte eft de lui faire négliger , m ipri/er comme inutiles , comme fa fti dieux, 
comme pitoyables , tous les ouvrages qui pourroient le rappeller dans les 
voyesdeia vérité, ou du moins dans celles d'un examen dégagé de toutes 
pallions. 

Il faut l'avouer, il n'eft que certains efprits fupérieurs , d'une grande 
droiture Naturelle, & capables de fe commander la fufpenfion de tous leurs 
préjugés , pour ne pas felaifler dompter jufqu'à l'efclavage par les opinions 
populaires, parles Tentimens de la corruption $ il n'eft que cette rare efpece 
d'efprits, qui puiflencr'QUvrir dans eux un paflâge à la vérité, lorfqu'elle 
vient à reparoître après fçs éclipfes caufées par les nuages d'une artificieufe 
& criminelle réduction. 

Je ne fouhaite donc pour Lecteurs que des hommes fenfés , juftes , Chré- 
tiens , amis de la raifon , de l'équité , d.ela Religion toutesfois h méprifées , 
i! indignement foulées aux pieds dans les affreux Ecrirs que le menfonge , la 
calomnie , la fureur Se l'impiété ont vomispour la Cadiereôc (es Adhérans. 
Que le libertinage , que l'héréfie fe repaient de ces Ecrits fî flatteurs pour 
eux , que l'un y prenne désarmes pour au tarifer & redoubler les infulces donc 



3 
il accable la vertu ; que l'autre y trouve une.matiere de triomphe fur les vrais 
fidèles > leurs applaudiflemens font dignes de ces Ecrits, 6c ces Ecries, ainfi 
que leurs Auteurs, ne peuvent afpirer à d'autre* applaudiflemens $ leur fin 
juftifiera leurmérite. 

Au refte, fi pour l'honneur de la Juftice, qui a encore des partifans & 
vrais ôcdëfîncereflés, j'ajoute un derenlcur Public au nombre des honnêtes" 
gens qui juftifient en fëeret le Père Girard , c'eft que je le connois. Il ne fçau- 
roit m'a voir trompé } mais s'il Pa fait , s'il a voile un commerce avec l'Enfer, 
desfacriléges, des inceftes fpirituels, des parricides, s'il a mafqué tant de 
crimes d'un extérieur fi fim pie , fi vertueux, d'une pieté fi tendre > fi fo&te- 
nuc, d'un zèle fi ardent, d'une charité Ci pure; de tant de travaux apottoli- 
ques, d'une vie fi mortifiée , d'une prière iîaffiduë, je ne puis plus regarder 
le Père Girard que comme le plus abominable des hommes j qu'il périflë i que 
fon nom foit en horreur ! que fa mémoire foit abolie que le Corps dont il a 
été l'indigne membre, géminé d'avoir nourri ce monftre dans fon fein , d'a- 
voir été le jouet de fa damnable hypocrifie ; & qu'enfin un infâme bûcher 
confomme , s'il fepeut avec lui , le fou venir de tant d'horreurs. 

Mais le Père Girard eft innocent 3 c'eft un ferviteur de Dieu dans la plus 
rude épreuve } dans le creufet de ces grandes tribulations refervées aux cou- 
rages héroïques des Jofeph. dans les fers -, des Su fan nés prefque livrées à la 
fureur du Peuple - y L'honneur d'unPrêtre dej. C. vaut bien celui d'une femme» 
Juive , & fi je n'ai paslafaintetéd'un Daniel, Dieu daigne m'en infpirer fa 
juitice, puille-t'il m'en donner la prudence pour confondre la calomnie , ÔC 
couronner la vertu. 

La voix publique organe de la divine condamne le Père Girard ! Eftce la 
voix publique ou la fureur publique 1 Et de quel Pulic encore. 

Un homme judicieux a très bien remarqué, qu'il eft attaché à la feule in- 
nocence expofée aux derniers périls , de voir un Peuple aveugle murmurer , 
s'aigrir contre elle jufqu'au point d'être altéré de fonfang, de fe faire une 
fête de fa condamnation, del'infulrerdans le fupplice même. Au contrai- 
re , qu'un fcélérat né pour le trouble & l'effroi de la focieté , dont les mains 
feront encore fumantes du fang des citoyens, foit pris et convaincu , le Peu- 
pi* s'en repofe tranquillement fur l'équité des Juges ; il attend fans impatien- 
ce le Jugement $ & il s'abandonne enfin aux fentimens de la compaffion na- 
turelle , quand le criminel expire fous les coups des Bourreaux. Il fembie 
donc que cette fureur populaire anticipée, devient le préjugé, Je fymbole, 
le fceau de l'innocence opprimée dans le Jufte , & de la Religion tourmen^ 
léedansfes Martirs, depuis que l'innocence même, le Saint des Saints, 4 
vûunegrande Ville , témoin de fes œuvres , conferver par préférence la vie 
à un in fig ne meurtrier, & ne refpirer que les affronts, la perte, le fang du 
Jufte. * Qui donc une populace infeaCcs demande- t'elle ici pour victime 2 Qui 
veut-elle fauver ? On le va voir. 



Matth. 



11. 



P R F C I S DES FAITS. 

L'on n'eft par malheur que trop inftruitde l'horrible hiftoire dont il s'agir, 
pour qu'il foit befoin d'entrer encore dans des détails de Faits , déformais 
îuperflus. : On ne les rappelle donc que pour faire un tout , & l'on fe borne 
aux Faits , dont on garentic la vérité , parce que les Faits qu'on avance ici 
réfultent des preuves, comme les preuves y réfultentdes Faits, par le rap- 
port neceflaire ôc fenfible des uns aux autres , dans les chofes évidentes & 
démontrées par elles-mêmes , ou prouvées par témoins. 

Le î*ere Girard dont fes Supérieurs vouloient diftinguer le mérite , hono- 
rer la vertu, reconnoître les fervices, fut nomme «n 17*8. Recteur du Se- 



4 S 
minaire de la Marine à Toulon , place qui demande un homme de confiance, 
habile , fur & d'un grand exemple , pour inftruire Se édifier Me/ÎIeurs les Au- 
môniers des Vaifleaux du Roi. Il arriva en Avril à Toulon , où. il fut fuivi 
de cette réputation pure &c fans tache que fes talens Se fes bonnes œuvres lui 
avoientacquife pendant dix ans entiers à Aix, grande Ville qui fans doute 
n'oubliera jamais les traits marqués de fon zélc charitable, dans des temps 
bien critiques , & depuis toujours fi bien fou tenu. Le Père Girard paflok 
iùr tout pour un guide très- fàge, très-écJairé dans la viefpirituelle j pour un 
Dire&eur confommé : Tréfor bien prcieux à la pieté des Fidels , êc à tous 
ceux qui chercheront Dieu en efprir èc en vérité ; mais tréfor , dont l'hipo- 
crifîe infeparable de la vanité abufe quelquefois , pour jouir à l'ombre d'un 
faint & fameux Directeur , d'une réputation dont on eft bien éloigné, 

Catherine Cadiere^ jeune fille de l'ordre inférieur de la Bourgeoifie de 
Toulon i ôc dont l'étonnant caractère fe développera bientôt , mais qui jouif- 
foit alors de l'honneur de la vertu , & qui portoit à l'extérieur la livrée de 
dévote par état, fe préfen ta des premières ; 5c pour tenir aufE les premiers 
rangs auprès du Père Girard , elle s'annonça à lui comme conduite par la 
voix exprefle de Dieu 5 elle l'a voit bien entendue : £.cce hemo , voilà celui 
que je vous aideftiné pour vous conduire dans les voyes de la perfedion, 
C'eft ce qu'elle a mille fois répété à qui l'a voulu entendre. Un fage&zélé 
'piredeur, fans fe prêter aux motifs, tend aux confequences. Il lent bien 
qu'un tel ordre n'a pas frappé les oreilles de cette jeune fille ; il n'y voit 
qu'une vive émotion que Dieu excite dans un cœur, & dont un Père fpiri- 
tuel tire avantage , pour donner plus d'autorité à fes confèils évangeliques , 
tn defcendant comme Saine Paul au niveau même des ^cibles, pour tout 
ion, 9. gagner à Dieu. .JF affas fum infirmis , infirmus ut infirmas hterifacerem 3 omnibus 
emnia faï'ins fum ut omnes facercm falvos. 

L'on jugera dans la fuite delà fincérité de cette fille, mais il eft certain 
que toutes les connoifTances qu'il lui plût de donner de fon intérieur au 
Père Girard , dans le Tribunal de la Pénitence , pendant la première an- 
née , ne fer virent qu'à le confirmer dans l'idée de la fagefle , de la droiture, 
de la vertu éminente d'une jeune perfonne , que Dieu par une prédiledion 
fpérïale, feréfervoit à lui-même, & furlaquelleilfembloitavoir degramds 
defleins. Ce courant d'une faintecé unie & cachée , ne lui laifïoit aucun af- 
r cendant fur les Pénitentes du Père Girard $ il falloir d'autres alirnens à une 
imagination telle que l'on reconnoîtra par mille traits inoûis, celle de la 
Cadiere, pour la dédommager au moins par quelque endroit de tous les 
facrifices qu'il en coûte à fon âge , quand il s'agit de reprefenter & foûtenir 
îe rôle de Dévote. Elle voulut de l'éclat -, elle eut , dit-elle , une vifion > 
Dieu lui fît voir manifestement la laideur infoutenable d'une ame en péché 
mortel: l'intérêt d'un Dieu offènfé la défola , l'horreur du fpedre l'effraya; 
mais une voye difHnde lui dit , que fi elle vouloir confentir à une obfeïïïon. 
d'une année, Dieuaccorderoitlaconverfion del'ame à l'ade généreux de 
cette fouffrance volontaire. 

Ce n'étoit pas ici le coup cf'eiïai de (es révélations; & il eft prouvé au 
Procès, qu'avant l'arrivée du Père Girard à Toulon, elle en avoit hazar- 
dé quelques autres y mais la vue de l'ame criminelle & de la condition 
^efonfalut, fut le premier piège qu'elle mit en ufage pour fonder la cré- 
dulité de fon Diredeur: fes confeflions fréquentes, qui félon toute appa- 
rence , étoienc autant d'éloges palliés de fa fublime fainteté , dévoient avoir 
difpofé à croire le fait delà vifion , Si à ne pas juger cette fille indigne de 
faveurs de cette nature, dont il n'eft pas fans exemple que Dieu à honoré 
fes Saints, 6c anciennement êc de nos jours. Mais s'il dut croire ce qu'une 
fille fî fainte à £çs yeux-, dit elle-même lui avoir rapporté dans la Confef- 

flon, 



• 



$ 

fion, c'eft-à-diredans le Sacrement de vérité , il ne crut pas devoir lui en 
confeiller l'exécution , & il ne le fit point. Cependant la Cadiere voulant 
juftifier par voye de fait la vérité de la vifion , & fe donner pour toujours ua 
avantage invincible fur la confiance d'unDire&eurrefpecté , qu'elle préren- 
doit s'allervir comme un fur garant de fa iainteté merveilleuie , elle lui dé- 
clara peu de temps après, qu'elle avoit cru ne pouvoir trop payer le falut 
d'une ame qu'un Dieu avoit rachettée de fon fang , 6c qu'à ce prix elle avoit 
accepté l'épreuve de l'obfëffion. 

Voici où le rideau fe levej lafcene s'ouvre, elle ne fe fermera plus. De- 
v oit-on s'attendre à fa cataflrophe î elle eft effroyable. La Cadiere com- 
mence par reprefenter les fuites & les effets de fon heroïfme fimulé. Quelle 
Actrice i Les contorfions, le roidiflcmcnc des membres, la contradîion du 
col pour lui donner de l'enflure, l'altération de la raifon livrée en apparence 
aune puiflance invifible, qui agit, qui maltraite fa victime, qui remue les 
fibres de fa langue pour former des blafphêmes , rien n'y manque; on dï- 
roit qu'elle joue d'après nature. Le Père Cadiere Jacobin , intérieurement 
fatisfait du fuccès, foutient l'Actrice par fa composition étudiée, par fes 
feintes al larmes. Il s'applaudit d'un projet fi bien concerté entre fa fceur & lui. 
Des preuves évidentes & rétroactives, qu'il a forme Stfoutenu jufqu'au bouc 
l'intrigue , qu'il en étoit l'ame , feront toucher au doigt que cet indigne Reli- 
gieux a été le mobile de ces jeux pleins d'impiété. Il n'eftdans le crime que le 
premier pas qui coûte • 11 eft fait ; où conduira-t'il &. l'auteur &. les complices? 

Le jeune Ecclefïaftique Cadiere,quin'etoitpeut être pas encore initié dans 
le fecret â mais qui dans la fuite s eft rendu fi coupable , ne fert qu'à mieux 
confirmer les fpectateurs par une confirmation naturelle & fans art. Il part, 
il vole 5 plein d'effroi , il annonce au Père Girard l'état de fa fceur , il l'ap- 
pelle à ion fecours; Ce Père arrive ; 11 examine , il compare, il voit; Se 
quand les confequences de fait frappent les fens , quand elles ont une liai- 
fon néceffaire avec les antécédent: tout eft établi. La Cadiere ne fait que 
fe perfectionner dans les nouvelles repréfenrations, elle gagne en avançant; 
mais etanr venue au terme où les fuffrages unanimes de tout Toulon don- 
noient une réalité fuffiiante à fon obfeflion , trouvant d'ailleurs un mérite 
de gt.ût dans des fingularités qui la rendoient l'objet des entretiens, des ré- 
flexions, de la vénération même du peuple , le Jacobin & elle aipïransà de 
plus grandes chofes, voulurent terminer ce premier acte comme il avoic 
commencé, par le merveilleux: l'entrée dans l'obieffion (i bien jouée, fuc 
une vîfion ; une vifion fera la porte pour en fortir. Mais féconde vifion in>- 
térreffanre pour le Père Girard ; il faut le tenir , & l'on penfe à tour. 

La fceur Ramufat Religieuie de la Vifitation de Marfeille , récemment 
morte en odeur de faintete, fous la direction par lettres du Père Girard % 
rompt les chaînes de fon obfeffion. La Cadiere la vûë profternêe aux pieds die 

trbne de la Mifcricorde Elle a vu fon cœur porté par les An^es , &C. 

Elle donne au Père Girard une relation détaillée de ces miracles. Le Jacobin 
invente ôccompofè tous les écrits miraculeux. La Cadiere exécute & repre- 
fente. Le jeune Abbé eft le copifte &. le porteur. 

Après quelques jours de relâche & de repos, tout s'arrange entr'eJle 8c 
fon Confeil domeftique pour le Carême de 1730. Les vifions desEzechiels 
& des Daniels, celles de TApocalyple, n'ont rien de fi merveilleux que ce 
qu'on lit dans la relation du Carême de la Cadiere, avec la différence que 
les Prophètes Stlefaint Difciple, font tremblans & humiliés dans la confi- 
dence des fecrets de Dieu î au lieu que le Jacobin , auteur de tout, érige fa, 
fceur en coryphée de fon facrilege & impudent ouvrage. On y représente 
la Cadiere comme appellée avec Jefus-Chrift dans ledéfert, pour y foute- 
nir avec lui un jeûne de quarante jours , qu'elle aflure avoir en effet foute, 

B 



nu. Elle eft nourrie du pain des Anges j elle eft portée cent fois au plus haut 
des Cieux j elle fe repofe dans le fein de la Divinité -, les torrens de volupté 
innondent fon cœur. Le voile tombe ; elle a tout vu , tout entendu ians 
énigme: l'avenir fe développe devant elle -, rien de caché pour elle dans les 
plus kcrets replis des confciences. La voilà concentrée dans Jefus - Chrift 
même : elle coopère avec Lui à la rédemption du genre humain ; elle eft 
flagellée, couronnée d'épines , clouée à la Croix ; fon côté eft ouvert d'une 
lance, elle expire , elle defcend aux limbes, elle refîufcite , elle monte aux 
Cieux , elle n'en fort que pour venir donner ici bas une Sainte à l'Ordre de 
Sainte Claire , qui l'a obtenue préfera blement à Sainte Therefe. Les doux , 
la lance, la couronne d'épines, lui laifTent à la tête, au côté gauche, aux 
pieds , Jes marques cnfanglantées de ces vérités t on les voit , on les touche; 
les playes foutiennent l'épreuve de fon Directeur même, qui ramafle toute 
fon attention, pour examiner, pour juger. Le moindre doute apparent , le 
moindre foupçon fur ces prodiges palpables , fur ces transfigurations fenfibles, 
ferait dans lui une opiniâtreté déplacée ; ilpafïeroir pour rebelle à la vérité 
que tout concourt à lui perfuader. Les transfigurations ont trop faifi les 
fpectateurs 1 , pour qu'on ne les rejoue point encore à Toulon , à l'Abbaye de 
Sainte Claire d'Ollioules , qui n'en eft diftante que d'une lieuë, & où le P. 
Girard lui ordonne d'aller remplir l'état auquel Dieu l'a diftinctement ap. 
pellée par fon nom , & conduite par la main. 

A l'égard d'une perfonne dans des routes fi délicates } & dont chaque 
.pas demandait une attention nouvelle, il falloir fuppléer par des Lettres à 
la rareté des vifites. Tout eft prévu $ la Cadiere prévient fon Diredeur fur 
fon ftyle , le Saint- Efprit le règle fans doute fur le caractère de fa main •> elle 
l'a aifé , & plus correct que le commun des" femmes ; en effet elle paroît écrire 
& fouvent & fort au long j le Père Girard lui répond de même ; elle paroît 
annoncer feule les merveilles que Dieu feul devroit connoître , & c'eft le Ja- 
cobin qui les arrange , qui les varie , qui en trace les minutes ; on les a ; P Ab- 
bé fecretaire du complot , met tout au net. 

Cependant les fourberies ne pouvant fe foutenir toujours , trouvent enfin 
un éciieil où la trame la mieux ourdie fe cane s l'on y regardé de près , on voie 
le défaut , on reprend le fil , on revient fur fes pas , 8c l'on voit que tout eft 
faux , tout eft impofture , où les fages même n'a voient cru voir que droiture 
& vérité. 

Ce fut à Toccafion de cette relation dp Carême , que le Directeur qui 
vouloit fe raflurer, demandok depuis long-temps de comparer, de péné- 
trer, de voir ; mais la Cadiere , dont l'obéiffance en ce point dépendoitde 
la diligence du Jacobin à le compofer, traînoit en longueur, Ôc pour tirer 
profit de tout, elle artribuoitfa réiiftance à l'humilité , & non pas au peu de 
complaifance du Jacobin , qui fe faifoit tant prier par elle pour finir enfin ; 
auffi dès que l'ouvrage fut terminé , & avant qu'il fût remis au Père Girard, 
à qui feul on le devoir confier , le Jacobin par un emprefJement d'Auteur , au- 
tant que par vanité d'avoir une Sœur dans un état fi fublime, le communi- 
qua. Le Directeur le fçut j & ce Directeur qui fçait auffi que l'orgueil , la 
defobéiuance & l'indiferétion ne marchent point avec une fainteté à mira- 
cles , jugea que les miracles lui dévoient être auffi fufpects que la fainteté. Il 
ne fongea dès ce moment qu'à fe retirer fans bruit $ il redemanda à la Cadiere 
fes Papiers & fes Lettres ; il les eut en partie. 

La retraite d'un tel Directeur , toute pacifique qu'elle pût être, ne pou, 
voit manquer de porter une atteinte mortelle , & à la fainteté & aux prodiges 
de la Cadiere. Pour tâcher de colorer le changement, le Jacobin mania Ci 
dextrément les chofes , que fe trouvant chez M. l'Evcque de Toulon , auprès 
duquel la renommée de fa Sœur lui donnoit une libre entrée a le P. Nicolas 



7 
Prieur des Carmes Déchauffez s'y trouva auflï comme par hazard, 6c fur le 

champ le Prélat chargea ce dernier de la conduite de la Cadiere. 

Cependant le Père Nicolas donc le portrait eft ici inutile , il fe peindra 
allez lui-même dans (es actions & fa conduite, ce Père Nicolas va donner 
Tes premières leçons à fa nouvelle Pénitente dans la Baftide d'un parent où 
elle s'étoit retirée à la forcie de l'Abbaye d'Ollioules. Il avoit deux partis 
à prendre, ou d'entretenir l'idée de fainteté que l'on avoit eue jufques alors 
de la Cadiere , fuppofé qu'il reconnût qu'elle n'en étoit pas indigne i ou de la 
convertir , fuppofé qu'à l'ombre d'une feinte fainteté , elle eût joué & Dieu 
& fes ferviceurs , & le Public. Qui eût jamais fongé au troifiéme parti au- 
quel fe détermina le Père Nicolas i ce fut celui d'attribuer au Père Girard 
toutes les fourberies de la Cadiere ^ de donner une réalité à toutes les impos- 
tures de cette fille , de les traduire en prefliges diaboliques , dont le P , Girard 
miniftre de l'enfer , & le plus grand des Magiciens , étoit l'auteur. Il arrangea 
tout ; un foufle infernal étoit le fort que le Père Girard avoit jette fur cette 
infortunée, pour fe rendre maître de fa Pénitente, & en abufer au gré des 
paiïïons les plus infâmes, à la faveur des opérations magiques qui lui ravif- 
foient l'ufagedetous les fens. Le crime du Père Girard avoit eu des fuites 
marquées ; pour couvrir ce premier crime par un plus grand encore , le Père 
Girard avoit fait prendre des breuvages à la Cadiere , pour détruire au bout 
de rrois mois l'horrible fruit qu'elle avoit conçu , &c. 

Voilà ce que ce nouvel Ananie apprit à la Cadiere, qui n'en avoit pas le 
moindre doute. Le Père Nicolas lui bâtit d'abord fa Confeffion , après quoi 
il lui demanda par écrit fon confentement pour la révéler en temps & lieu. 

M. l'Evêque de Toulon voifin de campagne du Parent de la Cadiere, fur 
les ioupçons que lui donna le Père Jacobin , qui s'étoit bien concerté avec le 
Père N icolas , vint à la Baftide pour tout examiner par fes yeux. La batterie 
étoit prêre, tous les Adeurs et oient préfens ; le Père Nicolas révéla la pré- 
tendue Confeffion > le récit de cane d'horreurs fait boucher les oreilles au pré- 
lat, & ne lui laifle pas le temps delà réflexion. Son indignation s'enflamme, 
le Père Nicolas faific le moment, il dit que la Cadiere eft encore pofîedée 3 
qu'il ne refte plus de reflource que dans les exorcifmes de l'Eglife. On fup- 
plie le Prélat de les commencer & de les aucorifer - y on lui remet en main 
un Rituel ouvert à l'endroit des exorcifmes -, tout tremble , tout pleure , tout 
gémit autour de l'Evêque,& on lui enlevé t pour ainfi dire, un commence- 
ment d'exorcifme, fans forme, fans aucun des préliminaires que l'Eglife exi- 
ge en pareil cas. Le Père Nicolas fe charge de continuer. 

Mais avant le départ du Prelac on fe jette à fes pieds , & tous en larmes le 
fupplient de ne pas faire éclater le deshonneur 5c la honte d'une famille hon- 
nête. Le coup étoit fait, le Père Girard étoic un fcélérat j à quel Jéfuite le 
Prélat pourra t'il déformais confier fes ouailles ï les voilà d'un fêul trait tous 
effacez de fon eftime : Que le filence auroit alors bien terminé, au gré des 
Accufateurs, une pareille feene ! Mais le Père Nicolas a allumé le flambeau 
d'un incendie que les Cadieres ont foufflé , & qui ne peut plus s'éteindre que 
par le fang. 

A peine M. FEvêque de Toulon eut il eu le temps dek remettre de cette 
furprife , qu'il s'apperçut que l'objet de ce ftracagême prémédité étoic de le 
pouvoir colorer en citant au befoin , l'Evêque du lieu comme témoin oculai- 
re. . . Ets'etantinuruit desreflorts fecretsqui faifoient jouer cette machine, 
le Prélat jugea à propos d'interdire le io. Novembre le Père Nicolas ôc le 
Père Cadiere. Si à leur cour ils eullent voulu s'en tenir là , 6c expier dans une 
pénitence fecrete leurs premières calomnies , ils n'auroienc pas couru le pé- 
ril de les expieravec plus d'éclat. Mais la palfion ne connoîc ni prudence ni 
retenue. Après de vains efforts pour être relevés de leurs interdits, en pro- 



"mettant de faire taire à cette condition les démons & les exorcifmes. Ces 
deux Religieux , défefperés d'être tombé dans l'abîme même , qu'ils avoient 
creufé pour d'autres , fe portèrent à de nouveaux excès , & ayant concerté 
leurs manœuvres, ils vinrent à la face&augrandfcandalede tout Toulon % 
renouveller quoi qu'interdits , la fcene de leurs exorcifmes , le i 6. & 1 7. No- 
vembre. Ils groffirent le nombre des prétendues poflédées, de quelques fem- 
melettes , en leur persuadant que grâce au Père Girard, elles étoient dans le 
cas d'avoir befoin de ce remède. Ce fut de jour & de nuit un tintamare , une 
affluence fans exemple. Toute la Ville ne fçaic qu'en croire , le petit peuple , 
les enfans crient fur le premier Je fuite , An Sorcier, 

Le Père Nicolas , les Cadieres s'attendoient bien que la chofe n'en refte- 
roit pas là , que M. l'Evêque y mettrait ordre \ il envoya en effet fon Grand 
Vicaire avec quelques Officiers de fa. Juftice pour s'informer de roue , non 
pas dans ledeffein de former un Procès en règle y mais fur les réponses de la 
Cadiere , dont le Promoteur eut communication , ce dernier , vu la grievéré 
des faits préfenta fa Requête à l'OfScial pour informer du tout , & punir les 
coupables, le Juge Laïque appelle, 

C'eft ici qu'en vouloient venir le PereNicolas & IesCadieres par ce dernier 
éclat d'exorcifmes multipliés j car prenant occafion de la démarche inévi- 
table de M. l'Evêque, la Cadiere devoir immédiatement après préfenter fa 
Requête à Mr. le Lieutenant Criminel de Toulon, aux fins d'une defeente 
chez elle, pour recevoir fon expofition , ce qu'elle fit le m ême jour. 

Une poffédée , qui fort des plus rudes aflauts avec les démons & l'Eglife , après 
les avoir foûtenus deux nuits & un jour entier , a fans doute arrangé fur le 
champ cette longue expofition , où rien n'eft omis, où tout eft coulé dans des 
demis jours pleins d'adrefle , où l'on place avec art des faletez énigmatiques » 
dont la folution fe doit ttouver dans la confeffîon révélée que le PereNicolas 
lui avoit apprîtes confeflïon compoféede faits criminels qu'elle avoit profon- 
dement ignorez, avant que d'avoir reçu les lumières du Père Nicolas fur fes 
propres actions. 

Tandis qu'on avance de part & d'autte , Sa Majefté informée de l'éclat que 
faifoit cette affaire, pat Arrêt de fon Confeil d'Etat du 1 6, Janvier dernier ; en 
attribua la connoiffance à la Grand'Chambre du Parlement d'Aix; & par au- 
tre Arrêt du même Confeil d'Etat du n. Juinfuivant,laCommiflîon eft nom- 
mément continuée aux mêmes Juges qui compofoient cette Chambre dans le 
femeftre de Janvier , pour être ladite affaire en conféquence de ces deux Arrêts, 
inftruite à la Requête de M. k Procureur General. 

En conféquence de V Arrêt du Confeil du 1 6. Janvier , par Arrêt du Parlement 
du 16. Février MM. les Confeil lers de Faucon & de Charleval furent nommez 
Commïffaires pour aller à Toulon, informer, décréter &inftruire j & l'informa- 
tion faite, ils ont décrété la Cadiete, le Père Nicolas Carme, le Père Cadiere 
Jacobin d'ajournement perfonnel j le Prctte Cadiete & le Père Girard , d'un 
fîmple afligné. 

Pendant le coûts de l'Inftance la Cadiere a formé un premier appel comme 
d'abus, de toute la procédure faite par l'Officialité de Toulon i & par au- 
tre appel du Jugement des Commiffaires , la Cadiere , quoique décrétée Se 
eoaccufée , s'eft rendue incidemment appellante à mïnimk du Décret d'aflîgné 
contre le Père Girard , & du Décret d'ajournement contr'elle , ainfî que le Perc 
Nicolas , & le Perc Cadiere , d'un pareil Décret contre eux > & l'Abbé Cadiete de 
fon Décret d'affigné. Le feulPete Girard refta tranquille. 

Ces appels dont l'Arrêt du Parlement du 3 o. Juillet fait fentirtou te l'injuftice, 
ont été l'occafion & le ptétexte de tous ces infâmes Ecrits dont les Avocats des 
Cadieres & du Père Nicolas ont fali & infecté le monde Chrétien > Ecrits d'ail- 
leurs qui malgré la vérité , le raifonnement , la vrai-iem bUnce & le bon goût 

on; 



ont eu un cours étonnant, dont ils ne font redevables qu'aux groflîeres caloirw 
nies qu'ils renferment contre les Jefuites. 

Reftc le Jugement du fonds. Mais comme il ne s'agit pas ici d'un corps de 
délit» réfultant d'une feule aflion pofitivcôc déterminée, comme ce délit s ar- 
range & feconftrnit fucceffivement par les époques des temps, des lieux, des 
conjectures, des précomptions , il fa ut. pour l'établir & le conduire jufqu a tes vrais 
auteurs , marcher pour aînfi dire , à pas mefurez , fans perdre de vue fes circon- 
ftances s & pour y réunir , voici l'ordre le plus naturel que l'on puiffe fc preferire. 

Dans la première Partie, l'on démontrera la réalité de deux complots, dont Dl 
chacun a fes principes * fes moyens & fa fin. 

Le premier de ces complots tramé entre la Cadiere & fes deux frères feule- 
ment , dévoilera le fecret de l'oblelfion , des transfigurations , du Carême & des 
Lettres de la Cadiere. 

Dans le fécond complot l'on verra le Père Nicolas fe joindre aux trois afteurs 
du premier , renverfer de fond en comble leur fyftême déformais infoûtena- 
ble , y fubftituer le fien ; & fe rendant maître de tout le terrain , mener où il 
veut les trois acteurs précédons, & les forcer à bâtir avec lui & à fou tenir le 
complot auquel il a préfidé. 

Dans la féconde Partie , l'on embraflera le Procès Criminel , & l'on connoî- 
tra i°. toutes les Parties du Père Girard. 2°. De là l'on paffera aux cinq Chefs 
d'aceufation, & l'on traitera feparément les témoignages , les interrogatoires, 
les rétractations de la Cadiere, ... les aveus du P. ère Girard , fes Lettres, & fes 
prétendues imprudences. 

Enfin le Jugement du Procès fera l'objet de la troifîéme Partie. L'on verra 
i°. lacaufe de Ton retardement malgré les ordres précis de SaMajefté, la vigi- 
lance des Chefs delajuftîce pour accélérer le Jugement & faire finir ce fean- 
dale. i". Les obftaclesque l'on fait naître pour tâcher d'altérer- la nature de ce 
Jugement. î°. Quelle il femble que doit être la rigueur de ce Jugement équitable. 

Affaire d'un grand éclat, d'un plus grand intérêt, où le peuple agité; l'Etat 
fufpendu ; la Religion orientée , les yeux attachez fur le Parlement d'Aix , atten- 
dent de lui des décifions dignes de la confiance de foo Roy , de l'importance 
des questions, de fa fermeté , de fa fageffe , Se de fon incorruptible équité. 

PREMIERE PARTIE. 

Les deux Complots* 

Le grand art des médians pour èmbarraffer le jufte dans leurs filets & Vf 
faire périr , eft de tçavoir à propos déplacer les objets ; les confondre ou les fc- 
parer 5 les éloigner ou les rapprocher 5 les porter enfin , fuivantles circonftanccs, 
au point fixe d'où fe ménagent plus finement les fauffes & malignes lueurs, où 
le crime & l'innocence fe perdent prefqu'enfemble au fond de l'obfcure perfpe- 
ctive. L'on ne fut jamais plus attentif à chercher fans cefle quelque avantage dans 
l'ufage de ce fecret que le font les calomniateurs du Père Girard. Si l'on atta- 
que les Cadiercs , & fur tout le Père Jacobin fur des faits qui regardent eflentiel- 
lcmenr ce dernier , comme auteur des Lettres de fa fœur, comme l'arboutant 
de fa dam nabi e hypocrifie , de fes fourberies pleines d'impieré , & dont enfin l'on 
vit le dénouement en Septembre 1730. le Père Jacobin fuit devant vous, il pré- 
vient le temps , & fe va placer auprès du Père Nicolas Carme, auquel il ne s'eft 
uni, qu'il n*a même connu qu'à la fin du premier Complot, où le Perc Cadiere 
a foûtenu fi long-temps un rôle facrilége,au grand mépris de Dieu, de la Re- 
ligion, de fes premiers Paftcurs, du Père Girard , & du Public. C'eft donc à 
l'appuy du Père Nicolas en Novembre fuïvant, que le Jacobin 5c fon frère l'Abbé 
élèvent fièrement la voix, & demandent d'un ton infultant: j£J«e/f»/ été leur 
objet en far muni le complot de perdre le Père Gir&rd? le cui bono . . .fi ce n'efipas 

C 



VJSIOH. 



10 



*DMli 



* Dsn. iiU. 

* ibidem. 



vxtmvagtter que de leur attribuer un complot qui entraîne hlfêjfaihment. (infamie 
de leurfteur s le de s honneur éternel de leur famille ,fa ruine peut être , fuite funtfie 
■d'un procès contre un Refaite armé du crédit de tout fin corps qui fe déclare pour 
lui, & vole àfènfecours. Tplletft làfauffc lueur que renvoyent JcSCadicrcs, d'au- 
près du Pcre Nicolas, où ils ne font pas encore j afin decarter de là l'idée du pre- 
*nîer complot , dynt l'objet n'eft rien moins que de perdre le Père Girard ; on 
le fixera cet objet du premier complot, & on le prouvera. 

Au contraire , le Père Nicolas Carme , auteur du fécond complot en Novem- 
bre 1730. complot d'un forcenée qui tend directement à perdre le Père Girard, 
par 1'jmpuration jde crimes affreux que la Terre n'a encore jamais vus réunis 
dans aucun fcelefat,dans aucun montre mfernal, ce Père Nicolas prend une 
route oppoiee j 8c pour effacer le crime du complot de petdte le Père Girard, 
que l'évidence même a gravé fur fon front , il regagne fur le temps , il anticipe , 
il vient fe joindre auxCadic.res, & ce Carme place au milieu d'eux, dit d'un ton 
& d'un air •compofé : Mpi / j'ai fot-mé quelque complot de perdre le Père Girard*, 
eh taj je pâ ? je n'étais pas a Toulon du temps des objectons , du Carême , des trans- 
figurations , des tranfmigrations de ladite Cadiere ; je n'ignorais & ne pouvais fea- 
v'pir tous ces. my/ieres. 1/ agneau gui n'étoit pas encore né , à l'époque des injyrcs' 
q.u*on lui attribuoit , ne paroir pas avoir eu plus de raifem contre le raviflèur. 

L'on admet vôtre Alibi Père Nicolas» pour Je premier Complot vous n'y 
eûtes jamais de parr ■> n'affcâës clone pas de vousy aller cacher, pour vous dé- 
rober au fécond Complot, qui vous appartient en chef. Mais c'efttrop vou- 
loir nous abufer , par le c-hange que vous tachés de nous donner fans celfe. 
Nous ne le prendrons plus. La vérité aime la ncteté, la juftiçe aime le grand 
jour : Je faifis. le fil que l'un & l'autre me prefententi je vais le fuivre jufquau, 
fond du labytkithe : Mouftr 6 ? > je vous arracherai du fond de l'obfcuriié > vous 
parpitrés^ il faut que chacun aille à fon lieu. Et pour diftinguer les Complots,' 
f appelle le premier , Je Complot du jacobin : ç'eft pour tromper. J'appelle- 
le iecond , }e Complot duÇarme ; c'eft pour perdre: cependant & It Carme 
& le Jacobin femblentj chacun de fon côté* s'être difputé l'honneur de leurs 
intrigues perfonnelles, le Jacobin en feignant dans fa feeur la plus haute , la 
plus miraculeufe faintetéj le Carme , en feignant dans le Directeur de ta Ca- 
-diere , l'aflemblage des crispes, les plusabeiminables., verfés par lui-même fur 
fa pénitente i tous deuxfaifanr jouer tour à tourles reffbrts facrileges des derniè- 
res impiétés , pour triompher, chacun dgpsJQn cercle t jufqu'à ce qu'enfin par une 
fympathic mutuelle, fe jugeant tous deux dignes l'un de l'autre , ils fc réunif- 
ient avec leurs adhérans, dans unp cauié commune , dans un Complot géné- 
ral, oq. les deux premiers complots font confondus pour courir les mêmes 
rifques , ou tenter les mêmes fuccés : Et voilà le Procès d'aujourd'hui. 

Une feule contradiction des infâmes Vieillatds de Suzanne, née de l'efpece 
d'arbre fous lequel avoir été commis fon prétendu crime, ôrdpnt la meprife 
pouvoir copfpndre la différence, foffit cepen4ant poqr faire condamner à la 
mort ces deux calomniateurs , d'ailleurs d'un caractère rcfpecîable par ta dig- 
nité : Veniebant ad e#s omne's qpi fyabcùant judfcia, * Mille équivoques , mille con- 
traditions , mille fauffetés avérées , mille irnpoffïbilités morales & phyfiques 
réfultent , fortent en fapk de l'accufation du Carme, du Jacobin, de leur fe- 
quele; Sç il eft encore un Public qui les défend ! le Peuple juif étoit-il donc 
plus fagequclç Peuple Chrétien? le ptemier fur la feule indication de divers 
athres s'éleva contre les aceufateurs : * Cmfurrexerunt adverfus dms Presiyteros. 
Il leur fit fubjr fpr lç chaipp le fupplicc qu'ils p réparoi en t à l'innocence : Fe- 
temntqtte eis fictif m de egerant aiverfm prox'mum. par quel charme d'ilïufions 
& d'erreurs le fécond eft-:l fi différent? 

Peut-être que la même conduite que celle de Daniel réveillera cç Peuple 
trompé : Il ne faut , à fon exemple , que divifer. les calomniateurs. Je commence 



1 1 



par le complot du Jacobin :* Cum divifi effcnt v$ct<vit unum de eis. Quoique *&ii*m. 
vos crimes fuient plus grands j'uferai de termes plus doux que ceux de Daniel: 
Lifes-lc. Je ne vous appellerai pas avec lui, race infernale, feme» çhan&m.]z 
ne vous dirai pas que vous avés puifé dans vous-même l'audace de vôtre ac- 
eufation : * Sic facieUth filUbus ifraèL , . . Mais commençons par le complot du tjbidtm. 
Jacobin, vous viendrés enfuite Père Nicolas, * &moto e» jufjit ventre alwm,8c « mitm. 
vous y viendrés malgré vous, parce que la vérité & la Juitice ont le droit de 
commandement fur des fcélérats tels que vous. Père Cadiere, Abbé Cadiere, 
Catherine Cadiere, paûes ici, je vais vous parler. Retires- vous Père Nicolas , 
attendes , je vous parlerai. 

PREMIER COMPLOT. 

Le Père Cadiere , Catherine Cadiere , le je nne Ecclefiafiiquc 

Cadiere. 

Vous voilà donc tous trois ! Abbé Cadiere , que faites- vous ici ï vous y fê- 
liez prefque de trop , fi le mauvais confeil de vôtre Avocat, qui ne fera pas' 
même nommé, ne vous eût rendu très-coupable en vous engageant à adopter 
dans des Ecrits publics (ignés de Iui& de vous, tous /escrimes des calomnia- 
teurs du Père Girard i mais quand on s'afTbcie à des aflaiïms , quand on fé 
trouve dans leurs troupes, quoiqu'on ne foit qu'un petit commiflïonaire, un 
petit receleur, on les accompagne au fupplice, pour les avoir accompagnés 
dans le crime. Portés ma décifion à votre Avocat. lia pu vous tirer d'affaire 
en vous conciliant de vous tenir toujours dans un état pailîf. Il vous a mis 
fur la feene, vous voilà A&eut i c'eft-à-dire , que vous voilà livré à la Juftice, 
déformais en droit de faire d'un complice ce qu'elle fait des chefs. Vôtre jeu- 
nefle cependant , vôtre peu d'expérience , me feroit , s'il dépendoit de moi , 
vous accorder vôtre grâce : Que je fuis touché de vous voir dans les mêmes 
jours initié au facerdoce & au crime ! 

Mais revenons , & convenons d'abord de ce que c'eft qu'un complot. Le 
mot de complot emporte toujours l'idée d'une mauvaife action commune à 
plusieurs * fecretement contenue dans le cercle des complices , tous initiés 
dans le myftere. Vôtre complot à tous trois , ou plutôt à vous deux , Père 
Jacobin , Catherine Cadiere > ( car l'Abbé pourroit n'avoir fait que ie lervir, 
fans peut-être l'avoir jamais approfondi dans le temps , ) vôtre complot a été 
de contribuer tous à faire palier la Cadiere pour unefainte du premier ordre, 
fur qui les faveurs les plus extraordinaires réfervées dans les trefors les plus 
feercts de Dieu , & qui s'ouvrent le plus rarement , ont coulé à grands flots, 
pour faire éclater en public les marques extérieures de la fainteté la pluséto- 
nante. Les moyens employés pour féduire, fi adroitement concertés entre le 
Père Jacobin & t'a. fœur, & qu'ils ont cru ne devoir jamais venir àJaconnoif- 
fance de perfonne,àcaufe du grand intérêt qu'ils avoient tous deux de cachet 
le fecret , & de l'invention & de l'exécution : Ces moyens font l'eflcntiel du 
crime, parce qu'ils ne font qu'hypocrifie, qu'irrifion des choies les plus faintes, 
qu'embufehes pour furprendre, fit l'cftimcfic la crédule bonne foi d'un Evcquc , 
d'un Directeur, du Public. L'on ne biffera bientôt aucun fcrupule, ni furies 
principaux mobiles de ces moyens abominables , & de leurs refforts , qu'on 
n'a eu la temetiré de faire jouer en tant de façons & fi long temps, que dans 
la confiance de l'impunité attachée à des fecrets d'autant plus inviolables de 
leur nature, qu'ils font plus déteftables en eux-mêmes. 

Voilà vôtre complot j fon objet principal eft la fainteté éclatante de Cathe- 
rine Cadiere; vous avés réuflî en ce point pour un temps» jamais fainteté ne 
parut mieux établie, ne fit plus de bruit , ne produifu d'effets fi merveilleux. 



I"2 

iLes moyens, ceroknt alors vos fecrets & vos manoeuvres à vous feuh &vous 
.en convkndrés bien-tôt forcément , ou toute la Terre en conviendra pour vous. 
Demandés- moi maintenant tous trois le eut bono , le voici bien au net. 

Vous la Cadiere , vous avés paflfé pour la Catherine , pour la Théicfe de Pro- 
vence , vous êtiés à vôtre terme. Vous Père Jacobin, At>bé Cadiere , vôtre cm 
hono\ d'être les frères d'une fœurfi illuftre, placée fur le Théâtre le plus élevé 
de la fainteté , révérée des Evêques , pour qui ni le Ciel ni la Terre n'avoit 
rien de caché \ je dis encore trop peu : Eh combien de perfonnes dans tous 
les états trouvent dans la diftinttion d'un rare fujet de leur famille le fupplé- 
ment de leur mente, & leur titre unique pour briguer &c les honneurs & ks 
'tiens. 

Qui vous a ouvert, Père Jacobin, la porte d'un Evêque que vous regardez 
tomme trop attaché aux Jefujres , trop indiffèrent à votre égard ? n'eft ce donc 
pas la feule fainteté prétendue -de votre feeur? l'accès vous êtoitlibre, vous en- 
triez à toute heure, vous étiez l'entremetteur, le canal de fes grâces fur vos 
Confrères , & l'on fçait dans quelle considération l'oreille du Prélat mec un 
Religieux dans fon Couvent & auprès des égaux , & auprès des fuperieurs ; & 
vous, Abbé Cadiere, dans votre Séminaire donr le Recteur dirige la Sainte; 
dans votre promotion aux Ordres, dans les regards favorables d'un Evêque qui 
voit en vous la race des Saints, dans ksefperanccsque font naître de tels regards» 
dans l'efpece de refpeét qui patte delà foeur au frère, dans le plaifîr intérieur de 
flatteur de voir vorre nom connu, distingue, béni : cette feeur étoit pour vous 
la fource des honneurs, des biens & prefents, & à venir. Voilà vos mi bem, 
voilà lame de votre complot pour -bâtir , étayer , élever jufqu'au Ciel la tout- de 
fainteté de votre ioeur. 

Venons aux moyens, Père Jacobin, à vos crimes, à vos impietez, à vos 
abominations. Si votre focur a vécu lai nrc ment la première année de la direction 
du Père Girard, c'eft vous, miferable, qui êtes la fource de fon hypocrifie. Si 
votre fœur a abufé pendant cette année du Sactement , pour fe donner comme 
fainte à un Directeur plein de charité, de droiture , & de (Implicite Evangelique, 
c'eft vous, miferable, qui avez & fécondé, & excité fon hypocrifie, à com- 
mencer par cette -épreuve d'obfeâion prétendue dont le prix étoit le falut d'une 
ame, jufqu'à la dernière fcèoedetout cejeu facrilege |i capable de confterner 
«juiconquea le moindre ftntiment de religion. C'eft vous qui avez concerté 
avec votre fœur toutes ces impietez, cesfauffes révélations, ces honteux tripo- 
tages de rang, ces lingeries infernales, pour infulter aux fouftrances, au cou- 
ronnement d'épines, aux playes adorables , à tous les Myfteres douloureux de 
noerc divin Rédempteur. C'eft vous qui avez foulé aux pieds la fainteté de fes 
Ecritures par votre audace à inventer , à écrire de la plume du menfonge un 
-Apocalypfe de fauflétez. C'eft vous qui avez fourni à un Prêtre, à un Religieux 
le feul au monde plus fcélerat que vous, les occafions de foîiîller dans l'ubfcu- 
rité de tout ce cahos d'obfeflîons, de transfigurations ; les prétextes des calomnies 
par kfquelks il aura la noirceur & k front d'imputer à -un faint Di recteur vos 
propres crimes Se ceux d'une focur digne de vous. Le Ciel a vu tant d'horreurs, 
& il s'eft tû i mais votee jour eft venu ; il a parlé , & fa main inviûbk fe manifefte 
dans le dépôt de vos propres écrits. 

J'avance, & je prouve >& c'eft en vous portant dans ks yeux le flambeau de 
l'évidence, que je vous arracherai des aveux qu'un impie tel que vous fe fait 
un jeu de refufer à la religion dufermenr. 

Mais je fens ma jufte indignation céder la place au plaifir de faire triompher 
la vérité. Approches vous , Pcrc Cadiere , vous êtes la matière de ce triomphe » 
& pour vous faire fentir qu'en vous portant le coup mortel, je ne fais que céder 
à la nec eflité de fauver k Jufte en concurrence avec le coupable s je vais vous 
apprendre l'unique moyen par lequel , fuppofé votre mépris pour votre ferment, 

vous 



M 
vous auriez peut-être pu adoucir votre Arrêt,& celui même de votre fosutimoïen 
que la cruauté, l'ignorance ou l'aveuglement de votre Avocat vous a diffimulé. 
Que ne répondiez vous, que vous vous êtes trop tard apperçu de la petite cervelle 
de votre fœur, emportée par le mélange eonfus de fainteté & de vanité , & gâtée 
par la lcfturc de vifions que l'on ne j uftific jamais bien,que par le fceau public d'u- 
ne fainteté que l'Eglifc a reconnue dans celles qui les ont eues pendant la vie î que 
fut la communication des Lettres du Père Girard à votre feeut» vous vous êtes 
perfuadé qu'elle étoit en effet dans un état de révélations ; que fur la part qu'elle 
vous en faifoit , comme à fon frère & fon ami , vous ayant prié de faire fes Let- 
tres, & d'arranger fes idées , vous vous y êtes porté; par-là , votre fœur auroît 
paflfé pour un efprit un peu foible j foit : Le Père Girard pour un homme de Dieu, 
mais un peu iimple; & vous, pour tout ce qu'il vous plaira , mais non pas au 
moins pour un fcelerar : Vous avez pris un antre parti ; votre Avocat vous a dit 
de tout nier, vous l'avez fait. Sçavcz-vous , Père Cadiere , qu'en niant de front 
tous les faits dont les deux tiers font par eux-mêmes dune évidence méthaphy- 
fîquc, c*eft au Jugement d'un Tribunal éclairé de les accorderions. 

Ce qu'il y a ici d'admirable , c'eft de voir d'un côté un Jefuite h & qui dit un 
Jefuite , annonce , à ce qu'on prétend , un homme par état père des équivoques, 
d'une Morale relâchée, d'une doctrine décriée, &fur laquelle le Père Jacobin 
donne dans fa defenfe une victoire fi complète à l'Ecole Thomiftique , qui n'ad- 
met pas, dit-il, de ces reftri&ions mentales, &c. Le furprenaut eft de voir d'un 
côté ce Jefuite réfolu à courirtouslesrifquesdes mauvaifes interprétations, plu- 
tôt que d'éfleurer fa confeience pat un menfonge , une réticence , une réponfe 
palliée, que l'intérêt prefent de fon innocence attaquée fembloit exiger ;-& de 
l'autre , un Jacobin 11 enflé des prérogatives de fes principes & de leur éminente 
pureté , fouler aux pieds fon ferment de dire vérité, & nier tout ce qu'il a évidem- 
ment fait. La rai ton des deux routes oppofées du Jefuite & du Jacobin ne fe de- 
vine pas > on la voit. Le Jefuite convient de tout, parce que tout eft innocent 
en foi , & tel eft le fcul principe de tant d'aveux aufquels ni témoignage étranger, 
ni préfomptions tirées du fondsdelachofe, ni rien au monde ne le forçoit ; le 
Jacobin au contraire nie tout , malgré des antécédents réels & de fait , très étroi- 
tement liés avec les confequences forcées qu'il ofe nier , au grand étonnement 
delaraifonqui ne peut renoncer à ce principe, deux & deuxfant^uatre t èc qui 
l'admettra toujours comme regte d'évidence , quand tous les Jacobins du monde 
l'attaqueroient. 

Au premier coup d'œil , votre Avocat a apperçû , 6c tout autre apperçoic 
comme lui le rapport neceflaire & concluant qui fe feroit trouvé entre la finecrité 
de vos aveux , & la découverte de vos crimes. Père Cadiere ! il vous a bien établi 
que 11 une fois vous avouiez être l'Auteur des Lettres , des relations , du Carême 
attribuez à votre fœur , vous étiez perdu , parce que dès-lors vous étiez reconnu 
pour l'inventeur & des révélations, & desobfemons, & des transfigurations de 
votre fœur » l'on n'auroit plus cherché dans le fuma turc! le principe de ces éve- 
*icmcnsfifinguliers, fifrappans, parce que dès que l'on a une fois découvert la 
caufe naturelle de ce que l'on voit , de ce que l'on entend, de ce qu'on lit, l'on 
ne fongeplus à l'expliquer par des caufes ou divines, ou diaboliques. La magie, 
les forts jettez par le Père Girard , les inceftes que vous lui attribuez , & que vous 
ne faites porter que fur l'état paffif, les extafes , l'aliénation de tous les fens où les 
fortileges. prétendus du Père Girard jettoient votre fœur, laquelle avoue de fon 
côté n'avoir rienfenti de pareil ; les avortemens que vous indiquez comme une 
fuite de ce commerce infenfible , les témoignages qui ont quelques rapports à ces 
aceufations , tout cela s'évanouit comme une fumée , qui en fe diffipant fait place 
à la lumière , & ne lauTe plus voir que vous & votre fœur concertés enfemble 
pour leduirc tout le monde,par un abus épouvantable de ce qu'il y a de plus facré 
dans la Religion. Encore une fois , Pet e Cadiere ! perfiftez à nier conftamment ; 

D 






14 
il eft bien trifte & bien 'périlleux pour vous deux que l'affaire foit engagée , mais 
par malheur elle Teft j vous vous devez avant tout , & à quelque prix que ce foit 
la confcrvationde votre honneur & de votre vie. Eh bien ! il périra un Jefuitei 
belle perte! Mais penfez-vous qu'il périfleï Ne le craignez pas * le crédit, les 
tréfors, s'il Je faut , tout viendra au fe cours de cet homme-là ! Et quanta fan in- 
nocence , ces gens là font-ils jamais innocents? Mais» Père Cadiere , niez tour ; 
le parti eft déformais forcé pour vous > nier ou périr! dans cette cruelle alterna- 
tive , quoique l'on ait au Greffe les minutes des Lettres de votre feeur , de fes re- 
lations, de fes révélations, defon Carême, toutes écrites de votre main; quoi- 
que même ces minutes foient pleines de ratures qui femblent annoncer contre 
vous une compofition rêvée où vous combiniez ce qui pouvoir aller enfcmblc, 
il faut paûer par-deffus tout cela, &nîer. , Voyons, comment ferions nous? ... 
Votre feeur a-t-ellc écrit quelque chofe de fa main au Pete Girard? Non, dites- 
vous... Mais, fi l'on difoit qu'elle ne fçait point écrire, & que le Perc, Girard 
qui atout fçû, ne l'a pu ignorer! que vous en fembleï eft-celà un expédient? 
Ton conclura de-Ià que le Pete Girard n'a pas dû s'attendre à recevoir des Lettres 
de fa main. . . que rien n'etoit plus convenable que d'y fubftituer la main de fes 
frères , l'un Religieux , l'autre Prêtre. Vous direz futtout , mon Père , que jamais 
dans vos minutes, vous n'avez mis un mot de votre chef, qu'elle vous a tout 
dtâé ; que l'Abbaye où étoit votre feeut n'étant qu'à une bonne lieue de Toulon , 
Vous quittiez aifément & votre Claffe, & vos fondions Religieufes, pour aller 
prendre une diûce ou de Lettres, ou des révélations du Carême. . . L'on pour- 
ront vous demander pourquoi votre frère l'Abbé qui mettoit au net , ne recevoir 
pas auiîï la diftée, pourquoi elle multiplioit allez inutilement vos peines à tous 
deux > pourquoi le voyage des deux à l'Abbaye pour une feule Lettre ; pourquoi 
jamais une Lettre de votre main envoyée au Père Girard , ce qui lui devoir erre 
indifférent, dèsqucvouslefuppofezinftruit que votre fecurne fçair pas écrire > 
pourquoi vous n'avez jamais parlé au Père Girard, que vous voyiez afll z fou vent, 
ni des Lettres de votre fœur, ni defon intérieur dont vous aviez tout le lecreti 
tout cela paroît concerté, vous dira t- on : ce n eft que pour détourner , pour 
écarter l'idée que vous êtes l'inventeur de ces cents, qu'ils ont été tranferirs 
par le jeune frère ; mais peut-être ne fera- t-on pas ces réflexions, & vous vous 
ajusterez là-deffus. 

Encore une fois, il faut parler comme je dis ; car , mon Père, voyez un 
peu l'enchaînement d'un aveu iridiferet, avec des conféquences auffi évidentes 
en elles-mêmes, que terribles" pour vous tous. Car enfin, fi fur ces minutes de 
votre main ainll raturées , vous allez vous avouer une fois l'auteur de ces Ecrits , 
Von aura raifon de conclure que vous arrangiez les révélations & pour Tordre 
& pour les temps & pour les effets j que vous ne 1 ailliez vos minutes à votre fœur, 
qu'afin qu'elle pût fe recordei avec vos piolets. En partant de ces révélations dont 
vous voilà convaincu d'être l'inventeur , Ton conclura encore que les opérations 
extraordinaires 6c fenfibles , les transfigurations , font des ft ratage m es concertez 
entre vous& votre feeur > & approuvez, confcillez, dirigez par vous-même, 
parce que ces révélations avoient une liai ton réciproque avec ces opérations fur- 
prenantes , les révélations étant une preuve de la réalité des opérations , & les 
opérations fenfibles étant une preuve de la réalité des révélations. Bien plus, 
l'on vous attribueroit le tout, inclufivement depuis l'obfeffion, parce qu'en re- 
montant d'une feule de ces opérations d'éclat , prédite dans une des révélations 
que vous auriez arrangée , l'on vous conduiroit comme par la main à toutes les 
autres , & d'autant mieux qu'évidemment coupable du complot de fainteté de 
votre fœur dans un point, la conciufion de votre part au complot dans tous le* 
autres , va d'elle-même. Vous êtes de l'Univerfité de Paris , mon rcVerend Père, 
vous régentez la Philofophic à Toulon , vous fçavez ce que c'eft que principes , 
prémices ,& conféquences , niez donc abfolument tout, je fuis charmé de vous 




15 

y voir déterminé , tenez ferme A propos mon Père » il y a encore un article 

bien important) vos minutes de Lettres femblent annoncer que vous avez eu 
communication des Lettres du Fcre Girard à votre fœur, cela ne peut même 
paroîcre douteux > donnez vous bien de garde d'en convenir. Ce Père a remis 
au Greffe ces mêmes Lettres qu'il a retirées des mains de votre fœur , il faut né- 
ceffaircment que nous en éludions l'effet en privant le Père Girard de l'avantage 
qu'elles luiaflureroient, s'il étoit une fois établi qu'il ne les a point refaites. Nous 
les attaquerons parlât & de cette réfection que nous prouverons de notre mieux 
nous conclurons que fans doute il afupprimé les galanreries dont fes vraies Let- 
tres étoient tiffuës. Mais vous tentez bien , mon Père , que fur l'aveu que vous fe- 
riez de les avoir lues, telles que votre fœur les recevoit, ces Jefuites ne man- 
queroient pas de vous faire un argument à bout touchant. Ils vousdiroient :Si 
vous avez lu lesLetttes du Père Girard dans les mains de votre fœur , oferiez- 
vous dire que ce ne font pas les mêmes que l'on repréfente. Voici quelque chofe 
de plus fort: files Lettres que vous avez lues dans le temps étoient galantes» 
comment vous frères de la Cadiere, vous Prêtre, vous Religieux » avez vous 
pu fouferire à cet infâme commerce* comment avez vous pu allier avec lui la 
haute idée que vous fembliez avoir de la fainteté d'une fœur , dont vous auriez 
fenti toute l'hypoerifie l II faut n'en avoir jamais lu un mot. Et nous promène- 
rons encore le Père Girard au fujet de fes Lettres par un pays qui nous eft connu , 
nous les ferons toutes reffemblcr à fa Lettre du 22. Juillet détachée du refte» 
elle court par toute la France, elle produit un effet admirable. La négative , mon 
Père » prenez là deûus vos hauteurs avec toutes les Parties intéreflees. Les Jefui- 
tes font bien tombez entre nos mains ! 

L'honnête homme d'Avocat ! le bon Religieux ! tout eft promis , tout eft 
exécuté» tout eft nié. Il ne faut donc que convaincre le Père Cadiere » & malgré 
fes vains efforts , toute la Terre enfemble » qu'il a lui-même compofé les Lettres» 
les relarions , le Carême de fa fœur . . . que le Père Girard a été , & a dû être très- 
perfuadé que les Lettres qu'il recevoit de la Cadiere étoient de fa main , & que 
perfonne hors lui n avoir aucune connoilTance du contenu , qu'enfin les Lettres 
du Père Girard ont été communiquées par fa fœur au Père Cadiere > dès lors 
toutes les conféquences née clTa ires , dont la feule négative a paru fa u ver le Père 
jacobin , viennent le rechercher & fondre fur fa tête pour écrafer ce premier 
complice de la fauffe fainteté & des faux miracles de fa fœur ; à ce prix le com- 
plot criminel entre la Cadiere & les frères fera t-il démontré* à ce prix, les foi- 
bles naiflances de préfomprions tirées de fi loin contre le Père Girard, s'évapo- 
rent avec les Ululions, 5c le crime du premier complot reliera tout nud. Mais 
je fens que l'évidence elle-même fc veut charger de cette démonftration » & je 
lui cède ma plume. 

1°. Il n'eft perfonne au monde qui n'ait été faifi, en apprenant que le Père 
Girard avoir en mains les minutes des Lettres & des révélations de la Cadiere » 
le tout de la main du Jacobin » le tout mis au net par l'Abbé Cadiere. Ce coup 
eft frappant » il jette un jour infjgne fur le myftére d'iniquité, il confie me d'abord 
les ennemis des Jefuites , il porte une douce confolarion dans le cœur de ceux 
qui s'intérefTent à la confervation & à l'éclat de l'innocence en péril. Les juftes 
reconnoiffent dans un trait fi marqué de Providence en faveur du pauvre Père 
Girard» le doigt de Dieu qui touche ou il falloir , ôc qui touche allez pour tous 
ceux qui ont des yeux , & veulent voir. 

Les deux Cadieres & leur fœur qui s'imaginent avoir entr'eux trois le fecret de 
la compétition des Lettres Se révélations, dont ils fçavent bien fauteur » préfu- 
ment tous trois que leur vanité commune fera toujours le retranchement impé- 
nétrable d'un fecret d'où dépend leur falut, mais ce fecret s' eft trahi par lui-mê- 
me. Comment*, le voici. La Cadiere avant que de fe retirerdumondcfa.it un 
voyage à la Sainte Baume fous prétexte de pieté. Elle part de Toulon le 1 7 • May» 



111 



• 16 

elle envoyé au Père Girard une Lettre dattée d'Aix du ïs>. May. C'eft la première 
fle fes Lettres au Père Girard : cette Lettre eft de la main de l'Abbé Cadiere, & 
la minute de la même Lettre toute de la main du Perc Jacobin, qui ainfi que 
l'Abbé n'éroir pas forti de Toulon , fe trouve dans les mains du Perc Girard parmi 
les autres minutes du même; ce Père l'a produite au Procès. Que dit l'évidence 
là-deffusï i°. Que jufques alors tout étoit concerté entre les deux frères & la 
fœur. Le Jacobin compofe la Lettre , l'Abbé la tranferit , la Cadiere l'envoyé 
d'Aix, Laétion et! partagée entre les trois. z°, Cetre première planche des Let- 
tres de la'Cadi ère, montre où étoit la fabrique de tous les Ecrits qui ontpaflelous 
fon nom, Lettres, relations, reddition journalière de compte de confeience» 
révélations , Carême. Ceft ju (qu'au bout même allure. Le Jacobin minute, 
l'Abbé copie, la Cadiere envoyé. 

Croiroit on bien que les Avocats d'Aix ont tous quatre écrit des volumes 
pour fon tenir que cette Lettre écrite à Toulon comme on l'a vûë, n'eft pas de 
l'invention du Jacobin. 1rs s'agitent, ils fe retournent, ils (e donnent des con- 
torsions effroyables > ils font mille infultes à la raifon & au bon fenspour le tiret 
de cet abîme; mais le faux eft avéré. Cette Lettre anticipée, écrite avant le dé- 
part de Toulon , cft un récit détaillé des états de défolation intérieure qu'elle a 
éprouvez pendant fbn voyage , & le Père Cadiere a/ïure par ferment que fa fœur 
lui a dicté cette Lettre avant fon départ. Mais Père Cadiere, Phi lofophe, Théo- 
logien frais moulu de Sorfconne, ignorez- vous que tout avenir dans les caufes 
libres eft incertain? Commenr n'avez- vous pas dit à votre fœur qu'elle étoit une 
fourbe inïïgne, d'ofer vous dicter les révélations qu'elle ne pouvoir avoir que 
dans deux jours ï Père Jacobin, qui eft donc ici le fourbe & l'auteur de la four- 
berie ? Et vous la Cadiere , le Père Girard vous a t-il dit d'avance ce que i'efprit 
de Dieu vous a révélé pendant votre voyage ? Mais votre Lettre d A ix que vous 
aviez fur vous en prenant congé de lui, eft une Lettre qui l'inftruit de ce qui 
s'eft pafle dans le voyage, & non pas qui confirme ce qui devoir s'y pafler. 

La Guyol l'une des pénitentes du Pcre Gii ard , étoit du nombre des Com- 
pagnes de voyage de la Cadiere. La Guyol eft par tout repréf entée par nos Par- 
ties mêmes comme la perfonne qui entroir le plus dans la confidence & du Père 
Girard & de la Cadiere. La Guyol cependant qui connoifloit la Cadiere & la 
voyoir fans cefle, étoit très-perfuadée qu'elle fça voit é. rire, puifque la Cadiere 
fe retira dans une chambre à Aix pour écrire, diibit elle, au Pcre Girard, & 
qu'après un certain temps elle du à la GuyoL d'inférer aulfi quelques mots au bas 
de fa Lettre. Mais fuppofé pour un moment que la Cadiere n'eût pas fçù écrire, 
qu'avoit-elle befoin de drefTer fa Lettre à Toulon, ou elle ne pouvoit dicter 
ce qui n'étoitpas encore arrivé* N'avoit-clle point avec elle la Guyol qui fçait 
écrire, & pour qui elle n'a voit rien de caché? Elle lui au roi t dicté à Aix ce qui 
étoit arrivé depuisToulon , & avec d'autant plus de vérité , que la Guyol & elle 
toujours enfemble & dans la voiture, & au repas, & au coucher, ne s'étoienr point 
perdues de vûë. Si donc la Cadiere eut la précaution d'emporter de Toulon fa 
Lettre hiftorique du voyage qu'elle alloir faire, ce n'eft point parce qu'elle ne 
fçavoit pas écrire; la Guyol étoitune fûre reffource de ce côté là; c'eft unique* 
ment parce que la Cadiere ne fçavoir point diâer , & ne dicte roit pas encore au- 
jourd'hui , malgré fa malice confommée , ces longues phrafes foûtenuês, ces 
détails bien liez , avec un nerf de ftyle qui n'appartient point à fon fexe , moins 
encore à fon âge &à fon état. Le Jacobin lui-même feroit peut être embarraffé 
à une pareille dictée »&de telles Lettres demandent de la compofition, & la 
quantité de ratures qui fe trouvent dans fes minutes, le prouve aftlz. 

Autre chofe. L'on a trouvé parmi ces minutes que*!a Providence a remifes 
au Père Girard pour les remettre au procès , un nouvel eflai de relation du voya- 
ge d'Aix , intitulé : Mémoire de tout ce qui s eft pâffè dans mû» dernier vtyage iAix % 
le tout de la main du Père Jacobin, ôc plus templi de ratures que fes autres mi- 
nutes. 



1? 

nutes. Le Père Jacobin projettoit une hiftoire qui n'eft que commencée, te i f 
May , jour du départ de Toulon, & que l'on a vu dans la Lettre dattée d'Aix du 
19. avoir été un jour de tabulât ion , eft ici un jour de torrent de délices, elle eft 
la nuit fuivante, fans témoins s'entend, élevée fept ou huit pans en l'air, &c. 
Le Père Jacobin alaiflecet ouvrage imparfait, mais on y voit l'Auteur donner 
dans l'écueil des fourbes , il le contredît dans les faits, fa mémoire ne fe marie 
pas bien avec une imagination où les faveurs, les ariditez fe confondent. 

Pour ce qui eft du fameux Carême, ce chef d'oeuvre des révélations Se cet 
apothéofe de la Cadiere s en vérité, le Perc Jacobin y a mis à toutes les pages* -, 
à toutes les lignes , à toutes les expreflïons le paraphe d'Auteur. La minute com- 
mencée , reprîfc , continuée , le tout de fa main , eft au procès. Les termes incon- 
nus ailleurs , & confacre» à l'Ecole, les fentimens les pi us fînguliers fur les Anges* 
quelesfeuls Thomiftes adoptent , 5c que le Perc Jacobin fait voir intuitivement 
à fa fœur élevée au plus haut des Cieux , mille jours qui fortent de toutes parts 
pour laitier voir le Père Jacobin redoublant d'efforts, s'épuifant dans fes concep- 
tions, en rencheriOTant fur tout ce qu'on a jamais ou lu ou entendu; un ouvrage 
enfin ,& un difficile ouvrage , d'une grande étude, d'une grande recherche , d'une 
étendue" qui renferme tout, d'une variété qui repréfente tout ce qu'il y a dans le 
Ciel, tous les rt (Torts de la Providence, toute l'économie de la grâce , toute la 
béatitude des Saints , & tout cela dans fefprit de l'Ecole des Thomiftes ; & tout 
cela médité , inventé, fait ou par lé Père Jacobin, ou par fa feeur ; l'évidence pro- 
nonce fans retour que c'eft du Père Jacobin. 

Oubliera-t'on l'article d'une Lettre de la Cadiere , qu'elle fait entendre 
au Père Girard être écrite de fbn lit. Cette Lettre eft produite , quoique 
fans datte ; l'on voit qu'elle eft [virement du % . au 1 1 . d'Aouft > mais la datte 
n'y fait rien , & ce qui en ré fui te eft décifif , en voici les termes. Je fuis atta- 
quée d'une fièvre frefque continuelle qui m'a caufèdes maux de tète affreux .... . ce 
matin onm' a donné me médecine qui m' a tellement èpuifee & soulever fee , quelle 
ma eau je un crachement defang qui m'oblige de garder le lit. De là deux remar- 
ques décifives, La première eft que le Père Girard lui a voit dit & écrit, qu'il 
avoir quelque défiance 1 non pas que fes Lettres ne fu lient point de fa main 3 il 
n'en avoir ni eu ni pu avoir j mais qu'on les décachetoit ; voilà pourquoi il lui 
écrit du 30. Juillet , ce qu'il répète dans d'autres Lettres produiras $ cachetés 
bien vos L'étirés ; cachetés avec du pain d cacheter î je nejfai bientbt flus à qui ma 
fier , &fai lieu de croire que votre Lettre a été ouverte. Les co u pa 6 Içs era ignenc 
tout. Un examen trop fuivi du cachet levé , auroit pu conduire jufqu'au Père 
Jacobin trop curieux de voir au net ce donr il avoic fourni la minute , ou de 
faire admirera ks amis qui ne connoifloient point fon écriture , la fainteté, ô£ 
leftyle étonnant de fa lœur. Que de témoins pourroient parler, fi l'intereft 
èi. le péril du Père Jacobin ne l'emporroit chez eux fur la vérité. Pour tirer le 
Père Girard de la voye,nos gens lui donnent encore un leurre à peuprès dans 
le goût de leur Lettre dattée d'Aix. Ils font écrire la Cadiere comme de 
fon lit. Le Jacobin & l'Abbé ne pouvoient être foupçonnés d'avoir mis le 
pied dans fa chambre } l'entrée dans l'intérieur de l'Abbaye leur étoit Scieur 
avoit été toujours fermée , la fecur écrit de fon Ht j c'eft la même écriture 
que de coutume •> donc c'eft la feeur qui écrit tout , & le Père Girard eft forcé 
fur ce point , il ne peut douter. Seconde remarque. 

La fœur écrit de fon lit quelle eft obligée de garder. Ni le jacobin t ni l'Abbé 
ne font entrés dans le.dedans j cependant on a la minute de cette Lettre dû 
Jacobin , donc la Cadiere ne l'a point dictée , donc le Jacobin l'a compofée , 
comme fon frère l'a. tranferiteî Donc fi dans les minutes delà Cadiere, les 
minutes du Jacobin fe font trouvées , ce n'étoit que pour l'inftruire de fon 
jeu , 5c pour fècourir fa mémoire J Donc tout ce que PAbbéa tranferit eft de 
l'invention do Jacobin i &le Jacobin a-t-il pu feireles Lettres de fa feeur que 

E 



/ 





f 8 
Xur Us Lettres du Père Girard mifes fous fes yeux , & à fon pouvoir. Le texte 
eft net , la Cadiere eft obligée de garder le lit , quand elle écrit. Y a-t-il un texte 
qui fafle entendre qu'elle à'eft levée 3 qu'elle a été au Parloir pour écrire avec 
fes frères ? Non. Que les Avocats fuent & s'agitent , que l'on monte les té- 
moins fur un demi ton , car tout l'arrangement n'a pu aller plus loin 3 l'évi- 
dence foudroyé & Avocats & Témoins. 

%°. L'erreur où les trois CompÉces ont eu foin de jetter & entretenir le 
Père Girard au lu/et des Lettres de la Cadiere , qu'il croyoit bien de fa ieule 
main., n'a jamais-été vaincue par aucun effet du hazard ; auffi ne put-il rêve- 
nir de fon étonne ment quand il découvrit le myftere. 

A l'article 1 5 1 . de l'interrogatoire de ce Père , on lui demande , s'ilfcavoit 
gué la Cadiere n'écrivait pas fes Lettres . ? Et cet homme à qui la fcrupuleuie ve- 
rif é com m an de par tou t fes répon fes, dit qu'il croyait qu'elle les écrivait , & 
qiïil n'a été détrompé que plus d'un mais après l'avoir quitté* , ayant eu occafion de 
voir de T écriture du Dominiquain Cadiere & de l' 'Abbé. .., Que la Cadiere avait 
• pris les devant pour le [prévenir fur fon fiy le $* fur fan caraîlere , & qu'une preuve 
qu' il croyait que les Lettres venaient d'elle-même > c'efi qu'il y répondait. Ces der. 
nier* mots bien pefés, & fi dignes de la gravité d'un Perè Ipi rituel , font bien 
voir qu'il eut regardé comme un abus indigne d'un commerce de fa nature 
& fi faim & Il iecret, toutes ces cafeades 3 qu'il auroit bientôt attribuées à 
leur véritable caufe ; & s'il fe fut feulement douté de ce manège, il auroit 
bientôt fçu à quoi attribuer ce flyle , cette liaifon , ce tour de Lettres pleines 
il indurées , ii bien dirigées à leur objet préfent. 

L'attention qu'eurent nos fourbes de munir leur fœur avant fon départ de 
Toulon , de la Lettre dattée du 1 9 . May , à laquelle le Père Jacobin donna 
fon flyle , comme on Ta vu par fa minute , & l'Abbé fon caractère , efl une 
démonftration parfaite , i°. Que le Père Girard ne cqnnoifïoit pas l'Ecriture 
de l'Abbé, fans quoi l'Abbé fe fëroitexpofé à fe voir convaincu de fourberie , 
& couvert d'un grand ridicule. %°. Que le Père Girard ayant reçu cette Let- 
tre d'Aix ne foupçonneroit jamais le Père Cadiere de prêter fon ftyle, ni 
l'Abbé fa plume à fa fœur, quand il faudroit compofer ou copier pour elle 
dès qu'elle feroit à l'Abbaye d'Ollioules, où elle allait entrer 5 parce que la 
Lettre d'Aix , où le Père Cadiere 6c l'Abbé n'étoient pas , puifqu'ils étoienc 
à Toulon, pailant invinciblement pour être & de la composition & de la 
main de la Cadiere , celle qu'elle envoyeroit de l'Abbaye dans le même goût 
auraient tour de fuite le même fort auprès du Père Girard } que la comparai - 
fon même avec celle d'Aix laifTeroit tranquillement perfuadé fur ce point 5 
voilà donc le complot bien mefuré & de loin pour jetter & tenir le Père Gi- 
rard dans une erreur insurmontable fur l'article des Lettres. Les Cadieres par 
leur Lettre dattée d'Aix , & qu'ils ont faite à Toulon , ont pour jamais écarté 
loin d'eux juiqu'à l'ombre du fo upçon dans l'eiprit du Père Girard far la fa- 
brique 

D'ailleurs les quatre Avocats , & fur tout Chaudon ne difent-ils point par 
tout que la Demoifelle Cadiere eft née d'une très honnête famille , avec une dot 
confidérable . . . qu'elle a reçu une bonne éducation , qu'elle a toujours été l'objet des 
foins > de la tendre fe de fa mère. Or qu'une telle fille ne fçache pas écrire , que le 
Père Girard s'imagine qu'elle ne le fçait pas • Où vont donc ces gens là pren- 
dre de tels paradoxes ? Voilà des preuves complettes que le Père Girard étoic 
très convaincu que fa pénitente f ça voit écrire , & peignpit allez bien s ce qui 
n'eft pas fort étonnant pour une fille de boutique. Donnés du moins une feule 
époque qui ait pu faire naître au Père Girard l'ombre d'un foupçon oppoié 3 
La Guyol n'avoic • elle pas crû voir la Cadiere écrire à Aix la Lettre qu'elle 
avoit portée de Toulon ? La Cadiere fçait écrire , & une pénitente écrit tou- 
jours allez bien pour les affaires de fa confeienee, mais une hypocrite comme 



19 
elle n'écrivoit pas allez bien pour les affaires de fa vanité , & la conduite de 

fes révélation? - y il lui falloir les découvertes fpirituelles 8t céleftes du Père v 
Jacobin , foutenuës du fublime qu'jl y fçait donner. Je n'ajoute plus qu'un 
mot. C'eftque quand il s'eft agi d'écrire lur le champ au-Pere Girard feule- 
ment deux ou trois lignes, nilaCadiere, ni l'Abbé n'ofoient en hazarder la 
composition. 11 falloir toujours en venir au compofîceur, ainfi quoique le 
Père Girard dans fa Lettre du 2 1, Aouft lui répète deux fois 3 faites en même- 
temps incejfamment rcponfe. . . . réponde z^moi par la porteufe de cette Zettre y mal- 
gré l'importance d'une affaire très prelïée ,. elle ne répond pas , parce que 
loir qu'elle eue tracé fur le champ quelques lignes de fa main, foit qu'elle les 
eut dictées, le Père Girard, auroit pu ouvrir les yeux qu'elle vouloic lui tenir, 
toujours fermés fur le manège deies Lettres. 

3 °. Le Père Jacobin prétend au moins foûcenir fiege dans fa troifiéme né- 
gative furlale&ure des Lettres du Père Girard. Il n'a pour témoins contre 
lui qua fes propres yeux, & l'évidence n'y verra aucune trace de cette lectu- 
re. 11 cit vrai. Mais l'évidence fçait joindre les conféquences les unes aux au- 
tres. Malgré votre négative fur la confection des Lettres de votre fœur, l'é- 
vidence vous a convaincu de les avoir toutes compofées, ainfi que les autres 
Ecrits qu'on lui attribuoit , donc malgré votre négative d'avoir lu. les Lettres 
du Père Girard , elle vous convainc de les avoir toutes leûes, & comment? 
Parce que dans un long commerce de Lettres , qui d'un côté a toujours été 
le vôtre fous le nom de votre fœur, il faut néce fiai rement pour l'entretenir 
& le f uivre , voir les Lettres réciproques de l'autre terme du commerce. 

Vous voilà donc ouvertement trois impofteurs ligués enfemble pour trom- 
per par mille fourberies plus impies les unes que les autres , un Directeur dont 
vous avés encore fait férvit la réputation &Ia fainteté à colorer vos preflî- 
ges , à donner un air de vérité de Religion , de miracles à vos affreux lacri- 
léges. Et après cela il fe trouvera encore des perfonnes aflez injufles, non 
pas pour lailier au Père Girard l'ombre du crime ; la calomnie eft trop grof- 
fiere, mais pour le taxer d'imprudence ! Si le Père Girard n'eut eu affaire 
qu'à une vifionnaire de bonne foy, je le regarderons avec raifon comme un 
imprudent , fuppofé qu'il fe fut livré à la dixième partie delà crédulité qu'il 
parole avoir ici. Je ne vais pas fi vîte quand il s'agit d'une vifionnaire par arc , 
îbucenuc dans fou jeu par un Théologien de Sorbonne , par un Religieux 
d'un Ordre il luftre, capable d'appuyer de fa plume les fyftêmes les plus 
hardis, & qui a encore dans fon complot un Eccléfiaftique vendu à fes Or- 
dres , propre à féconder en tout & fon frère & fa fœur. On juftifiera le Père 
Girard , même fur fa crédule fimplicité dont il lui étoit moralement imposa- 
ble de fefauver avec de tels A&eurs, fi l'on fonge qu'une Antoinette Bouri- 
gnon, une Marthe Brouteront joué la France & les Pays Bas pendant les 
5 o. & 40. ans , l'une par fes révélations prétendues , l'autre par la pofleffion 
du démon ; l'Eglife , le Parlement , la Sorbonne , la France & l'Italie vi- 
rent, s'étonnèrent, crurent ce qui n'etoic qu'un jeu peut être plus mal ré- 
prefentë , qu'il ne L'a été par la Cadiere. '" 

A prêtent il ne s'agit plus que de deux chofes , d'abord de plonger le Père 
Jacobin , fa fœur , fon frère dans les conféquences que l'on a fait voir cy- 
aeflus réfulter nécêflairement de leur complot, c*eft-à-dire , dans les plus 
profonds abymes d'horreurs & de facriléges , dont ils n'ont pu paraître fe 
garentir pour un temps, qu'en niant contre la foy des fermens, ce dont les 
feules lumières de là vérité & delà raifon fuffifoient pour les convaincre. Il 
faut enfuite rendre au Père Girard cous les avantages dont ils ont tenté de 
priver fon innocence par leur obftination i nier trois faits, déformais fi évi- 
dents. 

Comment fur tout, échapperont-ils jamais à la découverte du fecrec des 



xo 






Lettres ï C'a je fuppofe pour un moment que les nuages les plus épais des 
précomptions les mieux préparées auroient tenu en fufpens jufques au terme 
du Jugement fou verain, toute une Cou&incertaine où poferle pied, où ap- 
puyer fa décifion , & dans la plus grande des perplexités ; je fuppofe qu'au 
moment où 1er Juges s'afîembleiîf, l'on vienne à grand bruit leur annoncer 
qu'on leuf apporte là vrave piere de touche du Procès en leur démontrant 
que tout n'a été que rhumeries & impieté de la part des Cadieres ; que l'on a 
percé la muraille, & que leurs abominations onr paru , qu'on leur préfente 
enfin dans ce moment critique &<décififles Lettres de la Cadiere qui dévoi- 
lent tout par évidence , que ces Lettres ne font pas les fiennes , qu'elle n'en a 
ni écrit nipenfé une fyllabe î que le Père Cadiere d'intelligence avec fa fceur 
en eft l'auteur j que l'on a fes minutes copiées par l'Abbé. Cette découverte 
eft de la nature de ces faux infignes , qui dès qu'ils paroiflent changent de faca 
à toute une affaire, ôc mènent en un initant au fupplice , celui même qui 
fembloit toucher à la victoire , "& n'avoir plus qu'à recueillir les fruits «le ion 
iniquité. 

Ceux qui ont livré aux Cadieres & adhérants coûte la procédure fecrerte, 
& qui parla ont caufé tout lefcandale, en foumifïant à des furieux tels que 
Chaudon ficfes femblables , les couleurs que ton infâme pinceau a donné 
l'exemple de confondre, pour en former le rnonftrede tous les Mémoires 
qui ont jamais paru' j ces ennemis fecrets de l'innocence l'ont voulu priver 
dans le Père Girard de l'avantage que lui afluroit la production des Lettres , 
& la découverte du fecret d'iniquité de celles de la Cadiere ; parce qu'ainfl , 
les coupables ont eu le temps de revenir d'un coup fi etourdifîant, oc les Avo- 
cats celui de s'alambiquer l'efprit pour en atténuer le crime , pour en énerver 
les effets. Mais en eft- il moins vrai que fi le Père Girard eut attendu aux 
derniers jours à paroître, cesarmes vi&orieufes à la main, il auroit forcé, 
âtteré des calomniateurs, qui n'ayant plus la refïource des horribles détours 
de la chicanne pour pallier leurs crimes , n'auroient pu en différer le châti- 
ment. Mais ce qui confole le Père Girard , c'eft que des faits fi importans , fi 
décififs, font toujours préfens à des Juges auiïï éclairés qu'équitables j que 
ces faits font toujours à leurs yeux - ce qu'ils font en eux-mêmes , malgré les 
efforts du menfonge & de l'artifice pour les défigurer. De cette découverte fi 
fubite , fi imprévue , fort un coup de lumière dont l'éclat laiiïe voir dans 
tout fon jour t le crime & l'artifice. 

Le premier complot entre les trois Cadieres eft évident j Parties, Enne- 
mis fecrets , Avocats furieux , contentés. vous de frémir de cette évidence , 
puifque vous ne fçauriés l'ébranler. Pailons au fécond auquel les Cadieres 
s'a ffocieront bientôt fous la conduire d'un miférable encore plus méchant 
qu'eux. Telle eft lafâtalité du crime, de ne pouvoir s'arrêter , Se d'être 
comme malgré lui entraîné d'abyme en aby me, jufqu'au terme que le van- 
geur a marque pour fon expiation. 

« 

SECOND COMPLOT. 

Le Père Nicolas Carme, Çtffes Ajfociez,. 

L'on voit quelquefois , à la honte & pour l'humiliation du genre humain, 
fortir de fon îcin des monftres d'horreur & defang, qui n'ont de l'homme 
que la figure 5 mais on a remarqué que la nature ne produit point de poifon, 
qu'elle n'en produife le remède , & que quand il échape dans le monde de ces 
affreux caractères capables de jetter par leurs calomnies pleines d'injuftice & 
de fureur, le trouble & laconfufion par-tout, le ciel fait trouver dans leur 
imprudence , dans leur prudence même , le contrepoifon de ce qu'enfantent 

& 



1 1 



& leurs cœurs Se leurs efprits pernicieux. Le plus grand malheur de tous fè- 
roit , que des méchans de ce premier ordre puffent trouver des defenfeurs , 
desprote&eurs, & même des panégyriftess Ils en rougiront un jour $ ils ne 
vous ont point connu \ Père Nicolas, non plus que vos Supérieurs , quand ils 
vous ont placé & avant le temps & avant la vertu ; je vous avouerai que je me 
trouve étonné vis à- vis de vous, que votre préfence m'effraye, & me plonge 
dans un férieux affligeant , où je détourne la vue de crimes Ci affreux , Ôc plus 
encore de celui qui en eft l'intariffable fource. Oui , je fui rois , Ci l'innocence 
en pleurs ne me retenoit pour vous confondre. 

Venez donc , Père Nicolas , venez , & pour me remettre de ma frayeur, re- 
prenez encore cet air modefte , ce faux zèle , ce ton d'homme pénétrant dans 
les myftéres du ciel & de l'enfer que vous fçaviez Ci bien démêler ; tous ces de- 
hors artificieux que vous employâtes fi adroitement devant un Evêque rem- 
pli de fimplicité évangelique , pour gagner la confiance qu'il eut en vous , en 
vous faifant pafïer des mains du Père Girard, quand ceJui-ci l'eue quittée, 
cerre jeune Dévore qui fai/bir rant de bruit dans Con diocèfe. La confiance 
du Prêter ne dura gueres ; vos premiers abus dans cette direction avertirent 
fà pruderice égale à fa première fimplicité , de vous l'ô ter , avec tous fes pou- 
voirs. Jefçai , Père Nicolas, toutes vos fineffes , tous vos prétextes pour co- 
lorer de l'autorité épifcopale l'entrée dans vos crimes j je fçais vos conven- 
tions , vos rendez- vous avec le Père Jacobin , vos premiers pas vers cette di- 
rection , pour donner quelque apparence à vos premiers éclats d'exorcifmes s 
Mais bientôt connu, frappé d'inteadit, vous dûtes tout finir, & c'eft- là où. 
vous commençâtes tout. LaifTons donc les petits retranchement que vous 
tâchez d'élever autour de vos crimes , & venons aux crimes mêmes. 

Dans quelle imagination infernale s'en eft-il jamais conçu & enfanté de 
pareils à ceux que vous avez commis, & aufqueis vous avez aflbciez votre 
nouvelle Pénitente , ce malheureux Jacobin, ce pauvre Abbé , tous entraî- 
nez dans cet affreux précipice par les menées d'un chef fi déterminé ? C'eft 
vous feul , Père Nicolas , qui avez imaginé , qui avez créé 6c tiré du néant , 
ou du moins de votre cœur, les calomnies fans exemple qui ne pou voient naî- 
tre que d'une fource fi empoifonnée. 

Votre premier objet n'a été , je le vois , que de dépouiller Je Père Girard 
de toute (a réputation, que de vous élever un trophée fur fa ruine. Vous 
crûtes que l'eftime étoit de la nature de ces biens que l'on s'attribue quand 
on les enlevé aux autres ; que pour faire palier à vous la première confian- 
ce d'un Evêque, il falloit commencer par écarter celui qui en jouiflbit com- 
me d'un avantage juftement obtenu, jamais furpris , & foutenu comme mé- 
rité par la vertu. C'eft un rival que vous vous êtes fait , & qui n'eft pas le vô- 
tre j c'eft un Jéfuite , c'eft dans lui , tout fon Corps , que vos f?ntimens 
vous font abhorrer : Et quoi i votre Religion peut-elle vous con/éiller , vous 
perfuader tant d'horreurs ? 

Pour ce qui eft du fécond objet, c'eft.à dire le Procès criminel & Ces rik 
ques , vous ne vous y attendiez pas j votre deflein étoit de flétrir le P. Girard 
& fes Confrères , mais non pas de vous compromettre. Vous avez, allumé 
l'incendie, mais vous ne penfiez pas qu'il dut vous dévorer. Vous voilà au 
point où vous & les Complices que vous vous êtes aflociez , êtes perdus , fi 
vous n'en perdez un autre. Le complot des trois Cadieres , dont vous faites 
recrue dans le complot de votre invention , avoit pour objet la fainteté Se 
l'empirée j il a manqué j Et vous , Père Nicolas , vous invoquez l'enfer pour 
bâtir le vôtre j il manquera : Mais que de charbons vous allumez fur votre 
tête: 

Vos Avocats ne vont -ils pas dire que je déclame ? Je vais donc vous 
prouver en Face , auffi-bien qu'à ces Epilogueurs , qui ne cherchent de prife 

F 






!' I 



1 z 



Mat*- 



it. 



que fur les mots , ut caperent eum infermme *, ( feule prife d'aggreiTeurs fuper- 
ficiels fur la vérité efléncielle } je vais , Père Nicolas, vous prouver par vos 
crimes , la modération de mes difeours. 

La Cadiere eft à la direction du Père Nicolas , qui de fon aveu forcé pafle 
une nuit entière feul avec elle. Le Père Nicolas n'avoue qu'une nuit , parce 
qu'il croit qu'on n'en peut fçavoir qu'une. Il trouve une fille étonnée du 
mortel échec que porte à fon hypocrifie la retraite du Père Girard. Son 
fyftême eft déconcerté ï elle eft piquée au vif contre le Père Girard , contre 
elle-même $ elle ne fçait à quoi s'en prendre*. la voilà comme àconfefleaux 
pieds du Carme, où, elle difpute peut- être encore lerefte du terrein d'une 
. îàinteté telle qu'on l'a vue , 6c où fon habitude à fe* jouer des chofes les s 
plus faintes , ne lui lailToit aucun fcrupule fur une mauvaife confefïïon 
de plus Le Carme imagine que ce fera un coup d'état pour lui , s'il peut 
fignaler fa nouvelle direction par quelque trait éclatant. Il prend fon parti, 
& montant fon affreufe imagination fur les fentimens de fa haine pour les 
Jéfuites, pour leur doctrine , il décide en lui-même qu'il va faire une di- 
rection toute magique delà direction du Père Girard. Cette longue nuit, 
qu'il allure avoir toute confacrée à entendre la confeflion de la Cadiere, 
favorife fon attention à tirer avantage de tout ce qui pourra colorer fon 
fyftême diabolique : il écoute, il interroge , il tente les voyesde prétextes. 
Le Père Girard a fouvent parlé bas & de près à la Cadiere ; le fecret du 
Sacrement & de la confeieneele demandent: elle a fenti la chaleur de fon 
haleine ; le Carme en fait un foufïle e*flammé , qu'il métamorpbofe en 
fort , dont l'effet eft de donner au Père Girard un empire abfolu fur les 

fens de la Cadiere Il trouve dans ce long circuit de difeours , que le P. 

Girard a quelquefois été enfermé dans la chambre de cette fille pendant 
desextafes , dont elle ne veut pas découvrir lamommerie. Voilà le temps 
que le Carme prend,, pour le confacrer aux inceftes fpirituels, . : . . Une fille 
de vingt ans eft fujette à certains périodes: Elle fe fou vient que pour prou- 
ver au Père Girard des pertes miraeuleufes de fang, elle lui a fait palier un 
jour fous les yeux quelque chofe de fort naturel , contenu dans un vafe de 
nuit. Ici le Carme fe recueillit ; il penfe , il veut donner quelque ombre à 
î'incefte antérieur , & de ce vafe dans lequel une fille de fon âge donne na- 
turellement la teinture que l'on fçait , le Père Carme s'imagine d'en faire 
ia matière d'un avortement forcé. Son effet infaillible eft de réduire toutes 
les femmes à la mort. La curiofité du Carme laiffe cet article , parce qu'il 
{"eavoit; que la Cadiere n'a voit jamais eu de fièvre , inféparable d'une opé- 
ration ft violente : Mais ne vous auroit-il jamais donné à boire , dit-il à la 
Cadiere^ï Pardonnez moi, répondit-elle, j'étoîs fort altérée j je le lui di- 
fois, & quelquefois il m'citallé chercher de l'eau dans une ccuelle. L'heu- 
reufe réponfe pour le Carme i Voilà un breuvage d'avortement tout ar- 
rangé dans fa tête. De ce matériel, l'on pa0e à la conduite fpirituelle, à 
rOraifbn. La Cadiere a eu des dift raclions dans les prières vocales , du dé- 
goût pour elles , parce qu'elles ne l'affect oient pas. comme la méditation 
où l'ame s'applique à fon fujec, à un Myftere, à la Paffion deNotre-Sei- 
gneur avec affection , avec union. Et que difoit le Père Girard à cela ? Que 
l'Oraifon mentale dédommageoit bien du dégoût de la Prière vocale , & 

lui étoit préférable Bon dit le Carme en lui même, voici du Quié- 

îifme , ou de quoi en bâtir un. 

Le fyftême eft arrangé, le Carme le perfectionne , il le circonftancie de 
certaines obfervations dirigées vers l'objet principal -, il fçaura placera pro- 
pos quelques humidités , quelques reffentimens de douleur où il n'y en a 
point eu de plaifir. Sa grande affaire eft de convaincre la Cadiere elle-mê- 
me de ce qu'elle avoit profondément ignoré; de faits dont elle ne s 'étoit 



15 
jamais doutée ; de crimes dont elle ne connoiflbit pas la matière , pas mê- 
me le nom, Sortilèges , incefies ffirituels , avènement far des breuvages , 
Quiétifme. Quefl-ceque tout cela? Le Carme prend le deflus, il parle en 
maître , en homme qui a le difcernemenc àts efprks &C des corps, La Ca- 
diere. fe foumec à croire, & voici fans douce le point fixe de fa fourmilion. 
Le Carme lui dit qu'elle eft vraymenc livrée au Démon; que c'eftun refte 
des forts que lui a jette le Père Girard pour en abufer; qu'il faut com- 
mencer par la délivrer de la tyrannie des Démons, dont les obfeflïons 
l'avoient rendue quant au corps , la victime des lafcivecezduPere'Girard, 
ôc quant à Famé, le jouet de cancd'illufions, de valons, 8tc. Deuxchofes 
frappent en tout ceci la Cadiere. i°. Elle eft vaine } la perce de l'opinion 
publique de fa faintetc eft irréparable : fi elle fe foumet à faire la poiïé- 
dée , les chofes merveilleufes qui ont paru fe palier en elle , ne feront plus 
attribuées à un jeu facrilégedefa part, mais à une force majeure étrangère 
qui n'intéreffera en rien la droiture , puisqu'elle n'aura pas été libre. i°. 
La Cadiere eft une Elle agguérie aux fcénes extraordinaires & publiques. 
Elle a vu applaudir à fon jeu dans une infinité d'extafes, de transfigura- 
tions. Elle lent qu'une reprefentacion dVxorciimèn'eft pas au-deflus defes 
forces. D'ailleurs le divertiflement d'un exorcifme équivaudra bien à celui 
d'une transfiguration. Elle aura dans l'un & L'autre des fpectateurs. Voilà 
la partie intereflante pour elle ; elle ne voit pas plus loin. Le Carme n'a 
plus qu'à ordonner , elle le croit aveuglément , elle fouferit à tout ce que 
le Carme lui a appris de la magie , des* infamies , des héréfies du Père 
Girard; l'exorcifme lui tarde, il eft trop différé. Mais il s'agit d'une con- 
dition importance, il faut que le Carme obtienne au moins quelque appa- 
rence de penwiffion 'd'exorcifer dans route la cérémonie : il veut brufquer 
cette affaire. Comment y réuffir s'il ne donne à l'Evêque quelques rai. 
Tons plaufibles d'un exorcifme preue , afin de ne pas laiûer au Prélat le tenis 
de peafer aux conditions préliminaires que l'Égliie exige en pareil cas. 
Comment juftifier au Prélat la néceflité de cet exorcifme , fur une fille re- 
gardée jufqu'alors comme un prodige de fainceté. 11 dit à la Cadiere qu'il 
faut de néceflité abloluë qu'elle Lui donne par écrit la permiffion de révé- 
ler fa confeffioni qu'il en ufera diferettement : que l'Evêque & fon frère le 
Jacobin doivent nécefïairement entrer dans la confidence de tout ce qui 
s'eft paflé pendant la dire&ion du Père Girard , fans quoi point d'exorcifme, 
& par conséquent point de juftification pour elle , fur ce que Fon a vu de 
merveilleux en elle, La Cadiere fçait ici écrire ; elle donne cette permit 
fion comme l'a di&ée le Carme. 

Il ne s'agit plus que de l'exécution. L'Evêque eft attiré par le jacobin à la 
Baftide où étoit fa fœur ; le Carme a eu la précaution d'y faire venir deux ex- 
travagantes qui s'étoient confeffées au Pece Girard; il leur perfuade que puif- 
que la Cadiere , la perle des pénitences de ce Père , eft poffédée, elles le font 
auffi : elles fe Soumettent de compagnie à l'exorcifme. L'Evêque arrive - y le 
Pece Nicolas lut débite comme la confcflïon de La Cadiere, faite de fon pro- 
pre mouvement, & avec connouTance de caufe , ainfi qu'il l'avoit déjà per- 
fuade au Jacobin, la Magie, Flncefte , l'Avortemcnt , Le Quieufme, que ce 
miferable avoit lui même mis à force dans la tête de cette malheureufe. Il dit 
qu'il eut la précaution de demander en même-temps à L'Evêque La permiflion 
de révéler cette confeifion , & qu'il l'obtint verbalement. Permiflion inutile , 
extorquée par un Ouy auiïi mal entendu que La demande , au milieu de tout 
ce jeu de pofledées & d'.exorcifmes informes. 

Les Partifans du Père Carme fe récrient fur nôtre expofé ; car cet homme 
abominable en a, & beaucoup ; Ses fentimens, un Jefuite pour objet de fes 
calomnies, fa haine contre le Corps tout entier, font les voiles fpecieux dont 




24 
on veut envelopper fes, crimes : Appelions encore l'évidence > devant elle tous 
les .voiles du monde ne fçauroient cacher , ce que tous les feux du monde 
ne fçauroient purifier. 

Il fout avouer que ce Père Nicolas eft bien malheureux de laiffer voiraffés 
de ratfon en lui , pour donner lieu de penfer qu'il eft un fcélérat ; car il laifle voir 
affés d'extravagance pourfe faire regarder comme un fou ^ un furieux. Mettons 
chaque choie en fa place -.Les extravagances fenfi blés qui fe rencontrent dans 
tout le Complor du Père Nicolas , veulent que l'on n'y faffe aucune atten- 
tion : c'eft à la Juftice de rejetter & méprifer jufques aux Titres mêmes de ces 
accusations mal afforties de Magic , d'Incefte , d'Avortemens , de Quietifme. 
La fourberie , la noirceur, les fauffetés, les calomnies qui animent ces accu- 
fations, auxquelles des profanations du Sacrement de Pénitence, des révéla- 
tions facrileges ont donné naiffance , ne peuvent certainement pas refter im- 
punies i c'eft à la Juftice à difpofer du Père Nicolas ; c'eft à lui de trembler ; c'eft 
à nous d'à t tend re l'Arrêt de fa condamnation. 

Venons à nos preuves. Le caractère eiîèntiel de l'évidence en chaque genre , 
eft de proportionner ft$ preuves à la nature des chofes qu'elle doit prouver. 
La preuve de ce qui s' eft die entre un Confeffeur & une Pénitente, ne peut 
fe tirer du Confeffeur , pour deux raifons. La première, parce que le Confeffeur 
tenu par état à un fecret inviolable, ne peut parler fans crime ; la féconde , 
parce que, fuppofé pour un moment, que le Confeffeur pût parler dans quel-" 
ques cas privilégiés , fon témoignage en faveur de fa Pénitente ne pou rr oit dans 
aucun cas produire aucun effet, parce que fa révélation ne feroit qu'une ré- 
pétition de ce que lui aurait dit la Pénitente , intéreffée à le faire parler : ré- 
pétition qui dès-lors ne peut en rien fortifier la croyance de ce que la Péni- 
tente avancerait toute feule. Une voix répétée par un écho, par vingt échos, 
n'eft toujours qu'une voix, Par ces deux endroits, tout témoignage de Con- 
feffeur fur ce qu'on lui a dit en confeflïon , eft nul de droit. 

La veriré de ce qui s'eft dit en confdîïon ne peut donc venir que de la 
part de la perfonne confeffée , qui n'étant aftrainte à aucun fecret fur ce que 
lui a dit , confcillé ou fait fon Confeffeur , peut parler & doit être crue. Si 
un Confeffeur par exemple profanant le Sacrement , confeilloit dans le Tri- 
bunal à fon Pénitent d'ail affiner un tel ï fi ce Pénitent tentoic par voye de fait 
cet afiaffinat ; s'il nommoit enfuite fon Confeffeur , comme auteur de cette 
démarche; fi fur tout le Confeffeur étoit reconnu fur d'autres indices comme 
difpofé à cet affafïïnat , il eft très - certain que le témoignage de fon Pénitent 
contre lui 1er oit écouté , & produirait fon trier. Telle eft juftement l'efpece pré* 
fente. Le Père Nicolas a perfuadé à la Cadiere de porter un coup mortel au 
Père Girard ; la Cadiere. par voye de fair la tenté par une expofition , & dans 
un Interrogatoire plein de calomnies atroces contre ce Père; & par voye de 
droit elle vient protefter en Juftice que c'eft le Père Nicolas Carme qui l'a en- 
gagée à porter ce coup au Père Girard. Elle explique dans un Interrogatoire 
poftérieur, où elle fe retraûe du premier , les moyens iniques employés par 
le Carme pour la féduire & la déterminer à ce mauvais coup. Elle dit que 
ce même Carme a tâché d'en féduire d'autres, telles que la Batarele & la vieille 
Allemand pour aider à porter ce coup au Père Girard, comme à un forcier; 
& par voye de fait, ces deux femmes reçoivent de la main du Père Nicolas 
un remède en preuve que le P. Girard les a par fortilege livrées. au Dcaion. 
Ce fécond interrogatoire fait donc évidemment charge contre le Carme 
comme auteur de -ce mauvais'coup. 

Bien plus, fept jours après, c'eft à-dire le 6. Mars, la Cadiere eft recollée 
dans fes réponfes du zj. Février ; elle y perfifte à l'excluGoo de tout ce qu'elle 
pourrait avoir dit & avancé dans toute expofition, dans tout interrogatoire 
antérieur, Elle eft enfuite confrontée au Père Girard, & dans cette confron- 
tation, 



2 S 

tafïon .clic perfifte derechef dans tout ce qu'elle a dit le 17. Février dans 
fa rétractation des expéditions & interrogatoires antérieurs à ce jour, ainfi que 
dans le recollement du 6. Mars fuivant. Voilà donc les réponfes & déposi- 
tions de la Cadiere dans leur état fixe & permanent : Il n'eft plus libre à la 
Cadierc de revenir contre. En effet, l'Ordonnance Criminelle de 1670. titre 
,15. arr. n. dit en termes formels, que les Témoins qui depuis le recollement rk~ 
traiteront leurs dépositions , ou les changeront dans les circonftances ejfentie'lles , 
feront pourfuïvis ejr punis comme faux Témoins. . . La même Ordonnance ajoute 
arr. a 3. .que la même chofe aura lieu dans les confrontations qui feront faites des 
accufês Us uns aux Autres. Aufîî les Coaccufés ayant fenti que cette rétrafta- 
t-ion & recollement de la Cadiere ren ver loir tout leur fyflcmc , dévoîloit 
toutes leur calomnies, & les perdoit fans reffourec , l'engagèrent à impétrer 
des Lettres Royaux en reftitution de fa rétractation, recollement & confronta- 
tion. Mais ce qui achevé dateur donner une fiabilité inébranlable , c'eft l'Ar- 
rêt du Parlement du 30. Juillet dernier, par lequel elle eft déboutée de cette 
demande inoùie; & d'où il réfulte neceffaircment que les feules Pièces judi- 
ciaires de la Cadiere qui faffent foi au Procès, font fes Réponfes à commen- 
cer du 27. Février, fon Recollement du 6. Mars , & fa Confrontation. Tous 
autres Actes contraires ou antérieurs ou pofterieurs font anéantis par l'Arrêt 
du îo. Juillet. Eft-il un Jurifconfult*, en France qui l'osât nier. 

Lifés vous-même Père Nicolas, U vous verres dans ces Réponfes , dans ce 
Recollement ft auten tiques devenues la règle de vôtre Jugement , que bien 
loin d'avoir groffi le moindre objet , on les a tous affoiblis. Vous y verres 
que la Cadiere quand elle ne parle pas d'après vous , * ria jamais connu dau- *p*g. %%. 
très vues dans le Tere Girard qui celle du defir de fon falut , que jufques à la fin f^f ' nf -J":L 
de fa direct ien , il la conduite pat les voyes de la perfection la plus haute, , . . jgue p«;« faiv, 
cep le Père Nicolas Prieur des Carmes , qui a commencé* lui donner des fonpcons 
fur la conduite du Père Girard . . Jhte le Père Carme lui a infpirê <jr confèillé 
d'intenter celte affaire ejr de fit mer cette plainte contre le Père Girard, ejr la lui 
a fait foûtenir. , . £>ue le Père Carme lui dépeignit avec horreur ce qui s' et oit pajje 
de fintple & de faint entre elle ejr le Père Recteur , tjflui dit que celles qui s'aban- 
donnent au Corps de Garde ne font pas pires, ^ae te Père Carme lui fit plufieurs 
propofitions , comme fi elle ne s'était pas trouvée mouillée , (i elle n avoit pas fenti 
du plaifir ou de U douleur ; à quoi elle repondeit quelle n'entendoit rien a ce quo» 
lui dtfoit , que pour du plaifir rjf de la douleur elle n'en avoit pas reffenti , quelle 
s'étoit trouvée mouillée , mais que cela lui arrivait quelquefois par un écoulement 
d urine ; qu'alors te Carme lui dit quelle s'étoit trompée , que le Père Girard lui 
avoit fafiiné Cejprit , ejr quelle ne s'était pas appereâe de ce qu'il lui avoit fait. 
(L'on demande pardon au Leôeur d'être réduit à lui mettre fous les yeux les 
infamies de ce Carme.) Que le mouillé étoit une fuite naturelle de fattion que 
k Père avoit commife en elie » ejr que fi elle n avait fenti ni plaifir ni douleur , 
c'eft parce qu'il lui avoit fa feiné lefprit ;ce quelle lui font in t toujours être faux , 
lui ayant toujours foute nu n avoir jamais rien vu d'immodtfie au Père Girard t ni 
de contraire a U pudeur ; qui force de lui dire , le Père Nicolas le lui perfuada , 
je prévalant de fafoiblejfe. . . Qu'ayant eu une perte defitng,ejr l'ayant raconté au 
Père Carme, il lui dit qu'il falloit qu'elle fè fît blejfée; qu'ayant, dit au Père Ni- 
colas que le Père Girard lui portait quelque fois de l'eau dans une écuelle , ledit 
Carme lui avoit dit qu'il fal'mt que le Père Girard y eût mis dedans-^auelque dro- 
gue pour procurer un avsrtement i qu'elle ne trouvoit À cette eau aucun mauvais 
goût. . . . Que quant a fon expofit'ton , te Père Prieur des Carmes s'étoit fi fort pré- 
valu de fes foiblejfes , qu'il la lai avoit perfuadée , ejr l avoit obligée de la foûtenir 
comme une vérité. . . . Jgue le Père Carme raconta a fon frère le Dominicain , que 
le Père Girard ayant pris certaines libertés avec elle , il né toit pas poffîble qu'il 
n'en eût abufe; que le Père Girard l' avoit outre cela jettée dans des fentimens de 



; ' 



i6 

guietifme Que fa Mère et *Ue ont regardé comme un tris -grand malheur 

dans fa Famille , la connoiffance quelles ont eu de ce Père Carme t dr quelle & f* 
famille n'auraient jamais commencé cette Affaire ,fi le Peh Carme ne les y avait 
engagées. . , . £>ue le Carme difoit de plus quelle avait été trempée par le Père 
■Girard , ejr que toutes les v fions quelle avott eues étaient démoniaques, que pour 
cela elle avait befain dêtre exorcifée, quelle l'avait été trais fois > que le Çarme 
le publiait par tout , ejr lui avait dit de faire venir la Demotfelle Batarelle & l* 
Vemoifelle Allemand pour les exorcifer auffî , ce qu'il fit. . . Jgue le Père Carme 
lui avait demandé par écrit la permiffian de révéler fa confejjion , ejr qu'elle lui e» 
avait donné deux par écrit, . . . Jgue le même lui avait fait dire que fi an lui pré- 
fentoit un Comparant ('une A lîîg nation) // dépeferoit en Jufiite , & que peur cela 
il lui demanda une nouvelle permiffiû'n , que lie lui donna , ejr ledit Carme dépofa. . 
Voilà ce que la Cadicrc a foûtenu dans Ton recollement , fa confrontation 
fept jours après : ce qui tient , ce qui ne peut être^iétruit , fur quoi vous ferés 
jugé. Faites vos réflexions là deflus P. Nicolas: elles font toutes faites partout 
homme fenfé , dont i'efprit n'eft pas absolument gâté & perverti par les va- 
peurs que les parlions contre les Jeiuites élèvent de cœur. Mais ne dites plus 
qu'on vous en a impoié, ne demandés plus où eft vôtre Complot s car l'on 
vous demanderoit où il n'eft pas. Que l'on péfe de fuite cette rétractation , 
même à côté des N <tcs de Chaudon, fi attentif à chercher toutes, lesow.brcs 
les plus propres à l'oblcurcir. Arrolés- là avec lui d'un brevage qui puiùe la 
dilfoudre , gardés en encore pour effacer fept ou huit jours aptes le recolle- 
ment & la confrontation , l'Arrêt du 30. Juillet fera le contre- poifon qui la 

fauvera de vos atteintes Vous nous gardés, dites-vous » quelque chofe de 

fecret, dont l'éclat en fon temps & lieu fera fentir le peu de force d'une ré- 
tractation arrachée par menaces: Et l'Arrêt du 30. Juillet ne méritoit donc pas 
ce vous fcmble le cou^d 'éclat, lui qui vous ôte pour jamais route rclfource 
de ce côté Jà. Pour moi je Cuis plus flnecre, je ne vous cache rien , & je vais 
fournir encore matière à vos réflexions. Tenés d'abord pour principe certain 
que la vérité a de grands droits qu'elle ne perd jamais : dans le temps même 
que l'on croit la tenir captive, que ion veut l'étouffer, elle ufe du pnWkge 
qu'elle a de percer du milieu des ténèbres jufques au plus grand j; air, obéif- 
fant ainfi à la voix de fon premier Maître, qui a déclaré que l'iniquité com- 
miie dans l'obfcumé la plus (ombre, fera publiée fur les toits. Les plus grands 
crimes n'ôtent pas le remord même aux méchants , Dieu leur arrache quel- 
quefois une componction , qui quoique fterile pour eux, fert de témoignage 
à l'innocence, Peccavi tradens fanguinem jufium. Jugés donc du morif de cette 
rérracîation , par ce que fît & dit la Odiere apièiia confrontation avec le Père 
Girard. Cinq dignes Réligieufes la virent & l'entendirent long temps à fon 
retour. Liies quelques échantillons d'une Lettre écrite des Urfulmes de Tou- 
lon a une pej Tonne de mérite qui demandoit un compte exact, de tout ce qui 
s'étott pafle alors. On le lui rend dans le détail des raoind.e*.circomtances ] <5c 
dans un temps non fufpccl : il y avoit prè de trois mois que les informations 
étoïenc ctofes : la Lettre cil du 3 . May à Toulon » elle fubliltc en original où. 
îl faut. Voici l'article de la confrontation. 

» Le Père ( Girard ^ vint » & elle ( la Cadiere) lui fur confrontée : elle con- 
«fîrma fa rétractation , & lui demanda pardon les larmes aux yeux; après quoi 
»le Pcrc s'étant retiré » on la conduiiît à fon appartement pour la faire re- 
"pofer, & lui faire prendre quelque chofe. Là en préiènee des SœursdeG^u- 
« gou'in j, Sorin, Guidy & Gt yol elle dit, que le plus malheureux jour de fa. vie 
» était celui au elle avait connu le Prieur des Carme ; que c'était lui qui avoit fait 
mini enter ce Procès contre le Père Re fleur , qui né toit qu une pure calomnie ; que 
*>par là il avoit perdu elle ejr toute fit famille ; quelle ne s'en confoler ait déjà vte; 
* -que fous les tour mens imaginables lut jer oient beaucoup plus doux que cette penfee ; 



27 

» que le Carme n'avait rien oublie pour la féduire à" h* fafeiner l'efprit , pour 
* lui perfuader que le Père Girard et où foreier & magicien , que par fa magie il 
» l'avoit perdue é 1 deshonorée de toutes les manières ; qu'il avait tâché de leper- 
xfuader à Monseigneur iBvêque , lequel s'étoit bien détrompé; qù elle feule & fa 
"famille avaient été les vUlimes des fentimens exécrables de ce malhonnête homme , 
"(répétant par deux fois) des fentimens exécrables de ce malhonnête • hommme, 
*Ellc ajouta» tcjr lui qui perfuada à la Dame Allemand ', femme d ailleurs fenfêeér 
» avancée en âge , Qu'elle était poffedée , qui la fit venir dans ma Matfon avec la 
» Batarelle , & nous fit faire à toutes trois enfemble les pojjèdées , pour foulever 
» toute la Ville contre le F ère Girard , dont il avait juré la pc'fte. Elle dit encore, 
"qu'elle s' étonnait que la Terre ne s'ouvrît pas pour l'engloutir % après avoir noirci 
» comme elle avait fait ta réputation dun fi faint homme. Le refte de ce jour- là 
» elle fut confrontée avec cinq ou iïx de nos Religieufes, Le lendemain fa Mère 
» vint la voir fort matin; elle me fît prier d'y aller, craignant fa colère ;je l'in- 
» troduifis. Dès que fa Mère la vit paroître, elle lui dit : Tu nous a tous perdus* 
w tu fer as fouettée , tu la feras , t» la'feras , en la menaçant delà main, tu le mer i- 
*>tes. ... tu le mérites bien: La fille répondit , ma Mère j'ai dit la vérité , que 
» vouliês vous que \efife ? je ne pouvais pas faire autrement que de dire la vérité : , 
» 2# ne pouvais pas faire autrement ? Eh tu avais tant promis que tu tefoâtien- 

* droit • ! Tu feras fouettée ! quel déshonneur pour nous ! nous allons t' abandonner. 
■ Elle lui fît bien des menaces & des reproches, & ne lui auroit pas épargné les 
v coups , s'il n'y eut pas eu une grille qui l'en empêchoit. Son frère l'Abbé qui 

* étoit prélent, lui fit auflï bien des reproches, & lui dit, vousl'avés jette fur 
» le Carme , mais le Carme fe tirera de dejfous , & vous y refier es : Elle répondit à 
■> fon Frère; mais que vouliês vous quejefiffe , j'ai die la vérité. Je pris la parole, 

* & lui dis, Moniteur, vôtre Sœur veutfefauver, elle ne le pouvoit pas fans 
» dire la vérité : elle a bien fait de décharger fa coafeience. lime répondit, 
» qu'elle devait l'avoir fait plutôt. Nous n'aurions pas entrepris ce Procès , fi vous 
» naviès pas dû lefoutcnir, dit-il à fa fœur j ce n'efi pas ce que vous nous aviès 
» promis. Ils fe retirèrent, & on ne lui envoya ce jour-là qu'un pain bis, & la 
» Servante dit en le remettant à la porte , quelle ne pouvoit pas trop patir. 

Ah ! Père Nicolas , quel perfonnage pour un Prêtre , un Religieux , un 
Directeur , un Supérieur de Maifon : vous me réduifés à vous montrer comme 
le moindre de vos crimes, une confeflîon révélée. Crime cependant fi rare, 
fi affreux, fi féverement puni. Je vous vois muni despermiflïons de vôtre Pé- 
nitente pour la publier; je vois dans fes déclarations, que vous avez vous même 
lbllicité cet écrit de fa main ; je vous vois mandier des Alîîgnations pour 
porter cette confeflîon en Juftice : Vous en faîtes retentit les Tribunaux , la 
France l'Europe entière. Vous êtes le premier & le ilul que l'on ait vu dans 
toute la Chrétienté paroître en Juftice une Aflîgnation à la main pour décla- 
rer le crime d'un Tiers, & de quel Tiers encore , d'un Prêtre, d'un Religieux, 
d'un faint, auquel vous rendes au fond de vôtre cceur ce témoignage fecret , 
tandis que vôtre témoignage public demande fon fang. Incendiaire des Tem- 
ples vîvans de Jésus- Christ, eft-ce donc parce crime unique en fon efpece, 
que vous prétendes rendre fameux le nom de Nicolas de Saint Jofeph Carme 
DéchauflÉ? Maisîleneft encore un audeflus,& qui vous illuftrera davantage, 
jamais l'Enfer ne l'avoit imaginé,, vous feul en criés capable, & perfonne ne 
le commettra , ne le penfera après vous. C'cft que n'y ayant jamais eu au monde 
aucune Pénitente qui puiffe avoir éprouvé dans elle feule tous les crimes que 
vous imputés au Père Girard, ni s'en être par conféquent confeffée , vous fa- 
briqués vous même dans les antres de vos calomnies, dans vôtre cœur & vô- 
tre efprit pervets , une confeflîon où vôtre Pénitente ne fe connoît à pas un 
des traits que vous lui faites adopter, dépofer & foûtenir comme les liens & 
ceux de fon premier Directeur. Les LoixEcclefiaftiques ou Séculières ont-elles 




I 



■2» 3 

-prévu un crime démette nature, fie comment le puniront- elles* comment fur 
tout avés vous ofé » avec le poids énorme des iniquités qui vous accablent , 
franchir le pas délicat d'une Priions Se' par quel foutenain pourrés vous vous 
en fauver * 

Jugez, Père Nicolas, de ce que vous méritez pour ce crime inouï, mais 
réel, Scdonton vous voit convaincu (ans en pouvoir comprendre l'énormitéj 
jugez en par la.pun it ion que doit vous attirer ce que vous montrez vous-même 
'de vorreerîme ; ne vous vois- je pas , l'aflignation que vous vous êtes fait donner 
à la main , révek^n Juftîce les prérendus crimes d'un Tiers ï avez-vous donc 
la première nJ|j{ du Sacrcn?.ent de Pénitence l fçavcz-vous qu'un Prêrre, 
'qu'un Miniftre occe Sacrement lui doit le même fecret que Dieu fe garde à lut- 
même fur nos fautes *, Sçavez vous que ce Sacrement n'a été inftitué que comme 
un ' remède de lame , Ôc n'a pas d'autre fin ? El vous empoi fon nexez ce remède , 
'Vous pervertirez fon ordre , pour en faire 11*1 moyenne condamnation aux Tri- 
bunaux féculiers ; ces Tribunaux même, malgré leur activité à la recherche du 
crime, montr-entaflez combien ils l'entent tes funeftes confequenccsdeces re- 
cherches odieufes Se criminelles par la voyc des ConfefTcurs, pour fe refufer à 
tout ce qui pourrait venir par un tel canal. Mille aflîgnations précédées même 
■d'une permiflïon d'un Pénitent, pourroicnt-ellcs engager un Confefleur à ré- 
véler* N'a-t-il pasfatisfait à la Juftice, n'cft-il pas quitte envers elle, quand il 
peut répondrfe: Je % ne[çds rien que par U Confcfjiûn.? Ainfi, Père Nicolas, quand 
vous avez révélé une Confeflîon , c'eft que vous l'avez voulu i & quand on veut 
révéler , on eft coupable de la révélation. 

Dira-t-on qu'une Pénitente peut céder fon droit fur £à réputation, Se permet- 
tre atrConfefTeur de révéler fes fautes* quels lont les Confcfleurs qui croiroient 
pouvoir fe fervif licitement d'un tel privilège! mais en tout cas aucune Proi- 
tentene peut drfpofer de la réputationa d'un Tiers, donc un Confcfleur doit fça- 
voir que la permiflïon den difpofer eft nulle de droit, & que fi fous piétexce 
d'un tel confentement il publie le crime d'un Tiers, il eft coupabic de i évélation, 
fur tout fi il porte fa révélation à un Tribunal contentieux > il faut qu'un tel fean- 
dale foltrépaié par des punitions exemplaires, fans quoi laConfetÏÏou pourroic 
impunément devenir un instrument de calomnie, de vengeance , ou même de 
lamortdescriminels qui fe trou v croient ai nfi indirectement condamnés au Tri- 
bunal de laConfefïïon, où feroit la four ce dekurmalhcur, Se d'où réellement, 
quoiqu' obliquement , ils partiroient pour 1 échaf <ud ; puifqu'il feroit vrai de dite 
dans ce-eas-Ji , que fans laConfeiïion ils naui oient été ni connus , ni punis com- 
me coupables. 

Qui a admireroît ici la J-ufticede Dieuï Le Père Nicolas devient fcnfiblcment 
la feule victime de fa révélation, puitque le crime qu'il a révélé eft celui de fes 
■calomnies , qu'il veut conduire par la Coni't-fiîon jufqu'a la perte du Père Girard * 
mais cette mêmeconfeflîon , le Tribunal la recenneûtavec évidence , pour avoir 
été calomnieufement fabriquée par le Père Nicolas , dictée Se perfuadée avec 
peine à la Cadicre , qui en détruit non-tèulemeni l'imputation , -mais le fond i en- 
forte que cette révélation opère d'un même coup & la honteufe condamnation 
du Père Nicolas, êc la pleine juftificatîon du Peic Girard. Aman nes'imaginoit 
pas préparer pour lui le malheur qu'il deftinoit au jufleivlardochée , & qui de voit 
s'étendre à tout le Peuple de Dieu. 

Sans aller plus loin , tous les crimes dont il s'agit au procès ont trouvé Se leurs 
vrais Auteurs , Scieurs places naturelles » les quatre Accufateurs les p»ttagent, 
fans qu'aucun d'eux effleure IcPcreGirardi l'on a arraché à chacun en particulier 
un titre icel en faveur de l'Acculé > on leur a enlevé à chacun une dépouille, 
pour orner le triomphe de fon innocence ;au Jacobin , les minutes des .Lettres, 
écrits 5c révélations delà Cadicre :c'cft lui qui en eft l'Auteur * à l'Abbé, lesco- 
piesde tout., comme au Secrétaire du premier complot; àlaCadierc, une ré-" 

tra&attcji 



20 

traûation foùtcnue d'un recollement que la Juftice Divine fe m ble avoir exigés 
d'elle par les remords, & que la Juftice humaine ne lui rendra plus i au Père 
Nicolas, fans comprer les affignations , les permiiïîons dont il eft porteur, & 
qui établiffent contre lui le crime d'avoir révélé la.Confdlïon. La rétractation 
de la Cadiere , prononce Se public lbn Arrêt, C'eft ainfi que le jufte tire Ton falut 
de fes ennemis mêmes. * Sdutemex inïmkis noftris, & qu'il force ceux qui le 
haïffent à ligner 'tous de leur propre main fa justification éclatante, drdemam 
çmnium qui ûdtrunt nss. 

Voilà donc enfin tout notre monde ; la Cadiere & fes deux frères ont paffé du 
cercle de leur premier complot dans le cercle du fécond où préfide le Père 
Nicolas, C'eft dans ces deux cercles qui le confondent pour n'en former plus 
qu'un , que la vérité & la Juftice m'ordonnent de les enfermer ; ils n'en fortironc 
plus. Celui qui a tout vu &tout fuivi les a pris, il les a entourés de leurs pro- 
pres crimes. * Nu ne tinumdcdtrunt tos adinvmtiones fus , coram facie mû faffx 
fnnt. Ils ont chacun leurs fymbolcs en main; le Jacobin, fes minutes raturées 
de Lettres qu'il n'a point faites , fes réponfes aux Lettres qu'il n'a point lues \ la 
Carme tqut couvert de pcrmiffions&d'allïgnations, pour révéler dans les Tribu- 
naux la Confcflion de la Pénitente , oc pour y obtenir l'Arrêt de mort qu'il folli- 
cite contre un tiers , contre un Prêtre Religieux , en confequence de fa révéla- 
tion î l'Abbé Cadiere avec fon attirail pour écrire les faux dont il a le fecret , & 
la Cadiere préfentant à tous fa rétractation munie d'un Arrêt qui la rend im- 
muable. De quel regard ils fe rencontrent tous! Pour les remettre, jevaischer- 
' cher les Avocats ; ils doivent entrer dans ce Cercle : & comme c'eft apparemment 
la dernière fois qu'ils parleront , qu'ils écriront, ils vont finit par des efforts 
dignes d'eux tous 5 mais la Juftice & la vérité retourneront tous ces miferabks 
altcreidu fang du Jufte, avec la même rapidité que la pierre décrit foncetclc 
dans la fronde. C'eft àJDaviddonton vouloir le fang, c'eft dans lui à tous les 
Juftes perfecutés, que cette promette eft faite. * Si furrexerit aliquando homo 
perfequens te , g5* quxrens animant tuam , inimicorum tmrum anima, rotabitur quafi 
m impitu & cirtnlo fands. 

SECONDE PARTIE. 

Le Procès criminel» 

S'il falloir raflembler ici toutes les parties & privées, èc publiques, non pas* 
que l'aceufation intentée contre le Pcre Girard attire à la Compagnie dont il eft 
Membre i un Religieux fi doux, fi humble, Il charitable ne mérite dans fa dif- 
grace que la compaffion des honnêtes gens , que l'émulation , & peut être l'envie 
des Saints i mais s'il falloit faire face à ce nombre d'ennemis que fa Compagnie 
attite au Père Girard , comment pourroit-on entreprendre de les combattre 
tous , quand il eft fi difficile de les compter ? Le Sauveur apprenoit à fes Difciples* 
que la pierre de touche du véritable Apoftolat feroit toujours les infultes & les 
mauvais difeours des hommes. Quelle confolation pour ce grand Corps, s'il 
peut mefuret la pureté & l'étendue de fon zèle fur la mefure de fes Tribulations s 
& quel aiguillon pour y tendte , que de fouffrir avec les vrays Fidélçs , peur-être 
pour eux. Ilfemble cependant qu'il eft des temps où les épteuves redoublent, 
où la chrife eft plus violente , & depuis fur tout que quatre Avocats, dont aucun^ 
digue de juftice, de vérité, de bienféance n'a pu arrêter les déchainemens , fe 
font imaginé que les Jefuites étoient livrés à leur diferetion. A quels excès de 
difeours & d'injures ne s eft-on pas porté contr'eux ï Mais il eft ici quelque chofe 
de plus prefle que des apologies de paroles ; leur conduite , leur patience Ôc 
leur courage en font de plus réelles en leur faveur ; l'innocence d'un d'en- 
tr'eux nous appelle encore , il faut achever fon triomphe , & laifler voie 
par-là à fes indignes Aggrefteurs , qu'ils n'ont plaidé que contre eux-mêmes , 
qu'ils ont prononcé leur Arrêt, que leurs noms font déjà effacés du Livre de la 

H 



Luc. t , 



Ofiéc. 7, 



'î*Reg. %fi 



probité , de la vérité & de la juftice , & qu'on les a gravés en tête du grand Livre 
de la calomnie, où ils relieront. 

Cependant comme la vérité a percé, vaincus de tous cotez , accablés des rayons 
delà lumière, abbattus fous les coups redoublez du raifonnement & de la dé- 
monftration» voyant l'heure de leur honte approcher, heure humiliante pour 
eux , terrible pour ceux qu'ils ont confeillcs , conduits & perdus , les quatre 
Avocats crient confulement , Les aveux du Père Girard! ...Les Lettres du Père 
Girard/ .. . Les témoins contre le Père Girard/ . . . Vous allez voir, Avocats » 
que toutes ces chofes appartiennent de droit à l'innocence du Père Girard, & 
vont la couronner. 

Prétendus aveus du Père Girard. 

Le mot d'aveu appliqué à un aceufé , eft confacré à défigner une confeffion 
forcée , qui par fa propre bouche le met dans la route de la convîâion du crime ; 
& comme les quatre Avocats ont tâché de répandre dans leurs Ecrits, un charme 
univerfel, dont L'opération eft de monter toutes les démarches, les paroles, les 
regards, oc la te fpi ration même du Père Girard fur le ton de crimes prouvez & 
établis; pour continuer à éblouir, ils appellent Aveus du Père Girard, ce qui ne 
doit être appelle que des réponfes, & des réponfes d'autant plus propres à an- 
noncer l'innocence àun Juge pénétrant & équitable , qu'elles font plus (impies , 
plus fincéres,& peut être au premier coup d'ceil , moins avamageufes au répon- 
dant. Cependant les Avocats» toujours attentifs à faifir le piérexte, s'écrient: 
Qu'avons nous encore befoin de témoins! le P. Girard n'avoué t-il pas ion cri- 
me! Car enfin n'a t-il point avoué qu'il a été huit ou neuf fois enfermé dans la 
chambre de la Cadiere; qu'il a vu de même Ces ftigmates » & qu'on lui a fait re- 
marquer du fang dans un vafe de nuit?., la vue des ftigmates & l'amour, cette 
clôture & l'incefte , ce fang mis fous fes yeux & lavortement , ne font- ce pas des 
chofes identifiées ? 

Venez Avocats , & voyez pefer devant vous au poids du Sanctuaire , ces pré- 
tendus aveus ; vous n'y trouverez plus rien de criminel que dans vos calomnieux 
commentaires, vous n'y verrez de la part du Père Girard qu'un généreux parti- 
fan de la vérité. 

. Ces trois chefs, de la porte fermée , des ftigmates confiderez , du vafe de fang 
que l'on a fait pafTer fous fes yeux , de qui dépendoit-il de les nier en plein que 
du Père Girard ? & la calomnie en reftoit-là tout court , fans pouvoir avancer d'un 
pas. Quand le Père Girard a confédéré les ftigmates , il étoit feul & fans témoins. 
Si la Cadiere lui a fait remarquer en partant un vafe qui pou voit contenir quel- 
que teinture de fang, il étoit feul dans la Chambre ; & la Cadiere déclare qu'auffi- 
tôt elle en fortit. Quand la porte de cette Chambre a été fermée, perfonne ne 
Ta trouvée telle ; ne dites- vous pas tous , qu'on étoit fi convaincu de la fainteté 
du Père , que l'on avoir tant de refpett pour lui , qu'auflî tôt qu'il eqttoit dans 
la Chambre de la Cadiere , Mères , Frères , tous fans exception fe retiroient. Ne 
me dites- vqus pas, Père Jacobin, que M. Giraud lui-même Curé dans Toulon fe trou* 
vant chez vous & ^vtQ vous , vous le retintes , hrfqùil fe difpofoit a aller chez 
votre [mur , en lui difant , ( le Père Rt 'fleur y ejl.) Perfonne n'avoit donc de preuve 
ue la porte fermée, puifque perfonne n'en avoir fait l'eflay; le Père Girard fça- 
voir que cet etTay n'avoit jamais été tenté; ilpouvok donc encore nier la clô- 
ture en dedans. Êtauroitil manqué à nier la clôture intérieure , ainfi que la vue 
des deux premiers objets , s'il eût été coupable ï parce qu'un coupable à ce degré 
de crime » fçait prévoir , fentir & nier tout ce qui peut faire ombre de preuves 
contre lui, fur tout, quand il a une certitude entière qu'aucun témoin n'a fçû, 
ni pufçavoir la vérité de ces faits. Par la raifon des contraires , fi viclorieufe» 
fur tout en matière criminelle , vous voilà forcez à attribuer les réponfes inge- 



Si 

nues du Père Girard fur ces trois chefs , à une innocence qui rie connoît, ni nô 
peut imaginer de détours , quand il s'agit de rendre hommage à la vérité. Et ce 
n'a été que pour conferver le droit acquis à l'innocence dédire toujours vrai» 
que le Père Girard n'a jamais décliné d'une ligne. 

Il voyoit fans doute tout le piège des Interrogatoires fut ces trois faits. N'eft- 
ce pas du Père Girard que vous publiez en termes formels dans vos Ecrits , qu'il 
joint à un efprit fublime & délicat toute l'expérience des Cens é" des affaires du 
monde , fte jamais perfonne n'a mieux connu que lui les replis du cœur humain . . « 
qu'ilefi le Jefuite le plus éclairé > le plus fpirituel , le plus expérimenté . ,. & cet 
homme fi pénétrant , fe Tentant coupable , feroit convenu de faits qui auroient 
tendu à fa conviâion, tandis qu'il étoit afluré , qu'aucun témoin ne pouvoir le 
charger de ces faits » que tout au plus fur le rapport verbal de fon aceufatrice ; ce 
qui (uffit feul pour détruire & anéantir tout témoignage qui part uniquement 
d'une telle fource. Encore une fois , fi le Père Girard eft coupable , fi avec ce re- 
proche intérieur il avoue des faits , qui faute de tout appuy juridique , tombent 
par la feule négation , il faut l'avouer auflï , cet homme , félon vous fi éclairé 3c 
d'une expérience fi confommée , eft le plus for , le plus ftupide des coupables. 

Mais remontez, Avocats , remontez malgré vous à des motifs plus relevez ,' 
dont vous fçavez par mille exemples , que le Père Girard eft animé dans toutes les 
allions de fa vie. Ignorez-vous encore , ou feignez vous d'ignorer que le Père 
Girard eft un de ces hommes qui tiennent pour maxime pratique , qu'il vaut 
mieux périr avec l'univers entier, que de commettre une faute même vénielle» 
que de faire un menfonge devant Dieu , quoique prudent & utile devant les 
hommes. 

Voici un fait certain , attefté par l* Avocat même du Père Girard. L'Avo- 
cat pénétré de l'Innocence de ce Père , lui dit que les avsus de certains 
faits , en apparence aflez critiques , quoiqu'au fond bien éloignez de tout crime . 
peuvent au premier abord rendre fufpe£tun accufc.&le pria avec inftancede 
les fupprimer. Sur le refus qu'en fît le Père , fon Avocat le menaça de l'abandon- 
ner, s'il faifoit ces aveus, jf* les ferai, lui répondit le Père Giratd, ér je ne ferai 
fat un menfonge , m'en dût il coûter la vie. Sa langue ne fera aucun menfonge 
médité ,* Nec lingua mea meditabitur mendacium; il craint trop de ternir par là 
fon innocence. * Non recedam ab inmcentik mta. Son cœur ne lui reproche rien , 
il ne cherche fa justification que dans la vérité ; & il ne quittera point cette voye, 
il y eft déterminé. * Juftifcationem quant cwpi tenere non defèram, ne que enim re~ * îiii. 
frehendit me cor meum. Eft-ce encore Sufanne , dont la calomnie va expofer la vie, 
qui parle ici, eft-ce un faint Religieux calomnié comme elle, & plus qu'elle? 
C'eft la même aceufation. ( Dan. 13.) Dicemus centra te teftimonium , quodfuerit 
tecum juvenis. C'eft le même péril , anguftia funt mihi undïquc. C'eft la même 
réponfe : Melius eft mihi abfque opère incidere in manus veflras , qUam feccare in 
cwffeiftt Domini, Craignes la même fin , infâmes calomniateurs. 

Mais ces hommes d'une confeience fi délicate, font ils donc des inceftueux, 
des homicides, des minières de l'enfer; ou des miniftresde l'enfer ont-ils une 
confeience fi délicate ï Ah ! fi celui qui fçut lire la vérité dans les fentimens de la. 
nature, & y reconnut la vraye mère, avoit encore à prononcer fur ces trois 
aveus dont on veut abufer contre le Père Girard, ce fage & équitable Prince 
forcé à reconnoître dans des aveus d'un homme fi éclairé , d'autres principes que 
ceux de la prudence humaine, liroit dans ces aveus même, préjudiciables au 
premier abord , le caraûére de l'innocence , & d'un vrai fetviteur dé Dieu fous le 
marteau de la calomnie. 

Ce n'eft pas tout. La Loi ne permet pas de diviferla confeflion d'un aceufé» 
& il n'eft qu'un Chaudon au monde, dont le nom n'a pénétré jufques à nous, qu'à 
la faveur de fes fauffetez & de fes calomnies , qui puiffe avoir le front de nier ce 
premier principe de la jurifprudcnce criminelle. Maisfi ce principe a lieu, c'eft 



* mi. 






32 

fur tout dans l'efpéce à laquelle il doit (bu origine 5c fon établiflfement , c'eft à- 
dire dans l'efpéce précife où Ce trouve le Père Girard, En effet , n'eft il pas jufte , 
ou plutôt n'eft ce pas un principe tiré du fond & des éiwyailles de la Juftice même, 
de croiredans fon entier la réponfe d'un homme judiciairement interroge, quand 
il avoué de bonne foi , & fans y être forcé par aucun témoignage direct & légi- 
time, ce qui en foi lui paroît préjudiciable, ce qui , fans fon aveu ,ne porteroit 
plus fur rien ,& feroit rejette 'du Procès, ou ne pourroit entrer dans fon Juge- 
ment. Peut-on croire un homme dans le principal de fon aven libre & qui.fcm- 
ble faire charge contre lui , & refufer de le croire dans facceffoire de cet aveu 
qui tend à fa décharge? Que de peine donnent lesméchans! Il faut fondre les 
Loix, en extraire le dernier elixire, allet aux premiers, principes, pour prouver 
à Chaudon que les aveus du Père Girard font indivisibles. 

Sur le 83.1e 84. le 85. Interrogatoire au fbjet de la porte fermée , Ces 
réponfes lont , qu'il avoue avec fimplicitè , & la même pureté d'intention qu'il 
avait dans le temps , qu'il eft vrai qu'il s'-eft trouvé enferme à clef dans la cham- 
bre de la Cadiere huit ou neuf fois au plus ; que c 'ètoit tant'êt lui , tantôt la Ca- 
diere qui fermoitla porte ; que cela -eft arrivé quatre ou cinq fois pour fèsplayes, 
a l'occafian de divers fymptomes qu'elle difoit y arriver , tantôt d'une effufion de 
fang, tantôt d'une inflammation fuùite , tantôt d'une clôture pour quelque négli- 
gence dans le fprvkc de Dieu Qu'une fois la porte a été fermée pour lui 

remettre une ferviette où ètoit empreinte F image yofftere & fanglante de fon 
vïfage , avec deux coeffes quelle prétendoit avoir été teintes miraculé h fement 
de fang^ fur la figure de fa couronne', une autre fois pour recevoir une Creix, 
& une autre pour être témoin d'une vijion oà eUe lui avfiit dit qu'elle devoit 
être miraculeufement élevée en l'air : & enfin deux ou trois fois pour des fucurs 
de fang au front , ou quelque efpéce de ravinement , dont il ne voulait pas que le 
Public fut témoin. 

Voilà une caufe , voilà .une fin de cette porte fetmée ; L'une & l'autre 
font tirées du fond de la direction du Père Girard. C'eft un examen , & un 
examen fec-ret d'événemens extraordinaires, dignes de toute l'attention d'un 
Directeur, pour fçavoir fur quoi compter. Ces raifons. qui expliquent le 
myftere de la porte fermée , font un tout dans les aveux que le Père Gi- 
rard en a volontairement fait, fans aucune conviâion étrangère. Mais Chau- 
don prétend détacher des aveux du Père Girard, les raifons motivées qui 
écartent toute idée de crime ; & dans fon impudent commentaire , en mar- 
ge de l'Interrogatoire, dont les feuls Juges doivent être & dépofïraires & 
interprètes , il dit que la porte fermée eft une preuve fans réplique de l'incefte 
fpirituel du Père Girard. L'on remarquera que dans fes réponfes, au fujec 
de cette porte , l'aveu indivifîble de ce Père , contient que c'étoic tantèt 
lui , tantôt la Cadiere qui la fermait à clef Or quand 1? Cadiere fermoit ainfî 
cette porte, action qui delà parc de fon fexe, femble & une permiffion Se 
un avertifîement tacite de tout ofer, je demande fi elle avoit de mauvais 
defleins î C'eft à quoi il nefe trouve nulle apparence, puifque dans la fu- 
reur même de fon aceufation contre le Père Girard i elle déclare que tout 
le temps ou elle a été maîtrefîe de fa raifon , jamais il ne s'eft agi de rien 
de pareil. La Cadiere a donc fermé la porte en dedans, pour les mêmes 
raifons alléguées par le Père Girard. La Cadiere l'a fermée innocemment, 
& le Père Girard l'aura fermée criminellement? 

Ainfî nouvel axiome à la Chaudon; Un Directeur qui s'enferme avec fa 
Pénitente efi un incejlueux , & une Pénitente qui s'enferme avec fon Dirèfleur. 
eft une Vierge. Venez tous, élevezia voix, ô Directeurs de l'un Se de l'au- 
tre parti qui divifenc l'Eglife de France, & réunifTez.-vous pour donner le 
démenti à cet impudent. C'eft votre ferment communique j'exige, votre 
détermination au bien : la pureté 6c de vos intentions Se dé vos mœurs , 

vous 



55 
vous ont-elles feulement permis d'appercevoir fi vous étîettJuelqufeFoïs en- 
fermez avec vos Pénitentes? Vafte Paris! frlaifons de campagne, longs 
Automnes , belles nuits , lieux écartez; plus fûrs & moins fufpeds que des 
chambres fermées , combien de fois , malgré les foupçons du libertinage que 
Chaudon couronne ici , combien de fois avezvous été les témoins des 
pieux & édifians difcours d'un Dire&eur & d'une Pénitente , parce que leurs 
eceurs étoient éloignés des occafions dont la folitude fèmbloit les appro- 
cher » Mais quoi , ne diroit-on pas que jamais -l'on ne vit la chute Honteufê 
d*un Directeur? 0uy, Chaudon; Ton a vu un perfide au nombre des Apôtre s> 
mais ces malheurs font plus rares que vos infultes à la Religion ne tes onc 
ofé publier. Je dis plus, un Directeur, même déréglé dans le fond, retenu 
par l'honneur de l'état , la pudeur, la bienféance , la fainteté de la fonction 
en elle-même, tient avec fa Pénitente une conduite, un langage qui dé- 
mentent la corruption de fon cœur,& il fçait , au moins parprofeffion, placer. 
des confeils, qu'il ne fçait pas fuivre pai vertu. J'ajoute enfin ^écoutés Ghau- 
don & apprenés ce que c'eftqu'un Directeur ) j'ajoute qu'un homme afles dé- 
terminé pour porter ce coup mortel à fon miniftere , dès qu'il a franchi le pas > 
des qu'il s'eft porté à faire de fa pénitente la victime de fa pafïïon,cefle à l'inf- 
tant d'ofer parler en Directeur ,d'être Diredeur.Je dis qu'il faut alors fe fépa- 
rer^oufe jouer enfemb le de la Religion dans les difcours fecrets > dans les Let- 
tres 4 en tout, Et vous remarqués- bien qu'un Directeur ne peut être préfumé 
coupable, & ne l'a jamais été avec fa pénitente , tout le temps qu'il foutient fa 
direction par fes difcours, fes foins charitables, fes lettres, les confeffions, 
parce que la débauche & la direction de confeience font directement oppo- 
féesj & s'entre détruifent néceffairement. Or le Père Girard quoiqu'anté^ 
rieurement enfermé avec la Cadiere , a religieufement rempli jufqu'à la fin 
les fonctions d'un digne Directeur à fou égard, comme je vous en arraché 
malgré vous l'aveu $ donc le Père Girard n a jamais été coupable avec la Ca- 
diere} d'où il s'enfuit que vous navés pu accu fer le Père Girard d'incefte* 
fous le prétexte d'une porte fermée,fans une témérité criminelle & puniflable 
au Tribunal de Dieu, digne de châtiment au Tribunal des hommes, quand 
• cette témérité eft pouflee jufqu'à l'éclatante calomnie. 

Au fujet des prétendus ftigmates , que certainement le Père Girard auroiÉ 
pu déclarer n'avoir jamais vus , puisqu'il a toujours fait cet examen en fecret 
& fans témoin , voici les réponfes de ce Père depuis l'interrogatoire 6j. juf- 
qu'au 8 i c . inclusivement. » A répondu que la Cadiere lui avoit dit quelle fi 
» trouva ces ftigmates après que les Anges , k la fin de fa transfiguration , lui euf- 
m fient ejfuyé le vifage avec une ferviette , qui teinte de fiang , réprefentoit graftie- 
m rement & a peu-près un vifage enfanglantè , qu'elle lui remit quinze jours Après j 
» mais que doutant de la réalité de tous ces faits il gardait abfiolument le filence * 
» jufqu'à indigner contre lui M. l'Evèque , à qui fies frères le Bominiquain & l'Ec* 
» cléfiafliqm "les racontaient , ainfiqu'd bien d'autres, pour fe faire un relief dans 
* le monde , par l'éclat d'une Sainte dans leur famille. Que quant aux playes , la 
» Cadiere les lui avoit mdntrèes quatre ou cinq fois ; qu'il avoit long-temps difputê 
» avant qu'ilfe déterminât d les voir , & qu'il ne l' avoit fait que fur les in fiance S 
m réitérées de cette fille ; qui lui parlrit même de la part de Dieu. Qg enfin il ne £à- 
» vait fait que pour efjayer s' il pourrait découvrir le principe de ces playes, & Id 
« caufe qui les entretenait. Que c'avait toujours été avec toute la décence convvna* 
» ble ; qu'il n' avoit jamais vu laplaye du cbtè qu'avec la plus grande précaution & 
» la plus grande modeftie , n'y ayant rien alors de découvert queprécifèment Pendrait 
*» de la flaye. Et à toutes les demandes diftin&es, s* il a baife cette playe du cbté;.*». 

» s' il l'a touchée s'il s' eft mis d genoux , la calotte ht ce pour bai fer ces ftigmates,. 

» A répondu à tous 8e à chaque chef, Que non. 

Prenez , Chaudon , prenez le tout de ces réponfes , qui n*ont qu'un même 



H 



<:hmrititsem- 

nmertdit. 

*Ep. Joan.4. 

if alite omni 
Jpirîtui cre- 

dert ,fedpr«- 

hâte fiirittêf 
JltxDtefunt. 



* Pat le té- 
moignage du 
Chirurgien 
il cft prouvé 
que ce font 
d« humeurs 
' froides, &)a 
Cadiere eo-n- 
vient au Pro- 
cès que ce 
font des ma- 
ladies natu- 
relles. 



34 
objets examinez - en chaque partie , mais n'en retranchés , n'en déguifés 
rien $ fur' tout ne vous donnés pas l'injulle licence d'ajouter, à ce fujet, la tein- 
ture du crime , entremêlé du ridicule, aux démarches du Père Girard que la 
crédulité à laquelle on ravoir réduit & forcé , juftifieront toujours. Laiflés 
en entier les avens du Père Girard fur les playes fans les altérer, les divifer; 
tout le crime en reliera aux trois feuls complices > la Cadiere & fes frères s 
qu'ils difputentencr'eux qui des trois aura plus ou moins départ à cesmome- 
riesfacrilégesi mais plaignes le Père Girard fi indignement joué, ou plutôt 
pleures laReligion fi crimineIlementinfultée.Z^£ , ^r//(fcrû/*/4?«?,ditrApôrre. 
* Ferés- vous un crime au Père Girard d'avoir crû ce qui a paru divin. La pru- 
dence chrétienne examine tout, dit S. Jean.* 2W vous fiés pas à tout efprit y 
éprouvés- les pour voir s'ils viennent de Dieu. Ferés-vous un crime au Père Gi- 
rard d'avoir examiné : Je vois déjà Je pointilleux Chaudon me demander , fi 
des fligmates font des efprits? 11 confond tout.(Ies fligma tes) C'eft un mot fpé- 
cifique confacré à défîgner les impreffons des Playes que notre Rédempteur 
a reçues à la Croix ; & quand ces impreffions fojit vrayes , comme en Saint 
François d'Affife , elles font miraculeufes. Des lors , elles tiennent du maté- 
riel en ce qu'elles frappent nos fens 3 Se du fpirituel dans leurs fources. Pour 
éprouver de quelle fource venoient les playes delà Cadiere, fi c'étoit ou de 
l'efprit ou de la matière foumife à l'art 3 le Père Girard les confîdere. C'eft 
par ce principe & par cette fin unique que le Père Girard convient avoir vu 
ïesftigmates, Chaudon en veut absolument une autre, c'eft pour fuccer une 
playe qui étant prouvée être très naturelle , * devient une fontaine où fans 
douteladélicateconcupifcencevafëragoûrer. Sur quoi Chaudon hazarfle- 
t'il ce paradoxe de volupté ? Sur le témoignage de furieufes comme la Ca- 
diere, qui ne le tiennent que d'elle s & qu'elle ne leur a appris que depuis 
qu'elle Ta fçu elle-même du Père Nicolas j que depuis qu'à l'inftigation du, 
Père Nicolas , elle a regarde & aceufé le Père Girard comme un iacnlcge. 

Les fabricateurs des complots contre lePere Girard ^ & leurs damnables 
confeils ont fait former des Interrogatoires propres à préparer les imagina-* 
lions à des idées d'avortemens. J'avoue que ma plume fc refufe à tant d'hor- 
reurs. Le Père Girard a répondu à ce fujet depuis le 1 00 e Interrogatoire juf. . 
qyes au ro8 e , que jamais la Cadiere ne lui a fait aucune confidence d'aucune ftp- 
frejfion 3 que Bien loin de lui avoir donné aucun breuvage propre à détruire un fruit 
conçu , il ne feait pas s'il y a dans le monde de pareils breuvages i que la Cadiere 
étant extrêmement altérée y a compter du commencement de fon obfeMonjufquifoit 
départ pour le Couvent, il allait quelquefois par charité lui chercher de l'eau 3 que 
d'autrefois , enfe retirant , il averti ff oit qu'on lui en portât \ que cette eau était toute 
fure et fimplc , & que pour de Breuvages s Une lui en avait jamais donné. Fut-il ja- 
mais aveu plus fimple ; Il a donné à boire à une fille qui a foif , & que la vio- 
lence de (es artifices , inconnus au Père Girard , devoit altérer. L'acte de cha- 
rité d'un verre d'eau froide , tout petit qu'il eft, a fa récompenfe dans l'Evan- 
gile 5 &. l'on vient empoifonner ce verre d'eau pure , comme propre à étouffer 
un fruit, fans empoifonner la mère, fans la réduire à4a mort , fans la rendre 
maladejvoi'U l'interprétation d'un aveu qui n'efl en rien forcé de la part du P. 
Girard, puifqu'en tout cas il n'auroit pu avoir contre lui que des témoignages 
domeftiques & nuls. 

Vient le Pot- de-chambre , (il le faut bien nommer) c'eft à l'Interrogatoire 
106. & aux deux fuivans. Le Père Girard répond , que la Cadiere lui avait dit 
que Dieu voulant la renouvellcr , il lui fai fait perdre tout fon fang petit a petit pour 
la reproduire de nouveau ; ce qui lejettoit dans un ètonnement d'autant plus <trand y 
au 'il lui voyait toujours fa couleur naturelle , fins aucun abattement , & qu'à Foc- 
cafion defafurprife , la Cadiere prit un pot de-chambre contenant une liqueur -noirâ- 
tre , quelle emporta fur le champ , & mit dehors fa chambre. Et interrogé fi alors 



#5 

il ne dît pas : Quelle imprudence ! il répond que non. 

Faut-il que le fcrupule du Père Girard en faveur de la plus exa&e vérité , 
aille jufqua lui faire chercher dans fa mémoire le fouvenir de telles pauvre- 
tés, qu'il détache pour toujours du Procès s'il répond feulement qu'il n'en 
a point d'idée ; parce que les fables que la Cadiere a contées aux autres , & 
que ks échos rapportent dans leurs prétendues dépofitions , ou que la fer- 
vante de la Cadiere dit à ce fujet , tombent d'elles-mêmes ? 

Voilà donc les quatre aveux du Père Girard fur la porte fermée > fur les 
ftigmates f fur l'eau donnée à la Cadiere ^.Itérée , fur le vafe immonde qui 
contenoit les reftes infe&s des miferes de cette fille , ou quelque chofe de fem- 
blable , les voilà , ces aveux , réduits à leur jufte valeur $ à rien du coté du P. 
Girard -, à des calomnies du côté de fes Accufateurs ; à d'horribles , à d'infi- 
nies , rflais vaines déclamations du côté des quatre Avocats , ou plutôt de 
ces quatre colomnes d'iniquité , dont toutes les forces font employées à fou- 
tenir l'édifice de la calomnie & du menfonge ; Colomnes d'argile i que l'ef- 
froyable ruine de l'édifice doit accabler & tarifer. Sauvez-vous s miférables î 
je vois quarre facurs réunies , la Religion , la Vérité , l'Innocence & lajuflice, 
qui toutes quatre fuivies de la vengeance , cherchent dans vous 3 quatre infâ- 
mes déferteurs. Vous leur appartenez par le ferment même de votre état } & 
vous les avez lâchement trahies • 



LETTRES DU 



PERE 



GIRARD. 



Il eft ineonteftable que toutes Lettres , & fur tout celles qui portent en 
elles-mêmes un cara&ëre de fecret , font uniquement écrites pour ceux à 
. qui elles font adreflées $ ils en font les véritables témoins , ils lont les feuls, 
ou du moins les premiers , les plus légitimes interprètes de J'eïprit qui y 
règne , ou du fens qui s'y trouve envelopé. Si par haxard une de ces Let- 
tres y féparée du refte, tombe en des mains étrangères , elle devient énigma- 
tïque, & deflors fufceptible du fens qu'il plaît à la fantaifie , à l'intérêt , ou à 
la paflîon d'y donner. Si on la fait courir avec cette folution arbitraire de 
l'énigme , la Lettre & fou explication partent enfemble ; & quand on a foin 
de la faire voler en cet état fur les aîles de la malignité , de l'erreur Se de la 
haine, elle eft bien. tôt femée dans les Villes, les Provinces & Jes Royau- 
mes. Tel a été le fort de la Lettre du Père Girard à la Cadiere , en datte du 
1 1 Juillet 1730. C'eft une Lettre d'un Jéfuite diftingué , & en place. Il eft ae- 
• eu le des crimes les plus énormes ,fortileges , incefles , avertemens ! A quel prix 
un certain Public n'âuroit-il point acheté une aceufation fi étonnante ? quel 
plaifir pourfon avidité , de voir à la face de l'univers un Jéfuite fur une pa- 
reille feene ! C'eft comme un avant-coureur de fon fupplice , & moins comme 
un préjugé, que comme une conviction autentique des crimes annoncez, 
qu'eft lancée d'une Ville de Provence, & qu'eft reçue dans le monde cette fa- 
meufe Lettre. Le cœur l'a toute entendue, fans donner le temps à l'elprit de 
pefer, d'examiner ; & l'efprit entraîné par le cœur, dont il reçoit ici la loy, 
croit découvrir dans cette Lettre tout le poifon du crime , il la regarde com- 
me le titre de la condamnation inévitable d'un Jéfuite : l'on foupire après 
cet heureux moment. 

Cependant les accufateurs enflez du fuccès de leur première démarche, 
& abufant de ces bruits publics qu'ils ont eux-mêmes fait naître, viennent 
préfenter à un grand Parlement cette Lettre chargée des acclamations qu'el- 
le a reçues dans fes cour fes ; comme fi des fuffirages populaires fi confufément 
recueillis, dévoient forcer le jugement d'un Tribunal fi équitable. 

Mais puifqu'une feule Lettre du Père Girard , ainfi échapée , a fait tant de 
plaifir à cette multitude , le recueil de celles qu'il a écrites 2 mifes vis-à-vis des 









Lettres de la Cadiere , fi cruellement , dit-on , mais fi adroitement abufée, 
qu'elle ne s'en eJt point appercaë , ce recueil doit fans doute bien piquer fa cu- 
riofité. On l'a , ce recueil fidèle , èc l'on y découvre , a ne s'y pouvoir tromper, 
la nature de l'intrigue, fes principes , fes moyens & fa fin. Mais quelle douleur 
pour la raifon déconcertée , quand au lieu de pouvoir remonter de La Lettre 
du zi Juillet, qu'on lui avait préfentée comme la clef de tout le myftere 
d'iniquité, propre â ouvrir le fëcret de toutes les autres, elle eft forcée d'a- 
vouer (je dis la raifon des ennemis les plus déclarés) que les Lettres qui la pré- 
cédent , la préparent , la fui vent , Çc font un tout indivifible avec elle , en font 
le contrepoifbn , & en diflipent , comme de malignes vapeurs , tous les calom- 
nieux commentaires : Que la Lettre du 2 2 Juillet n'aille pas , comme une 
éebapée , courir le monde , qu'elle paroifle pour la première fois , & dans le 
recueil & dans fa place, elle a la même pureté que fes compagnes ; Ôé l'on fe 
feroit bien donné de garde d'attaquer le Père Girard par fes Lettres, qui mal- 
gré les échecs qu'on leur veut donner à l'occafion de celle du 2 1 Juillet dé- 
formais purifiée par Ja compagnie de fes fœurs, font & feront toujours, je ne 
dis point fa justification , mais l'éloge de fà vertu , & la preuve de fa fain. 
teté. 

En effet , le zèle le plus épuré , la charité la plus ardente , le mélange d'un 
grand amour de Dieu avec une grande abnégation de foi-même, la neceffité 
de cacher les dons du ciel fous le voile de l'humilité la plus fincere , le goût de 
la retraite & de l'oraifon , le jufle aflortîment de la {implicite Se de la pruden- 
ce évangélique , le fecret de faire favourer les amertumes de la Croix, & goû- 
ter les confeils les plus relevés, qu'il ailaifonne d'une onction toute divine, 
qu'il ne donne qu'après fon exemple , & en homme perfuadé j tout cela for- 
me enfemble , & le doux mélange & le caractère toujours foucenu de toutes 
les Lettres'du Père Girard , fans qu'elles fe démentent d'un feu! mot. Elles 
fer viront toujours & d 'instruction & de modèle aux plus Sages } aux plus Saints 
Directeurs. 

Ce ne font point des Lettres de cabinet méditées pour paroître , elles naît 
foi en t de la grâce & de la prière, pour le fecret j & l'Efprit de Dieu a voulu 
que fon ouvrage éclatât. Elles font telles, que fi quelque action indiferéte ( ce 
qui n'eft pas)pouvoit éfleurer à l'extérieur le Directeur qui les écrit, elles 
fuffiroientpour faire interpréter en bien ces légères fautes apparentes;©* parce 
que ces Lettres font plus intimement unks au fond de ce dont il s'agit au Pro- 
cès, que fous ces demi-témoignages , rrmitié en dedans, moitié en dehors, 
qui laifient dans le cœur de ceux dont la confeience eft encore fenfible , des 
remords ou des fcrupules mal digérés, propres à leur reprocher leur corn- 
piaifance - y ces Lettres fi bien marquées au coin de la vraye pieté , doivent 
tous les effacer, 

L'Enfer pouvoit-il Souffrir des principes fi purs, fi propres à former de 
grands Saints 1 Venez, Avocats, venez de fa part les attaquer j un Carme, 
un jacobin , un Prêtre vous y invitent. Caria Cadiere reconnoît toute la pu- 
reté de ces Lettres, elles ont trop fouvent fait la confufion fecrette de fon hy- 
pocrifie , & fi Chaudon fous fon nom a l'indignité de les profaner, ou plutôt 
de les blafphémer , le Dieu du Père Girard eft trop intéreffé à venger un tel 
outrage , pour le lailîer impuni. Il ne le fera pas. 

Parlez Chaudon pour la dernière fois , car la vérité armée de la démonf- 
tration , va vous fermer pour jamais la bouche. Vous dites donc que ces 
Lettres dans lefquelles l'on vous donne le défi de montrer un feul texte née 
que vous puifliez attaquer à découvert , un feul même que vous puiflïez 
vous déterminer à interpretter en mal, fans faire friffonner votre conScience, 
fi vous en avez une. Vous dites que ces Lettres produites au Procès par le 
Père Girard comme les tiennes , font refaites * que ce ne font pas les mêmes 

qu'il 




37 
qu'il a écrites à la Cadiere : que ce font par conféquent autant de faux de 

fa propre main qu'il préfente à la Juftice. De vous demander des preuves à 
vous, ce fëroit bien temps perdu. Dans tous vos vaftes Mémoires, écoutez 
bien , il n'eft rien qui porte un vrai caractère de preuve ; rien qui puifle fou- 
tenir la pierre de touche de la vérité & de la raifon : pourquoi ? parce que 
n'avançant d'un bouta l'autre aucune propofition ou véritable ou proba- 
ble, vous vous êtes réduit à ne pouvoir donner aux chofes que la lueur ap- 
parente du fopkifme. Apprenez & ne l'oubliez pas , qu'il n'eft que le Vrai 
fufcep cible d'une preuve Logique, Tout le faux ne peut au plus que rece- 
voir du fophifme la couleur du vrai j & le fophifmejne fut jamais une preu- 
ve. Vous pofez par tout pour votre principe fondamental , que le P. Girard 
eft criminel : c'eft ide là , Chaudon ! d'où, vous partez fans celle, & c'eft là où 
il vous faudroit arriver. Montrez-moi un feul pas que vous ayez fait vers 
votre objet , vers votre terme unique ? Ce premier eft encore à faire. Quand 
je vis cet affreux Mémoire inftrucVif que vous commençâtes à vomir dans 
le monde 3 je perçai clairement votre iniquité , mais ce ne fur pas fans quel- 
ques allarmes. J'ai vu le Mémoire inftruûif du Père Girard, il met le vôtre 
en pièces , au jugement de tout ce que je connois dans le Barreau & dans la 
Magiftrature , d'hommes judicieux. L'Avocat y parle avec dignité , avec mo- 
dération, avec ordre, Scie compas de l'évidence à la main. Il trace par 
tout la route brillante de la victoire. J'applaudiflois au premier jugement 
que j'avois porté en tout genre contre vous. Je ne m'attendais pas à une 
réplique de votre part^ elle me femblok impoffible, & elle l'eft encore ab- 
folumenc. J'ai devant moi ce que vous donne* comme tel. Puis- je fans rire 
vous voir traiter le Mémoire du Père Girard de Roman? Eh où eft il grand 
Dieu , ce Romani Mais , Chaudon ! penfez donc à vos fortilegesque vous fai- 
tes la bafe d'unineefte infenfible, lui vi d'un pareil avortement , j le tout ac- 
compagné d'illufîons grocefques. Songes aux fcenes des trois Acteurs du 
premier complot, aux mimiques exorcifmes , ôcc. tout cela , jufqu'au Carme , 
dont les crimes font au premier chef, f croie bien la chofe du monde la plus 
romaneique, fi l'impiété n'en écoir l'âme , & fi la Religion ne s'y voyoic 
pas foulée aux pieds. 

J'ai donc lu votre fécond Tome: J'y ai trouvé une paffion poufïée aux 
derniers excès de la fureur ; mais une propofition , je dis une propofition 
contentieufe, vraye, une preuve folide ? en vérité pas une. Le même prin- 
cipe par tout fuppofé , fçavoir que le Père Girard eft coupable : beaucoup 
d'attention à gliilèr fur la fuperficie des chofes, à couler adroitement, 
mais toujours à coté du vrai ; bien des faufletez compliquées , toujours 
placées dans un faux jour ; grand circuit , grand bruit , grand fat ho s , 
grands efforts j comme fi vous craigniez pour vous-même, comme fi vous 
défendiez corps à corps le refte de votre fortune & de votre honneur. Voilà 
ce que certaines gens appellent être Avocat : vous voilà , Chaudon , vous Se 
votre réplique < Mais vous y in luttez trop cruellement la juftice & la vérité -, 
vous les avez trop fatiguées dans moi, pour qu'elles ne vous en puniflent 
pas. La digreflî on pourra avoir fon utilité ; revenons & raifonnons, 

Au lieu de preuves , quelles font donc les préemptions qu'il vous a plû 
de tirer du rien , pour faire naître l'idée de la réfection des Lettres du Père 
Girard. Vous dites i°. Que les Lettres du Père Girard dévoient être ga- 
lantes, &que celles qu'il remet ne le font pas*; qu'ainfi il eft à préfumer 
qu'il les a refaites , ou qu'il en a beaucoup fup primé. i°. Vos fophîfmes , 
c'eft à-dire votre unique efpece de preuve , font d'abord les attentions ex- 
trêmes du P. Girard à ce que pçrfonne » pas même l'Abbefle , ne vît fes Ler-' 
très. } w , La crainte du Père Girard que l'on ne découvrît le myftere & 
des Lettres & de l'intrigue ■> crainte pouffee au point de donner à la Ca. 

K 



^ 




38 

dierc un formulaire de confeffionpour quand elle iroit à un autre. 4 . La 
fameufe Lettre du ta, Juillet, pleines d'ordures, dit Chaudon, 8c d'où 
il prétend faire remonter â l'idée que l'on doit concevoir des véritables 
Lettres , ou refaites ou fupprimées par le Père Girard, 5 . Quoique Châu- 
don donne comme refaites les Lettres du Père Girard , il les adopte com- 
me les tiennes , quand il en peut détacher quelque phrafe , dontil s'imagine 
pouvoir former quelque ombre dans fon tableau d'incefte & d'avortemenc. 
Je vais repondre , encore appuyé fur la vérité & l'évidence mes amies. Mais 
Chaudon étant ici le chef de meutte, j'adreffe les mêmes réponfes à ceux 
qui abboyent d'après lui. 

i°. Partons d'abord d'un principe inconteflabïe que voici. Toutes Pièces 
avouées en Juftice par des Parties , aufquelles fur tout ces pièces font préju- 
diciables , acquièrent par cet aveu une autemicitc juridique pour faire foy 
au Procès , & entrer , pour ce qu'elles font avouées , dans l'ordre du juge- 
ment. Second principe. Un Avocat n'eft pas en droit de donner aucune at- 
teinte de faux } à des pièces ainfî conflatées par l'aveu même de foiï client. 
Et s'il le fait, il prévarique à fon miniftére. Or la Cadiere, dans les feuls 
Ades judiciaires de fa part, fçavoir fa rétractation du 17, Février, fon re- 
collement & fa confrontation avec le Père Girard du 6. Mars 1730. reconnût 
les 14. Lettres du Père Girard , à elle repréfentêes , four être de l'écriture du Père 
Girard , ejr les mêmes envoyées par elle audit Père , quand il a ceffè de la confeffer, 
d'où, il s'enfuit néceffairement que les Lettres produites par le Père Girard 
font les mêmes en entier qu'il a écrites àlaCadiere,puifquela Cadiere n'a 
pu lui en renvoyer d'autres. Quanta l'Avocat , le fond de fa témérité devient 
manifefte parl'Arreftdu 30. Juillet 1730. qui déboute fa Partie des Lettres 
Royaux en reflitution de ce qu'elle avoit fait & dit dans fon recollement. 
Ainfi , fie en vertu du recollement 8e confrontation de la Cadiere , & en con- 
séquence de l'Arreft qui les confirme , les Lettres remifes par le Père Girard 
font les mêmes en entité qu'il a écrites à la Cadiere , ôc l'Avocat ne peut dé- 
formais les aceufer de réfection , fans joindre à fa prévarication une défobéif- 
fance formelle à la Juftice. Les Lettres du Père Girard ne font donc point 
refaites, ce font les mêmes. Ce point eft, écrit,, il eft; ineffaçable j Chaudon 
pofés-îe encore pour troifîéme principe. 

Voiis vous fauves fur la fuppreffion des Lettres , & vous dites que le Père 
Girard s'eftbien préfervé de les remettre toutes $ qu'il a eu la prudence d'en 
fouftraire celles où fes Galanteries étoient trop groflïeresj Mais Chaudon , 
quand vous l'avés aceufe d'avoir refait les Lettres qu'il a produites , n'avés- 
vous pas fenti tout le ridicule de la féconde aceufation ? Suppofés la réfection 
des Lettres, le Père Girard s'en rendra fufped s'il n'en remet autant que 
l'on peut fe douter qu'il en a écrites. Les coupables fçavent tout mefurer pour 
couvrir leur crime. 11 faut du moins une fîneerité apparente pour l'égalité 
du nombre préfumé , fi l'on veut couvrir le vice du fond de ce fpécieux 
voile delà bonne foy néceflaire pour écarter l'idée de la fraude. D'ailleurs 
eut-il été plus difficile au Père Girard de refaire quarante , cinquante Let- 
tres 8c plus , que le tiers feulement. La difficulté ne ferok que dans la peine ; 
eft- il quelque peine pour qui travaille à fa u ver fon honneur & fa vie ? Un cou- 
pable trouve bien du temps en peu de jours, quand il croit avoir fon falut 
dans fa main 1 Mais , dites- vous , le Père Girard avoue lui-même avoir rete- 
nu quatre ou cinq Lettres de ce commerce ? Allés- vous encore divifer l'aveu 
d'une bouche fîncére dans les hommages que le Père Girard s'eft fait une loy 
inviolable de rendre par tout à la vérité \ N'omettes donc pas la raifonde 
cette retenue j il ajoute que c'eft parce qu'elles contiennent des fecrets qui 
intérefTent la confeffion. Vous l'avés fommé , vous écriés, vous, de les ré- 
preienter du conïcntemcnt des Parties, Arrêtés , Chaudon. Penfés - vous 




j 



* Uitrt du 
P*re Gtraré 

*M.ÏA%btf[t 
d'OllUuhs . 



39 
avoir ici affaire à votre Père Nicolas Carme , fie parce que ce miférable a ven- 
du à fa paillon l'inviolable fecret du Sacrement, en fefaïf ne lui-même l'au. 
teurjde fa révélation fous prétexte de permiffions, d'afiignations qu'il s'étoit 
procurées, vous allés penfer que le Père Girard va écouter votre horrible de- 
mande } Ce ne font là ni les principes qu'on lui a appris , ni ceux qu'il pra- 
tique ? Quoi , vous aves vu le Père Girard , protefterà l'article de Tes aveux 
qu il préférerait la mort à un menfonge , & vous croyés avoir fur lui quelque 
avantage s'il vous refufe des Lettres que le double fçeau & du Sacrement & 
de fa confeience ont pour jamais fermées ? Et qui ofc faire à un faint Prêtre , 
à un Religieux,une Ci vaine fommation ? Eft-ce un Chrétien! Qui peut deman- 
der àunaccufédesécrits dont il eft maître, & que l'on s'imagine pouvoir 
contribuer à fa conSamnation ; eft-ce un Avocat > Qui fe trouve allés dépour- 
vu de l'équité naturelle pour ne pas juger de l'innocence de ce qu'il ne voit 
pas, par la pureté extrême de ce qu'il voit, & de la même perfonne, &dans 
la même efpece $ eft ce un Chrétien ? 

i°. Les mefures éloignées , me dit Chaudon , que le Père Girard fçavoit 
fi bien prendre pour que l'on ne vît pas (es Lettres , annoncent allés leur fouil- 
lure prochaine: Pourquoi , par exemple, le Père Girard priet'il Madame 
l'Abbeffe d'Ollioulesdene pas lire fes Lettres ? Voyons en quels termes eft 
conçue la prière du Père Girard ^ l'Abbeffe a remis fa Lettre & tout ce qu'elle 
a pu à la Cadiere , * les voici, t a t TJnefeamde faveur que je prend la liberté de 
vous demander , c'efl que cette Demoifêlle ( la Cadiere ) m'écrive fans que fes Let- 
tres foient lues , tfrque mes reponfes aillent de même a elle , fans être vues. i Q . Ces 
lettres de part & d'autre ne roulèrent précifément que fur les difpojttiùns de fan A*i.'jmn 
ame & l'œconomie de fan intérieur, é-c. Cette Lettre a deux parties. Le Père 17}0 ' 
Girard pouvoir s'en tenir à la féconde , &, en difant feulement à Madame 
PAbbefleque leurs Lettres mutuelles rouieroienr précifément fur l'intérieur 
de cette fille , il impofoit à Madame l'Abbeffe la nécetfîté ab/blue de ne pas 
lire leurs Lettres, parce qu'aucune Supérieure au monde n'a le droit d'ouvrir 
de telles Lettres ; j'ajoute que toute Supérieure capable d'abufer de fon droit 
d'ouvrir les Lettres ordinaires , jufqu'à ofer ouvrir celles de fes inférieures 
qu'elle fçait regarder leur confeience, eft non feulement très indigne d'être 
Supérieure, mais encore fe rend bien criminelle devant Dieu à qui elle vole 
un fecretqui n'appartient qu'à lui & à fon miniftre. Ainfi la première partie 
de la prière du Père Girard , n'eft qu'une politefle. Entendes, vous , Chau- 
don , & non pas une adrelîe pour mettre à couvert des Lettres indignes. 
Prenés- vous garde encore que le moyen le plus fur de picquer la curiofité 
fur tout d'une femme, c'eft de vouloir la mortifier, dans les chofes de fon 
redore , mais qu'une Supérieure fage ne regarda jamais les fecrets écrits de la 
confeience de fes filles comme lui appartenans. Ajoutés qu'un homme d'un 
cœur corrompu , bien loin de vouloir couvrir Ca marche d'une permi/ïïonde 
Supérieure pour écrire , quand il porte fes mauvais defTeins fur une de Ces in- 
férieures, & qu'il eft écouté, ne fonge qu'à dérober à la Supérieure la con- 
noiffance de tout commerce de Lettres, Le Père Girard n'en auroitil pas 1 pu 
trouver les moyens ? 

Il eft quelque choie qui m'étonne en ceci plus que tout le refte ; l'on ne peut 
y penfer » & perfifter dans fon aveuglement. L'on dit que l'amour donne de 
l'efprit; mais fi le Père Girard aime, idolâtre la Cadiere, pourquoi écarte t il 
ce cher objet de fes délits ï pourquoi l'enferme t-il l Ne l'avoit-il pas à fa difpofi- 
tion dans Toulon ? ne la voyoit-il pas à fon gré? Toute la famille même ne lui 
ccdoit-elle pas la place ? N croit- il pas maître & de la maifon & des portes ; Des 
Amants dans un bonheur û parfait fe réduifent ils donc àl'abfence& aux Let- 
tres ï La Cadiere entre à Ollioules, pour juftifier une révélation de trop, que 
fon ftere le Jacobin a voit imprudemment gaffée au fujet de la préférence ac- 



• 





. 4 ° 

cordée à Sainte Claire. Elle y entre d'arTez rnauvaife gtace , elle Congé d'abord 
à feeoiier & la gêne & la clôture , tout cft rompu dans trois mois. Le Père Girard 
fe retire quand la fainteté de la Cadiere a difparu à Tes yeux , & l'on cherchera te 
nœud de fes Lettres , li pleines de Dieu dans L'amour de cette petite créature ; 
ou plutôt l'on cherchera cet amour dans des Lettres fi faintes ! 

Mais finiffems nos remarques fur la Lettre du Père Girard à l'Abbeflè. Je re- 
prens le premier article : Je prends la liberté de vous demander que cette Demoifelle 
m'écrive fans que fes Lettres fuient lues , é 4 que mes réponfes aillent de même à elle, 
fans être vues. Remarquez, Chaudon, qu'il eft d'abord dit que les Lettres de lu 
Demtifelle m feront pas lues. Or quand le Père Girard étendoit cette réferve du 
fecret même à l'égard d'une Supérieure > d'une Abbeffe, n'avez vous pas bien 
clairement conçu qu'il entend oit diftînâemenr que le Père Jacobin, qu'un jeune 
Séminariftc entreroient au plus profond du fecret , l'un comme écrivain de mi- 
nute , l'autre comme copifteî Et vous dites encore que le Père Girard étoit inftruit 
que la Cadiere ne fçavoit point écrire. Avouez , menteur impudent , que vous 
fçaviez bien mieux qu'elle ne fçavoit pas diâer > avouez que par conféquent le 
Père Jacobin compofoit tout ; avouez que pour compofer , il a lu toutes les Let- 
tres du Père Girard } avouez que vous avez vu & fçû tout le complot , toutes les 
conféquences ; avouez que vous vous êtes ligué avec des calomniateurs évidens 
à vos yeux ; avouez que vous foûtenez la calomnie avec pleine connoiffance de 
caufe . . . Voilà ce que vous avez trouvé chez 1* Abbeffe d'Ol Houles , où vous 
m'avez forcé avec infultede voir la Lettre du Père Girard à rAbbeffe. Venons à 
votre formulaire de confeflïon, que le Père Girard, félon vous, a preferit à la 
Cadiere pour ne pas laifler échapper le fecret de leur commerce. Vous me me-. 
nez encore , allons, & vous verrez ce que vous y' trouverez. 

3°. N'eft-ce pas une chofe horrible , me dites- vous , que le Perc Girard ferme 
à fa pénitente tout pa liage à fa converfion ! IL lui preferit une efpécc de formu- 
laire de confeflîon , fans doute pour qu'aucun Confefieur ne perce dans leur 
myftére. Mais encore , Chaudon , dites- moi les termes de ce formulaire » car je 
veux voir. Le formulaire du Père Girard preferit à fa pénitente » quand il ne fe 
trouvera pas à porrée de l'entendre , d'aller au Confefeur de la Maifm , en obfer- 
vant de s'en tenir à fes péchez, ordinaires , fans entrer dm s le détail de ce qui fe 
fajje en elle. En vérité , Chaudon , c'eft une étrange chofe que de voir des Sécu- 
liers tels que vous, fe mêler de parler de direction de Religieux, de chofes de 
Dieu, d'oraifon mentale, pays inconnus pour vous, à moins que vous ne vous 
imaginiez que tout cft du r effort des Avocats. Je me fouviens de vous avoir vu 
cirer quelque parr.dcs Régies del'Jnftitut des Jefuites touchant les mefures qu'ils 
doivent garderdans les vifites des femmes & dans les Lettres qu'on lent écrit. Vous 
citez ces paifjges de leurs Régies, comme des Canons d'un Concile qui portent 
anathême contre les infracleursi en quoi vous montrez bien votre ignorance» 
car la fin des Jefuites étant de tendre en tout à la plus haute perfection , leurs 
Inftitutcurs leur ont porté en Régie tout ce que la prudence Chrétienne & les 
Confcils évangeliques ont de plus élevé. Mais aucune de leurs Régies, dont la 
négligence cft fans doute une imperfection pour le délinquant , n'emporte avec 
elle la néceffité de l'obfervation, fous peine même de péché véniel. Laiffcz, 
Chaudon , laifTez chacun remplir la carrière où Dieu l'a placé , les devoirs y font 
marquez , & vous ne les connoiûez pas > vous confondez tout. 

Eh bien , le Père Girard qiô t-il dit à fa pénitente î de s'en tenir tout fimplement 
et fes péchez. , fi elle a befoinde fe wnftffer pendant fon abfencc,fà»s entrer dans le 
détail de ce qui fe pajje en elle. Cela veut dire uniquement, mon pauvre Chaudon, 
de confi lier fes péchez au Confcffcur , & de réferve r ce qui regarde la direction 
au Directeur. Partez de là , & demandez à tous les Directeurs du monde , à tou- 
tes les lâintes âmes qui marchent droit dans les voyes du falut & de la perfection, 
fi ce n'eft point l'ufage courant î Ne voudriez- vous pas que la Cadiere allât par- 
ler 



+1 

1er à un Confcfl~eur premier venu,qu'clle a été en cxtafe,que Jefus-Chtift'lui 
a apparu : affines où le Pere Girard, malgré fon expérience , cherchait en vain 
à pénétrer, parce qu'il étoit joué par deux ou trois perfonnes bien complotées 
enfemble. 

_ Croyez vous que le Pere Girard dans ce confeil , que vous m'annoncez, mi- 
ferable que vous êtes, comme un' formulaire de facnlége, croyez- vous que ce 
Pere faite quelque chofe de nouveau ? Les Saints ne l'ont-ils point pratiqué avant 
lui. * S. François de Saies recommande à une Abbcffe de prendre deux m frets 
fois Cannée des Confefïeurs extraordinaires four fa Communauté , an/quels fautes les 
Âeligieufes aillent à confère. Avouez , Chaudon , que vous n'entendez pas deux 
grands traits d'une prudence aportolique cachez dans ce confeil. Avouez donc 
que vous ne fçavez pas tout. Le Saint ajoute , que celtes qui ne voudront point 
prendre confiance a l'extraordinaire pourront avant que de Je confejjèr à lui, faire 
leur confefjionau Confejjeur ardinatre , érpar après dire feulement quelques péchez. 
jk confejjez, a l extraordinaire , four fer vir de matière à Cabf oint ion. Eh bien , que 
vous en fcmMe? ce formulaire de i>, François de Sales, enchérit il fur celui du 
Pere Girard r c'efl cependant un Saint qui parle , & un Saint d'une expérience 
consommée dans la conduite des âmes. 

Mais liiez le Pere Girard lui-même , & vous verrez fi fon formulaire prétendu 
alloit à faire celer fes pçchez à la Cadiere , lui qui ne pouvoit confentir qu'elle 
fe préfeqpàt à la fa in te Table en le reprochant même quelques imperfections , 
fans fefbnfeflèr en fdhabience à un autre. Je ne doute pas, lui écrit le Pere , que 
vous ne vous joyez, confejfée avant que de communier, fat lieu de craindre que ce 
jour là mènie vous n'ayez, manqué à plus d'un mouvement de la grâce , fjrc. Mais pour 
que vous conno.fficz & l'humilité du Pere Girard & la prudence de fa direction , 
& combien peu il étoit jaloux de conduire tout feul la pénitente, continuez à 
lire la même Lettre. * Il s'agifioit de la relation de ce fameux Carême & de la té- 
fîttanec de la Cadiere à la livrer au Pere Girard, qui ne fe do u roi r pas de la vraye 
caufe du retardement ; elle n étoit autre que la pare lie du Jacobin à achever de 
la compofer. Voici fes paroles : Je vous répéterai encore que la Foi , la Religion 7 la 
rai fon > m obligent à aller doucement , a comparer les objets & les connoijfances , à 
éprouver les efprits , comme dit l Apôtre ,pour voir s ils font de Dieu : il ne meft pas 
fermis de m écarter de cette conduite . , . je ne fuis pas infaillible , & il ne m'appar- 
tient pas de dire avec S. Paul que je crois avoir lefprit de Dieu. Jeconfens donc fans 
peine , ma chère enfant, que vous confultiez, ou l'Evéque , par exemple , dont vous 
m avez, parlé , ou s'il efi trop loin , quelques Directeurs » // n'en manque pas ici , ou 
Autour d icis. . . J'en pajferaifans difficulté & fans envie fur tout ce qu'ils vous con- 
feillirsnt , pourvu que vous ne les interrogiez, pas dans la pure intention de fuir la 
croix. Ah ! Chaudon , que d'humiliations pour un calomniateur tel que vous! 
quoi par tout battu , alTommé ! & vous n'avouerez pas votre crime : Vous 
me défolez. 

Les Lettres du Pere Girard font-elles encore refaites r écoutez; celles de la 
Cadiere ne le font rarement pas , on en a Ôc les originaux & les copies. Je vous 
forcerai donc à lire les Lettre* du Pere Girard dans les Lettres même de la Ca- 
diere. Je les rapproche , & les mets vis à vis les unes des autres ; examinez , com- 
parez, appliquez; celles de la pénitente font la glace fidèle de celles du Dire- 
cteur, les premières rendent trait pour trait les fécondes. 
. 4 ,J . PalTons donc enfin aux conséquences que vous tirés de la Lettre du 22. 
Juillet 1730. & que vousavés fçu fendre fi fameufe, Hélas r pourrai ■ je alTés 
vous punir en ce monde des millions de jugemens téméraires que vos funefks 
Ecrits ont femé à ce fujet par toute l'Europe ; Quelle moitTon pout* vous. ! puiffie 
le Ciel ne vous pas rendre avec ufure ces fruits d'iniquité ! puifle-t-il vous par- 
donner , après l'amende- honorable & publique que vous en ferés toute à l'heure : 
je veux que toute la Terre voye la Lettre , & juge entre vous & moi ! Mais avant 



* S: Frttt. 
fois deSales, 
Ltttrt j7. 



* Lettre pro* 
duite du Pere 

Girard, 15. 

Aeufi 1730. 



}* Ceulinu 3' 
tfan de U me- 
me Lettre d» 
P. Gir *rd. 



• 



* Lettrt de 
■i*Citdi;re du 
i f Juitltt 
ï7jo. 



y Lettre* de 
îa Cadiere du 
ai Juillet 
*7)o. 



plaçons la dans Ton jour naturel. La Lettre du Bere Girard eft une réponfe à celle 
de la-Cadiere du même jour 2 2 Juillet. En quelle difpofition étoit alors la Ca- 
utère, qu'a-t-elle écrit; Cette Fille, trop reflerée dans l'enceinte d'unMonaftére 
écarté 3 où rien ne la dédommageoît à fan gré de l'oeil du public, penfoittrès- 
férieufement à fa (ortie. Mais comment faire ce coup d'éclat , fi près de celui de 
fon encrée miraculêufe dans cette rétrairc cfc Sainte Claire? Sa vanité ne veut 
être foupçonnéc ni de légèreté, ni de peu décourage ; elle veut donc que la 
néceflîté prononce fon élargifiement , & qu'à ce titre le Père Girard foit bien- 
tôt forcé d'y fouferire. Elle donne fa répugnance pour le maigre, dans un lieu où 
il eft perpétuel , & que fon eftomach révolté ne peut ni recevoir ni retenir un in- 
ftant,pourle langage fenfible d'un Dieu, qui n'a voulu d'elle que l'obéiflance ; 
qui fie veut pas la confomniation du fa cri fiée , & qui déformais l'appelle ailleurs. 
La Cadicre a déjà réduit fon Directeur à capituler avec elle fur cette forrie à l'oc- 
cafion du maigre , qu'elle ne fait pas même les Vendredis. Et pour le mieux con- 
vaincre que Dieu bénira fa forrie delà même main que fon entrée, plus elle ap- 
proche de la porte , qu'elle brûle de fc voir ouverte , plus patoît elle recevoir de 
faveurs du Giel. Cependant le pauvre Directeur bien embarrafïe , ne veut rien 
précipiter ; il temporife : il voudrait voir auiïî clair dans la fin que dans le com- 
mencement d'une vocation , qu'il avait lieu de croire, & qu'il avoir aUuré i 
■l'Abbefle être toute divine. La Cadieredefon côté à qui lareflource des mi-- 
racles à fa façon ne ma n quoi t jamais au befoin , pour mener Ion Directeur , 
voyant que celui du paffage fermé au maigre ne l'ébranldlt pas afTez en Vaveut 
de, fa fouie, lui annonce que Dieu s'expliquera à ce fujet par un miracle ton- 
vain quant qu'elle lui explique plus au net dans fa Lertre fuivante. * Pour vous con- 
vaincre de votre pei^de Soy , vous aurez la douleur de me voir toute couverte deplayes 
ajfreufes é* extraordinaires ,'aufq uelles toute la Médecine fera aveugle , & que ma • 
feule fortie d'icy difppera dans le moment. 

Quelques extrairs de la Lertre de la Cadicre du 22. Juillet 1730. * éclaira- 
font eneore mieux la réponfe du Père Girard , même jour. Mon très cher Père y 
..... Jeudi ahfoirfur les cinq heures , me trouvant au chœur ayee mes Saurs , feus 
une vifion de r }cfasCbri(l crucifié , dont lavué trifte & affligeante pour mot me redui- 

fbit dans une efpèce d agonie mortelle Dieu le Père je préjenta a moi-, & me fit- 

connoitre qu'il m'avoitunie à lui de tonte éternité pour mafiocter aux defséias par- 
ticuliers qu'il avoit eu fur fon Fils four la*redempt ton des hommes , pour l augmen- 
tation de fa gloire , &t. 

Après le détail de fes virions, elle s'humilie , afin de mettre par là le fceau à. 
7a iu6!imiré,&p/us encore à la vérité de fes révélations. "Je fuis honteufe , dit- 
elle, que vous ofiez, me foujfrir Ji imparfaite , &ft peu jïdtle au Seigneur ; obtenez,* 
moi par vos prières la grâce de me corriger. Vous fçavez, que je fuis obligée de man- 
ger gras le Vendredi & te Samedi, par limpofiibditè ou je fuis de manger maigre i 
1 avenir , ce qui doit vous manifester la volomé du Seigneur: On me prejje de vous, 
dire ( Infpi ration ) que puifqne vous voulez, des miracles , vous en aurez, pour vous 
raffurer fur cefkjet. Il eft vrai que f en ferai la viclime , mais n'importe , pourvâ 
que vous foj/ez content. A £ égard du Père Gardien avec qui f ai eu une conférence 
très considérable , je fuis très c ntente de lui ejr de fes dtfpofiâons , tachez, de vous 
unir avec moi auprès du Seigneur , afin qu il continué de plus en plus les bons ftn- 
timens où il fe trouve, , 

Chaudon eft de mauvaife humeur, & il dit que ic prends trop d'avantage. 
IJ fenr bien que ce voiiînage de deux Letttes , toutes deux du même jour , à peu 
d'heures de diftance, donne un furieux échec à fes (aies commentaires. Car 
enfin, fi l'on n'étouffe dans foi toutes les lumières de la raifon, comment pou- 
voir fe figurer un inftant, qu'une pénitente fiinrérefleeà pafler pour fainte aux 
yenx de (on Directeur, & à trouver dans lui l'approbareur de rant de merveil- 
les , vive ou ait jamais pu vivre dans aucune débauche avec celui à qui elle écrit 



1 



4.3 
une Lettre fi pure, fi pleine de fentimens de Dieu j ou de quel front aller cher- 
cher dans la réponfe de ce Directeur à une telle pénitente , toutes les ordures » 
toutes les infamies, que quiconque pénétrera .ces termes, jugera fainement n'y 
avoir même pûcnrrer. Préfentez, Chaudon , la Lettre du Père Girard à celle de 
fa pénitente , voilà la glace i qu'y verrcz-vous ï la même chofe > l'une répond 
de l'autre, tout eft pur dans les deux. 

LETTRE DU PERE GIRARD, 

Du 22. juillet 1730. 

» Voici , ma chère enfant , la troifiéme Lettre en trois jours 

* Tâchés de m^ob tenir du temps , Dieu foi t Joué , bientôt peut-être ne pour- 
«rai-je rien taire que pour celle à qui j'écris.Toujours fçai-je bien que je la por- 
» te par tout , 6c qu'elle eft toujours avec moi , quoique je parle , & que j'agifïe 

* avec d'autres perfonnes. Je rends mille grâces à Notre-Seigneur de la con- 
tinuation defes miféricordes. Pour y répondre, ma chère fille, oubliez- 
» vous&laiflez faire: ces deux mots renferment la plus fublime difpofirion. 
- Ne dires mot fur tout ce que vous a recommandé Monfeïgneur l'Évêque. 
«Nous verrons tout ce qu'on peut faire & dire. Il eft arrivé ce matin , & je 

* lui at déjà parlé devons par occafion. Jenecroipas qu'il aille à Ollioules. 
j'Je lui ai fait entendre que cet éclat ne convenoit pas. Je pourrai peut-être 
» par occafion lui parler de la Sainte Méfie. Le grand Vicaire & le Père de 
» Sabatîerirontapparemment Lundy vous voir. Ce dernier, après lui avoir 
» parlé , m'a fait entendre qu'il ne vous demanderoit rien.. Mais (1 par hafard 
»i*un ou l'autre s'avifoient de le faire, même au nom de l'Evêque, oa foa- 
«>haitoitde voir quelque chofe, vous n'avés pour toute réponfe, qu'à dire 
« qu'il vous eft étroitement défendu de parler & d'agir. Mangés gras comme 
» on le veut , je vous l'ai écrit : Oui , ma chère enfant, j'ai befoin d'aiîurance.- 
» vous n'en fèrés pas la vidime. N'ayés point de volonté , &c n'écoutés point 
»de répugnance,, vousobeirés en tout comme mapetite fille qui ne trouve 
>»rien de difficile quand c'eft fon père qui demande. J'ai une grande faim de 
» vous revoir, & de tout voir. Vousfçavés que je ne demande que mon bien , 

* & il y a long-temps que je n'ai rien vu qu'à demi. Je vous fatiguerai , eh 

* bien, nemeïatigués-vouspas auffi ?I1 eft jufte que tout aille demoitié. Je 
» connais bien qu'enfin vous deviendrés fage , tant de grâces & d'avis ne de- 
» viendront pas inutiles. Je fuis ravi que vous foyés contente du Père Gardien. 
» Je le recommanderai au bon Dieu : n'oubliés pas de votre côté ma malade, 
» ma feeur & les autres perfonnes â^ue je vous ai recommandées. Mademoiselle 
» Guiol vous trouva hier mourante , & votre frère vient de me dire que vous 
» vous portés à merveille. V ous êtes une inconftante , ce feroit bien pis fi vous 
» deveniés gourmande. Patience 5 je voulois fçavoir (i le maigre fe fupporte- 
»roitj le temps nous inftruira : commencés toujours ces jours d'abftinence par 
»le maigrej s'il ne paile pas , ou s'il revient ^'abord, faites auflî d'abord 
»gras. Suives cette règle. Nous découvrirons la faince volonté de notre 
» Maître. S'il faut for tir c'eft une nouvel Ie,& une bien grande peine pour vous 
» Ôc pour moi. Mais le bon Maître foie beni ; nous ferons fournis 6c nous confen- 
» tirons à cour. Bon foir ma chere # enfant. Pouwés-vous déchiffrer mon grif. 
»fonage> Comptés bien que cette Lettre vous dit que vous venés toujours 
» après moi. Il eft dangereux que vous ne m'atteigniés, à moins que vous n'en 
« écriviés deux par jour. Adieu , ma fille , priés Dieu pour votre frère , pour 
» votre ami , pour votre fils , & pour votre ferviteur. Voilà bien des titres 
» pour interefier un bon cœur, 

La voilà cette fameufe Lettre dun. Juillet qui fait un tout avec celle du 
même jour donc ellceftlaréponfe, & dont l'intelligence devient complette 






44 
parla nouvelle Lettre qu'elle attira au Père Girard de la parc de fa pénitente 

îe 2 $ . du même mois > Chaudon a l'impudence de dire que cette Lettre du x 1 . 
eji pétillante d'amsur & depaffîon\ dont on n'ofe entreprendre d'excufer les endroits 
les plus forts, Vousnepouvés, Chaudon, vous réfoudre à perdre l'avantage 
du bruit public que vous avés excité contre cette Lettre , en l'ifolant , en la 
morcelant, en la mettant au creufet& de la corruption de votre cœur Si de 
la méchanceté de votre efprit pour en extraire le fuc de la calomnie. 

Et moi je vous dis que je n'eu jamais tant de honte pour la raifon humaine 
qu'en la voyant la dupe d'un piège fi groffier j fi donc je défend cette Lettre » 
ce n'eft pas qu'elle ait befoin de juftification , c'eft parce qu'elle eft accufée , 
fans quoi elle tiendroità jufte titre fon rang , parmi les autres Lettres du Père 
Girard, toutes fans exception , les plus édifiantes que l'on ait peut-être en 
genre de Direction $. parce que la Lettre du xi. Juillet , contient dans tous 
les textes clairs , des confeils d'abnégation , de prière , d'abftinence, de 
fou million à la volonté de Dieu , parce que dans les textes qui pourr oient 
avoir quelque ob feu rite , dont la perfonne à qui Ton écrit eft la feule inter- 
prète légitime, ou plutôt celle pour qui il n'y a nulle obfcurité, cette per- 
fonne qui a reçu la Lettre du n. juillet en réponfè à la fienne du même 
jour, Staécritenconféquence crois jours après, n'a rien vu, rien entendu 
qui ne fut d'un conleil édifiant Se falutaire. 

L'on juge d'un homme par tout l'homme. Je vois grand nombre de Lettres 
d'un vrai & faine Diredeur , qui toutes fans exception , tendent & mènent , 
mais par les bonnes règles , mais dans l'ordre , à la plus haute perfection > s'il 
s'en trouve une plus obi cure , la probité T la jultice naturelle 3 la Loy de Dieu 
qui me défend de juger fous peine d'être jugé moi même j tout enfin m'obli- 
ge , s'il faut l'interpréter , a le faire parle grand principe de la confiante ref- 
femblance d'un homme avec lui-même 5c dans £çs actions , & dans la conduite 
des autres , 8c dans fes propres écrits. Je dis plus , fi j'avois à juftifier dans ua 
autre une Lettre de Direction , dans laquelle l'on voudroit empoifonner 
quelques expreffions , aiïés fèmblables à celles du Père Girard , dans fà Let- 
tre du 22. Juillet, je tâcherois de juftifier ce tiers, par l'exemple de fa Let- 
tre du 2 1 . & je dirois ; Rien de plus divin que les Lettres du Père Girard , ce- 
pendant dans fa Lettre du 22. Juillet, l'on voit quelques expreffîons aGés 
iemblablesd celles que l'on voudroit épiloguer dans la Lettre de ce tiers $ elles 
font furement innocentes dans le Père Girard , pourquoi ne le feroient- elles 
pas dans ce tiers. Mais puifque c 'ci t du Père Girard dont il s'agit , il faut ap- 
peler au fêcours d'un Prêtre _, d'un Religieux qui a toujours vécu comme les 
Saints , ceux d'entre eux qui ont parlé comme lui. 

Chaudon me donne ce déffi , fur tout à l'égard de St. François de Sales & 
St. Bernard, illuftres parleurs Lettres de Direction; je l'accepte. Je vous lés 
citerai en preuve de l'amande honorable que vous leur devés à eux - mêmes 
pour les avoir infultés dans le Père Girard $ que vous devés à toute la terre, 
pour réparation du fcandale fc des fuites de vos calomnieufès recherches. Ah 
ça, livrons nous de pi es ; Plaife au Seigneur entourer d'épines les chaftes oreil- 
les 3 pour qu'elles ne foient pas bleiïees des fales idées qu'il faut confondre 
dans Chaudon & dans tous les Chaudons du monde. Commençons par le 
plus fort ; le plus fimple des argumens fera pour vous le plus horrible coup de 
Foudre 3 & quoique averti , vous ne le parères pas. 

Cet infâme Directeur , dites- vous, eft curieux de tout, il ne veut pas que 
fa petite fille écoute aucune répugnance. Son ardente curiofiti veut voir & tout 
voir , depuis long - temps il na rien vie qu'à demi \ Telle eft la force que vous 
ajoutés au texte. Ne vous plaignes pas que j'actenuë votre aceufation j tout 
le monde vient d'entendre ce que vous voulés faire entendre à tout le monde. 
Ecoutés maintenant. 

Ce 




45 
Ce que le Directeur eft fiemprefle de voir, eft juftement ce que dans la 

même Lettre , il défend à la Cadiere de laifîer voir à M. le Grand Vicaire 3 Se 

au Père Sabatier , quand même ils demaruieroient cous deux à le voir delà 

{»art de Monfeigneur l'Evêque de Toulon ; parce que le Directeur veut être 
e feul à le voir j or ce que le Directeur veut être le feul à voir &c défend de 
biffer vefir à M. le Grand Vicaire , au Père Sabatier même l'exigeant de la 
parc de Monfeigneur , eft ce que les Chaudons ont entendu &c fait entendre ; 
d'où, il s'enfuie que M. l'Evêque de Toulon a pu envoyer M. fon Grand Vi- 
caire 6c le Père Sabatier, pour voir ce que 4e Père Girard défend de leur 
montrer, c'eft-à-dire , ce que les Chaudons font l'objet^» voir du Père Gi- 
rard ! Je reprens : Ce que M. l'Evêque envoyé fon "Grand Vicaire Se le 

Pere.Sabatier pour voir dans la Cadiere, n'eft fûre ment pas ce que les Chau- 
dons ont entendu 8c voulu faire entendre par le voir. Or ce que le Père Gi- 
rard défend à la Cadiere de faire voir à M. le Grand Vicaire & au Père Saba- 
tier , eft juftement ce que M. l'Evêque auroit pu. ordonner à M. le Grand Vi- 
caire & au Père Sabatier de voir $ donc ce que le Père Girard défend à la 
Cadiere de montrer au Grand Vicaire Se au Père Sabatier , n'eft pas ce que 
les Chaudons ont entendu & voulu faire entendre. Maintenant, ce que M. 
i'Evéqueacrû pouvoir dire au Grand Vicaire & "au Père Sabatier de voir, eft 
ce que M. l'Evêque fçavoit avoir été vu par le Père Girard Directeur de la 
Cadiere ; or ce que M l'Evêque fçavoit avoir^écé vu far lé Père Girard 
écoiçnc Jes/Hgmates ; doncil ètoic uniquement queftion des ftigmates pré- 
tenâusâela Cadiere dans h défenfe -du Père Girard de laifîer voir. On re- 
marquera en paflant , que dès que M. l'Evêque a pu ordonner à M. le Grand 
Vicaire Se au Père Sabatier de voir ces ftigmaces , il approuvoit par là même 
la conduite duDîrecleur , qujil regardoit comme moins curieux que prudent 
dans cet examen neceflaire pour en connoître Je principe , fi ex Deo funt. 

Le Père Girard, pour fuivre la pointe de fon examen , étoir curieux de les re- 
voir, & la Cadiere n'étoit plus curieufe de les remontrer ; parce qu'après la con- 
viction que ces ftigmates exiftoient , ce qui fuffifoit à fa van hé une fois établie , 
c'étoit une fatigue pour elle de rouveie ces playes , reconnues au procès comme 
nacurelles & par fon propre aveu , Se par le certificat de fon Chirurgien* Se de les 
rouvrir ou par une violente friction , ou même par quelque efpéce d v incifîon s 
fatigue qu'elle n'attribuoit pas à fes véritables caufes , qui étoient Se la douleur & 
l'incommodité ; mais à fon humilité fatiguée de tant d honneur : c'efi dans ce fens 
unique que le Père Girard a pu dire ,je vous fatiguer ai , Se objecter , ne me fatiguez- 
vous fus auffi ; Il fez les deux premières lignes de fa Lettte: Tachez, de m obtenir 
du temps , Dieu/bit lo'ùê ; bien tôt peut être ne pourrai- je rien faire que pour celle i 
qui j écris ; parce qu'une petite tête fi enflée de fa fainteté , h occupée de fon petit 
manège , fî foûrenue pat les tévélations du Jacobin, uniquement occupée à diver- 
fifier la fcéne , auroit fatigué quatre Directeurs. 

Ainfi, s'il en coûcoit à la Cadiere pour rajutter fes playes en forme de ftigma- 
tes ; que de peines , que d'examens, que de follicitudès ne coûtoit pas au Père 
Girard une telle direction > Les voilà donc partagées ces fatigues entre le Dire- 
cteur 8c la pénitente ; c'eft uniquement au ïG quW/« vont & peuvent aller de moi- 
tié. Ahî damnables Chaudons, quels infâmes tableaux préfentez-vous au liber- 
tinage effréné , fut l'idée de cette fatigue & de fon partage ! Vous faififfez effron- 
tément les termes naturels àt fatigue , de moitié, qui dans la Lettte ne peuvent 
rien fignifier que de très innocent , pour en former l'horrible peinture d'une dé- 
bauche également partagée entre un Directeur Se une Pénitente ; d'une débauche 
excédée, abattue de fatigue. * Inveterate dierum malorum, diefub qua arbore \ 
Eh quel endroit? parlez miferable. Vous ne vous y tromperez pas comme ce 
vieux Se infâme Magifttac quivoulok faire périr Suzanne. Il yavoît plufieurs ar- 
bres, il pouvoits'y méprendre; mais ici il n'eft pas un endroit. Eft-ce à Toulon ? 





4$ 
ïaCadiere n'y. eft pas. M ce à l'Abbaye d l OHJouIesï ÏaCadiere efl enfermées 
"des grilles & barreaux de fer. mettent un obftaclc invincible & stu partage du cri- 
me & a fis fatigues > leçccurd'un faint Rcligieuxl'en écarte encore plus, il y 
■met dans lui-même une barrière invincible atout l'enfer enfemble. Allez , fales 
infc&cs , qui voltigez autour des autels de la Jufticc pour y porrer & votre in- 
feâion & votre poifon , vous rendrez a l'innocence du Perc Girard jofqu a la der- 
nière ryJhoe de la Lcrrreque vous avez vainement corrompue. 

Ou mordez vous encore, vipères empcïrcz? Âh jevois, c'eft dans ces mots : 

Oui , ma chère enfant 3 j'ai befbm d'aff tirante , vous n'en ferez pas ta victime. Les 

belles chofes que les .quatre Avocats di'fcnt Jà-dclfus! elles font dignes & d'eux 

& de leur projet* la Cadicre les réfutera pour moi; lifez fa Lettre du même 

jour à laquelle répond ici lePere Girard : On me preffe ( Dieu ) de vous dire; que 

piiifqtfe vous Vëulez des miracles* vms en aurez, pour vous tnjfurer fur xe fujet , 

( fur fa fortic du Couvent) H'c/l vrai que j en ferai la victime, mais qu 'importe 1 

pourvu que vous [oyez, content. Et vous , Avocats , êtes vous contens de la réponfc 

fur l'afurance "& la viBimc\ elle fe joué de vos incartades fur ces deux mots , 

comme la pouffiere fer t de jouet au vent, 

'Oninnais comment fc tirer de ces mots: Oubliez-vous , rjr laifez faire ; car 
c'eft encore ici un de cm endroits 'pétillants d'amour & de pafjton , un de ses en- 
droits forts , auquel CKaudonAfTure qu'on n°ofc même entreprendre de répli- 
quer! Chaudon & fes'Con frètes fur Je fens qu'ils donnent tout d'une voix à ce 
laijjèz faire , rlsle pouffent tous les quatre , au&onj?lus ultra en tegenre . . . .'dé- 
tachez vous, Chaudon , & tîfons enfembk. .. Ouiliez-vous éf laijfez faire ; ces 
deux mots renferment la plus f ultime difpofîtion. Cette difpolïtionla plus fublime, 
cette volonté déterminée de tendre au meilleur , çonïifte t elle, pour une jeune 
perfonne, à remplir ces deux maximes dans le fens^Jte vousleur donnez; ou bien 
ces deux maximes publiez votéQ& laijfez, faire , réduites à la pratique des Avo- 
cats , placent- elles une a me Chrétienne dans la difpofîtion la plus fublime , dans 
la route du meilleur ? Lequel choififfez vous ; quelque parti que vous preniez , il 
ne vous relte des deux cotez dans le fyflê'mcde vottçlatjfèz faire, tel que vous dé- 
clarez l'entendre Se l'annoncer aux autres, que te choix d'une aiifurdhé auiïî 
grofïïére qu'impie. Revenez- donc, Avocats, malgré vous, au fens unique Se 
neceftaire des deux maximes que donne ici 1 e "Père Girard, & le voici dans une 
démonïtration parfaite. L'oubliez vous & le laijfez faire que donne ici le Perc Gi- 
rard pour maximes à fa pénitente, font Vvubtiez, vous & le laijfez faire qui ren- 
ferment la plus fublime difpofîtion d'une ame Chrétienne, Or J oubliez vous & 
Je laifez, faire qui renferment une relie difpofîtion , cfl néceffai rement l'oubliez- 
vous pour Dieu, le latffez faire a Dieu. Donc ï oubliez-vous, le laijfez faire ici 
donnez pour maximes par le Père Girard à fa pénitente, eft néoeflàirementiW- 
Mtez-i'ôus pour Dieu , le laijjèz faire à Dieu. Il cfl donc inutile , ou du moins très- 
înditTérent que le Père Girard jo'gnc le nom ûùDitu aux deux courtes maximes 
qu'il doune ici , parce queil'idée qu'il donne de ces deux mots , Oubliez vous & 
laijfez. faire* en les définiflant tout de fuite la plus fàblime difpqfitim dune ame 
Chrétienne, entraîne avec foi la cortféquenee , que le'PereGirard confeille uni- 
quement ici de s'oublier' Pour Dieu, de laiffez, faire à Dieu. Le premier de ces 
confeils mène à l'abnégation , l'autre â?l obéiuance. Avocats , je neTous demande 
pas quevous raifonniez ,maïs tâchezairmoins d'entendre un raifonnement ; en 
voilà un invincible. Il ne s'agit point ici de commentaire , ce font les deux ma- 
ximes du Perc Girard , & route leur fainteté établies par principes tirez du fonds 
de la chofe même. Et vous viendrez encore , infâmes Chaudons , falir toutes les 
imaginations par votre laijfez faire habillé de toutes vos infamies, afin d'ail en 
falir & corrompre parla plus affreufe calomnie, les maximes les plus pures de 
l'Evangile, jïffques au fonds de 1 clprit ôe du cœur d'un faine Prêtre , d'un faicc 
-Religieux où elles font gravées , &d : où la charité les annonce dans toute leur 
pureté, . 



+7 
Le Père Girard a donc évidemment écrit dans le même efprît que les Saints , 

quand il a dofQe les mêmes confeils. * £aijfez.vous gouverner a Diat, écrit S. 
François de Sales à uneReligîeufe , Ne penfezpas tant à vous -même . . . dites com- 
me la Madclaine étant à [es pieds , Rabboni , ah mm Maître ! enfuis ktfiez-le faire. 

Mais , Chaudon , d'où vient vous Ôc vos pareils , avez- vous eu la hardiefie de 
détacher le iaijfez, faire , de ce qui l'accompagne dans la Lettre du ta. Juillet» 
votre citation eft fauffe par la fouftradtion de ce qui y tient. La définition Scie 
défini ont dû marcher enfemble ; vous fupprimez l'une , pour placer l'autre dans 
un jour«nialin,ou perfonnene l'eût jamais yû fans ce retranchement plein de 
mauvaife foi »& quand même le Iaijfez faire eût été auflî îfolédans la Lettre, 
que vous le préfentez crûment ; fans votre noirceur à tous , n'en auriez- vous pas 
trouvé la pleine juftificjtion dans toutes les Lettres du Père Girard? Et peut-on 
avoir l'ombre d'équité naturelle, fans admef&e pour interprétation d'un texte 
obfcur dans un Auteur, les textes clairs, où l'on trouve la fûlution entière de 
ton doute au fujet du texte obfcur, quand fur tout il s'agit précifément de la 
même choie? Vous aviez toutes fes Lettres ,& vous les Jifîez bien entre vous 
quatre pour vous difpurer la gloire à qui fa i fi toit mieux quelques phrafes , quel- 
que mots fufccptibles de quelque prife conforme à vos idées de fortilége , d'in- ' 
cefte, dcQuiétilmcr 5c aux riches commentaires dont fourmillent vos vaftes& 
profonds écrits à ce fujet. Vous euflk-z trouvé par tout ,fi vous feufliez voulu, 
i& par tout vous avez trouvé , quoique vous ne le vouluflîcz pas , les preuves 
fenfibles de la pureté d* t'a doctrine , de la fa g elfe de les confeils ; vous eu liiez 
touché au doigt eh cent çndroirs,ceque lignifie chez un tel Directeur, Veu- 
illez vous . • U fez, faire que vous avez fi ignominieufement travefti. Mais ce 
n'étoient pav \i vos recherches ; vous avez* par tout reculé à la vûë des mar- 
ques évidentes de fa fainteté , de fon innocence , qui vous eftray oient. 

Sans aljerplus loin, dans la Lettre fuivante du Père Girard f elle eft du %G. 
Juillet) dans cette Lettre fi pleine de zélé, de charité, vous euffiez vu en deux 
mots la pleine jufttficarion de toute la Lettre du 22. En voici le fujet. Le Père 
Girard avoir appris de la famille de laCadicre, que cette fille aVoit pris,, fans 
Je confulter davantage, fon dernier parti fur ii fortie du Couvent, qu'il defap- 
prouvoit ; clic avoir dit qu'on eût à la venir prendre dès le lendemain. Le Père 
Girard dans fa Lettre lui fait une févére & cependant charitable correction à ce 
fujer. guoi , dit il ,fàns me confulter, votés demandez, qu'on vous aille prendre , & 
yuan vous retire des demain . . . l'ordre fut il jamais qu on agijfe avec précipitation, 
(jr qu'on faute, pour ainfi dire , les murs du Couvent ? . . Jlfaudroit pûur cela que 
toute votre conduite n'eût été quhypocrifie , que difjimnlations , qu'artifices , que 
menfonge, que malice diabolique . . . No&je ne prétens pas que vous foytz, victime* 
relifez ma dernière Lettre ( celle du 22. Juillet dont il s'agit. ) Je prétens que 

vous vous conduifiez ftgement , dr que rien ne fe fajfe que dans tordre de Dieu 

I>ieu vous garde de faire précipitamment une démarche , dont les fuites fer oient 
irrévocables pour la pieté ej pour vous , & dont le fouvenir me percer oit le cœur 
jufqu'au tombeau. Cefl votre Père qui vous parle , ma fille , peut être pour la der- 
nière fois. 

Que je fuis frappé à cette lecture, non plus de la noirceur de votre projet,' 
Avocats » j'y ferme les yeux pour un moment , mais delà dureté de votre eccur, 
qui n'a pas été brifé de componction , en vtbus voyant , pour ainfi dire , les mains 
dans le fang d'un jufte , qui penfoit , qui écrivoit fi différemment de ce que vous* 
lui attribuez. Mais chercher du lentimcnt dans les calomniateurs d'une inno- 
cence qui leur eft connue! . . . mon temps'fera mieux employé à leur arracher 
en paflànt.un point indiffèrent en lui même, mais que les Avocats arrangent 
fauiTement , pour en tirer quelques avantages , afin de colorer des pauvretez de 
fauftes conséquences dont ilsontbefoîn dans leur miférable caufe : car tout leur 
eft bon. Us difentpat tout que c'eft la Cadiere qui la première s'eft retirée de la 



deSxlts J„ lt 
tturt.it. 












* Lettre du 
ptre Girard 
dM)o.yuUl(t 
I7JO. 

* lettre du 
même. ié, 
Juillet. 



* Lettre du 
mime, 3 . 



AVHt, 



+ 8 
direction du Pcre Girard, & fur cette évidente fauffeté ils bâtiffent cent petites 
ou grandes chimères, qui s'évanoù fient en leurôtantce vainpMKxre. L'on voit 
dans la Lettre que je viens de cher , le premier pronoftic dccexre fépa ration : le 
Père Girard n'aimait pas les fautes ; le deffein précipité d'une fortie du Couvent, 
prefque femblablë à une fuite , l'engage à faire preffentir à la Cadiere , que fi elle 
alîoit plus loin , il la renvoyeroit. Ceft votre Père qui vous parle, ma fille , peut-être 
pour la dernière fois. Le Père Girard seloignoit àrnefure qu'elle perdoit dans 
fonidée,dèla fainteté qu elle &fes frères avoientpris tant de foin de lui persua- 
der par les indignes moyens que l'on fçak. Jl prit là deflus fon dernier parti, 
quand à la fin d'Août il eût découvert l'artifice. Et la Cadiere dans fon Intetro- 
gatoire dit 27. Février, ainfi que dans fon recollement, convient art. 1 59. que 
h Père Girard a ceflê de la conférer , fâché de ce quelle avait rendu publique la re- 
lation de fon Carême. Ainfi la faite éloignée , la raifon prochaine , l'époque & le 
fait; le tout confirmé par un recollement de la feule perfonnequi fçùt là vérité 
en ce point , & qui fût en droit de la dire , concourt à prouver bien net ayx Avo- 
cats la fauffeté de tout ce qu'ils avancent de contraire. 

Revenons. Dans la Lettre du 26. Juillet le Père Girard lui dit au fujet de la 
. fauffe démarche qu'il vouloit patet : je prêtent que vous vous conduirez, fagement 
& que rien nefefajfe que dans [ordre de Dieu. C'eft là mêmp qu'il lut dit encore : 
relifez ma dernière Lettre. Cette tkrniere Lettre étoit la Lettre du 22. Juillet 
aontil's'agit,oùil fe fouvenok de lui avoir dit de s'oublier &de' laijfer faire ; 
le Pe*re Girard entend lui dire ici la même chofe par ces termes : je pr'etens que 
rien nefefajfe que dans l'ordre de Dieu. Voilà donc l'endroit précis , le même en- 
droit du laijfez faire rendu par l'équivalent de ne rien* faire que par l'ordre de Dieu> 
donc de s'oublier & de laijjer faire ûgryifîe précifément dans la Lettre du 22. Juil- 
lec, de laiffer faire à Dieu. 

L'on remarquera que la jufte confiance avec laquelle le Père Girard renvoyé 
ici fa pénitente à fa Lettre du 22. eft une preuve invincible & delà, pureté d'in- 
tention du Père Girard dans cette Lettre , & de l'effet qu'elle avoit dû produire 
dans celle pour qui elle étoit. Quoi ! les deux termes refpe&ifs de ia Lettre du 
21. Juillet, celui qui l'écrit, celle qui la reçoit, n'y voyent rien que dans l'ordre, 
rien qui ne tende à l'édification mutuelle ; & des Avocats , indignes de leur pro- 
fcffiun , dont le plus bel apanage eft de défendre l'innocence, levant hautement 
l'étendart de la calomnie, viendront eux mêmes opprimer l'innocent , en lui 
cherchant par des interprétations forcées , des crimes qu'il ne connut jamais. O 
Loix profanées ! eft ce donc là l'ufage que des Avocats doivent faire de leurs ta- 
kns? eft-ce là l'objet du pouvoir que nos Rois leur donnent cte les exercer pu- 
bliquement? ( 

* Dans là Lettre du Père Girard du 3 o Juillet, il répète à la Cadiere , OUBLIEZ- 
VOUS , ma cher e enfant t encore une fois , é* abandonnez-vous entièrement à la con- 
duite de ce Dieu bon é" puijfant , dont voits avez, été fi contente , JiQJAND VO US 
L'A FEZ LAISSÉ FAIRE . .. * Prenez garde , ma chère plie , qu'il ne vous échappe 
rien doppofè aux volontez de notre grand Maître ; ne dites jamais :je ne veux pas, 
]t ne ferai pas ; contentez-vous du moins dédire , je tâcherai de faire , je concil- 
ierai. 

LcPerc Girard revient encore à fon grand principe, ou plutôt il ne le quitte 
.jamais. * Ces fouhaits , dit-il, que je forme pour vous, entraînent nêcejfairement 
des fouffrances , des violences , de l'abnégation , des affligions intérieures , des croix 
extérieures. Ayez donc courage , ma chère petite , foumettez-vous a tout , dr LAIS- 
SEZ FAIRE, confentez qu'on vous dépouille abfolument de vous-même » agréez de 
mourir a tout , pour ne vivre plus que de la vie fur humaine de Jésus- Christ. Quel 
Quiétifme ! 

La Cadiere de fon côté , dont les Lettres font, comme je l'ai die , une efpécc 
de miroir, où fe vérifient les Lettres du Père Girard 5 pour mieux tromper fon 

Directeur 



jl 



40 
DireAeur par féndroït fenfibïe , lui exaggére fans ceffc fon abnégation » die ejt 

-morte a elle-même , elle efl crucifiée.. . clic lui mande le 3 . Juillet : Die» m'a telle- 
-ment exaucée dans ma prière , que je (kis dans un oubli entier de moi-même. Quand 
elle fentoitque le Pcre Girard avoic apperçù une faute qu'elle lui cachoit, com- 
me d'avoir communiqué la relation de fon Carême , pour appaifer fon Dire- 
cteur, elle difoit qu'elle ajoûtoit au crucifiement intérieur, des macérations 
cruelles. Dans fa Lettre du premier ou deuxième Septembre elle parle ainfi: À 
taafe de mon infidélité , . , toute cette nuit je l'ai pajfêe dans les fleurs & dans les 
gémijfemens ; je me fuis femie portée à prendre deux fois la difeipline avec une telle 
véhémence , que j'en ai thé dufang en abondance. Si le ferieux continuel où me 
plonge l'état affligeant d'un jufte dans les fers , objet douloureux pour mon. 
cœur , qui m'a fait plus d'une fois arrofer ce travail de mes larmes, fi ma fitua- 
tion me le permettoit, je me diffîperois un moment , en contemplant en idée là 
Cadiere, ta minute de fon frère Je Jacobin à la main, où elle lifoit & appre- 
noit en riant , qu'elle s'étoit fi cruellement déchirée la nuit précédente; 

5°. Les Avocats ne tiennent plus la Lettre du x 1. Juillet que par les deux 
premières 5c les deu3#demieres lignes. Mais qu'ils feront bientôt forcés dans 
leurs foibies retranchemens \ Dieu fait loué , dit d'abord le Père Girard, bien- 
tôt peut être ne pourrai- je rien faire que pour celle à qui j'écris j toujours feaii-je bieé 
que je la porte par tout , & qu'elle efl toujours avec moi. Voici les derniers mots 
de fa Lettre ; priés Dieu paurvotre père , pour votre frère , four votre ami > pour 
votre fils & pour votre ferviteur. Voilà bien des titrés pour intéreffer un bon cœur. 

L'on aime dans le Public trois forces de perfonnes > fon Médecin 3 fori 
Avocat fit fon Confeffeur. La fanté , l'intcreft & la confeience font les four- 
ces de ces attachemens. Mais comme la confeience eft pour ceux qui fçavent 
&fbngent qu'ils ont une confeience" l'affaire la plus importante du monde \ 
ils ont ordinairement d'autant plus de reconnoilîance, que c'eft le feul moyen 
de s'acquitter envers un bon Directeur , q'u'aucune vue humaine ne doit tou- 
cher. A leur tour % l'Avocat % le Médecin 4 le Direcleur , tous pris par l'en- 
droit le plus fenfibïe, par la confiance H aiment ceux qui la leur donnent!. 
Chaudon lui-même s'eft montré àlaCadierecomme fon père j elle a pour? 
fon malheur , mieux fuivi fes confeils que ceux du Père Girard , Se Chaudon 
a mis le fecau à fa perte. Sans lui auroit- elle jamais penfé à tenter la voye im- 
poffible & indécente en Juftice d'une variation de recollement ? Sans lui au- 1 
, roit-elle fait à la Sainte Communauté de la Vifitatiori , où des Ordres fouvë-; 
rains la retiennent prifonniere , l'outrage de la foupçonner en Juftice de poi-; 
fon & de violence à fon égard ? C'eftà fes confeils qu'elle doit &-ees traits fie 
, bien d'autres ; fans Chaudon elle étoit criminelle t mais eJJe ne la. feroic pas 
tant. 

Je difois donc que cette confiance gagné le cœur , à proportion de forJ 
étendue & de fon objet. Or la confiance dans un Confefleur , un Directeur 4 
étant fans borne y fon objet d'ailleurs étant au-deflus & de la fanté 6c de l'in^ 
téreft, un Directeur prend une grande affection pour ceux & celles qu'il con- 
duit dans la voye du falut ; mais fon affection redouble pour les perfonnes 
qui s'y diltinguent. Jésus-Christ , le charitable Pafteur des âmes , & îé 
modèle des bons Pafteurs , ne déclare-t-il pas lui-même , qu'à mqfure que Ton 
avance dans la perfection , l'on acquiert fur fa perfonne adorable tous les ti- 
tres les plus précieux à latendrefle. Quiconque fans exception fait la volonté 
de mon Père qui eft aux Cieux ,, il devient mon frère , il devient ma feeur , il 
devient ma mère. Quicumqucfecerit voluntdtem Patris met qui in cœlis eft {if fi 
meusfrater, &foror y $• mater eft. 

La Cadiere n'eft rien y mais elle eft venue à bout d'être la fainteduPere Gf- 

• fard. Tout a concouru pour en perfuader ce Père , c'eft fur ce principe qu'il 

mefure le crédit de la Cadiere auprès de Dieu 1 il follicite , priés Dieu , dit- il t 

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^o«fr t/etf rr j?*« , votre frète , tfitfftf ami 3 votre ferviteur. Qui le Père Girard 
a-t'il imité ? 

Le Père Girard ne peut bientôt plus rien faire que pour celle à qui il écrie ; 

elle a b (orbe tout fon temps » Jetais bien t dit - il , que je la forte par tout , é* 

qu'elle efi toujours avec moi. Là-deflus , Chaudon dit que ce Père ferait bien 

en peine de nous prouver que St. François de Sales tut jamais écrit a fes pénitentes 

dépareilles Lettres , qu'il ait vu des Stigmates , &c. Saint François de Sales n'a 

jamais vu de ftig mates , parce qu'aucune pénitente ni fincére ni fourbe ne 

lui a dit en avoir : mais fi on le lui avoir dit , il eut été de fa prudence de Us 

examiner, de les voir, par conféquent de les toucher peut - être , dernier 

point , & que le Père Girard n'a jamais fait. Quel danger donc dans cet 

examen ? Si ce /ont de faux ftigmates , ce ne font plus dès lors que des playes 

coteriféesôc in fe&ées, révoltantes pour la nature. Si ce font de vrais ftigma- 

tes , il n'ont dès lors rien d'impur , & par ce fêcret rapport , cette fympathie 

qu'auroient de tels ftigmates avec les playes adorables du Sauveur /ources de 

toute pureté , ils n'infpireroienr que* des penfëes faluraires. Ainfi beaucoup 

de prudence, nul danger d'aucun côté pour ceux à qui il convient par étac 

de faire ce discernement. 

Mais, pour les Lettres de St. François de Sales., Chaudon , vous ne nous in- 
fu Itérés plus. Elles font fai rites ces Lettres , elles font d'un Saint , elles en 
ont fait ; lifés-Ies donc à côté de celles du Père Girard , & vous prendrés là- 
deflus votre parti. Voici d'abord des expreflions familières à ce Saint, Ma 
ibère rjr très fingulierement chère fille ...... h ma fille très chère & très dèfirée. 

Mais voyons des textes. * Mon Dieu , ma très-chere fille que l'amour celefte efi 
aimable , voir mime quand il efi exercé ici bas parmi les miféres de notre mortalité! 
la di fiance des lieux , ni rien du monde ne lut peut lier fa fuavitè , ainfi me femble- 
£ il que je fuis toujours avec votre cœur. 

* La dileflion efi auM forte que la mort &plus dure que t enfer.- foilà ma bonne 
tre +i. à une f œu * * • * • voilà notre lien t voilà nos chaînes , le/quelles plus elles nous ferreront & 
Vtuve. prejferont, plus elles nous donneront de l'ai/è et de la liberté j leur force nefi que 

fuavitè j leur violence n'efi que douceur j rien de fi pliable que cela , rien de fi ferme 
que cela. Tenès-moi donc pour bien étroitement lié avec vous t & ne vous fouciSi 
pas d'en fc avoir davantage , &c . Lai fies to us ces fe n ti m en s à 1 a c h ari t é à q ui ils 
appartiennent, &quinepenfcjamais le mal, Charitas non congitat malum , 
tout eft dans l'ordre y mais fi un Chaudon , qui cherche à empoifonner des 
expreflions , auiîî pures en elles-mêmes , moins fortes en apparence, eut faiiî 
dans ion goût celles de Saint François de Sales , ô Dieu que fuffent elles de- 
venues dans fi bouche & fous fa plume ? Une accu fa don contre François de 
Sales, un Chaudon, hélas ! nous aurions peut-être un Saint de moins ■> vous 
ne fçavés , Chaudon , vous ne fçavés que détruire , & jamais édifier. Laiflés 
les chu fes faintes aux Saints. 

Regardés -vous, Avocats , Se relifés enfemble la Lettre du n. Juillçc 
17 30. La vôtre de cette datteadifparu , & celle du Père Girard s'eft retrou- 
vée, mais pure, fans tache & d'autant plus brillante que vous l'aviez plus 
indignement fouillée. Et comment s'eft -elle retrouvée? Dans elle-même, 
fans fecours étranger , en la préfentant telle qu'elle eft. Où , & comment 
s'étok- elle corrompue ï dans vous, par vous, à l'aide de vos calomnieux 
Commentaires. .. Vous Ja lui devés à cette Lettre du 12, Juillet 1730. cette 
amande honorable, auffi publique que votre crime j vous la lui devés en pré* 
fence de ceux qui vous excitent, qui vous conduifent, qui vous protègent ,' 
qui vous applaudifîent ; vous la lui devés , & pour vous & pour eux. 

Voici bien un autre fyftême de Chaudon & de fon cortège Ils furtent 

enfemble toutes les Lettres du Père Girard remifes.au Procès. Dans tout ce 
qui les juftifie, dans ce qui les rend mêmes refpeclablcs , elles font refaites t 



* S. TfMHt. 

'Jt Sslei , Lit- 
tre 4O. 



* S, TTMÇ 
ée Sales, La 



îl les adoptent comme légitimes dans quelques termes , quelques phrafes 
dont ils font à l'affu pour voir où pofèr le pied , afin de pafler encore , à l'om- 
bre de quelques endroits morcelés , ou à quelque nouveau plan de faleté , ou 
à quelque nouvelle idée de leur burlefque Quiétifme. Je n^n prens qu'un 
exemple entre mille autres , dignes de mépris pour toute réponfe. Mais on en 
va voir un , unique en fon efpece 3 chef d'œuvre d'une fourberie achevée , ôc 
dont l'artifice eft en vérité digne de*châtiment. Il eft fi affreux, que pour di- 
minuer de fa laideur , je vais préfenter le remède avant le mal , après quoi le 
mal venant à paroître > l'on n'y trouvera plus oue la calomnie des Chaudons, 
toute nuë. 

La Cadiere n'ayant ofé exécuter le projet qu'elle avoit formé de fortir de 
l'Abbaye d'Ollioules , ainfi qu'elle l'avoit dit à fon frère l'Abbé , de qui le 
Père Girard le tenoit, elle reçut à ce fujet une très fevere, mais cependant 

Îiaternelle réprimande dans la Lettre de ce Père du xd. Juillet ; retenue par 
es menaces que lui fait le Père de la quitter , elle prit le parti de temporifer , 
& d'aller toujours fon même train , fous la conduite du Jacobin grand or- 
donnateur de toutes les f cènes , Se par écrit } & d'action. Dans la Lettre de la 
Cadiere du 35. Juillet, le Jacobin laréprefente comme très-repentante de 
l'efclandre qu'elle avoit penfé faire trois jours devant. Mais après s'être pein- 
te au commencement de cette Lettre , comme pénétrée de douleur de fa 
faute,avantquede la finir elle rentre dans lesjubilations éternelles. Les termes 
de fa Lettre font ici néceflaires. Mon cher Père ....* Les illufions du Démon 
7n 'avaient tellement fafcinê le s y eux de fefprit&du cœur 3 qu'il me fembloit remplir 
la volonté du Seigneur* lorfque je m'en éloignais d'une manière ouverte. J'en ai 
toute la douleur quepuife reffentir une ame fidèle .... Ze Seigneur m'a fait fentir 
vifiblement la grandeur de ma faute. , & j'ai eu tout le temps d'en fupporter toute 
la pénitence qu'il exigeait de moi. Grâces infinies lui foient rendues , // vient de 
me rendre au centuple le s fore es , le. courage que f avais perdus , & de me combler 
d'une telle furabendance de grâces nouvelles , que s'il m'êtoitpoffible de m' anéantir , 
je le ferais de tout mon cœur t pour jouir à jamais de ce bien infini , de ce bonheur im* 
menfe^ de cette béatitude fans fin que je goûte ait-dedans de moi-même. 
. A tout cela , que répond le Père Girard. Il fuit la Lettre de la Cadiere , il 
lui parle d'abord de fa faute, de ce deflein prédite de fortir trois jours de- 
vant , fans avoir confulté ni lui } ni fon devoir , ni la bien feance, d'un Monafl 
tere où. Dieu l'avoit Ci fenfiblement appellée. Et fur ce que la' Cadiere vient 
de lui apprendre le regret infini qu'elle a eue de fafaute,& la pénitence qu'elle 
en a faite: voici ce que répond le Père Girard à cette première partie de fa 
Lettre. * Quoiqu'il en fait , ma chère enfant \ oublie%y oire faute comme je l'oublie y 
drn'tp parlons plus. Tirez^en feulement le fruit que le bon Dieu veut que vous en 
tiriez^ de ne jamais aller vite 3 ni pour parler , ni pour agir s ni pour juger idefe li- 
vrer par tout , & abfolument au bon plaifir de Dieu ,3-de ne voir en tout ce qui 
arrive 3 que l'ordre fecret de fa paternelle Providence y contre lequel il ne nous ejt 
pas permis , je ne dis pas de nous révolter , mais feulement même de vouloir rai- 
fonner. 

Ah 1 pauvre Père Girard, que vous êtes bien en lieu de pratiquer vous- 
même votre confeil t endonnâtes-vousjamaisd'autres, & y êtes-vous pour 

les avoir donnés ? Mon Dieu t que votre exemple me touche Après une 

exhortation digne d'un Saint , fur la fuite des plus légères fautes a le Père Gi- 
rard pafle à la féconde partie de la Lettre de la Cadiere ; & comme il ne vou- 
loit pas perdre de vûë la conduite de cette fille , que des traits d'humeur mal 
aflortis avec la haute fainteté , l'obligeoient à fuivre de près , pour tout com- 
parer , il lai manda de l'inftruire fur le retour des confolations fenfibles , donc 
elle fe dit comblée ^dece bien infini , de ce bonheur immenfe , de cette béatitude 
dont elle dit jouir, Se en échange defquels elle voudroit donner fa vie, Là- 



* Lettïe dits 
Cadiere du 
*5. Juillet, 

* Elle parti 
de fon projet 
de/ortie , lé 
16. jF«i//»f, 



x L>tind* 
P. QirarddA 
iv.Juilleteri 
ripenfeàcelU 
de lu Cadiere 
dujsutpréeé* 
dent; l'en y 
t>«'t îoujaurt 
la parfaite 
reffemUanti 
de l'une à 
l'autre. 



y* 

deflus le Père Girard lui dit ; Marquexjnoî quand é* comment Us biens foi* ré-> 
penus î jefupplie celui qui en efi Punique fout ce > de les répandre fur vous avec f lui 
d'abondance , & qui cette fufpenfion qui y a été mife par des fautes y foit comme une 
digue enfin rompue , après quvi les eaux inondeut ^» entraînent tout. Oh que m 
fommes-mus tous à celui qui nous doit pofféder par tant de titres ! Où fuyés - vous 
Chaudon, vousrefterés, vousefluyerésen face coure la confufion de votre 
lâche calomnie j eh quoi; la fimpleexpoution littérale des chofes vous a déjà 
attérë > mais je vous tiens 5 je ne quitte plus le fil de la vérité qui me conduit fi 
•fidèlement & défi près fur voitt. Chaque chofeen fa place , chaque fait rap- 
proche & mis dans fon vrai jour , voilà mon unique , mais infaillible fecrec 
pour vous foudroyer par tour. Parlés donc , & que tous ceux qui vous ont 
applaudi , déjà trop portés à fe laifler iëduire par les plus groffiers artifices , 
fur le feul état de Taccufé , ofent vous applaudir encore i vous vous caifés en- 
fin. Je vais donc répéter , car il le faut, l'impudence interprétation de ces 
dernières paroles de la Lettre du Père Girard que vous avés hautement pu- 
bliée de bouche , que vous avés annoncée à toute la terre dans tous vos infâ- 
mes Mémoires. Chaudon a dit & foûtenu , que le retour de ces biens , dont 
Dieu eft l'unique fource , fignifie dans la Lettre du Père Girard le retour 
des marques exclufives de grofleffe fufpenduës & arrêtées par une gruilclle 
dont le Père Girard étoit l'auteur, & pou voit l'être i J'ai tout dit. Le fimple 
expofé des chofes dans leur vrai feos & Tordre naturel confond l'attentat ef- 
froyable de Caudon ; Se le feul expofé de fon attentat juftifîe pleinement le 
Père Girard. Chaudon a de l'expérience, il eft Syndic des Avocats , il nous 
apprend ici,qu*ileft verfé dans l'arc de défendre & de protéger les plusgrands 
crimes; il nous occupe dans les dehors, pour nous distraire du corps de la 
place. Mais elle eft prife Chaudon , par le$»invincibles preuves de deux com- 
plots, Ôcfi l'on vous pourfuit encore dans les reftes de* crimes entaflés de 
toutes parts , ce n'eft plus que pour achever de diihper le charme qui a plon- 
gé tant de monde dans l'erreur. Vous cherchés donc ici un fécond a vor cé- 
ment pour colorer l'accu Cation du premier , dont l'idée a été fi pleinement 
décruite par elle-même. Vousfaifiés arriver ce malheur avant le crime. Le 
crime n'étoit que du i z. May , & félon votre époque fon coupable effet que 
vous mettiés avant la caufe, étoit du 15, Avril précédent. Aînfi, votre ca- 
lomnie étoit auffi évidente qu'il eft faux que lanaiflance des hommes précède 
leur conception. ApréfentqueTon vousconnoît, Chaudon, l'on vous voit 
Venir de par tout. Vousvoulésau moins par ce fécond avorcement que vous 
ne croyës en rien non plus que le premier , écarter l'idée d'une remarque fore 
folide fur les époques des transfigurations fanglantes de la Cadiere , toutes fi. 
xées entre le 7. 8t le 9. de chaquemois ; mais quand tous les crimes dqpt au- 
cun n'a été commis feroient réels, ce qui n'eft pas, la calomnie qui vous eu 
feroit chercher l'Auteur dans le Père Girard , feroit encore complette , & 
Vous la verriés aufli clairement que je vous ai démontré où fe trouve en effet 
le corps du délit dans cette affaire. Remontés aux deux complots , voyés- 
y la Cadiere & fes deux frères dans le premier ; voyés dans le fécond le Père 
Nicolas Carme , y attirer ces trois premiers conjurés. Voyés les paîtrir d'im- 
piétés & de facriléges, Ôegroffirenfémblele corps de délit qu'Us partagent 
tous quatre jufqu'au point d'horreurs & d'abominations où ilsronc porté j 
voyés le enfuite ce corps de délit entre vos mains, où vous le façonnes par 
tout ce que vous y mettes du vôtre , & vous aurés vu tout le corps du délit; 
tous les coupables qui le partagent t il ne reftera plus à voir que tous les ehà- 
timens qu'ils ont mérités. 

Dirai-je un mot de la Lettre d'une femme nommée la Guyol , dattée dit 
5 o. Aouft 1730? Nos Avocats en font des trophéesùls l'ont produite comme 
tinc pièce vi&orieufe en leur faveur. Elle eft imprimée par tout. La Guyol eft 



J3 

une femme d'une vie très exemplaire i on la voie depuis bien des années dans 

les exercices de pieté de la Ville de Toulon i elle étoit très liée avec la Cadie- 
re, à qui, ainfîqueles autres pénitentes du Père Girard , du nombre def- 
quelles étoit la Guyol, elle déféroit avec refpect l'honneur dû. àunefaintetc 
fublime que le Ciel fembloit annoncer & juftifïer par mille marques éclatan- 
tes. 11 eft certain que les perfonnes qui font profefïion d'une piété plus parti- 
culière, fous la conduite d'un Directeur ,foit hommes ou femmes, tout eft 
égal en ce point , s'intéreiîentà ce qui peut intérelîer le Directeur. J'en ai die 
îa raifon > la confiance eft la fource & le nœud de cet attachement , que les 
perfonnes fènfées ne défapprouveront jamais , & que les libertins critiqueront 
toujours, quelque réglé qu'il puiïle être j c'eft leur métier. La Guyol ayant 
apperçû plus d'une fois l'état de défolation où fe trouvoit le Père Girard , &c 
fe doutant bien fans pénétrer plus avant , que l'éclat de la relation du 
Carême de h Cadiere qu'on lifoic depuis haïe jâur s dans Toulon , en étoit la 
principale cau/è, chercha les moyens de tour rétablir dans l'ordre. Elle avoic 
vu depuis très peu de jours la Cadiere & l'avoit voulu engager à écrire fur le 
champ au P. Girard, & comme elle n'avoir pas fes Ecrivains , fa reflource 
ordinaire l'avoit tirée de ce pas , Dieu ne le lui avait pas infpiré , non plus qu'à 
fon frère le Jacobin .... Là-defïus la Guyol écrit une Lettre des plus fages & 
des plus édifiantes dans toutes fes parties , dans toutes {es expreiîions, pleine 
de charité , pour l'engager à rentrer dans fon devoir, & à contenter leur père 
commun. Je dis vrai en proteftant que la malignité ordinaire ne fuffiroit pas 
pour trouver à critiquer dans la Lettre de la Guyol , mais que pour aller jut 
qu'à l'empoifonner,ilfaut une calomnie infernale. C'eft fur ce ton qu'eft 
montée celle de nos Avocats , & fur le plus haut ton de l'enfer ! 

La Cadiere reçoit cette Lettre , 6c dans celle qu'elle écrit trois jours après 
auPere Girard,elîe infère ces mots pour la Guyol. fousaurés la bonté de dire k 
Me, Guyol , que je n'ai pas pu lui écrire a caufe de ma faible ffe , & vous aurés la 
bonté de lui dire de bouche , ce que je ne puis lui dire par Lettre , qui eft que je fuis 
mortifiée du fcandale que je lui ai donné , & de toutes les fautes que je puis avoir 
commifes à fon égard 3 

Mais enfin , que peuvent donc faire les Avocats de cette Lettre de la 
Guyol î La preuve complette , difent-ils , que la Guyol eft une indigne dont 
l'unique emploi eft de préparer à la cupidité du Père Girard , de quoi fafatis- 
faire avec goût. Elle eft la furin tendante de fes plaifirs , elle a lefecrec de fes 
débauches, celui de fes magies, elle en a fait en elle-même l'épreuve, elle 
eft encore obfédée , ftigmatifee , . . c'eft une femme commode , intriguante..,, 
fa feinte dévotion n'eft qu'impiété _, qu'horreurs , que facriïéges t 

Confolés-vous pauvre affligée: vous pâtillés à l'occafîon du jufte $ il eft dans 
les fers , mais il n'y fera pas opprimé , vous le çonnoilTés, vous rendes té- 
moignage à fa vertu, vous éprouverés encore fa charité. Votre juftification 
fera entraînée par la fîenne ; vous participercs aux humiliations de fa croix , 
vousaurês parti fa gloire ; j'ajoute qu'il ne tiendra qu'à vous d'exiger une 
réparation des outrages que l'on vous fait , ôc en tout proportionnée à l'ou- 
trage. 

LES TEMOINS. 



Nous avons laiffé nos quatre coupablesdans le cercle de leurs iniquités, 
tenant chacun en main les preuves que le Ciel a permis qu'ils nous fou rniiïent 
eux-mêmes de leurs crimes. * Ces impies s'y agitent , ils s'y retournent en un 
coin, ils n'en forciront plus. Mais celui fur qui la juftice de Dieu femble vou- 
loir verfer les plus grands flors de (a colère , c'eft fans doute ce miferable Père 
Nicolas : * Mffudit fuper eum indignationem furoris fui , é" combuffît eum in 
circuitu. O 



*Ineire*iUt 
impii amtu* 
I*nt. H. ii. 



1+ , . 

Tous enfemble ils ont tenté les vofyes fi connues à ceux que le témoignage 
fecret de leurs crimes font reculer à l'approche d'un jugement. Ils ont appelle 
comme d'abus de la procédure de l'Oflicialité de Toulon, Ils ont voulu faire 
déclarer nulle celle de Meflieurs les Commiflaires du Parlement. Ils ont eflayé 
de fe tirer des mains d'un Tribunal que Sa Majefté elle-même avoit jugé di- 
gne de toute confiance , en fuppofant contre tout ombre de vérité , une affi- 
nité prochaine entre le Père Girard & grand nombre de fes Juges , quoiqu'il 
qu'ait l'honneur d'appartenir à aucun d'eux ni de près ni de loin. Toutes ces 
vaines rentatives ont échoué, malgré les efforts inconcevables des Avocats 
pour entirer avantage. Comme ils avoient du. le prévoir Se le craindre, ils 
s'étoient prémunis d'autant de témoins qu'il leuï avoit été poflible , afin 
d'obfcurcir une affaire dont ils ne pou voient efperer aucune heureufe ifluc , 
qu'à la faveur du hazard de la meprife. Us en ont cherché , ils en ont men- 
die par tout. Ceux ou celles en qui ils trouvaient des difpofitions prochaines 
à parler contre un Jéfuite, ils lesencretenoient beaucoup, ils les drefloient 
aiiément à mettre dans un jour équivoque Se dangereux , ce qu'ils fçavoienc 
déplus indiffèrent au fujetdu Père Girard: lesfoibles, ils leur faifoient ac- 
croire qu'ils feavoient déjà ce qu'eux-mêmes leur apprenoient adroitement i 
ils gagnoient leurs amis par la peinture du péril ou iesexpofoit, non pas leur 
crime, ils ne s'en vantoient point, mais le crédit des Jéfuites , dont ils leur 
-exageroienr & l'étendue & l'injultice. Ils s'aflervilloient enfin les âmes baffe 
par l'intérêt. Cet t. ce que l'an aille particulière de ce grand nombre de té- 
moins, & les preuves qui réfultent du procès , démontrent pleinement. 

Mais tous ces fubterfuges leur font déformais inutiles 5 & quelques favo- 
rables même que foient au Père Girard les dépositions qui confirment fa par- 
faite innocence , ils ne lui font plus d'aucune néceflké. Pourquoi cela? parce 
qu'il ne faut ni de part ni d'autre aucuns témoignages, quand la vérité fe 
manirefte par elle-même ; quand elle fort de toutes parts du fond, & pour ainfi 
dire des propres entrailles d'une affaire. L'unique objet ques'eft propofée la 
juftice humaine en étabhflant l'information pat témoins , c'a été de s 'ins- 
truire , pour arriver par cette recherche , au point fixe de la vérité â 
afin de décider en toute connoiHance de caufe. Mais les moyens étant inutiles 
dès que l'on a obtenu la fin , à quoi bon des témoins, quand l'évidence des 
faits fe préfente à découvert \ Bien plus : Quand l'évidence a ainfi parlé 
aux Juges, tous les témoins & témoignages du monde ne la peuvent contte- 
balancer un inftant , ou pour reculer , ou pour altéret un jugement. 

Il eft. bien vrai qu'à la naiflance d'une aceufation grave en matière de cri. 
me de fait, d'un meurtre, par exemple, dont l'auteur fe cache, l'informa- 
tion qui le fait connoître & le conduit au fupplice , eft jufqu'au bout intime- 
ment unie au jugement , ou plutôt elle le prononce par la bouche des Juges 
à qui une telle information donne la loi. Mais fi. l'accufation n'ell qu'une 
fimple dénonciation des faits les plus énormes, avant toute preuve de l'exif- 
tence de ces faits, fi l'on accule un Confeiîeur d'avoir employé le fortilege 
fur une jeune Pénitente pour en abufer par un incefte ipirituel 5 d'avoir enfuite 
étouffé fon fruit en lui faifant prendre à fon in feu , ce qui pou voit produire 
ce violent effet. Il faut néceflairement, avant que de paûer outre, commencer 
par établir l'exiftenée réelle du fortilege 3 de rincette, de l'avortement ; Se 
pour y venir , il doit d'avance être prouvé que le Confefleur eft un forcier, 
parce qu'il n'eft qu'un forcier qui jette des forrileges j enfuite qu'il en a jette 
un. Il faut que Pincefte foit connu au moins à celle qu'il a eu le malheur de 
le commettre. Il faut qu'il ait été luivi d'une groflefle prouvée j que l'avor- 
te m est ait été reconnu , &c. Aucun témoin n'a dit un feul mot en com- 
mencement de preuve de quelqu'un de ces faits. Ainfi aucun corps réel de 
délit n'êft établi. Or les accusateurs n'ont appelle leurs témoins qu'en preuve 



55 JÊÊ , . 

& du délie & de fa confommation par l'accufé. Tous HT te moin s appelles, 

font donc pour Je moins inutiles & à rejetter comme tels. 

Cependant dans le cours de la procédure , l'on découvre que les aceufa- 
leurs n'ont pas forme une aceufation, mais une calomnie effroyable j que 
pour l'appuyer ils ont profané ce qu'il y a de plus iàcré dans la Religion, 
& leurs calomnies manifeftes for ment un double corps de délie, qui refulte 
de leur double complot dévoilé , fie dont ils a voient cru tenir toujours entre 
eux le myftere très-iécret. Par leurs propres faits, par leurs propres écries , 
ils deviennent tous quatre témoins l'un contre l'autre de la part commune 
& particulière qu'ils ont à ce double délie ; & de leurs propres actions fore 
dans un grand jour une conviction générale&complerre concre eux , dont 
le premier effeeemporee d'emblée la pleine fie entière juftificationdu Con- 
felleur d'abord acculé fit calomnié. D'où il s'enfuit que le Père Carme, les 
Cadiere & leur fœur étant convaincus par l'évidence même des crimes 
d'impiété , de facrileges , entremêlés d'affreufes calomnies , ils perdent dès 
lors le droit, lui vanc toute Jurifprudence criminelle, d'avoir pour eux des 
témoins , parce qu'outre que mille témoins en faveur de coupables convain- 
cus , font des témoins purement négatifs & de nul effet , c'eft; qu'encore des 
criminels convaincus parleurs propres faits , n'en peuvent charger un autre 
à leur propre décharge. « 

De ion coté le Père Girard n'a pas befoin de témoins contre eux. Ils fe 

fuftifent à eux-mêmes les uns aux autres pour s'entreperdre tous quatre. Ce 

font des criminels jugés par leurs propres faits , qui emportent encore une 

conviction plus force que celle de la propre bouche , regardée dans l'Evangile 

comme invincible. * Il n'en efl: pas de même des témoins en fa faveur , que le 

P.Girard malgré les quatre A vocaes,a toujours été en droit de produire,parce 

qu'il n'y eut jamais contre lui aucun commencement de preuve des crimes 

dont on l'a voit aceufé , pas même de leur première exiftence. On l'accufé 

d'être un faux Pafteur , qui ne s'eft jette dans la Bergerie de J. C. que pour 

y porter lé ravage, pour y égorger, pour s'immoler fes ouailles: utfuretur y 

&maBet t é* ferâat. * Mais ies brebis connoiflent encore la voix, fit gémi f- 

lent de le voir lui-même attaqué par des loups ravifleurs, redemandent 

celui qu'elles aflurenc ne les avoir conduites que dans de bons pâturages. Un 

Médecin aceufé d'empoifonner malignement tous ceux qui lui donnent fa 

confiance, n'a-t-il pas droit d'appeller en preuve du contraire mille 'perfon- 

ûes qui tiennent la vie de fes loins& de fes remèdes? C'eft la Loi naturelle, 

qui de droit naturel auffi lui ouvre un palïage à (a j unification. 

Voki donc le point fixe où la Juftice eft parvenue dans fes recherches. 
Les crimes de fbrtilege , d'incefte, d'avorcemenc , de Quiétifme, nailîent à 
l'aide de la paffion , de la fureur , d'un Carme qui les corJitruit des obfeilïons, 
révélations, extafes, transfigurations inventées par un Jacobin, exécutées 
par la Cadiere fa fœur. Ce Carme fait pafler à force ces nouveaux monftres 
dans l'imagination de cette fille hypocrite , fie donne pour père à ces enfans 
de leur calomnie commune, le Père Girard Jéfuice. Par un nouveau crime, 
ils forcent du Tribunal de la Confelfionoù le Carme les a créés, où la Ca- 
diere les a adoptés , où (es frères les ont confirmés, & patient fur la déla- 
tion de la Cadiere & la révélation du Carme, jufqu'au grand jour des Tri- 
bunaux. Là, ce qu'ils ont de chimérique contre le Père Girard , s'évanouit; 
ce qu'ils ont de réel dans les autres Acteurs refte. Plus de difeuffion à faire, 
plus de témoins à chercher. Voilà le crime, voilà les coupables: tout eft 
mûr j l'on n'aetend plus que le Jugement & fon exécution. 

Si cependant pour la forme du Jugement , où il faut coût voir , l'on par- 
court des témoignages que le Carme, la Cadiere et fes frères n 'auraient ja- 
mais introduit au Procès j fi l'accufation eue d'abord été établie contre les 



* Luc i?. rw 

ert tu» te j«i- 

dico. 



Joan. 1 6. 



vrais coupables , wfctre eux feuls , c'ett fur tout alors que fuivant le grand 
te fàge principe des Loix Civiles , les Juges éclairés par la chofe même , & 
par le témoignage de leur propre conlcience , ne doivent tenir aucun compte 
des témoignages étrangers qui Te trouvent comme intrus dans une affaire, 
&c ne fervent qu'à y jetter une obfcurité qu'elle n'a pas d'elle-même." C'eft 
fur ce principe que l'Empereur Adrien dans {on Refcrit à Yaletius Verus, 
Gouverneur de la Cilicie , prononce qu'il_y a bien des chofes dont en pénétre 
le fond & la vérité fans le fecours étranger du Public i que par confequent on ne 
doit s* attacher en certaine! affaires , ni au nombre , ni au rapport des témoins , ni 
a une feule efpece de preuve , pour trouver le point fixe de la vérité , & qu'un 
Juge doit dans ces occajtons , s'écouter lui-même , voir ce qu'il croit en toute àroi- 
*£. j.i>.$. ture y $- ce qui lui paroit mal prouvé par témoins,* Ex fententia animi tui te 
Ttifèiu*' d * a fti mare e p°rtere quidaut credas ,aut parum probatum tibi opinaris. Ain fi l'at- 
tention qu'un Juge doit à ces fortes de témoignages , eft de prendre garde à 
ce que porte la nature de l'affaire. Il diftinguera dans lés témoignages ia part 
qu'y peut avoir ou la haine ou la faveur publique, en fe déterminant fur des 
preuves folides , ou fur des témoignages qui cadrent avec la chofe , fans 
avoir tant d^egard à leur nombre, qu'à ceux d'où fort la vraye lumière de 
* l. ii. s. ). la vérité, * Quod naturx negotii convenir y quod inimicitia aut gratis fufpicione 
■' ( s/"** ' caret , confirmabitque Judex motum animi fui , ex argument is & teftimoniis, & 
quœreiaptiora^ $• vers proximiora effe compererit : non enim ad multitudinem 
refpici oportet , fèd adjtnceram tefiimoniorum fidem , qui bu s pot ut s lux veritatis 
aMftit. 

Peut- il être douteux que gens capables d ce on fondre & le facré & le propha- 
ne , d élever la voix contre le Julie , d'armer contre lui la calomnie , n'ayent fait 
tous leurs efforts pour mettre le menfonge dans la bouche des témoins? mais de 
ce nombre il faut effacer d'un feul trait tout ce qui part originairement de la 
Cadiere, parce que les échos & les arriéres échos de la Cadiere, c'eft-à dire 
tous ceux ou celles à qui elle a dit, & qui ont répété d'après ceux ou celles à qui 
elle avoiL dit, ne font tous qu'une feule & même voix ; & la voix d'une a c eufa- 
trice n'eft aucune voix : voix nulle , nulle dans le principe , elle l'eft dans tout 
Tacceûbire. 

Le coup d'œil prochain , de Juges fi fuperieurs , n'apperçoit-il pas ce que veut 
dire ce renforcement de témoignages de la part des témoins de l'Abbaye d'Ol- 
Jioules , quand ils font instruits de l'efpace qu.e laiflà le délai de quelques jours, 
avant que MM. les Com mi flaires s'y tranfportaffent pou rie recolle ment? Une 
de ces Vierges folles qui s'y font diftinguées en fe prêtant à ces calomniateurs , 
pour accabler le ferviteur fidèle de celui qui devroit être leur unique époux, 
s'avife à fon recollement de dire qu'elle a vu la Cadiere diâfer au Jacobin dans le 
çenfcjfionnd. A-t-elIe entendu difter , & ce qu'on di&oit , &c. Je vous vois , 
Père Jacobin, aller féduire cette tête ou foiblc, ou méchante, en lui faifant en- 
tendre , à l'occafion de quelques notes , que votre fœur & vous , vous éties 
peut être données au confefEonnal pour l'uniformité de quelque marche nou- 
velle & difficile > je vous vois infirmer à cette tête, que votre fœur dictoit alors 
des Lettres ; & je la vois elle empieûee à vous croire, portée à le redire , 6c l'a-? 
jouter en votre faveur dans un recollement : cependant lejuge vous a vu avec 
évidence , compofer tout feul, fou vent à Toulon tout ce qui a pafle fous le nom 
de votre fœur. 

Je vous vois , Père Jacobin , Abbé Cadiere , avec ces fervantes de l'Abbaye . . 
que de difeours ! à quel prix achèterez- vous un baizer du Père Girard à votre 
fœur? que l'ouverture d'une grille du chœur à la hauteur d'une fille à genoux 
pour recevoir la communion , fa [Te à ce Père baifler la tête en s approchant de la 
Cadiere, afin d'entendre de -près quelque chofe , lui qui eft incommodé de fur- 
dite, comme on le fçaie - cette atitude paroît à une fet vante un bai fer ; l'une le 

dit 



57 * 

dit à l'autre; une troifiéme qui regarde par une vitre, n'y voit pas un baifer> 
mais une inclination ; la rapporteufe du baifer l'a vu donner de loin » elle te- 
noît la porte del'Eglifeentr'ouverte! Que d'idées, que* de variations dans ces 
baifers,& qu'eft-ce que tout cela ï En vérité, le Père Girard tout developé tel qu'il 
eft, fa vertu confiante , fa m^odeftie, vingt- cinq ans d'une vie auftere jamais 
démentie en rien , tout cela fixe l'équité du Juge , qui ne voit plus dans ces 
ajuftemens de baifers , de main donnée , &c. que le jugement téméraire ou 
le faux témoignage d'une fervante ou trop libre , ou bien inftruite , ou bien inte- 
reûee;& peut-être que le Juge indigné de dépofitions fi éloignées, même de 
toute vrayfemblance , n'en quittera pas de telles femelles , pour le feul mépris 
de leurs témoignages. 

Ces autres filles de l'Abbaye d'Ollioules » que je ne connois que par leurs 
inutiles, mais malignes dépofitions, & que je mets avec rai ion au nombre de 
celles qui nîpnt guéres d'huile dans la lampe à l'arrivée de l'époux , fçavent-elles 
que quelques équivoques avec elles mêmes, pour arranger leurs petites dépofi- 
tions , forment au fond de leur confcicnce un faux témoignage réel , appuyé 
d'un parjure devant Dieu ï Ecoutez-moi , mes feeurs les témoins ; vous ne ferez 
pas de trop , Meilleurs les Curez Guadelbert & Giraud; l'on m'a parlé de vos fen- 
timensimais ils en écartent tant d'autres des Jefuites! Venez donc, de jugez 
vous fur vos témoignages indifférents pour nous, peut-être bien criminels dans 
vous ! Je vais vous fournir à tous une règle fûre pour, pefer vos dépofitions : c'eft 
l'Evangile. J'y lis:* 11 furvint encore deux faux témoins qui dirent 'Cet homme 
a dit , je puis détruire le Temple de Dieu, & le rebâtir en trois jours. L'Ecriture 
appelle ces deux témoins , de faux témoins ; ils le font donc ! Cependant ceux 
qui le rendirent ee témoignage, pouvoient fe fauver fur une équivoque mieux 
fondée peut être que celles à la faveur defquelles vous vous tranquillifez fur vos 
dépofitions > prenez y garde. Le Sauveur avoir dit aux Juifs : * Détruifez, ce Tem- 
ple , érjele rétablirai en trois jours, il par loi t du Temple de fon Corps \ mais les Juifs 
i'avoient entendu du Temple de Jerufalem , puisqu'ils lui répondirent :* L'on 
a été +6. ans à. bâtir ce Temple , tjr'vous le rebâtiriez, en trois jours! Si donc 
malgré la lueur à la faveur de laquelle ces deux témoins pouvoient pallier avec 
eux-mêmes le témoignage qu'ils rendoient contre J. C. ces témoins font ap- 
peliez faux dans l'Evangile ; fuîvant cette règle » Meilleurs les Curez,, Mefda- 
mes les Religieufes, de bonne foi, que penfez vous de vos dépofitions? de 
feience certaine & pour vous& pour moi, vous ne les avez encore chargées au 
recollement , vous & vosdomeftiques , qu'à la follkitation des Cadiere , & un 
peu , de votre pafiïon. 

J'oferois affûter , que fur l'exemple des deux faux témoins tiré de l'Evangile , 
MM. les Juges concluront que tous les témoins qui ont dépofé contre le Fere 
Girard font fans exception , tous de faux témoins , & doivent au moins être tous 
rejettes s deuxraifons peuvent encore les y déterminer ; la première eft que tout 
ce que l'on dit contre des perfonnesdune vertu non commune, cftradicale- 
ment faux ; la féconde fe tire de la malignité naturelle, qui femble fe dédom- 
mager aux dépens d'un homme de bien mis en butte aux traits de la calomnie : 
Je pourrois ajouter que le Père Girard n'y a rien perdu pour être Jefuitc. 

Les Pélagiens donnèrent un cours étonnant aux calomnies atroces, dont on 
déchiroit de leur temps la réputation de S. Jérôme , l'un des plus redoutables 
fléaux de leur héréfie î fes œuvres en font foi. Il fe trouvoit dans un état fi fem- 
blableà celui du pauvre Père Girard, que pour fa confolation je vais rapporter 
la trifte peinture qu'en fait ce faim homme fi indignement craité. * L'on me 
regarde , dit il , comme un feelerat accablé fous le poids de fes crimes. . . Dieu ne par- 
donne pas aifément le mal qu'on impute aux gens de bien. Je fuis un infâme , un fourbe 
achevé , un impudique , un menteur , & Remployé l'art même des Démons , pour 
tromper érfèduire . . . Jguils mofent donc dire ce que j'ai jamais fait d 'indigne 

P 



* Ntvijfim* 
auttm vint- 
runt duo falfi 
ttftts> ©■ ai- 
xtrmt,hicdl- 
xttpojfum 

dtftr utre 
templumOd, 
©> pûfl t ri- 
dan m rttdif- 
ficare illud. 
*Stlvite(tm- 
pltnn hoc , fjft 
in tribut dit ■ 
but excitxbo 
illud . . dict- 
but de ttmple 
carperisfui 
V. jfcw). i. 

* Dixtrunt 
trga Judti , 
tjttjdragi'it* 
(jpftx a uni s 
édifie «tftm eft 
ttmplum foc; 
& tu in tri- 
bmditbuttx' 
citubis illud ? 



* Epttrt dt 

S, y trame À 
AfêUa il, sS- 
La Traduc- 
tion eft fidelit, 
* h ata nt, avte 

itdpitm. 

iL.iJ. 



Sur le pré- 
tendu QuÎe-. 

TISMEDU P. 

Girard. 



» 53 

d un chrétien... Le féal prétexte de tant d 'abominations eft monfexe. Avant 
que j'euftè mis le pied dans la maifon de Paulc^ cette fille fi fainte , je jouijfois de 
toute ma vertu ; toute la Ville retentffeit de mes éloges ; l'on meftimoit ; l'on difoit 
que j'étais un faint homme , un homme humble ; l'on vantait mon éloquence, "Je 
vois la jeune Baule , je vais payer àfafagejfe virginale le tribut de mon refpecl & 
de mon admiration : c'en efi fait , me voila dépouillé de tontes mes vertus » elles 
m'ont toutes abandonné. Il ne manquoit plus à S. Jérôme , que d'être traduit 
en Jiiftice ï les témoins étoient tous trouvés, & quelques fervantes de Péla- 
gîens ou Pélagiennes auroient paru l'épier, pour pouvoir compter l'hiftoirede 
quelques baifers du faint vieillard à fa jeune élevé. 

Avant que de quitter l'article des témoins, j'avouerai mon étonnement dece 
qu'on a voulûtes employer, pour prouver que le P. Girard conduit fes pénitentes 
par les principes du haut & du bas Quietifme, je dis du fpîrituel & du charnel tout 
enfemble. Dans l'économie de l'attaque contre le P.Girard, les fifcrs Guadel- 
bertôc GyraudCurez, ont fans doute été chargez du foin des recherches à ce 
fujet, pour bâtir les témoignages que l'on y devoir diriger. Il faut que ces Curez 
n'ayent pas la première teinture du fentimentfur la grâce commune aux Jefui- 
tes avec les Catholiques , pour penfer à former contr'eux le moindre foupçon de 
Quietifme! Dans leur Ecole le libre arbitre de l'homme coopère avec la grâce 
de Jefus-Chrift, fource & principe de tout mérite fans doute, mais à laquelle 
cependant la volonté fe détermine par fbn choix , en forte que fon aéiion fécon- 
dant celle de Dieu, devient à proprement parler méritoire dans l'homme; rien 
de plus directement oppofé au Quietifme ; & le fentîment de ceux qui n'ad- 
mettent qu'une néceflité continuelle , imprimée par la grâce ou par la cupidité, 
font bien plus près de l'inaction des Quietiftes, dont l'état paflîf dans toutes les 
impreflîons de Dieu , reflemble fort à une grâce qui emporte la volonté par la dé- 
lectation. Ces deux voyes de l'opération de Dieu fur la créature , font fi n on i m es, 
ou peu s'en faut ; & fi les conféquences de ces deux principes , aflez femblables 
pour n'en faire qu'un , paroiflent différentes dans la pratique , c'eft que peut- être 
l'on n'eft pas auflî dépravé dans les mœurs que dans l'efprit. 

Quand on a lâché ce mot de Quietifme contre le Perc Girard,fans doute qu'on 
ne s'irmginoit pas qu'il dût jamais produire fes Lettres vis à-vis de celles de 
fa Pénitente, où l'on voit partout le mélange admirable d'un vrai amour de 
Dieu, &. d'une entière abnégation de foi-même, deux chofes bien éloignées du 
tranquille fanatifme de l'efprit, de l'abandon de la chair à la cupidité que le 
Quiérifte fair fuîvre l'un de l'autre. Quand le Père Girard veut que l'on meure 
pour vivre tout à Dieu ,qu'enfeigne-t-il que la perfection où tendoit l'Apôtre, 
lorfqu'îl difoit : Mortuus fum ut Des 'vivam\{ Galat. %.) Non , dilbit-il , ce n'eft 
plus moi qui vis, c'eft J. C. qui vit dans moi > Vivo autem ,j*m non ego , vivit 
vero in me chriftus. ( Ibid. ) Voilà fans doute n'aimer , ne refpirer que Dieu ! 
Mais l'Apôtre ajoute au même endroit qu'il eft attaché à la Ctoix de Jefus-Chrift , 
Chrifto oonfixus fum cruci. (Ibid.) qu'il maltraite fa chair & la réduit dansl'ef- 
clavage, cafiigo corpus meum & in fervitntem redigo. fi. Cor. 9. ) deux parties 
eflentielks de la direction du Père Girard qu'il fait toujours aller enfemble, & 
que fa Pénitente fçavoit fi bien êtte les deux grands principes de fon Directeur , 
qu elle fentoit ne le pouvoir tromper qu'en fe difant toujours & attachée à lacroix 
& unie a Dieu , dans qui elle 'vivait s elle refpiroit. Les Lettres , ainfi que les Ser- 
mons du Père Girard font en état defoûtenir l'examen leplusfévére en cegen* 
re, examen humiliant pour ceux qui ne rougifïent pas dédire encore, que les 
Jefuites n'admettent point la néceflité de l'amour de Dieu , & qu'ils n'en font pas 
ïespartifans. Il reviendra du moins ce bien de la difgrace pailagere du Perc Gi- 
rard , que l'on ne pourra douter de fa pratique fur l'amour de Dieu. Il ne s'agit 
ici de rien de médité , de préparé pour éblouir. Ce qui eft aujourd'hui une preuve 
fi éclatante de (es fentimens fur l'amour de Dieu , devoir être éternellement fe- 



59 
cret; tel eft te fort ordinaire des Lettres de direction. Mais puifqu'on a.l'injii- 
ttice de faire rejaillir fur tout le corps, la moindre faute d'éclat d'un jefuite, 
que l'on ait une fois lajuftice de leur rendre la purerc des fentimens qui leur 
font communs en tout avec le Père Girard, fur l'amour de ©ieu,& dans la 
fpéculation>& dans la pratique. Il eft vrai que la délicatefle du'Pere Girard dans 
les aveus.où il préfereroit la mort à un menfonge , à une équivoque; & l'éclat 
des vrais fentimens dont il eft pénétré fur l'amour de Dieu , doivent donner à 
penfer à bien des perfonnes finiples,que l'on s'étudie à jetter & entretenir dans / 

l'erreur, au fujet des faux principes fi injuftement attribuez aux Jefukes,& fur la 
vérité dans les paroles, & fur l'amour de Dieu. Le courage, la patience de (aint 
Jérôme dans les infultes , dans les outrages , convertirent plufieurs Pëlagiens 
de bonne foy,qni ne purent attribuer tant de vertus aux feules forces delana- . 
cure , & qui s'appercevoienc encore que les fauteurs des calomnies donc on 
accabloit ce iaint homme , ne dévoient avoir que de faux & pernicieux princi- 
pes. Les ennemis du Père Girard, ou plutôt de ceux dans qui ils le haïffent, 
font (î accoutumés à faifir la plus grolfiere calomnie contre des Jefuices , que 
fansfongeràladiftance extrême de leurs fentimens, à ceux des Quiè*riftes, 
dont ils (ont l'antipode, ils aiment mieux trouver dans les pures exprefllons 
du Père Girard , un Quiétifme que l'on veut, à ce qu'ils difent , faire reiTem- 
blerà l'amour de Dieu ■ que d'à vou eft , quoique forcés , qu'il fe trouve & dans 
lesexpreffions & dans la conduite de direction du P.Girard, un vrai amour de 
Dieu qu'on veut faire reflernblerau Quiétifme, Ilsvoyenc déjà malgré eux 
tous les menfonges infoutenables dçs aceufateurs , des Avocats , des témoins 
abfolumenc confondus^ ils fentent que la main de Dieu conduit à un prochain 
triomphe l'innocence de fon ferviteur, £ indignement fouillée par les plus 
noires calomnies de l'enfer, pour l'en faire forcir plus brillante que jamais : * * s*pun. e. 
Mehdaces oftendit qui macuUverunt eum & dédit illicla.rita.tem œternam^ZMS ef- 
pérances font diifipées,mais ils ne fe convertiront pas : * Diflifati funt nec com~ * T f* 1 ' î4 ' 
punch. 

Pout porter le dernier coup aux témoignages rendus contre le Père Girard, Rîmvr- 
il fuffit ici defe rapellerou de relire ce qu'on a dit au fuidt delà rétractation & ^ ls SUR LÂ 
recollement de la Cadiere dans le Seconp Complot. I. Partie. L on y rapporte tion delà 
littéralement ce qu'il y a de plus eflëntiel dans ces Actes , déformais les feuls C *°"* B Da 
valables au Procès de la part de laCadiere. Ils remettent le tout dansl'otdre : ht son «.«' 
la Cadiere n'a plus rien dit , que ce qu'elle y dit. Les témoignages oppofés& t«MMiw 
donc la fource fe rrouvoit dans les raulles confidences qu'elle faifoit à tout ï7S ,' é 
venant pour foûtenir le complot du Carme , auquel elle s'étoit fi malheureu- 
fement livrée i"touscestémoignagesfont confequemment retractés, ai n fi que 
ceux qui y tiennent de quelque façon que ce puiffe être. Vous vous animés, 
Avocats , vous vous tués pour donner aux premières expofitions de cette fille, 
aux premières informations, la force de pièces victoriêufes & triomphantes 
contre le Père Girard j tous vos furieux efforts fonc au (fi inutiles , auffi vains 
contre lui, que criminels , que puniflables dans vous. Ce font des faux que 
vous avés en main , avoués faux par l'auteur même , déclarés faux par l'Arrêt 
qui conferve dans un état fixe & immuable la rétractation faite dans l'inter- 
rogatoire du 17. Février, le recollement en conféquence du 6. Mars 173 1. 
Par là tout ce qui fait le fond de vos calomnies , des violens excès où 
vous vous portés, de ce déchaînement le plus furieux qu'on vit jamais ; tout 
cela eft détruit fans reflburce , & fe trouve déformais aufli incompatible avec 
la rétractation, que.vous autres Avocats êtes éloignés de la vérité,- c'eit-à 1 - 
dire , aucanc que les ténèbres le font de la lumière. 

Le piège que vous avés tendu à lajuftice, en aceufant cette rétractation 
d'être l'effet de je ne fçai quel breuvage , quoique le feul repentir d'à. 
voir calomnié un fi faine homme femble l'avoir & commandée & dictée t 




IL ! i 



60 

ce piège eft trop groffier i Le Père Nicolas Carme, que la Cadiere y replace 
fi naturellement avec tant d'ordre , tant de bonne foy dans la fuite des faits 
liés dont il eft L'auteur ; le dérail des motifs qui guident ce ( Carme dans fes fu- 
neftes confeils $ dans toutes fes horribles démarches , mettent le fceau du vrai 
à tout ce qu'elleâ dit. Le délai de fept jours entiers depuis la rétractation juf- 
qu'au recollement le confirme encore. Eh, comment a- t'onofé faire à la rai- 
fon humaine , à tout le bon fens du monde , l'outrage d'attribuer une retrac- 
tation fi longue , fî variée ,, fi bien foutenuë , fi jufte en foi , & où Ton periïïte 
dix jours entiers, à un peu de vin d'un déjeuné que l'on veut nommer un 
breuvage? Il faut être loi même ou bienenyvré de fa paffion, ou méprjfer? 
étrangement le réfte du genre humain, pour attribuer la caufe d'une action 
fiférieufe, à quelque chofe défi déplaifant! l'on avance, Se l'on foutient qui 
pluseft, que ce prétendu breuvage a aliéné les fens de la Cadiere, qu'elle 
étoit troublée 

II me fouvient à ce fujet (fable ou hiftoire n'importe, l'une & l'autre inftruû 
fent ) qu'Ulyfle pour fe diipenfer delà Guerre de Troye, contrefit l'homme 
troublé. Les Sages Grecs qui l'étoient venus chercher de la part des autres 
Rois , le mirent à une épreuve qui le trahit y ils placèrent Télémaque fon fils , 
encore tout enfant , en travers du fillon qu'ouvroitUlyfïe , qui feignant n'y 
pas prendre garde , détourna adroiterrrenc le foc de la charrue. A- ce trait 
l'on reconnue fa fagefle. L'attention de la Cadiere à éviter dans l'interroga- 
toire du 2 7. Février toutes réponfes propres à embarraller fes deux frères & à 
leur nuire , marque non-feulement qu'elle a voie toute fa raifon , mais encore 
qu'elle fçavoit la commander pour dire & taire ce qu'elle vouloit ; je ne puis 
même douter que MM. les Commifl^ires étonnés d'une attention fi fui vie , ne 
Payent moins été , de voir le Père Girard le jouet d'une fi artifkicufé fille. 

Je fçais que fon confeil encore plus artifkieuxqu'elle, fur la peinture du pe, 
fil où la jettoitfarétradation,ra forcé àpréfenter une Requête pour recou- 
rir après ce qui n'étoit plus àelle, & ne pouvoir lui être rendu, en lui faifant 
entendre que c'étoit l'unique planche qui lui reftât dans fon naufrage; mais la 
Cadiere étoit perdue de tous côtés, &peuc-êcre encore moins avant la ten- 
tative de la variation. Après tant d'jmpoftures, tant de profanations des 
chofes fainres } elle fe trouve comme en pleine rnerdans un vaifleau embrazé ; 
il faut périr , ou par le feu ou par l'eau : telle eft l'extrémité où réduit enfin le 
crime f % & où l'ont entraîné avec eux deux fourbes infignes, le Père Cadiere 
Jacobin , le Père Nicolas Carme. 

TROISIEME PARTIE. 

Le jugement du Procès Criminel. 

Si l'on pafTe ici à ce qui concerne de plus près la fin du Procès criminel, dont 
le Jugement fait l'attente univerfelle, ce n'eft pas pour pénétrer parunecurio- 
fitéanticipée dans l'augufte Sanctuaire d'où doit partir ladécifion fouveraineî 
c'eft encore moins pour oicr en tracer la difpofition à un Tribunal éclairé 
& cquitablt'j qui feait ce qu'il fc doit à lui- même dans une affaire d'un fi grand 
éclat, & d'un intérêt encore plus grand pour la Religion : des motifs plus (im- 
pies, & qui n'ont pour objet que des eirconftances inftruâives, déterminent à 
cette démarche. Et d'abord ce feroitune diflimulation déplacée, que de fein- 
dre ne pas voir,ne pas entendre ce que fe font gloire & de dire & de faire à ce fujet 
les ennemis d'un Corps , dont le plus grand crime à leurs yeux, eu fa foumiflïon 
parfaite aux décifions del'Eglife; & dont le plus grand honneur aux fiens , eft 
d'avoir les mêmes tempêtes à efluyer , de partager fa joye & fes afflift ions , de 
pleurer avec elle , de fe réjouir avec elle dans une guerre ou dans une paix tou- 
jours 



6i 
jours commune. Or ces ennemis trop inftruits peut-être que le Jugement de 
cette affaire ne les conduira pas au triomphe qu'ils s etoient d'abord promis 
de la fin tragique & infamante d'un Jefuiteaceuté, tâchent en mine manières, 
d'énerver par avance fa [unification , pour la laitier au moins dans l'obfcurité. 
L'on pourrait même aflurcr que fi le Jugement n'a pas Eerminé ce fcandale 
effroyable , aufli-tôt que les ordres de fa Majefté & la vigilance des Chefs de la 
Juftice fembloient l'exiger, ce n'eft qu'aux foins qu'ils ont pris de faire naître 
à chaque pas des ronces & des épines , que l'on doit attribuer ces longueurs» fi 
bien ménagées par mille incidents & imprévus. & imparables. 

Il faut l'avouer , le plus pur, le plus innocent des hommes , eft toujours bien 
à plaindre quand il fe voit expofé à tout le feu de la plus violente aceufation, 
où l'on ne garde aucun ménagement; quand il faut être donné en fpectacle, 
efiuyer les differens difeours , que dictent les différentes panions ; courir le 
rifque du jugement des hommes 5 trembler jufques au moment décifif , où l'on 
ne vous rendra peut-être pas tout ce que l'on vous a enlevé , fur tout en ma- 
tière de réputation, donf un rien peut ternir pour toujours la fleur & la'déli- 
cateûe, & que l'on ne fent que trop pouvoir conferver long- temps la teinture 
du crime que laifle l'aceufation , mais que la juftificatiou efface & emporte 
rarement toute entière. 

Cependant, fi quelque chofe peutconfoler l'innocence gemiffante dans les 
fers, c' eft l'approche du Jugement, dans une affaire fur tout, où 4esfentimens 
ne doivent pas être partagés, parce que du côté où fe trouve le crime & un 
crime de ecttç nature , les fuffrages font entraînés tout d'une voix vers la peine , 
affliftive la plus forte > comme du côté où fe trouve l'innocence, elle les en- 
traîne vers la juftifieation la plus éclatante?. 

Quand le Père Girard , qui a eu la confiance de demander lui même la prifon 
à fes Juges, ne feroit pas aufiî perfuadé qu'il l'eft & de leur lumière & de leur 
intégrité parfaite , H fent a fiés que dans une affaire de cet éclat , on ne lit pas 
les Loix avec les yeux de la paffion ; il fent que c'eft le crime que l'on pour- 
fuk dans la perfonne , & non pas la perfonne dans le crime : voilà la iburce 
& de fon aflurance&dc fes efpérances ; c'eft pour en montrer la folidité que 
l'on va voir i\ l'Arrêt des Décrets du îo.Juillet 17 3 1. quifemble préparer leju- 
gement définitif. i°. La fé vérité qu'exige dans le Jugement, la nature de l'affaire 
préfente. 3 . L'extenfion de ce Jugement à tous les. coupables. 4 . Les moyens 
du dehors mis en ufage,pour altérer s'il fe peut ,1a pureté & la Migueur du Ju- 
gement définitif. 

Arrefl du 30. Juillet 173 1. 

C'eft par cet Arreft. que le Parlement a jugé à propos de rapprocher tous 
les objets , trop perdus jufqu'alors par les détours infinis de fartificieufe chi- 
canne, , qui pour recommencer cequi éroitfait, pour redrefler une nouvelle 
batterie , mieux montée , mieux dirigée à fes fins , artaquoit comme d'abus, 
ou au titre de nullité, les deux procédures faites à Toulon, l'un par l'OfK- 
cialité , l'autre par Meilleurs les Commiflairesdu Parlement. L' Arreft du 30. 
Juillet déclare n'y avoir aucun abus dans ces premières procédures-^ il déboute 
déplus la Cadiere defes Lettres Royaux de reftitution , Ôc par là donne un état 
permanent à fa rétractation du 27. Février, à fon recollement , à fa con- 
frontation du 6. Mars,précedents. Il fëmbloit que ce premier avantage alloic 
tout de fuite rompre le petit: lien d'un aflîgné pour être ouy 3 par lequel le 
Père Girard tenoit encore à la juftice j mais par le même Arrêt le P. Girard 
eft confondu avec le P. Nicolas Carme , le P. Cadiere Jacobin & Catherine 
Cadiere fa fecur : Us font tous décrétés de prife de corps ; 6c voilà dans les 
mêmes fers aceufé & aceufateurs. 



*Dm 



tap.S. 



6z 

Le Père Girard fut le premier à fubir le fdrr,qu*un Arrêt en apparence trop 
rigoureux à (on égard , lui deftinoit. L'on ne fçauroit comprendre l'avantage * 
que fes ennemis en ont voulu tirer. L'on alaitlé ailés long-temps obfcur Se- 
dans'Paris & ailleurs , fi cet Arrêt étoit commun pour tous les coaceufés. 
L'on ne parloir que du Père Girard , dont l'emprifonnement fubit , annon- 
çait, difoit-on, le jufte & inévitable fupplice. L'on n'alloir pas plus loin 5 
nulle mention des offres antérieures du P. Girard de fe mettre en cet état : 
ils ne pouvoient fans doute partir que d'une innocence à l'épreuve de tour; 
Malgré cela , la paffion ne laiflà pas approfondir en ce point, les kerets ref-i 
forts de la prudence d'un Tribunal, qui par ce trait, s'afïuroic la vengeance 
du crime , le tenoit tout entier en tenant tous les coaceufés, & préparoit à 
l'innocence, une jufr.ificar.ion d'autant mieux établie, qu'aucun des crimi- 
nels ne pouvoir déformais lui échapper. Ce n'eft donc pas un coupable dans 
le Père Girard, c'efl le crime en général & comme en bloc, que le Parle- 
ment enferma- 

D*ailleurs , la Jnftice a fon art & fes attentions pdur faire tomber dans fes 
filets les criminels, qui fe deroberoienc peut-être à fa vengeance, comme> 
la Guerre a fes ftr%tagêmes pour furprendre l'ennemi. Suppofé donc que le i 
Tribunal eut par le même Arrêt levé le décret de fimple affigoé du Père 
Girard , & prononcé contre les trois autres , le décret de prife de corps , ces 
derniers , avertis par cette différence de ce qui les menaçoit , auroient mea 
fçu fruftrer la Juftice de fes victimes : l'on auroic cherche d'autres précexres 
delà fuite, que leurs crimes, & l'innocence du Père Girard } oa Vauroic at- 
tribuée cette fuite, à la crainte d'un crédit accablant. Que de chimères n'au- 
roient point été formées? Une condamnation par contumace n ? auroit. pas 
rendu à cette-innocence, toute fa pureté , tout Ion éclat. 11 falloir la convic- 
tion en face, des vrays coupables, Sclefceaude leur châtiment. C'eftbien 
dans des circonftances pareilles, que la prudence du Juge doit fuppléer à la. 
lettre de l'Ordonnance, en arbitrant à fon gré, ce qui allure de loin tout 
l'effet, toute l'opération de la Juftice. La raifon, l'équité, la fagefle de 
de toute la Magistrature, applaudiront partant d'endroits, au décret exé- 
cuté dans la perlonne du Père Girard ,& que les Juges, forcés par la né- 
ceffité , n'ont fans doute prononcé qu'à regret. 

Ils le prononcèrent donc , mais à peu près comme ce Roi de l'Ecriture** 
qu'on força à^onfentir que le pauvre Daniel, dont il connoifloit toute la ver- 
tu , fut expofé dans la fofle aux lions $ ce qu'il fît avec un fecret preflentiment 
que l'innocence de ce faint homme le garanciroitdeladent fanguinairej 8c 
défarmeroit la fureur de ces bêres féroces : Allés , lui dit le Prince , le Dieu 
que -vous jîrvcs , -vous fawvera, de tout danger. * Dixitque Rex Danieli, Dsus 
tuus qnem colis femper , ipfe liberabit te. Mais le Prince ayant rempli ^l'amer- 
tume dans le cœur) le ferment rigoureux qui aftreignoit la juftice des Rois 
de perfe , même dans les chofes inducs j il ne jugea pasau defious de la Ma- 
jefté d'aller en perfonne retirer de la foffe aux lions le ferviteur de Dieu , & 
indigné contre fes lâches aceufateurs , il leur fit fans pitié éprouver le même 
fort. Les lions retroverent contre les derniers leur férocité naturelle , & 
l'Ecriture remarqte, que s'élançant pour faifir en l'air ces méchans, ils 
moulurent leurs os avant qu'il euflenc touché l'arène. Allez Père Girard, 
defeendez dans cet antre obfcur ; contemplez ceux qui vous l'ordonnent , Se 
vous lirez leur douleur dans leurs yeux : tandis peut- être qu'il leur en coûte 



** AbiitRex .... darmi-vit incœuxtui , faftmnus 
recejfît ab te..,. Dilmuh ad Ucttm Utnum perrexit.. 

Daniehm veet lacrimabili iidamavit Daniel 

Rtji rtf pendent, mit.... DcBt....c<mclufit or a Ltonum 
fa non nocutrunt mihi , qui/t corarn eo jufiieiain-ven- 
t**ft inmtiftd fa tartrn U Rtx, ddiSmm nen ftci .- 



jubtntt Rtgt ndduBi funt viri Mi qui accufsvtr/int 
Dtniettm, fa in lacttm Leonum mijfi funt , fa non 
pervencrunt ufifut ad ptevimtntttm lues r donec arript- 
rent tes Liants , faenrni* ojfa sérum cemminmtrmt. 
Dan ici i s cap. 6 



«3 

pour dévorer leurs larmes ils Tangent déjà à vous en retirer avec un hon- 
neur qui effacera pour jamais Se avec ufure la tache & du décret 6c d'un fi 

honteux féjour Deicendés-y % &que la vertu qui vous y accompagne 

ne vous abandonne pas dans les fers. 

La. Jé'uériîé du jugement. 



*J>t[tmdtt- 
fut mm Mo 

infivtam,é> 
in vinenlis 
non dmtiquit 

iUuinbiy.i:, 



Des crimes accumulez , donc les feuls noms font frémir , donc chacun fuf- 
firoic pour faire un homme abominable , ôc que l'on préfente tous , liez par 
mille dérifions, mille profanations de ce que notre Religion faince a de plus 
augufte dans fes Sacremens , dans fes Myfteres : des crimes cimentez de cant 
d'impiecez , pour en faire les inftrumens des calomnies les plus atroces , mé- 
ritent fans doute la dernière févérité des Loix , Ôc toute la fermeté d'un gé- 
néreux Tribunal. Mais il ne s'agit point ici de demander par des cris tumul- 
tueux, auffi injuftes qu'inhumains, un fang qui n'appartient ni aux aigreurs 
ni aux erreurs , ni aux fureurs d'une populace , eny vrée dans les couppes d'ini- 
quité , de menfonges 6c de calomnies que leur préfentent des Avocats, en- 
core plus emportez, plus féditieux que tous enfemble. Il s'agii de frapper 
le crime } mais que le coup deftiné au crime , foie marqué ! Pour que dans le 
cohtrafte , l'innocence éclate dans couc {on jour. Si le Père Girard eft le 
coupable , qu'il péri fie encore une fois v un feelerat eft de trop par tout : ce 
n'eft pas fon crime , c'eft fon innocence que l'on défend ,8c c'eft d'elle feule 
que fa Compagnie approuve la défenfe : elle la lui doit, elle le connoît, elle 
ofe en répondre. 

Mais au point où font les c ho fes , la juftification du Père Girard pleine & 
entière , telle qu'il la mérite , ne peut déformais réfulcer que d'une condam- 
nation proporcionnée aux crimes de fes aceufateurs. Il n'eft plus d'autre voye 
pour étouffer les indignes foupeons aufquels des ennemis cachez, donnenc de 
leurs foûterrains , un cours fi rapide. L'on a ofé publier dans le monde , que 
pour fuppléeràun crédit peut-êrre trop foible,les Jefuites avoient ouvert 
leurs tréfors. Où font-ils , ôc à qui les défît ne- c- on ? Mais fuppofé que l'on pût 
racheter par cette vdye mercenaire , le faluc d'un criminel , ce qui n'eft pas, 
ce qui ne fçauroit être ici , ce qui ne peut naître que de Paudacieufe calom- 
nie, capable d'infulter la Juftice même y il fera toujours vrai que l'on n'ache- 
té point la condamnation de ceux qui ne font pas coupables. Ain fi pour prix 
des indignes foupçons que font naître d'imprudens ennemis , il faut une con- 
damnation .feule capable de leur fermer la bouche , parce qu'ils l'ont eux- 
mêmes rendue L'unique preuve non fufpe&e de la justification complète de 
l'innocent. 

Si on leur laiffe quelque p ri fe à l'interprétation , à l'équivoque , quels bro- 
cards ne doit-on pas encore attendre de ce * libelle éternel , ou les vrais Fi- 
dèles 6c leurs vertus ne trouvèrent jamais de place ; que des féditieux rem- 
plirent de tout ce que l'erreur , la calomnie , l'infoïence , jufqu'en ce jour ap- 
puyées fur l'impunité, leur dictent dans leurs antres obfcurs, contre tout ce 
que l'Eglife Ôc l'Etat onede plus refpectable , $: cela, pour le plaifir des indif- 
ferens ou Chrétiens ou fujers; ôc pour l'inftruction de certains fanatiques 
qui regardent 6c baifenc avec refpect ce libelle infini, comme un cinquième 
Evangile. Le Père Girard y eft déjà peint ôc pour le préfent 6c pour l'avenir, 
des mêmes couleurs 6c avec tout le fiel , que les Avocats ont employé dans 
ces Mémoires, dont les horreurs font au-defïus de tous les noms. Si fa jufti- 
fication refteit équivoque , elle y fera effacée ; fi elle eft complecce par la 
condamnatioi^fles aceufateurs , elle y fera oubliée i car un vrai miracle d'une 
patience fi héroïque dans un faint Jefuite calomnié, une épreuve digne de 
la vertu des Athanazes, des Jerômes, ne trouveront jamais de place dans 



* Ltt No». 
VtUtt Ecdc- 



* p/rf. I1J. 

Cnm txurge- 
nnt bomints 
in nos , féru 
"Jivot degu- 
tijftnt nos ! 
*Jti.(.l6. 



6 + 

ces nouvelles $ & l'on doit ici ces remarques , potft contrebalancer les avan- 
tages que les hérétiques qui s'élèveront dans la fuite, & qui pour l'honneur 
des Jefuites, feront encore de leurs ennemis, voudront tirer des Nouvelles 
Ecclefiaftiques. Précieux -monument pour eux dans les fiécles avenir j C'efl 
donc pour confondre d'avance les faux & calomnieux commentaires, con- 
formes à ceux que l'on lit déjà dans ces Nouvelles, que Je Père Girard de- 
mande a&e, decequeprofternéaux pieds de fes Juges il les fuppliede juger 
en toute fé vérité, & dans des termes à ne donner aucune prife arbitraire à 
la malignité , toujours capable d'obfcurcir ou de laiffer équivoque l'inno- 
cence d'un homme de fon état, 

Extenfion du jugement a tous les Coupables. 

Les Avocats s'attendent bien que je vais les nommer. Quand ori a la té- 
mérité de fe dégrader foi- même d'une profeflîon honorable, par les crimes 
qu'elle doit le fjlusabhorrer, par les crimes de l'état $ quand on fè montre 
les membres indignes d'un illuftre Corps donc on profane à la face du Ciel & 
de laTerreleminiftereie plusfacré , par les pins noires injuftiees, par les 
calomnies les plus criantes , n'avertit-t'on pas qu'on en doit être retranché ? 
Jugés-vous vous-mêmes, coupables Avocats, qui vous dites les Interprètes 
des Loix , qui peut-être vous en arrogés la prote&ion , & dont fûremencvous 
de v ries être les défenfeurs ; je vous demande fi ce n'eft pas un crime de prêter 
vos ta 1 en s au fou tien d'une calomnie manifefte , d'une calomnie au premier 
chef, contre un Prêtre , un Religieux , un Corps tout entier? Car fouve- 
nés- vous que quand vous auriés le front de me dire que vous avés crû le Père 
Girard coupable, cequevous fçavés à votre confcience n'avoir pas même 
penfé , vous êtes fortis par toutes les routes que la fureur vous a tracées , fur fa 
Compagnie , fourberies Jcfuitiques paffëes en axiomes chés Vous .... principes 

d'incefle dans leur morale exemples domcfliques dans les crimes tolérés , couverts^ 

impunis . . Un Perc Dubois âNevcrs que vous cités comme un exemple de cette 
tolérance, tandis que dans Nevers même Ja calomnie efc avérée par le té- 
moignage autenrique des Magiftracs , des Notables , de toute la Ville, 5c que 
vous l'olësappelieren preuve de votre calomnie contre le Père Girard, en 
attendant que cette dernière, quand même elle feroit lavée danslefang de 
fes Accufareurs, ne foit citce par vos pareils , en preuve de la première qu'ils 
fabriqueront ou fouriendront après vous Les Su/ers du Roy vous appar- 
tiennent ils donc, pourdifpofer deleur honneur Scde leurvieau # gré de vos 
panions , de vos fureurs? ou l'impunité vousferoir-elJeacquifepar profeflîon, 
quand vousofés l'entreprendre ? Quoijil y aura dans l'Etat, uneefpece d'hom- 
mes qui fedifent les défenfeurs de l'innocence, & en feront les opprefleurs? 
qui attaqueront & perdront impunément nos Citoyens ? Un déferteur de 
l'armée périt , & un déferteur de la Juftice fera impuni ? Un faux dansl'hdm-» 
me public , dans le commerçant , n'aura point de grâce, Se le faux de votre 
état ne fera pas même accule dans vous? L'on punit un Juge qui trahit fon 
mini fl: ère , l'Avocat qui trahit^e fieu fera laifle tranquille ) , . L'on demande 
la mort pour les profanateurs des chofes fainres , & les profanateurs des Loix 
quifoutiennenc le Citoyen, la Société, la Patrie, jouiront fans allarmes du 
fruit de leur audace ? . . .Un Orateur dans Athènes , dont l'éloquence avoit 
perfuadé un projet, par l'événement préjudiciable aux Cytoyens, le payoit 
de fa tête ! — Vous défendes quatre kélérats pour perdre un. innocent , 
tandis qu'il vaudroit mieux facrifier cent coupables à fa conservation. 
L'innocence protégée eft l'unique objet des Loix qui puniflihtle crime , U 
cependant fans des coups du Ciel , ces hommes l'auroienc dévorée toute vi- 
vante. * Ils ont ouvert fur elles leurs bouches enflammées : jiperuerznt fttper 

m* 



rùYtm fuum 
in mi cammi- 
nmii mibi 11 
fremait den* 
Ubus, 
* 3*. 17- 



meerafua. * Ils ont ramaffé toute leur fureur , & frcmifflant de ra<çe, ils Vont 

menace de leur dent fanguinaire LE PERE GIRARD.. .. voilà celui 

qu'ils ont traduit en proverbe public pour fynonïme du forcilége, de l'ineefte, 
del'avortemenc, &c. *Pofuitmequafinfrovcrbiumvulgi, 

Telles font les fouillures que vousavés prétendu attacher à fon nom : Or 
je dis qu'il n'eft point d'homme , qui par les Loix de la nature , par celles de 
la Religion, par tous les droits de l'humanité & ceux de l'honneur, ne foit 
tenu de concourir légitimement , à vanger l'innocence fi ouvertement of- 
fenfée. 

Une injuftieede violence,un afTàffinat entrepris & commeneé,eft de nature à 
emporter au moins & la compaffion pour le blefïé , & delà haine contre l'ag- 
grefleur; mais uneinjuftice étudiée, rangée avec méditation , & que des 
Avocats veulent colorer d'une forme extérieure judiciaire , pour déguifer 
l'innocencence fous le voile du crime, & l'immoler ainfi, c'eft là le comble 
del'iniquité, que le Ciel & la Terre ont en exécration, & ne fçavent point 
pardôîmer. 

Si de telles fecoufles calment un moment vos fougues , & vous rendent vo- 
tre raifon , relifés- vous, Avocats, & vous vous condamnerés encore plus qufc 
je ne vous condamne ; je n'ai point dit la moitié de votre crime ? 

Jettes les yeux fur les outrages accumulés que vos infolents écrits font à la 
Religion 5 vous l'avés traduite,, autant qu'il a été en vous, à la dérifîon de 
Timpieté & du libertinage * quelle prile à l'héréfie fur nos Sacremens ? quel 
dégoût, quel éloignement pour les Fidèles? quel fcandale de toutes parts 
dans la publicité des infâmes écrits qui nous mettent fi justement la plume à 
la main pour effacer vos affreufes idées. 

Qu'une infâme main , mais moins infâme encore que les vôtres par vos dé- 
teftabies écrits , lesconfume dans le feu vangeur de la juftice 1 que vos bou- 
ches impures qui ont vomi devant un Au gu fie Tribunal tant de blafphêmes 
contre la vérité, lapudeur&la Religion, foient condamnées à ne s'ouvrir 
jamais en fàpréfence: c'eft punir encore bien légèrement les excès inouis 
devos langues & de vos plumes effrénées ? 

Moyens que ton tache de mettre en ufagepour affaiblir le 

jugement dejfînittf. 

Les crimes les plus affreux dont on parla jamais , & que l'on peignoit dans 
toute la laideur , toute l'horreur qu'ils infpirent , quand on n'y eherchoit que 
le Père Girard & fon fupplice, femblent s'affoiblir & difparoître quand ils 
retournent à leur véritable fource, & dès qu'ils font placés entre le PereNi- 
colas Carme , la Cadiere,fes frères le Jacobin & l'Abbé pour les partager en- 
tre eux quatre , avec tout ce qu'ils meritept. L'on veut confondre la zizanie 
& le bon grain 1 une main ennemie veut faire ce mélange, * inimicus homo ******** *i» 
hoefecit ; l'on veut qu'il y ait bien de la méprife , un peu d'inimitié , beaucoup 
d'imprudence, & que tout cela étant afïez égal, le Jugement ne doit pas 
mettre une différence fi grande, encre des parties plus aveugles que criminel- 
les: mais le temps de la moifîon arrive, il faut féparer le bon grain, Dieu fe 
réferve le froment des Elus , & le refte, l'Arreft en eft porté , alliytte ea infaf- 
ciculoi ad comburendum. 

Cependant , comme le piège unique par lequel on puifle déformais contre- 
balancer la parfaite innocence du Père Girard , eft l'imprudence que l'on 
cherche dans fa direclion,pour achever de lever tout fcrupule , l'on va ajou- 
ter quelques réflexions fimples,à ce qu'on a déjà dit fur ce point. 

Pour juger d'une imprudence, il faut la prendre dans fon principe. Ce qui eft DENC / s M j!^ E u C 
prudent dans la fource, ne contracte dans l'événement aucune imprudence n noues du 

n P. Girard, 



* Veytx. îts 
avrux du P. 
Girard, i, p. 

■Mit, i. 



66 
que le fage puiffe reprocher. UrrGéncral , un Magiftrat, un Gouverneur , fe- 
ront tous d'une expérience confommée dans ce qui cft de lcurécat, mais fi l'oa 
détache leurs actions des circonftances du temps, des lieux, des perfonnes, 
tout projet, qu'un hazard imprévu aura dérangé, ferapar les conséquences taxer 
-ceshommes dette imprudens quoiqu'ils ne foient rien moins. 

Il n'y auroit pas aujourd'hui de Soupçon d'imprudence contre le P. Girard, 
s'il n-y eutpoint eu d'aceufation calomnieufe. La calomnie a retourné fur les 
pas, & pour fe comparer elle même, pour s'appuyer , elle eft allé fouiller dan* 
toutes les avions antérieures du Pcre, très-innocentes en elles-mêmes, -& plus 
•encore par les circonftanees qui les accompagnoient , pour les faire au moins 
dégénérer en imprudence , fi la calomnie ne pouvoir réuHir à les porter à la noie 
du crime. Mais fi Ton veut (è donner la peine de parcourir* les aveux du Père 
Girard, où l'on a calmé tout efprit judicieux furdeplus fortes imprudences ap- 
parentes impurées à ce Père , l'on verra qu'il lui étoitimpoflîble de ne pascroire, 
•dans toutes les règles de la prudence , ce que le Père Cadiere Jacobin , la Ca- 
diere & leur frère l'Eccléfiaftiquc , réunis dans une intrigue fecrettefic bien liée, 
menoient avec tant d'art. Les révélations Scies actions extraordinaires avoient 
•tin rapport réciproque qui fer voit de pteuvede f existence des faits & de leurs 
principes Surnaturels ; le tout appuyé des témoignages de personnes qui envi- 
ron noient fans cefle la Cadiere. 

D'ailleurs le grand principe de la confiance du Père Girard » venoit du fecret 
-de la confeience d'une hypocrite , qui n'avoit quedes éloges palliés de fa vertu 
à lui faire, lln'en eft pas d'un Oonfcfleur comme d'un Médecin: fi ce dernier 
connoît votre tempérament » il a des Secrets pour découvrir les maux que 
vous voudriez lui cacher; mais ces Secrets pour découvrir les maux de l'arrie 
d'une hypocrite, font interdits à un Confefleur. Le pénitent qui eft àfes pieds, 
-cft en mêmetemps& (on propre aceufateur & fon propre témoin. La pénétra* 
lion du Confcffeur , quelque grande qu'elle Soit, eft bornée par les aveux du 
pénitent. LaCadierelui dit équivalame-nt qu'elle eft un Ange fur terre, qu'elle 
aune prélenccdcDieuliabituelteï elle montre le plus pur de tous les coeurs, 
qui ne biûleque pour ce divin époux? elle veut fans ceffe s'unir à lui dans la 
■Communion. Eh que fera ce Confefleur! plus il a l'elptit de Dieu , plus il s'i- 
magine que Jefus Chrift lui même, dont les délices, comme il le déclare, 
font d'hibitet dans un cœur pur , eft encore plus emprefle de fe donner , qu'une 
amefi faime ne peut être de le recevoir. Le Confefleur a auflï Sa confeience ,& 
il croirait la bleffer ,s'ils'oppofoit à l'union fréquente de lepoux Se de lepoufe 
dans ce Sacrement. 

En un mot il faut être Directeur , pour juger ce qui eft prudence ou impru- 
dence dans la direction. C'eft un langage, c'eftunpays inconnu à tout autre, 
& dès qu'on a lieu de croire par mille endroits , qu'un Directeur réunit la Scien- 
ce , le zélé , la charité , l'expérience , l'on doit préfumer qu'il ne fait rien dont il 
fe puiflefairedes reproches à lui même ; & dès lors qu'il n'a rien à fe reprocher, 
il n'y a plus d'imprudence qui foit une faute. Encore une fois , tout étant & fe- 
cret fie myftére dans radminiftratton de la Pénitence, le Confefleur juge Ses 
Pénitens , & il n 'eft que Dieu feul qui en ce point le puifle juger ui-meme. 

L'on finit en faifant remarquer que des imprudences apparentes aux yeux 
des hommes, ne fc péfent point à la même- balance que le crime -c'eft un 
crime qu'il faut juger, &c non pas une imprudence - y & encore comment la 
préfumer dans un homme dont l'unique attention a été de n'en point com- 
mettre, & ^ui ne peut paroître en avoir commis, que parce qu'on la cruel- 
lement trompé lui-même. 

Le Père Girard rentre donc par tous les endroits , dans tous les droits de 
fon innocence , qu'il redemande entière , éclatante & fans tache , à des Ju- 
ffes donc il a affés eftiiné les lumières & l'intégrité à l'épreuve de roue , 




^7 
pour leur offrir fa liberté en orage , & en preuve de fa pureté parfaite* 

Me voilà au terme. Je ne fçai ou j'ai pris ce ton d'empire qui ne m'eft 
point familier , 6c qui va fi peu à mon cara&e^ mais je fçai que fans fon- 
ger à attendrir fur l'état du Père Girard , qui tout trifte qu'il parole aux yeux 
du monde, m'a toujours femblé digne" d'envie, je n'ai cherché qu'à con- 
vaincre , & que pour y réuflir il ne m'a fallu que faire voir. J'ai fend par tout 
la parole de Dieu, aliment ordinaire de fon fervireur, & dont il a nourri 
rant d'autres avec un zélé encore plus grand que fes fuccés , fe venir placer 
d'elle même par tout où fàdéfenfe l'appel loit. Si pour le bonheur du Jufte, 
j'ai été ailés heureux pour fournir encore quelques lumières à un Tribunal 
ii redoutable aux impies, que vont devenir nos facrileges calomniateurs t 
Je frémis pour eux à la vue du terrible coup qui les menace de fi près. Je 
n'aime point à voir les échaffauds teints du fang de perionne, mais encore 
moins de celui de Prêtres, de Religieux, qui n'en devroient répandre que 
pour fceller leur foi, & non pas pour expier leurs crimes. Condamnés .... 
l'innocence du jufte ne peut éclatterqu'à ce prix ; mais ne frappés pas , .» 
{à charité aiiarmée n'y (^aurait foufcrire, Sufpendés s'il fe peur le glaive que 
vous levés fur des têtes criminelles, & foutenés-le, jufqu'à ce que celui 
qui tient en main les juftices 8c les miféricordes de la Terre , daigne lui- 
même ou remettre ou commuer la peine. > 



fautes. 

Qui fe font gliffées dans le cours d'une Impreffion précipitée. 

PAge i. ligne i f . pas plus long temps , retranehh pas. 
Page t. ligne fo. touusfoh , lifts , toutes irais. 
Page j, ligne if. La?oix publique, lifts, mais s'écrie t'on la voix pubirque, AU, ligne x*. pulic , ///«public. 
lbid. 1 igné + j. l'on n'eft par malheur que trop inftruit , lifts, l'on cil pat malheur trop inftruit. 
Page 4. ligne II. éloigné» lifts , indigne, lbid. ligne jo. dévoient a voji , lifts , dévoient l'avoir, lild. à la 

marge, Rom. j. lifts, Cor. j. 
Page ij. ligne iS.de les accorder, rttrmchis, de 

Page i g. ligne ■ 8. pefées , pefés , lifts , pelés, lbid. ligne ; j . celle , lifts , celles. 
Pagcij. ligne io. lictis, lifts, liics. lbid. de veritéde Religion , lifts, de vérité, de Religion. 
Page tfi. ligne 17.de cœur, lifts , du cœur. 
Page 55- ligne ît. Eit ce un Chrétien? lifts, Eftccunbmmc? 






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SECOND 

MEMOIRE 



POUR 



LE PERE GIRARD, 

JESUITE. 

Servant de Reponfe au Nouveau Mémoire de 
LA CADIERE. & de fes Frères. 



1 






à 



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SECOND MEMOIRE 

POURLE PERE GIRARD JESUITE, 

SERVANT DE REPONSE AU NOUVEAU MEMOIRE 
de la Cadiere & à ceux de fes Frères. 




ORS OU E nous nous fommes déterminez à mettre au jour les 
défenfesdu Père Girard fur la fou (le aceufation qui lui a été inten- 
tée , & fous le poids de laquelle il gémit depuis ii long-tems ,nous 
avons moins eu en vue l'inltruction de Meilleurs les Juges qui ne 
tirent leurs lumières que de ce qui doit réfulter de la procédure , 
que d'effacer les idées défavantageufes* que l'on s'étoit efforcé de 
donner au Public i & en rempliflant cet objet % l'onavok crû qu'il 
falloir ufer de beaucoup de ménagement &. de circonipection i parce qu'il s'agiuoit de 
parler pour un Prêtre, pour un Religieux , contre d autres Prêtres & d'autres Reli- 
gieux qui (ont tous membres de differens Ordres , non moins refpe&ables par eux- 
mêmes & par le grand nombre de pieux ôc de faints Fer fanages qu'ils renier ment au- 
jourd'hui dan leur fein , que par ceux qu ils ont donné dans tous les temps à lii- 
glifc. On a crû enfin qu'en parlant même des crimes commis , il falloir en ménager 
les Auteurs > parce que leurs crimes attaquant la Religion, peuvent d'une part eau- 
fer du fcandale dans les âmes, {impies & délicates , qui confondent bien fouvent les 
Miniitres du Seigneur avec la fainteté du Miniitere , &. que d'autre part ces mêmes 
crimes peuvent lervir de prétexte aux incrédules pour décrier la Religion en fe 
jouant de fes Miniitres. 

Cette retenue n'a pas été du goût de nos Parties. Elles fe font déchaînées , non 
pas feulement contre le P, Girard, nous n'en ferions pa:> furpris,kX à quelque excès 
qu'on fe foit porté en ce point , le P. Girard lui même n'auroit garde de s'en plain- 
dre j car comme il met toute fa confiance en fon innocence, &qu il n'employé pour 
fa défenfe que la vérité , "il s'eli fournis également à fou ffrir avec patience tout ce que 
le menfonge peut fuggerer de plus noir &. de p Lu s odieux j maison s'en eil pris encore 
à la Société, en rappellant des laits injurieux il fouvent détruits i Se ce qu'il y a encore 
de plus fingulier & à quoi l'on ne devoit pas naturellement s'attendre , c'eit qu'on ait 
pris occafionde l'Eloge même que nous avions fait de l'Ordre des Dominicains pour 
décrier celui des Jefuites. Quelle paillon ! Quel aveuglement ! A-t'on cru par-là de 
nous engager à imiter un ii ridicule & un ii indigne procédé ? Qu'on fe détrompe. 
Nôtre unique deûein elt de jetter une nouvelle lumière dans le:» cfprits fans potier 
le fiel dans les cœurs » ce que nous proteilons de nouveau vouloir éviter malgré les 
reproches peu fondez que l'on nous fait d'avoir oublié nos promettes fur ce point. 
Le parti des injures elt d'ordinaire celui des Caufes défefperés. On n'y a recours 






que parce que les raifons manquent. On veut avoir â quelque prix que ce foit de l'a- 
vantage fur fa Partie , Se dans le defefpoir ou l'on elt de pouvoir la vaincre par la 
force des preuves > on cherche à l'accabler par le poids des injures. 

La Caufe du Père Girard n'a pas befoin d'un pareil fecours , elle fe foûtient aflez 
d'elle-même par la force fie par la multitude des raifons qui prouvent évidemment 
l'innocence de l'Accufé j tandis que nos Parties ne peuvent manquer de fuccomber 
fous les contradictions perpétuelles où la défenfe du menfonge les entraine néceiTai- 
rement. . 

Nous n'ignorons pas d'ailleurs que nous avons l'honneur de parler devant un Tri- 
bunal Augulte que la moindre liberté peut blefler , & qui après avoir balancé nos rai- 
fons, peut également pefer nos exp reliions. Nous fa von s suffi que le public peut bien 
être amufé pendant quelques initans par des traits hardis &i fabriques » mais 
ayant une fois reconnu la furprife qu on Lui a tait , il detefte la fatyre fie les injures , 
&c demande des raifons , fur tout dans une Caufc ou il n'eit pas moins de l'honnête- 
, homme que du Chrétien de chercher la vérité de bonne foi & fans prévention. 
A in fi loin de nous attacher à répondre aux reproches que l'on nous a fait d'avoir 
compofé un Roman , d'avoir publié des Libelles , d'avoir répandu des Chanfons ordu- 
rïeres & infâmes , nous dirons dans un feul mot , que c'eit la procédure qui doit jufi> 
fier laquelle des Parties a pour foy la vérité , fie que nous défa vouons hautement tout 
ce que l'on nous impute avec tantd'affurance. De pareils fecours peuvent être necef- 
fairespour foùtenir le crime & l'impoilure , mais l'innocence n'en a nul befuiu. 

Nous ofons affurer d'abord » que rien n'eit fi facile à débrouiller fie à fixer que la 
Caufe du P. Girard fie de la Cadiere. Mais pour y parvenir , il faut remettre les Parties- 
dans les voyes dont elles fe font fi fort écartées , & leur prefenter cette aceufation , 
telle qu'elle a été introduite dans la plainte. Il n'eft plus tems de varier Ôc d'en chan- 
ger la nature. 

La Magie qu'on impure au P. Girard eft-elle un fait avéré ? Montre-t'on évidem- 
ment que l'Obfeffion de la Cadiere cft une réalité ï Gonfle t'il enfin que c'eft par le 
moyen de l'Art Magique du P. Girard que cette Fille a été obfédée fie pofîedee du. 
Démon ? Il n eft prefque pas befoin d'en favoir davantage. On conclut fans peine à 
tous les crimes , dont eft capable un homme , qui eft en commerce avec l'Enter. 

Maisauifi eft-il une fois clairement prouvé que le P. Girard ne fut jamais Magicien» 
Tout ce qui a parti de furprenant dans la Caiiere, n'a-t'il été en effet qu'une inven- 
tion de la part de cette Pille, & une Scène impie qu'elle a voulu jouer aux dépens de ce 
qu'il y a de plus facré î Eft-elle pleinement convaincue d'avoir ,de concert avec fes 
Frères , abufé pendant plus d'une année de la pieufe crédulité du P. Girard î Enfin 
eft-il manifeite qu'elle a voulu enfuite , fécondée par le P. Nicolas , împofer dans un. 
autre genre , non plus à fon ancien Directeur,. mais au public en contrefaifantla pof- 
fedée x A-t'on pour cela joint à l'abus des plus faintes Cérémonies , la profanation 
des Mifteres de nôtre Foy î De tous ces faits qui font inconteftables , dès-là que le P. 
Girard n'eft pas Sorcier , il n'eft point d'etprit attentif qui ne tire auiïi-tôt cette con- 
féquence : La Cadiere fit fes Complices ne méritent donc pas qu'on les croye fur les 
divers crimes qu ils imputent au P. Girard. Des gens chargez eux-mêmes de tant de 
forfaits , ne fe feront pas fait fc ru pu le d'y mettre le comble par decaiomnieufes im- 
putations. Il n'y a point de milieu : ou ie P. Girard eft Sorcier , ou fes Accufateurs 
font coupables des plus grands crimes , que nous n'aurions eu garde de relever , fi 
leur manifeftation n etoit pas inféparable de la jufti ri cation d'un Innocent. 

A ce raifànnement fi fi m pie fi: fi convaincant , nous ne voyons point ce qu'on peuc 
opofer } car nous ne penfons pas qu'on veuille foùtenir ferieufement , comme on l'a 
fait dans quelques Audiences 5 fit comme on l'infinuë dans la Répcnfe de la Cadiere 
à nôtre premier Mémoire , que la nature dans fes'Tréfors renferme des fimples , 
capables de produire , non- feulement des vifions en gênerai , mais telles fie telles vi- 
iions en particulier , ôc d'autres effets qui paroiiîent aux yeux des îgnorans être fur- 
naturels , qui ont cependant leurs caufes Se leurs principes dans la 1-hylique, Ôc qui 
ont pu être employez pour opérer toutes les merveilles & tous les faits extraordi- 
naires qu'on a vu dans la Cadiere. 

On fent bien que ce feroit la plus grande des vifions que de vouloir faire fonds fut 
un tel fiitême » fit la manière dont on a rejette le breuvage indicatif donné à la Cadiere 
pour lui faire aeeufer le Père Nicolas , montre bien que ce fiitême ne fera jamais 
fortune. Il ne reite donc à nos Adverfaires que le parti de la Magie. C'eft là la baze 
fie le fondement de toute Paccufation -, qui devient infoùccnabie , fie qui tombe, û ce 
fondement eit détruit, ou même ébranlé. 



5 

Or que le Père Girard foit Sorcier , on ne le prouve point , 8c on ne pourra 
jamais le prouver. En voici deux raifons eflemielles. 

i Q . Parce qu'il n'y a aucun Témoin qui dife lui avoir vu pratiquer des Enchan- 
te mens , l'avoir furpris à évoquer les Démons , ni même à opérer quelque chofe de 
furprenant en quelque façon que ce puiile être. On n'a jamais rien vu d'extraordi- 
naire en faperfonne, niftigmates, ni vifions , ni devinations » ni en un mot aucune 
des marques auxquelles nos fçavans Adverfaires ont prétendu qu'on pouvoit recoiï- 
noître un Sorcier. 

i°. Parce qu'on ne prouve pas même que la Cadiere foit Sorcière ou poflèdée du 
Démon > puifqu'on n'a rien vu en elle qui furpaue les forces delà nature : Eh ! qui 
peut s'empêcher de rire? Nous le répetons , deuflions-nous encourir une féconde fois 
le reproche qu'on nous a fait de vouloir nous donner pour Efprit fore , en niant 
l'exiftencede la Magie , ce qui n'a pourtant jamais été nôtre penfée. Qui peut s'em* 
pêcher de rire > quand on nous vient débiter férîeufement qu'elle entendoit& parloir, 
diverfes langues , pour avoir dit , Nego , ou , Non Credo i Quand on prétendjcontre le 
témoignagne de tous les Médecins & l'expérience journalière, que des convulfions 
réelles ou fuppofées font des preuves de la pofTeffion du Démon j entîn quand on 
veut nous prouver qu'elle connoiiïbit 8c l'avenir Se le fond des cœurs, comme fi 
c&s conuoiffances n'étoient pas refervées à Dieu feul. 

Or encore un coup , fi on n'a aucune preuve du Sortilège , ni par raport au P. 
Girard , ni par raport à la Cadiere j il s'enfuit née effai rement » que celle-ci eft une 
fourbe înfigne, capable des plus grandes impoftures , non feulement par la fauiïe 
aceufation d'Enchantement & de Sortilège , qu'elle a intenté au P. Girard i mais 
encore parce qu'alors tout ce qu on a vu dans fa perfonne , tout ce qu'on voit dans 
fes Lettres & dans fes Mémoires n'eft plus que fourberie , que profanation , que 
Sacrilège. 

Mais parce que nous ne nous contentons pas de cette juftifîcarion générale , quel- 
que vidorieufe qu'elle foit , & que nous nous propofons dans ce Mémoire de mettre 
l'innocence dans fon plus grand jour , 8c de répondre aux difficultez qui ont pu faire 
quelque impreffion fur certains Éfprits , ou moins attentifs , ou prévenus : Dans la 
première partie de cette défenfe , nous établirons l'innocence de ce Père , d'une parc 
fur le caractère de Duplicité 6c de Fourberie de la Cadiere & de fes deux Frères, Se 
de l'autre fur la fincerité , la bonne foi 8c la droiture des intentions du P. Girard. 
' Nous la prouverons cette fourberie, i °. Par les Lettres de la Cadiere. 

i°. Par les deux Expofitions à M. le Grand Vicaire, 8c à M. le Lieutenant de 
Toulon. 

j °. Par toute la conduite qu elle a tenu depuis le Procès commencé. 

4». Par les faux Miracles qu'elle a fupofés pour tromper le Public. 

La bonne foi 8c la droiture du P. Girard éclateront. 

io- Par le foin qu'il a aporté pour que les prétendues merveilles dont la Cadiere fe 
vantoit fuffent tenues fecretes. 

2°. Parce qu'il a confcillé à la Cadiere de confulter fur fon état des perfonnes 
éclairées , & qu'il en a confulté lui-même. 

3 °. Parce qu'il n'a point été un Directeur complaifant pour cette Fille j qu'il n© 
pouvoit foufïrir dans elle les moindres fautes ,& qu'il l'en reprenoit erès-feveremenc. 

4°. Parce qu ils'efl employé à faire recevoir la Cadiere dans le Couvent de Sainte 
Claire d'Ollioules , & qu'il n'a jamais pu foufïrir qu'elle quittât ce Monaftere , où 
elle prétendoit avoir été appellée par révélation Divine. 

5 °. Parce qu'il a abandonné la Dire&ion de cette Fille ,8c fouffert tranquillement 
qu'elle prît un autre Confeffeur > dès qu'il s'eft aperçu qu'elle l'avoit trompé. 

Dans la féconde Partie nous répondrons aux différentes difficultez qu'on a propo- 
fées dans les Mémoires de la Cadiere 8c de fes Frères , ou ce qui revient au même , 
nous répondrons aux raifons qu : on a apercées pour prouver : 

i°. Qu'il étoit d'intelligence avec la Cadiere. 

2°. Qu'il étoic Sorcier. 

3°. Qu'il étoit Quiécifte. 

40. Qu'il étoit coupable du crime d'Incefte. 

50. Qu'il étoit coupable du crime d'Avortement. 

Et nous conclurons enfin , que les calomnies dont on l'a chargé , ne peuvent être 
que l'effet d'un noir 8c déteitable complot , donc nous apporterons les preuves. 



PREMIERE PARTIE 

DANS LAQUELLE ON ETABLIT L'INNOCENCE DU P. GIRARD. 

Preuves de l'innocence du Père Girard, tirées des Duplicités, 
Menfonges, Contradictions, & Fourberies de la Cadiere. 

La Cadiere convaincue de Menfonge & de Fourberies parjès Lettres , cotnpoJeeS 

& écrites par fis deux Frères, 

LA Lettre de h Cadiere dattée d'Aix le 15» May 1730. commence aînfî t A nôtre 
heureuje arrivée k jtx qui a ete le 1 9 du courant fur let 10 heures du matin , je n'ai 
fomt balancé d'un feul moment de mettre ta plume à la main pour vous donner de mes nou- 
velles. Jamais elle n'a mis la plume à la main , ( pour ufer de fon expreflion , ) non 
pas même pour ligner fon nom. Comment donc une Dévote, qui de fon côté allait 
à Dieu de il bonne foi ,&.s'élevoit à une vertu aufli fublimeque celle qu'elle s'attri- 
bue dans fes Lettres » a-t'elle été capable de ce menfonge , 2c cela pour faire croire 
à fon Directeur que les Lettres qu'elle lui écrivoit partoient de fa main 1 

"Qui n'admirera ici la hardieiîe des Frères Cadieres, de prétendre que le P. Girard 
dévoie favoir qu'elle n 'écrivoit pas fes Lettres , mais que c'étoit fon Frère l'Abbé î 
car à moins que d'être effectivement forcier , pouvoit-il faire autrement que de 
prendre le caractère du Frère pour celui de la Sœur , tandis qu'il reçoit par la Porte 
cette Lettre d'Aix écrite de la main de l'Abbé qu'il voyoit tous les jours au Sémi- 
naire : on ne peut concerter qu'il ne dut alors croire que la Cadiere l'avoit écrite 
elle-même; 6c étant une fois dans cette perfnafion fi bien fondée, toutes les Lettres 
qu'il reçût en fui te du même caractère ( car il n'en reçût d'aucun autre » comme ils 
l'avouent eux-mêmes, ) dévoient neceflai rement le convaincre que la Cadiere écri- 
voit elle-même toutes fes Lettres. Sur quoi on doit encore ob fer ver que lorfque le 
P. Girard , pour fe rendre aux prenantes follicitationsde M. l'Evêque, fut à Olliou- 
les quelques jours après qu'il eut reçu, les deux Exemplaires du Mémoire du Carême 
écrit par les deux Frères j comme il ne connoiffbit pas le caractère du Dominicain, 
il demanda à fa Soeur qui avoit écrit cette copie : Elle répondit qu'elle l'avoit écrite 
elle-même, ôc qu'elle le fervok , comme elle vouloit , de deux caractères differens, 
Et pour mieux tromper le P. Girard, i'Ecclefiaftique Cadiere dans les trois derniè- 
res Lettres qu'il écrivit pour fa Soeur , imita ridiculement le caractère du Domi- 
nicain, comme Mrs. les Juges pourront le reconnaître dans les Originaux qui font 
joints à la procédure. 

A la fin de fa Lettre du 1 5 Juin elle ajoute ; Ne ftyezpas furpris fi mon frère £ Abbt 
ne vous remet point ma Lettre > je ne pus ta faire ft'hier au jair a eau je s de mes inhffofi- 
tions. On voit par-là , io, Que c'étoit fon Frère l'Abbé qui portoit ordinairement 
les Letres de fa Sœur qu'il avoit écrites fuî-même au Père Girard, fans avoir jamais 
die , ni fait entendre à ce Père que c'étoit lui qui écrivoit ces Lettres : ainfi qu'elle 
en convient dans fon interrogatoire qu'on vient , contee toutes les règles de l'Ordre 
judiciaire , de donner au Public, 

1°. Que la Cadiere & fes Frères employèrent ces termes pour perfuader au Père 
Girard que cen'étoit pas l'Abbé qui écrivoit ces Lettres: car voici ce que fignîfient 
naturellement ces paroles , & elles ne peuvent être prifes dans un autre fens : mon 
Frère l'Abbé retourna hier à Toulon d'aflez bonne heure, & comme je n'ai pu faire 
ma Lettre que le foir à caufede mes indifpofitions , vous ne devez pas être furpris 
s'il fut chez vous fans vous aporter cette Lettre. Nous ofons les défier de répondre 
à toutes ces preuves de leur fourberie. 

Dans la Lettre du 17 Août , Vous pouvez, pourtant vous apurer que je ne négligerai 
tien de man cote » que je patjerat même les nuits s'tl efi-necejjatte , maigre mes incowmt- 
d.tez, , pour t ou* donner entièrement la vie de celte qui ne devrait pat merttervos attentions. 
Il s'agit ici du Mémoire du Carême. Or quel menfonge & quelle duplicité d'écrire 
qu'elle y pailcra les nuksj tandis que fes Frères qui ont écrit ceci avouent à préfent 
que leur Sœur ne fçavoit pas écrire , & qu'elle s'eft toujours fervie de leur main. 
Le moyen que le P. Girard n'y fut pas trompé , & qu'il ne crût que cette Fille 
travailloit effectivement à ce Mémoire. 

Dans fa Lettre du 8 Août, elle écrit : Ce matin on m'a donné une Médecine qui m'a telle- 
ment épuijée & bouleverjée » quelle ma caufeun crachement de jangqui m'oblige de garder k 
lit- Autre impofture:car comment fes Freres,quin'étoierit pas dans fa chambre,au roient- 
ils pu écrire cette Lettre?Rien n'eft iï fingulier que ia réponfe que fait à cette difficulté 



le P. Cadiere dans fon Mémoire , pâg. io. ta Demoifelle Cadiere difoit \ je fuis *« lit , dans U 
même fétu quelle dit en commençant la Lettre ïje vous écris celle-ci ; il eft pourtant de fat t qu'elle 
décrivait point , puifque , comme nous l'avons déjà fait obferver , ellefçait à terne écrire {on nom. 
D'où il fuit feulement en bonne Logique que ce Révérend Père a écrit contre la verké deux! 
fois au lieu d'une .- & voilà comme il prétend fe tirer d'affaire. Il auroit » ce fembiç , été 
plus prudent de pafler cette difficulté fous aie n ce i comme on en a pane tant d'autres , ôç 
s'étendre un peu plus à nous expliquer tant d'obfcurités dont fa défenfe eft remplie i à nous 
faire comprendre par exemple la différence qu'il faut mettre entre les démarches & les ac- 
tions de quelqu'un : Les démarches font bien fouvent équivoques , nous dit-on , pag. 1 1. du 
Mémoire mais les afltbns ne le font jamais. L'un explique l'autre , ifr cen'efi que par ce concours 
qu'on peut fixer les preuves-. Que veut-on nous dire ï Sont-ce des démarches , ou de actions dé 
fourberie que nous lui reprochons ; Il n'importe quel nom on leur donne , elles n'en feront 
pas moins réelles. Peut- on en effet ne pas le reconnoître , & par tout ce que nous venons 
de dire , & par ces reflexions naturelles , aufqu elles ni lui ni fon Frère n'ont pas répondu t 
ayant même évité de les rapeller dans leurs Mémoires , & dont nous voulons bien leur ra- 
peller le fouvenir , en les plaçant dans tout leur jour. 

Qu'ils expliquent s s'il leur eft poffible j comment leur Soeur fçachant écrire , quoi qu'af- 
fez mal, puisqu'elle adonné au Père Nicolas permiflion par écrit de révéler fa confellion , 
même devant les Juges , n'a cependant jamais écrit elle-même à fon Directeur le moindre 
Billet , quoiqu'ils s'écriviflent fi fouvent , & que cette faveur a été réfervée pour te P. Ni- 
colas. Qu'ils nous apprennent d'où vient ce miftere , de ne jamais adreffer des Lettres au 
Père Girard écrites de la main dû Dominicain , quoiqu'il prit la peine de les écrire le pre- 
mier. Que fignîfte cette affectation fi incommode , de faire copier fes Lettres par fon frère 
l'Abbé ; N'eft-il pas évident que s'ils avoient agi de bonne foy i & qu'ils n'euiîent pas vou- 
lu perfuader au Père Girard que toutes ces Lettres étoient écrites de la propre main de leur 
Sœur , ils lui auraient envoyé ces Lettres ] tantôt écrites de la main du Père Dominicain , 
& tantôt de celle de l'Abbé , fans avoir recours , ainfi qu'ils ont fait à tant de précautions î 
tandis qu'ils n'a voient , félon eux , d'autre part à ces Lettres , que celle de. les écrire & de? 
les porter. Qu'ils nous inftruifent , d'où vient que leur Sœur fçachant Ci bien figner Ion 
nom , puifqu'elle l'a figrté fi fouvent dans la procédure 5 elle n'a jarhais figné une feule Let- 
tre? Meffire Cadiere nous répond que fa Sœur le prioit de les figner. Voilà qui fit bon pour 
«quelquefois , fi l'on veut , mais dé n'en figner jamais aucune i certainement il y avoit du 
xniflére , & du miflére d'iniquité. Ajoutons à toutes ces preuves , fa Réponfe au cent troi- 
Suéme interrogatoire, dans lequel elle avoue n'avoir jamais dit au Père Girard que c'étoient 
fes frères qui e'crîvoieht fes Lettres j Se dans fa Réponfe au cent-unième interrogatoire, elle 
convient d'avoir feint devant fes Campagnes d'avoir écrit la Lettre du 15». May 1750. dans 
la vue apparemment que le P. Girard ne fut pas inftruit qu'elle étoit écrite de la main de 
fon Frère. Continuons encore à parcourir les autres impoftures, dont ks Cadieres font 
convaincus par les Lettres feules de leur Sœur. t . . 

Lettre du 1 1. Juin d'OUioiiles. A peine eut-il prononcé ces paroles que je me vis tout à coup le 
vijage tout couvert de fang , mes deux mains percées à jour t mes playes f oit des pieds, fait du coté 
qui répandaient um grande quantité de fang Nous ne nous arrêtons pas à remarquer que per- 
ïonne n'a jamais vu le fang couler de les playes, fi ce n'eir, le Pcre Nicolas 5 mais nous pr^" 
tendons qu'elle-même, ni fes deux Fieres ne foutiendront jamais ferieufement quelle ait 
eu les deux mains percées à jour. Il doit refulter de la procédure ( & c'eft encore un fait 
de notoriété publique ; que la Cadiere n'a jamais eU des playes aux mains i mais qu'on y 
voyoit feulement quelquefois un point rouge fans aucune playe , loin qu'elles fuifeni per- 
cées à jour. Quant aux playes des pieds , elles n'eurent jamais que la profondeur d'un écu. 
Lettre du 3. Juillet. Enjorte que me trouvant incapable de pouvoir communier avec la Commu- 
nauté , lui-même ( Nôtre- Seigneur ) daigna le faire d'une manière digne de lui. Dira-t'on que 
c'eit le Diable qui la communia ? Il n y eut en cela ni miracle, ni diablerie j ce ne fut donc 
de la part dé la Cadiere qu'une impolture faerilege. 

Dans la Lettre du i ï. Juillet à. laquelle le Père Girard répondit le même jour , elle dit : 
Vous jfave^ que je juis obligée de manger gras le Vendredi & le Samedi t par iimfojjibilité ou je 
fuis de manger maigre a l'avenir : ce qui doit volts montrer l/i .volonté du Seigneur. On me fnfi'e 
de vous dire quepuijque vous voulez, des miracles , vous en aurez, pour vous ajjurer fur cejujet. 11 y 
a ici Une impolture 8c une ir religion : car elle prétendoit que c'étoit. par miracle qu'elle ne 
pouvoir pas avaler le maigre, Ôc fur ce faux miracle, elle faifoit gras les Vendredis & les 
Samedis. C'eft, fur cela que le Père Girard lui répondit • Vous êtes une inconjlante ; ce ferait 
bien pis , fi vous deveniez, gourmande. Paroles auxquelles les Défendeurs de la Cadiere ont 
donne un fèns fi affreux contre le fens naturel i qu'elles prefeuçent à l'efprit > puifque l'in- 

B 



^ 



confiance que le P.Girard lui reproche , efl: le defir de fortir du Monaflerc dans leqiK 
clic ne s'écoic renfermée que depuis environ un mois j Se la gourmandtfe , de ce qu'elle feU 
gnoit de ne pouvoir fupporter le maigrepour avoir occafion de faire gras. 

Lettre du 14. Juillet. On m'a promis , comme je vous l'ai déjà écrit , que puifque vous vou- 
liez, de? Miracles , vous en agriez, four vous convaincre de votre peu de foi. Le P. Girard étoit 
donc , ainfi qu'il s'en eft expliqué dans fes réponfes , bien fou vent dans le doute : Mais que 
vous auriez, la douleur de me voir toute couverte de playes affreufes ér extraordinaires , aufquel- 
hs la Médecine fera aveugle , é" que ma feule fortie d'ici , diffifera dans le moment. Ce n'eft 
pas i'efpricdeDieu qui lui promettoit ce miracle qui n'arriva jamais: ce n'eft pas non plus lé 
Démon du P. Girard , qui , comme les Défenfeurs de nos Parties font forcez d'en convee 
nir j ne voulut jamais entendre à la laifler fortir du Couvent , où elle étoit entrée par révé- 
lation , à ce qu'elle difoit. C'eft donc uniquement l'efprit de menfonge fit d'impoflure qui 
la fait parler. 

Lettre du ç. Août. Il n'y a aucune partie de mon corps qui ne [oit attaquée defon incommo- 
dité : c'efi ici fans doute , mon cher Père le tems qui s'aproche pour vous convaincre de ce que vous 
demandez,. Aujji vous aurez, tout le loijîr d'en voir des preuves telles que vous jouhaitez,. Conti- 
nuation du menfonge précédent ; elle prétend que le miracle promis va s'opérer j mais H . 
n'arriva jamais. 

Lettre du 1 5. Août. A l'égard de mes fourrantes depuis votre départ % je vous dirai ici en 
peu Je mots , que je ne crois pas que l'on puijje foujfrir dans l'Enfer , tout ce que j'ai enduré rjr 
nfl'tnti. *Vn feu intérieur ftmbloit me dévorer ejr me con'umer avec la même activité ej? la même 
force , que celui de V Enfer peut produire fur l'ame des damnez i car à tout moment je me voyoi's 
mou.ir ejr revivre fans ceff'e pour fubir des peines ejr des tour mens plus cruels , qui me déchi- 
raient toutes les entrailles \ On fupplie Meilleurs les Juges d'obferver que nous ne ramàflbni 
pas ici des vifions de la Cadiere : car quoi qu'elles ne renferment pas moins d'impoftures 
que le refte , on pourroit pour l'excufer avoir recours à l'imagination échauffée , ou bief- 
fée d'une Fille. Ce font des faits dont elle devoit connoître elle-même la fauffeté , àuffi , 
bien que fes Frères qui les éc ri voient , s'ils n'aidoient pas à leur Soeur { ainfi qu'il eit k . 
croire ) à les inventer. On voit bien qu'elle ne s'explique ainfi dans fes Lettres , que pour 
exciter la corn paflîon du Père Girard , & le porter à conïentir à ce qu'elle fonît du Mo- 
naitere. 11 faut que ce Père ne fût pas , comme on le prétend , fort paflionné pour elle : 
car il la menaça toujours de la quitter fi elle fortoic du Monaftere , où elle difoit que 
Dieu par miracle l'avoitappellée. 

Lettre du 16. Août. Si j'y avois donné quelque lieupar mafaute % je m'en confolerois aifêment\ 
mats tandis que je fuis f are que je n'ai rien donné aperfonne qu'à vous feul. Il s'agit dti Mémoire 
du Carême que le Père Cadiere, tomme il l'avoue, a voit donné à Mi l'Evêque dès le 1 9; où 
io.de ce mois. Peut-on voir une impofture plus fenfible & mieux marquée î Maispourfuivonsi 
Pour ce qui regarde monFrere le Jacobin, jt feai qu'il avait drejje ejr tiré un Mémoire de certains Faits 
dont il avoit été témoin, ejr dont je lui avois donné connoifjance. il pourroit fe faite qu'il en eût 
fade, & qu'il les eut révélé aM.l'Evêque, mais jefuis plus que convaincue que leMimoite qu'il en 
a fait n'eft jamais for ti de fes mains } & pour preuve de ce que je vous avance ici , cejl que je défe . 
telle perjonne que ce foit de la Fille , de pouvoir vous en produire un feul mot qui f oit écrit de fa 
m.iin, tellement je connais fon écriture. Fous aurits pu ne pas vous précipiter fi fort fur tcfujett, 
il vous étoit facile de vous en éclaircir auprès de moi , & vous auriés reconnu évidemment la fauf- 
feté dont on a voulu me noircir, aujfi-bien que mon Frète dans vôtre efprit* Au refte » la chofe ejl 
faîte. ...Je me contente d'avoir été une viciime innocente fur ce fait dunt vous rn'avés aceufé avec 
fi peu de charité. Le P. Girard depuis le zi, avoit entre fes mains le Mémoire du Carême 
écrit de la main du Père Jacobin. D'où l'on peut voir avec quelle hardieffe elle avance ce 
menfonge , & prétend que c'eft le Père Girard qui a tort. Comment le Père Cadiere pou- 
voit-il prêter fa main à tant d'impoftures qu'il ne pouvoit ignorer ? Dok-on être furprisaprès 
cela que le Père Girard qui lacroyoit une Sainte, ait enfin ouvert les yeux. 

La Lettre du 1. Septembre. Toute cette nuit je l'ai pafjée dans les pleurs ejrdans les gémifjé- 
mens. Je mefu'tsfentte portée à prendre deux fois la difcipltne avec une telle véhémence , que j'en A( 
tsrc'le fang avec abondance \ f ai été encore plus loin , je me fuis laifjée aller jufqu'à avaler des cho- 
ses que l'honnêteté & le refpeclqueje vous dois ne me permettent pas de vous détailler. Je crois n'en 
avoir jamais afjez, fait pour reparer ma faute. La Cadiere n'a qu'à choifîr -, ou elle ment ici, 
ou elle n'eft rien moins que Quiétifte. Mais l'un &c l'autre eft véritable en un fens ; c'eft à J 
dire que c'eft ici un menlonge criant, & que pourtant elle ne l'auroit pas dit ce menfonge, 
fi elle eût été Quiétifte, & fi on ne l'avoit pas élevée dans les ientimens de pénitence & de 
l'amour de la mortification > fentimens touc-à-faic opofés au prependu Quiétifme. 

Raportons encore ce qu'on lit dans cette même Lettre du 1 .Septembre pour la juftifica- 



1 



tion de celle de la Guïol du 30, Août , fur laquelle contre le fens , que les termes darii 
lefquels elle eft conçue, préfencent na eu relie ment a iV-iprit & l'évidence même de la chofè, 
on a fait un fi affreux commentaire : Voici de quoi confondre le glollatcur. Vous aurez la 
bonté , écrit-elle , de dire k Mademoifelle Cttiot que je m ai pas pu lui écrire m càuje demafoîblejj'e j 
& vous aurez, la bonté de lui dire de bouche., ce que je ne puis lui dire par Lettre* qui èfc que je fuis 
mortifiée des fcaniales q&e je lui ai donné , & de toutes les fautes que je puis avoir commifes k fort 
égard, Priez>-lk s'il vous plaît , de fe joindre à mes prières pour en recevoir le pardon. Il s*agïf- 
foit de l'impofturc qu'elle avoit écrite au Père Girard dans la Lettre du 16. Août dont nous 
venons de parler. C'eir de cette faute dont le Père Girard avoit été fi concerné , &L dont la 
Gadicre dit dans cette Lettre & dans les deux fui vantes qu'elle fait de terribles pénitences 
afin d'apaifer ce Père, Se de le porter à continuer fes foins pour la dirig^^£)n n'a qu'à voir 
fes trois Lettres du mois de Septembre podrs'en convaincre. 

Lettre du 5. Septembre. J'ai eu le Malheur jufqtt'k préfent , félon que vomrne dites , elle n'a 
pas de l'humilité plus qu'il ne faut , d'agir dans la vue de plaire aux créatures-. Pour le préfent , 
par la grande mi (e ri corde de Dieu >je mt trouve difpojêe k devenir le jouet , l'a fable & la derijiort 



Girard à reprendre fâ 



de ces créatures dont f aurais pu rethercher l'eflime. Quelle duplicité ! Mais toutes fes Lettres 
ne font autre chofe. Elle impofe ainfi à la vérité pour engager le P. 
direction j mais ce Père ne prenoit plus alors le change. 

Lettre du <?. Septembre, ^uant k mo& corps , il efi réduit dans un état digne de larmes. 
Chaque partie a fa douleur &fon tourment. Le d- flaque mmt de tous mes os , les douleurs d'une 
perfonne qu'on taille de la piene , une de fc ente de boyaux , accompagnée de maux de tête affreux i 
en un mot , des incifions toutes particulières que l'on fait fur tout mon corps , ne font qu'une foiblè 
exprefjion des maux & des peines que j c Jouff're . Le Père Girard étoit bien cruel de ne pas fe 
rendre à une fi terrible pénitence. C'eft qu'au fond il ne croyoit pas , & il avoit raifon, A- 
t'on jamais vu de plus groflîeres impoftures? Il 'faut avouer que le Père Cadiere figure ici pi- 
toyablement. Quand il n'auroit été que le Secrétaire de fa Sœur , comme 31 le prétend , per- 
fonne ne penfera qu'il fût fi fimple que de la croire , &l'on fera convaincu qu'ils dévoient 
bien rire enfemble en faifant femblantde pleurer. 

Et plus bas élit dit. En effet ^Jefus &fa Croix feront toujours ma eonfolation çjr mon partage i 
toute autre ch'ofe ne me fera indifférente & mépri fable. Adieu donc ici* créatures, père , mere,pa* 
fens $• amis vous me ferés plus riemje m vous connaîtrai plus que pour mejouvenit defefas crucifié^ 
je ne mettrai plus ma confiance aux hommesjjefus luijeulfera a l'avenir mon foulagemeht , mon- 
ifperante , mon ufage , mon tout. Jamais ni mépris i ni afronts , oublis , confufions , humiliations } 
abandons j ni dtlaiffemcns i ni tentations, même les plus fortes ne me feront perdre de vit ë l'amour 
de la Croix : Elle feule fera toujours l'objet de thés voru^ejr de mes defirs: Qui croiroit qu'avec dé 
fi beaux fedtimens ( fi elle les avoit eu dans le cœur ) elle dût fo.rtir du Couvent cinq à fix 
jours après ■' comme elle fit? Mais qui pourroit comprendre qu'on ait pu citer une pareil- 
le Lettre à l'Audiance pour prouver le Quiétifme de la Cadiere avec fon Directeur ? 

Mais finitions ces Extraits des Lettres qui ennuyeroient un Lecteur déjà convaincu de 
l'efprit de fourberie qui animoit la Cadiere > quoi qu'on veuille nous la donner pour une 
Fille d'une innocence & d'une fimplicité fans égale, & les Frères qui ont écrit tant de men- 
fonges , pour des modèles de candeur &, de probité. 

La Cadiere convaincue d'Impoflure, d 'Ab fur dite <& de Contradiclion 9 

par fes deux Expojittonsi 

Èri râportant ainfî que nous allons faire , les termes dans lefquels i'Expofitiori de la 
Cadiere faite devant le Lieutenant fe trouve conçue , & en rapeltant certains endroits du 
procès verbal drefié par le Grand Vicaire de Toulon , nous avouons de bonne foi , que 
noUs n'en gararitiflbns pas en toute manière la fidélité ; car il eft réfervé au Défenfeur de 
la Cadiere d'ufer d'un ton âffirmàtif ., en parlant de l'intérieur d'une Procédure criminelle , 
& il ny a que l'avantage d'en avoir fous les yeux l'Original, qui puifle infpirer une pareil- 
le aflurance. Quant à nous, nous avouons de bonne foi, que par raporc à la plainte de 
cette Fille devant le Lieutenant de Toulon , rîcùs n'avons d'autre reflource que de nous 
en tenir à ce qui en eft raporté dans la pag. 1 1. & fuivantës du Mémoire de la Cadiere , 
dont nous ne garantiflbns pas là fidélité j & par raport au Procès verbal drefle par Mr. le 
Grand Vicaire > nous ne pouvons nous confier qu'à l'Ecrit qui a paru depuis long-terris 
fous ce titre dans le Public , & dont les Interrogatoires qu'on a fait imprimer nous four- 
nîflent des lambeaux, & nous en rapellent la Mémoire. 
. Elle y dit d'abord , que dans fes Révélations qu'elle attribue âU Démon & 2tu fociffle du 



*» 



P. Girard , elle voyott ce qui fe paffoic à cent Heùës d'ici , qu'elle découvroït le fond des 
confciences, & que deux fois elle a été élevée en l'air , même devant des témoins. 

Il y a ici deux menfonges é videos $ elle ne pou voit pas voir le fond des confciencespar 
le fecours du Démon , à qui ce fecret eft abfolument inconnu , auffi bien que l'avenir qu'- 
elle dépofe néanmoins avoir auffi connu» ainfi qu'il eft porté dans fesRéponfes aux 24. & 
1 5. Interrogats , & dans la plainte à M. le Lieutenant où, elle dit , que le Diable dans set 
état d'Obfefjion lui faijoit voir le fond des consciences de plu fleurs fcrfonncs .... prêdifant même 
des chofes qui arriveraient à l'avenir, Quant à ce qu'elle ajoute , qu'on l'a vûë élevée en l'air ( 
il n'y a perfonne allez fimple pour le croire j & quoiqu'elle dife ici que ce fait fi extraor- 
dinaire s'cft pafle" en préfence de témoins j elle n*en a produit aucun qui ait expofé un pa- 
reil fait. Parlant des famcufes Polices du Vaifleau dans la Mer noire , elle ajoute dans fa 
Réponfe au 5 8 , ÉMfcroçat & dans fon Expofitionsque pour la punir de quelque infidélité i 
ces Polices difpartl^Rt fans qu'elle pût les montrer au P. Girard , ce qu* elle attribua à une 
punition de Dieu. Or quelle extravagance 1 Si c'étoit lfe Démon , comme elle le prétend i 
qui avoit fait venir ces Polices dans la caffete, pourquoi auroient-elles difparu en puni- 
tion d'une infidélité & d'une faute légère î Cette conduite eft trop opofée aux opérations 
du Démon , mais quel blafphême ! Après avoir mis le Démon en jeu , de vouloir que 
Dieu contribue à cette opération de Satan. 

Dans fa plainte devant le Lieutenant elle àk y qui le P. Girard e'toit Sorcier, qu'il avoit fait 
Paûe avec lui, le Démon , depuis 40. a»* » À condition qu'il f croit un gr and ef prit % & lui donne- 
rait le don de la prédication , moyennant quoi il lui donnerait autant d'Ames qu'il pourrait, Quelle 
abfurdité ! Le 1 J . Girard n'a ur oit eu que dix ans lorfqu'il fit ce Pacte , d'ailleurs infoute- 
nable & inôiii jufqu'à cette heure. Le Démon y au roi t bien plus perdu que gagné j car de 
tant d'Ames que le P. Girard a touchées & converties par fes fermons, c'eft ici la feule 
dont le Démon auroit profité. Il doit réfùlter du Verbal d'Accedit , qu'elle prétend 
avoir reçu une Croix de Notre Seigneur J. C. qu'elle trouva en s 'éveillant après fa- Vifion 
de la vraye Croix de J t C. & elle ajoute qu'ayant encore demandé une Croix à N.S. com- 
me la première » elle en trouva effectivement une dans fa Caflete. Comment a-t'on pu 
nier dans fa Réponfe au Mémoire du P. Girard j la découverte de cette féconde Croix > 
Mais la Cadiere ne dit pas ici , ce qui eft pourtant très véritable , qu'elle étoit fous la 
conduite du P, Nicolas , quand elle reçût de Dieu cette dernière Croix qu'on fit paûer 
pour la même que la première , qu'elle avoit donnée au P. Girard , Ôc que l'on porta à Mi 
l'Evêque. Or outre l'irnooflure toute vifible qu'il y a , à dire que le démon donne ainfi des 
Croix , lui qui abhorte fur toutes chofes cet Infiniment Je nôtre Rédemption j Que veut 
dite la Cadiere, lorfqu'elle prétend que s'écant adreffée à Dieu pour lui donner une autre 
Croix , il la lui fit trouver dans fa Caflece ? Donc ce n'étoit pas le Diable qui lui avoic 
donné la première » comme elle affàre qu'il lui donna la féconde ? voilà pat conféquent 
quelque chofe de plus qu'une fimple Vifion qui ne vient pourtant pas* du Diable. Quelle 
impoiture, & quelle aftreufe contradiction , de prétendre comme on a ofé l'avancer ,qué 
le P.Girard pourroit bien lui même avoir mis cette Croix fur fon lit j c'eft cherchere inuti- 
lement Une défaite après coup. Car i°. l'on ne peut prêter à la Cadiere un langage difie- 
rent de celui qu'elle a tenu. 2°. Le P. Girard lui auroit donc auffi fait venir la Vifion de la 
Croix de J. C. }°. Ce Père n'étoit pas la nuit dans la chambre de la Cadiere qui coucfaoic 
avec fa Mère , ni le matin à fon réveil. 4 . Quelle explication donnera-t'on à la fécondé 
Croix qu'elle reçût 5 lorfqu'elle étoit fous la direction du P. Nicolas. 

On lui fait dire au Grand Vicaire , lorfqu'elle ne cOntinuoit pas , elle crachoir du 
fang abondamment , & qu'elle en crachoit de même les jours qu'elle communbit : com- 
ment accorder cette réponfe avec fa Lettre du 11. Juin au P, Girard , où elle dit ; La priva- 
tion de la Sainte Êuchariflie qu'on ne veut point m* accorder tous les jours , ce qui ferait pourtant l'u~ 
nique foulagentent, tant de mon Ame, que de mon corps, me jette dans une agonie continuelle érmor* 
telle , accompagnée d'un crachement rjr d'une perte fùrabondante de fang, qui me fait frémir. 
Peut- on voir une contradiction plus marquée ? 

Dans fon Expofîtion elle attribue le commencement de fes'Vifions k un fouffle que le P*' 
Girard jetta fur elle i ce qui n'arriva à ce qu'elle raconte , que plus d'un an après qu'elle 
fut fous fa Direction, ne lui étant encore rien arrivé d'extraordinaire. 

Il eiï pourtant certain , & c'eft un fait qui doit être prouvé par la procédure , & en 
quelque manière avoué par la Cadiere dans fes Réponfes aux 7. 8. $ t 1 o* Interrogats , qu- 
elle a dit plus de centfois , que quelques jours après que le P. Girard fut arrivé à Toulon , 
comme elle le rencontra une fois par hazard , elle eut une Vifion par laquelle on lui fai- 
foit comprendre que c'étoit là l'Homme que Dieu lui deftinoit pour ion Directeur , S: 
qu'elle vie diilinctemenc ces paroles fur la tête de ce Père ; Eeçe Homo. 

De 



■ 



De plus, il dokêtreauui prouvé par la Procédure qu'elle t dît fouventà fes Amies, 
sjue quelques années avant que le P. Girard fut à Toulon , Dieu lui avoit révélé fon nom 
de Jean-Bapttfte , en l'ahurant qu'ilfenverroitpour être fon Directeur. 

Elle allure dans la onzième rc'ponfe, que toutes ces Vifions ont cène par l'effet de 
FExorcifme du P. Nicolas , qui fut fait fur la fin de Septembre î 'ôc cependant elle dit que 
la nuit du 1 6. au 17. Novembre , le P. Girard lui rut reprefeftté dans fâ chântbtè /ce qui 
la fît tomber dans ides états convuliïfs. Quelle fuppofition que cette apparition du P. 
Girard ! Le P. Nicolas n'avoir donc pas été fi habile à chafler le Diable. On Voit b t en 
que c'eft ici une invention , pour donner aux Efprits crédules quelque raifon de ce re- 
tour de poueiïïon , qui a été fi fatal au P. Girard. Mais il faut avouer que les Auteurs de 
cette Scène publique n'étoientpas fort féconds en invention > car l'Allemand apporté 
la même raifon du perfonnage qu'elle joua ce jour-là avec la Cadieré ; c'eft elle-même qui 
nous l'apprend : en difant que l'Allemand la mère étant allée le 17. Novembre fe eonfef 
fer aux Carmes, elle crût voir le Père Girard » Ôc qu'alors elle fe fentit prife de toiès fes fens, 
ôc qu'elle vint dans la maifon de la Cadiercoù elle tomba dans les mêmes accidëns. Le P. 
Nicolas eft bien malheureux qu'il faille que ce toit chez lui que pareilles vifions prennent 
àfes Penitentes,ôc qu'elles forrent de fon Couvent pour donner au Public pareil ipectacle. 
Mais pour foûtenir , ainfi qu'il fait , qu'il n'y a aucune part , il n'auroit pas dû s'y trouver ôc 
y jouer le premier rôle. 

Ayant d'abord répondu qu elle n'a aucune raifon de fé croire obfedée , elle dit enfuite 
en fe conrredifant groffierement > que c'eft le Père Girard qui l'a obfedée Ôc Fa forcée de 
recevoir un état d'obfefïion, Ôc elle continue fur cette fimple demande à attribuer à ce 
Père toutes les infamies que chacun fçait, 6c qu'on a affecté de rendre publiques , en met* 
tant au jour l' expofition de cette Fille. 

Elle fixe le commencement de fon obfeflîon depuis environ trois mois lorsqu'elle étoit 
encore dans fa maifon de Toulon , & avant quelle fe retirât au Couvent des Clarifies 
d'Ollioules ; ce qui eft une contradiction bien fenfible. Car ou ces trois mois doivent fe 
prenare du jour auquel elle fait fon Expofition, qui fut le 18. Novembre, & alors le 
commencement de Ion obfeffion tomberoit environ au milieu du mois, lorfqu'elle étoit 
dans le Couvent d'Ollioules 6c non pas à fa maifon, Comme elle le dit: ou ces trois mois 
doivent fe compter avant qu'elle allât à OUioules 5 6c comme elle s'y rendit le 6. de Juin, 
les trois mois auparavant remonteroienr jufqu'au commencement du mois de Mars, 

Ce qui ne peut s'accorder avec l'autre impofture qu'elle avance dans fon Mémoire fur 
laSceurRemufat, où elle dit, quelques jours après ayant appris la mort de la Sieur Remufat 
par la voye de mon Confeffeur , ce qui me vérifioit évidemment les tannoiflances que le Seigneur 

m avoit données quelques temps auparavant fur ce fujet Elle m'accorda, dans le moment la 

délivrance entière d'un état dokfejjion dont y étais tourmentée depuis environ quatre mois. 

La Sœur de Remufat mourut le 1 o. de Février. Donc fon état d'obfeiïion finit alors ôc 
finit entièrement ; comment donc dans fon expofition aflûre-t'elle le contraire? Et com- 
ment l'ayant affuré fi pofitivement prérend-elle attribuer à fa continuation de cet état 
d'obfefuon ôc au Démon même les vifions, les extafes 6c les faits prétendus miraculeux 
dont fon Carême eft rempli, Ôc qu'elle n a éprouvé que depuis la délivrance de fon état 
d'obfeflîon. 

Elle dit dans fes deux Exportions qu'elle s'eft trouvée dans une ceffation de toute prière, 
6c cependant fon Mémoire du Carême ne parle que de Prières 6c d'Oraifons. Toutes fes 
Lettres marguent la même choie, 6c fur tout qu'elle recitoit l'Office, afliftoit à tous les 
Exercices de la Communauté , priait pour les uns ôcpour les autres. Nous n'en rappelions 
pas ici les endroits en particulier ; parce que nous ferions infinis , ôc qu'on ne peut parcou^ 
rir ces écrits fans s'en appercevoir d'abord. 

Le Sieur OfTîcial lui demande ii elle ne fçaif pas que certaines perfonnes ont pratiqué 
des Dévotes du Père GirEdpour leur faire dire qu'elles étoient obfedées : elle répond 
qu'elle n'en feait rien. Cependant c'eft chez elle ôc en fapréfence que le Père Nicolas a 
follicité conjointement avec elle , la Batarel , l'Allemand Ôc la Reboul de convenir qu'el^ 
les étoient^^fledéesi c'eft ce qu'elle a avoué depuis dans fes Réponiaeaux 15 y. &c i>6. 
Interrogats , Ôcc'eft ce qui doit réfulter des Dépofttions de Ces Femmes. 

Nous ferions voir de plus grandes contradictions ôc des impoftures encore plus criantes, 
fi nous pouvions nous reloudxe à examiner à fonds ce tas d'ordures dont fes deux ExpoJi- 
tions font remplies. Il nous fuffira d'en remarquer quelques-unes qui prouvent toujours 
évidemment qu'elle n étoit pas à 15. ans dans l'innocence de mœurs de perfonnes de iept 
ans , comme elle l'a dit dans fes Réponfes aux 62. ôc fuivans Interrogats. Jamais Fille la 
plus corrompue eût-elle ofé s'expliquer comme elle fait ? Dans un endroit elle dit que Ut 







IO 



Mrditîufagedefesfens , en forte qu 'elle demeura fans connoiffance^at les ertchantemens du 
Père Girard, oc cependant elle raconte enfirite les moindres particularités de ce qui fe 
,pafla entre eux deux , comme auroit pu le faire la perfonné du monde la plus à elle-même 
6c la plus attentive à tout ce qui fe paffe. 

Elle ole r âva.nçer que pendant les plus grandes infamies , elle ét&it ravie four tant & char- 
mée par des [entimens tout divins, putf^ut tomes les fois que ee Père la toueboit elle recevait det 
grâces & dès faveur s. Â-t'on jamais rien vu défi hotrible ? On voit bien ici , comme nou&l'a* 
vons dit dès le commencement , la néceflité où l'on eft de recourir à la magie du P. Girard > 
mais on y découvre bien auffi les impoftures de cette Fille : car en fuppofant même le Père 
Girard Sorcier , qui pourrolt croire que Dieu permit au Démon de leduire ainfi les ailles 
fans qu'il y eut de leur faute >,lî cela étoit que oeviendroit fa bonté ôt fa fagefte infinie. 

Appliquons cette même réflexion à ce qu'elle rapporte du fouffle du P. Girard dans fon 
Expolition devant le Lieutenant, guandelk étoit au Confejftonnal, le Père Girard lui ordonnât 
de fouffrir fon fouffle , bien qu 'elle tachât d'y reffter autant quelle pouvait , parce qu'au plus elle 
recevon > au plus elle étoit pafftonn'ee pour lui » & tranfportêe a l'embraffer. C'eft bien ici encore 
où la magie eft abfolument néceffaire 5 mais ne nous arrêtons pas à cette réflexion qui vien- 
droit à chaque pas. Si la Cadiereavoit fait précéder ce fouffle par quelque libertés crimi- 
nelles qu'elle auroit fouffertes volontairement , elle y auroit donné quelque couleur, quel- 
que apparence au moins à l'égard de ceux qui n'ont pas tant de répugnance à croire aux 
Sortilèges, Mais étant alors dans un état de Sainteté auiïi élevé qu'elle le prétend, il faut 
lui remettre devant les yeux que Dieu n'abandonne pas ainfï des âmes qui font à lui , ôt qui 
le fervent de bonne foi & dans la (implicite de leur cœur , dans le temps même qu'elles font 
leurs efforts ( comme elle aflure qu'elle faifoit ) pour ne pas fe laiffer féduire. 

De plus fi ce fouffle étoit une fois admis , quelle horrible conféquence contre un Sacre- 
ment qui eft la deftruction du péché ôc le fléau du Démon ! Une Pénitente fe verroit expo- 
fée , à perdre malgré elle , ce qu'elle a de plus cher devant Dieu ôc devant les hommes , & 
un Diredeur verroit fa réputation , fon honiieur & fa vie même entre les mains de^ toute 
perfonné qui voudroit le perdre. 

Nous ne relevons pas ici les autres contradictions qui fe trouvent dans les Expofitions 
de la Cadiere. Ce que nous venons de dire eft plus que fuffifant pour ôter toute créance à 
ce qu'elle a pu avancer , quand même elle auroit compofé fon hiftoire avec plus d'art. 
Nous nous refervons feulement de faire voir ailleurs la contradiction de la datte qu'elle 
met au prétendu incefte qu'elle impute à fon Diredeur ; elle le fixe à fon retour du voyage 
4' Aix. Quoi qu'on fe fok efforcé d'obfcurck ce point eflêntiel , à caufe de l'équivoque du 
mot , auparavant .- Du moins eft-il bien certain, & on ne fçauroit le nier , qu'elle rapporte 
le breuvage donné pendant huit jours après fon retour du voyage d'Aix , c'eft-à-dire , après 
le 23 . de Mai , ce qui eft plus que fuffifant pour faire tomber tout fon fiftème. 

Contradiclions '& imfojlures dans le [quelles la Cadiere efl tombée depuis 
quelle a interné ce Procès au Père Girard, 

Puifque la Cadiere par une conduite jufques ici fans exemple, vient de donner au Pu- 
blic fes réponfes perfoimelles à l'interrogatoire prêté pardevant Airs les CommiftTaires , 
il eft inutile de nous étendre ici à en faire fentir toutes les contradictions ôt les menfonges 
dont ces réponfes font remplies, même celles qu'elle Ht avant fa rétra£tation. Elles font 
trop fenfibles ôc trop fréquentes pour que nous nous y arrêtions ; nous remarquerons feule- 
ment, i°. qu'elle avoue avoir eu la vilion dans laquelle il lui fut dit, que le Père Girard 
étoit l'homme que Dieu lui deftinoit , Ôc de l'avoir eu au commencement qu'elle s'adrefla 
à lui, c'eft-à-dire , plus d'un an avajtit le fouffle ôc l'état d'obfeftion auxquels elle attribue 
fes vifions. 2°. Qu'elle foùtient hardiment avoir crû ôc croire encore que la; différence des 
fexes ne venoit que de celle des habits. Or peut - on ne pas voir "la contradiction qu'il y a 
entre cette (implicite qu'elle affecte & tout ce quelle raconte dans fes deux Expofitions ? 
j°. Qu'elle a niç que fon frère le Dominicain eûrjamais écrit la minute d^es Lettres, 
ôc ces minutes font cependant jointes à la Procédure. . 

Elle s'eft plaint dans fes Requêtes imprimées, que le P. Girardiui avoit fait donner un 
breuvage dans le Monaftére desUrfulines de Toulon,pour la faire .retrader del'accufation 
qu elle avoit formé contre lui ; on voit affez la groffléreté de cette aceufation criminelle ÔC 
capitale , dont Mrs les Juges ont déjà fenti toute fabfurdité. Voyant enfuite que ce breu- 
vage indicatif d'une nouvelle efpece , excitoit l'indignation du Public ; elle a prérendu 
l'être rétracte , c'eft-à-dire , s'être déclarée coupable de calomnie ôc de parjure , Ôt s'être 







1 1 



çxpofée à fe perdre elle-même de réputation , & à être févérement punie , feulement à eau- 
fe des violences qui lui furent faites parles Dames Urfulines de Toulon. Comme elle n'a 
pu expliquer quelle efpece de violences ces Religieufes lui ont pu faire, ce quelles lui 
ont dit , ce qu'elle a fouffert de leur part ; qu'elle n'a jamais pu en apporter ni dans fes Re- 
quêtes j ni dans fes Mémoires , aucune preuve , pas même aucun indice > elle a encore 
changé de langage en imputant ces mêmes violences à des Perfonnes d'autorité, qui par 
les devoirs attachez aux Miniftére qu'ils exercent , auroient eux-mêmes dû en arrêter le 
cours. Quelle témérité! quelle infoîence ! rien n'eft donc plus à l'abri de fes impoftures. 

Mais pour faire toujours mieux connoître le caractère de cette Fille , il n'y a qu'à rap- 
peller en deux mots fes variations dont elle ainftruit elle-même le Public. D' abord avec le 
plus grand appareil , elle aceufe le Père Girard de j . à 6. crimes capitaux , dont chacun fe- 
roit capable de le faire condamner au feu. Tout eft médité d'avance, tout eft concerté 
pour cette déteftable calomnie, comme nous le ferons voir bientôt. C eft fous la Reli- 
gion du ferment qu'elle foûtient cette aceufation pendant long-temps. Voilà le P. Girard 
Î>erdu de réputation , regardé par tout le Royaume, . comme le plus infâme des hommes; 
e voila expofé aux plus, horribles tourmensi^c par qui? Par cette Fille, pour laquelle il 
avoir pris tant de peine, &s'étoit donné tant de foins. Elle ofe bien foûtenir cette vue de 
fang froid >ôc fi elle avoit pu trouver plus de faux témoins, c'en étoit fait de ce Père, ôc 
toute fa vertu n'auroit pu le protéger. 

Mais la Providence toujours adorable, même dans tout ce quelle ne fair que permet- 
tre , luiménageoit des reflburces auxquelles il ne fe ferme jamais attendu. On réprefente 
à la Cadiere fa Lettre du 24. Juillet, quirépond à ceUe du 22. Lettre fameufe , qu'on 
dépeint comme remplie de fentimens charnels, elle avoué par fa réponfe au 91. Inter- 
rogat, que l'une & l'autre de ces Lettres ont été écrites dans l'efprit de Dieu. On lui 
montre toutes fes autres Lettres, elle en eft ébranlée, elle tombe en contradiction ; 6c 
ne pouvant prévoir tous les faux raifonnemens que fes Fteres mettr oient un jour en ufage 
dans leurs Mémoires , pour détruire, s'il fe pouvoir , la conviction de l'innocence, du P. 
Girard , qui éclate dans ces Lettres, elle fe croit perdue ; elle défavouë les faits contenus 
dans fes Expofitions. ( Car on voit bien par la fuite que ce n'eft pas pour épargner le Père 
Girard qu'elle a fait ces défaveus. ) Or dans le fiftême qu'elle fuit à prêtent, étant reve- 
nue à fa première aceufation , nous lui demandons, d'où vient qu'en fe retraçant pour 
difculper le Père Girard , elle aceufa avec ferment le Père Nicolas d'être l'auteur de tout 
ce qu elle avoir dit contre le Père Girard ? Quels crimes horribles ne lui impute-t'elle pas ! 
& cela , pour fe conformer au langage qu'elle tient à préfenc , contre la conviction inté- 
rieure qu'elle avoit de fon innocence. Ce n'eft donc qu'un jeu pour elle d'expofer ainfi à 
l'infamie & au dernier fupplice , tantôt le Père Girard , tantôt le Père Nicolas , ôc de les 
charger ainfi tour à tour fous la religion du fermenr. 

A ce feul rrait qui caracterife parfaitement la Cadiere , elle eft convaincue par fa propre 
bouche d'avoir fait au moins un faux ferment, fi elle n'en a pas fait deux, ôc d'y avoit 
perfifté plufieurs jours. Il n'y a point ici de faux-fuyant qui puiffe la difculper du crime de 
parjure : ou par un faux ferment elle a voulu perdre le Jefuite : ou par: un faux ferment elle 
a voulu perdre le Carme. 

Ovous, qui jufquesàpréfentvous êtes laiffé toucher de je ne fçai quelle compafïion 
pour cette Fille, ayez en à la bonne heure > elle en eft, dans un feus, bien digne i mai* 
qu'elle ne vous porte pas jufqu à vous aveugler fur fon compte, 6c fur celui du Père Gi- 
rard. Quel parallèle entre ce Religieux qui s'eftfoûtenu jufqu'à l'âge de cinquante ans 
avec une édification ôc une approbation générale dans une infinité d'Emplois, 6c une Fille 
telle que nous venons de dépeindre au naturel , la Cadiere , qui à peine paroit dans le 
monde , qu'elle s'y fignale par tant de fourberies 6c tant de crimes. 

La Cadiere convaincue d'Irréligion , & d avoir fuppofê de Faux 
Miracles four imposer au Public. 

Quoique les vifions dont la Cadiere a rempli fes Lettres , fes Mémoires ôc fes deux Ex- 
pofitions, portent toutes un caractère évident d'knpofture , 6c qu'iLne foit pas moins 
certain qu'on ne peut fanscommettre un facrilege , fuppofer de pareilles vifions de la Ste 
Trinité, de la Sainte Vierge ôedes Saints, ni raconter fauflêment, comme elle a fair, 
dans le Public , dans fes Expofitions , ôc avouer par fes Réponfes aux 1 j. 1 6. 1 7. 42. 23 . ÔC 
autres Interrogats , les grâces qu'elle prétend en avoir reçues ; nous ne nous arrêterons pas 
à ce qui concerne ces vifions , parce que ceux qui fonr prévenus en faveur de la Cadiere 



12 



^pourr oient prétendre , même après ce que nous venons de rapporter des fourberies de 
cette Fille , qu'elle a pris des Congés pour des apparitions ve'ritables , ôc qu'on doit les at- 
tribuer à quelque foibleffe d'efprir , ce qui ne fur jamais fon de'faut , comme on le prouve 
fort à propos dans fon fécond Mémoire. 

Nous nous renfermerons feulement à faire voir que les merveilles dont elle faifoit pa- 
rade , & qui ne peuvent être attribuées à l'effet de l'imagination , e'toient de fa part uni- 
■queiïlent des inipoftures & des impietés , ôc Aous nous propofons de le de'montrer d'une 
manière fi claire ôcfi palpable , que perfonne ne puiffe en douter. 

Commençons par le miracle fur lequeLelle appuyé le plus dans fon Mémoire du Carê- 
me , ôc par lequel elle veut rendre croyables tous les autres > c'eft auffi celui dont fes Frè- 
res avoient le plus fortement affuré M. i'Evêque de Toulon ôc tout le Public , ainfi que la 
Procédure en doit faire foi ; ce miracle confifte en ce qu'elle paffa tout le Carême de l'an 
1750. fans prendre aucune nourriture excepté de l'eau. Au premier jour du Mémoire du 
'Carême écrit par fes Frères , on lit ces mots. La Sainte Quarantaine pendant le cours de la- 
quelle il voulait me nourrir , non point -du pain des hommes , mais du pain des Anges ejr de fa feule 
grâce, qui feule fuffit à fes Saints fuivant l'Oracle de fon Apôtre : No» infolopme vivit Homo. 
JLe P. Cadiere écrivant ceci auroit bien dû avenir fa Sœur que ce n'étoit pas Saint Paul , 
mais Nôtre-Seigneur Jefus-Chrift qui avoir dit ces paroles : mais ce n'eft pas là de quoi il 
eft queftion préientement. Dans le 14. jour du même Mémoire, qui répond au 7. de Ma» 
on y voit -«Cette douleur fut Jt vive quelle me rcduifit au lit en me caufantun crachement rjr une 
perte de fang très confidcrable , fans pouvoir y appliquer aucun remède , ni prendre aucune nourri- 
ture , pendant tout ceCarême , excepté de t eau. Dans le 2 1 . jour elle dit : Je découvris fur les 6. 
heures une multitude d Anges qui m'apportèrent dans un Saint Ciboire le Corps adorable de J. C. 
Pour le coup ce 11 eft pas le P. Girard ; mais eft-ce le Diable ? En medifantque celle qui nefe 
■nourrijjoitplus de viande corporelle devait recevoir celle des Saints. Et à la fin du Carême elle 
ajoute : Je commençai a manger avec voracité , n ayant pris aucune nourriture pendant les 40. 
jours precedens , excepté de l'eau , ce qui efl une preuve miraculeufe que fa Grâce toute pttiffantc 
m'avoitfoutenuë tout ce temps-là. 

^oiu donc un fait certainement des plus miraculeux attefté bien clairement parla 
Cadiere ôc par fes Frères qui ont écrit ce Mémoire , & qui ne pouvoient pas en ignorer 
lafauUeté, ni Y Ecclefiaftique qui mangeoit toujours avec fa Sœur, ni le Dominicain 
qui y mangeoir au moins fouvenr. Or y a-t'il quelqu'un qui ofàt foûtenir que ce fait eft 
véritable , Ôc qu'il eft l'effet de la puiffance du Démon ? Il eft certain qu'il eft unique dans 
fon efpece , ôc que les Défenfeurs de la Cadiere ôc de fes Frères , qui ont fi férieuiement 
feuilleté des Livres pour y chercher les effets du Sortilège Ôc le pouvoir des Démons , 
n'aur oient pas manqué d'en rapporter des exemples , s'il en avoient trouvé quelqu'un. 
Et en effet, fi cela etoitpoiïibJe, comment nous donneroit-on le jeûne de 40. jours de 
Mo île ôc d'Elie pour conft animent miraculeux ? D'ailleurs n'eft-il pas confiant parmi tous 
les Docteurs ,' même -parmi ceux qui ont le plus accordé à l'art Magique , que le Démon 
ne peut pas rendre la vue aux aveugles , la parole aux muets , ôcc. Or il riendroit plus du 
prodige de faire fubfifter quelqu'un fans manger pendant quarante jours ; car il faudroit 
pour cet effet un mouvement continuel fur tous les organes du corps , au lieu qu'il n'en 
faudroit faire mouvoir que quelques-uns pour rendre la vue à un aveugle , ou pour faire 
fur le champ marcher un boiteux. D'où vient que parmi les Infidèles livrés à toutes les fu- 
perditions du Démon , parmi les Peuples adonnés à Fart Magique , Ôc qui y avoient tant 
excellé , comme nous l'allure Mre Cadiere dans fon Mémoire , d'où vient qu'on ne dé- 
couvre aucun veftige de cette Puiffance du Démon? Que n'employenr-ils ce moyen pour 
faire habiliter leurs Armées ? C'eft donc une impofture grofiiére Ôc un Sacrilège énorme 
de la part de la Cadiere ôc de fes Frères , que d'avoir affuré ce fait auiïï polïtivement 
qu'ils le font , dans ce Mémoire , ôc qu'ils l'ont fait de bouche à Toulon à tous ceux qui 
ont voulu les entendre. On peut dire qu'il a été la four ce de la croyance que plufieurs 
eurenr à ce qu'ils racontaient de plus merveilleux de leur Sœur. 

En effet, qui auroit jamais pu s'imaginer que des Religieux , que des Prêtres dont on 
n'avoit , ce femble , aucune raifon de fe défier , euffent été capables de controuver des 
Faits fî extraordinaires. On auroit encore de la peine à fe le perlùader , fi on ne les voyoit 
écrirs de leur main , Ôc fermement afTurés jufqu'à trois ou quarre fois dans le /Mémoire du 
Carême ; Mémoire qu'on ne croira jamais avoir été dicté par la Cadiere tel qu'on l'a don- 
né , à moins qu'on ne mette le Dénion en jeu , qu'on n'ait toujours recours à cette Ma- 
chine ) ôc qu'on ne prérende que l'Efprit malin le lui a diète , ôc elle à fes Frères. 'Mais 

irion du 
dû fentir 



en vérité, un pareil fubterfuge leroit trop commode, d'attribuer ainfi à l'opérati 
Démon , ce qui n'eft que l'effet de leur propre malice. Les Frères Cadiere ont dû 



quon 



I* 

tic les croirait pas fur leur parole , lotfqu'its affuteroient qne leur Sœur leur a dicté ce Mé- 
moire, Se que cet Ecrit ne pafleroit jamais pour l'ouvrage d'une fille de dix-huit ans qui 
fçavoit à peine lire fie ligner fon nom, ainfi qu'ils l'expofent; d'une fille élevee jufqu'd- 
lors'dans le fond d'une boutique, qui néanmoins employé les termes de l'Ecole, & le 
donne les airs de parler de ce qu'il y a de plus relevé dans la Philofophic & la Théologie. 
C'eft pourtant en vue d'exeufer leur crime, fit de donner créance à cette Fable, qu on fait 
dépofer, ainfi qu'ils nous en afiurent, dans le Recollement , à trois ou quatre Rcligieufes 
d'OUioules, qui leur font affidées, qu'elles ont vu fou vent les Cadieres freres fermez avec; 
leur Sœur au Parloir, ou au Confeflional ; qu'elle leur dictoit les LctrrCs & le Mémoire 
du Carême, & cela L rfqu'il confie par les Lettres de la Cadiere, que ce Mémoire du Ca- 
rême devoit être, fie étoit effectivement d'un très-grand (eerct pour les Religieufes d'Ol- 
lioules , ainfi que pour tout autre; mais ces trois ou quatre Religîeufes ont donné dans 
leur dépofition tant d'autres marques de leur palîion par divers traits vifiblement faux , 
qu.'îl n'eft pas à craindre que leur Recolemerw: contraire en bien des choies à leur première 
dépofition , fafle jamais quelque impreflîon fur Meilleurs les Juges. 

Voyons à prefent les diverfes confequences qu'on doit tirer de la fuppofitioh évidente 
de ce faux Miracle. i°* Toute l'accufation de Sortilège difparoit par ce feul trait* car (i 
les Cadieres ont été capables d'une pareille impiété, comme on vient de le démontrer , 
s'ils ont fuppofé un Miracle du premier ordre & aufl] éclatant que celuï-cy , nous avons 
droit de conclure, qu'ils ont également fuppofé les autres, & que les Transfigurations 
en Ecce Hsmo y les Stigmates, la Couronne, les Croix defeenduës du Ciel , les Enleve- 
mens dans les airs, tous Miracles qui fe lifent dans le Mémoire de la Cadiere, écrits par 
fes Freres, font de leur pure invention. Quand nous n'aurions pas d'ailleurs des démons- 
trations de leur faufïeté : déjà convaincus d'avoir mis en œuvre pareilles fourberies jils ne les 
auront plus ménagées, lotfqu'il aura été queftion de faire pafler leur Sœur pour pofledée du 
Démon, comme il leur a plû de le produire en public, pour couvrir leur première démar* 
che,& pour perfuader que tout ce qu'ils en avoient raconté de merveilleux , n'étoit que des 
preftiges S: l'effet du Sortilège. Ainfi cette pofïefïion tant autorifée par le P. Nicolas 
Carme , n'efir plus qu'une mornerie fit unedérifion de la Religion. 

a*. Les Cadieres freres avouent avoir montré ce Mémoire du Carême à M. l'Êvêque le 
15». ou 20. du mois d'Août , ainfi qu'à bien d'autres > dans le temps que par leurs induf- 
trieufes feintes leur Sœur joiiiflbit.de la réputation de Sainteté, n'avoient-ils pas publié à 
qui vouloit les entendre, qu'elle avoir paffé tout le Carême fans prendre aucune nourri- 
ture: ce Fait doit être prouvé dans la Procédure. Ce n'étoit donc pas feulement au 
Père Girard, mais au Putflic fit à l'Eglife même qu'ils vouloient en impoler. 

î". Et c'eft ici une remarque importante : on ne fçauroit avancer que le P. Girard a fait 
croire ce Miracle à la Cadiere & à fes Parens , comme ils ont ofé le foutenir dans leurs 
défenfes. Eh comment auroit-il pu leur perfuader qu'elle n'avoit pris que de l'eau pendant 
40. jours.!. Eux qui la voyoienr tous les jours manger à leur table; &c quoique preflez 
enfuite par la force de la vérité; elle & fes freres ayent avoué qu'elle mangeoit j cependant 
pour ne pas totalement contredire ce qui réfultoit de la Procédure, n'a-t'elle pas tâché de 
colorer ce Fait, en difant dans là Réponfe an 6. Interrogat. que fi elle a voit pris quelquefois 
des alimens fol ides , elle les vomiflbit enfuite » Se que ce n'eft que les 1 j. detniers jours 
qu'elle pafla fans prendre aucun aliment. Qui ne voit que ce vomiflement ne vient qu'après 
coup , & que ce n'eft là qu'une fauffe couleur qu'on veut donner à un Fait impo:Fble? 
Ils ne dévoient donc pas s'exprimer û pofitivement dans le Mémoire du Carême, où l'on 
fait parler ainfi la Cadiere : N'ayant pris aucune nourriture pendant les 40. jours précédente excepté 
de l'eau j ce qui efl une preuve miraculeufe que la Grâce toute- puijfante m avoit foutenuè. Qui leur 
avoir dit qu'elle vomiflbit. précisément [ °ut Ce qu'elle avoir mangé ? D'ailleurs la Cadiere 
ne fe contredit-elle pas ï Elle dît dans fes Réponfes que ce furent les 1 j. derniers jours , fie 
dans fon Expofition elle place ces 1 5. jours de privation de nourriture quelque tems avant 
la fin du Carême. Et enfin c'eft bien affez de dire qu'on a fubfifté 1 j. jours fans prendre 
aucun aliment folide pour n'en être pas crue. 

Mais ce prétendu Miracle jette bien la Cadiere dans d'autres difficultés fit d'autres em- 
barras dont elle ne peut fe tirer. Ce Miracle eft bien plus Miracle qu'il ne paroît d'alrord ; 
car pendant ce^Carême oit cefte Fille n'a pris que de l'eau pour tou^e nourriture, elle étc it 
enceinte de trois - mois, à ce qu'elle nous alTure dans fes deux Mémoires, fixant l'époque 
de la mafle de fangou de chair qu'elle fit au deuxième ou troifiéme joura près Pâques, félon 
la dépofition de la Servante , qui dit , comme nous l'apprend la Cadiere , que deux ou trois 
jours après Pâques , elle Cadiere ouvrit U porte à demi , lui donna à elle Depofante un pot de chambre 
rempli defangy &c. fit elle avoir eu, dit- elle , deux fuppreuiçns de les règles, ce qui em* 

D 



** . . . 

porte trois mois de groffeffe , comme on le remarque judicieufement dans fon Mémoire. 

Voila donc une fille enceinte que le Diable ou le P. Girard fait vivre elle & fon fruit fans 
nourriture pendant 40. jours. Concluons donc qu'une Fille qui impofe fi hardiment à la 
vérité, &. en chofe de cette confequence, n'eft croyable fur rien, qu'elle mangea pendant le 
Carême , & qu'elle n etoit rien moins que greffe* 

De plus que deviendra ce breuvage rougeâtre que le P. Girard , dit-elle , lui porta huit 
jours de fuite pour la faire avorter ï Nous venons de voir qu'il lui a plu de fixer 1 époque 
de fa bleflure deux ou trois jours après Pâques 5 ces huit jours commencer oient donc le 
Mercredy-Sâint ou environ, fi elle veut; d'où vient qu'elle avoue n'avoir pris que de l'eau 
les 1 5. derniers jours du Carême? N'eft il pas vifible que dans le deflein qu'elle avoit d'ac- 
eufer le Père Girard d'avorrement, dans le temps même qu'elle le charge de ce crime, elle 
n'auroit pas manque' de dire qu'outre l'eau pure qu'elle avoit pris , on lui avoit encore 
donné un certain breuvage î Cette reflexion paroîtra peut-être trop délicate ; elle eft pour- 
tant naturelle, 5c Meffieurs les Juges la fentifont bien. D'ailleurs comment placera -t'ellë 
ces huit jours confecutifs avant fa bleffure, puisqu'elle dit elle-même toujours dans le Mé- 
moire du Carême: c'était fur les 10. heures, du Samedi-Saint, lorfque je revins en moi-même 
après avoir déjà pafiê auparavant trente- fix heures immobile ejr hors de toute connoijfance .Comment 
donc peut-elle fe reffouvenir & atfurer que le Père Girard lui porta ce breuvage pendant cet 
inrervale quife trouve dans les huit jours confecutifs,qu'elle prétend avoir reçu cette potion 
meurtrière t Nous nous réfervons de prouver ailleurs d'une manière inconteftable la chi- 
mère de cet avortement. 

Ce faux miracle attelté par la Cadiere & fes Frères , eft , comme Ton voit , une fource 
féconde de raifonnemens , qui battent en ruine tout fon fiftême : on n'en doit pas être 
furpris, il eft de l'effence des menfonges & des impoftures de fe détruire ainfi les uns les 
autres. Nous nous bornerons donc à faire encore cette reflexion qui fuit fi naturellement 
de ce jeûne de 40. jours : cette Fille prétend dans fon Expofition que pendant le Carême le 
f. Girard venait tous les jours fuccer fes playes , tant au coté que des pieds j cependant il eft à re* 
marquer que félon fon Mémoire du Carême elle ne re^ût les playes des pieds que le Ven-. 
dredi Saint; ainfi lorfqu'elle dit que le P. Girard venait tous les jours pendant le Carême fuccef 
fes playes des pieds-, elle fe contredit d'une manière bien fenfiblc. D'ailleurs le P. Girard, tel 
qu'on nous le dépeint, ne faifoit-il donc rien autre que de baifer des ulcères ? Surtout la 
prétendue" groflefie de la Cadiere devant Fcn-hardir 5 Ôc fi elle ne prenoit d'autre nourriture 
que de l'eau , étoit-elle fort difpofée à confentir à la paflion de fon Directeur* 

L'étendue qu'il nous a fallu neceffairement donner à la difeuffion de ce prétendu Mira- 
cle, ne nous permet pas de nous arrêter fur les autres. Auifi, comme nous l'avons d'abord 
avancé, la faufferé vifible de l'un eft une preuve fans réplique de la fuppofition des autres. 
Ainfi les enlèvements en l'air, les Croix venues du Ciel, font des chimères .' fes playes au 
côté & aux pieds étoient réelles, mais naturelles & antérieures de long temps à l'époque 
qu'elle y donne du jour du Vendredi-Saint 1750. Pouvoit-on le mieux prouver que par le 
témoignage que doivent en avoir rendu ceux qui long-tems ayant le Carême ont eu foiri 
de lui panfer fes playes ï On ne voit dans les Mémoires pour les Cadieres aucune réponfe à 
cette preuve û décifive. Quant aux trois transformations en Ecce Homo, il fuffit de reniai 
qu et qu'elles font arrivées feulement «le 7. Avril, le 8. de Mai ,1e 8. de Juillet, pour en faire 
voir le ridicule &. l'impofture groffiere. Pourquoi le démon s'étoit-il fixé à reprefenter cette 
Comédie impie à femblables joun? On fent bien qu'on n'en donnera jamais aucune raifon; 
suffi a-ton de même laiffé très-prudemment cette difficulté fans réplique dans tous les Mé- 
moires pour les Cadieres. 

• D'où vient enfin que perfonne n'a jamais été témoin , comme il doit être prouvé par la 
Procédure, du commencement de ces transformations de la Cadiere en Ecce Homo} Et 
qu'avant de fe barbouiller le vifage de fon fang, elle faifoit retirer fous divers prétextes 
celles qui étoient avec elle, & qui auroient pu être témoins de la manière dont elle s'y 
prenoit pour fe défigurer ainfi. Ce Fait eft certain , & par les témoins & par les propres 
Lettres. On lit , par exemple , dans celle du 8. Août ( on fçait que ces transfigurations 
facrileges arrivoient toujours à peu près le 8. de chaque mois. ) On lit, dis-i'e,dans cettç 
Lettre:/ ai pris ce matin une Médecine qui m'a tellement êpuifé $■ bouleverfc, quelle ma cauféun 
crachement de fang qui m'oblige de garder le lit '> ce qui a effrayé la Communauté , qui au retour de la 
Afejfe, ma trouvée toute couverte de fang. fclle, prit fort prudemment le tems que toutes les 
Religieufes étoient à la Meflé pour le barbouiller Je vifige* La perfonne qui avoit paiTe* 
avec elle la nuit du 7. au 8. juillet ne fut-elle pas congédiée, fous le prétexte de quelque 
befoin ï Et à fon retour, ne la trouve-t'elle pas barbouillée de fang, ainfi que dans toutes 
les autres transformations? • . 



Finitions ce détail abrégé des contradictions j des fourberies & des facriléges de là 
Cadiere par ces deux réflexions qui fe préfentent naturellement à l'cfprit. i °. Peut on dif- 
convenir de la vérité des Faits que nous venons de rapporter Hls font apuyés, non pas fur 
des témoignages qui ne fe Tentent que trop fou vent de la foiblefle de fefprit , de la mé- 
moire» ou même de la paffion des hommes, &l fur tout des femmes , dans le témoignage 
defquels confifte toute la force des preuves qu'on aporte contre le P. Girard; mais unique- 
ment fur des Pièces originales qui exiftoient avant la plainte portée en Juftîce, qui ont 
été reconnues pour véritables. * 

Que fi ces Faits font certains, comme on ne peut en douter, & fi îa Cadiere eft con- 
vaincue en route manière de tant d'impoftures , de menfonges , de contradictions * 
on doit conclure neceffairement que toute cette aceufation qui n'eft apuyée que fur des 
pareilles fuppofitions , eft une calomnie toute vifible, & par une conséquence neccflàlrc» 
qu'elle ne peutêtre s & n'eft en effet que l'ouvrage du plus noir complot dont on ait 
entendu parler. 

Jg«*i7 »y a point m de Cottitfion entre te Tere Girard & la Cadiere. 

11 eft vrai , pourroit-on dire , que le Caractère de la Cadiere & fou génie fourbe & im- 
pofteur ont été démontrés de manière à ne fouffrir aucune réplique. Mais le Père Girard 
H'auroit-il pas pu être de moitié avec elle, & contribuer defon côté à faire valoir des mi- 
racles qu'il fçavoit bien être faux? N'ontMls paspâ s'accorder pour (c donner l'un & l'autre 
la réputation de Sainteté , Ôcabufer de ce voile pour couvrir leur libertinage mutuelr'C'eft- 
là eftc&ivenient tout ce que la malice peut fuggerer déplus fort pour perdre le P. Girard j 
mais nous fournies ; fi afsûrés de démontrer le contraire, que nous ne craignons point 
ce dernier effort de la prévention qu'on a conçue contre ce Père, ou plutôt contre ion 
corps. Detruîfons donc d'une manière invincible ce nouveau fiftême qu'on s'eft errorcé de 
faire valoir à l'Audience; que Meffire Cadiere en fe conrrcdiiant groflierement, a adapté 
en la page 3 3. fur la fin de fon Mémoire, après avoir dès le commencement tantapuyé fur 
le Sortilège , & que le Père Cadiere Dominicain s'eft contenté d'infinuer , fans ofer s'en 
expliquer ouvertement. 

Car, i°. depuis quand eft-il permisà la Cadiere dedémembrer ainfî fa plainte » la chan- 
ger entièrement , la dénaturer, & tenir à prefent un langage diffèrent de celui qu'elle 
a tenu dans fes deux Expofitions , & dans fon premier Mémoire ï Or dès qu'on ne fçau- 
joit varier, former de nouveaux plans d 'accusations, 6c tracer de nouvelles routes, ï[ eft 
évident que le nouveau fiftême de la collufion qu'on voudroit introduire ne peut fubfifter. 

*°. A des raifonnemèns & des foupçons de cette nature, s'ils trouvent place dans l'ef- 
prit de certaines gens , c'eft à la Cadiere elle-même de répondre. Cn la donne ici pour 
Une libertine facrilcge , qui a abufé délibérément de ce qu'il y a de plus Sacré dans la 
Religion, pour faiisfaire fon inceftueufe paffion 5 conviendra t-elle de la realité de ces 
faits ; & pourvu qu'elle trouve 3 incriminer le P. Girard , paiera t-eile condamnation fur 
fa cond iite ? Mais que deviennent alors la Magie $z le Quiétifme qu'elle impute à £c 
FercïSu'r quelles chimères a-t-elle donc bâti deux chefs d'aceufation (Ï atroces? Fr que 
faut il penfer des témoins qu'elle a fait dépofer pour les prouver , & des moyens qu'elle 
employé dans fon Mémoire pour apuyer une faufieté , dont elle conviendront à préient ? 
Y a-t-il rien plus propre à juftifier le P. Girard que cette variation énorme dans ceux 
qui veulent le perdre? 

3°. Pour que l'on pût foupçonner le P. Girard d'avoir été d'intelligence avec la Cadiere 
il %udroit du moins que ce Père eût été auprès d'elle dans le temsde fe- Transformations 
en Ecce Homo, & fur*tout au commencement j ce qui ne lui eft jamais arrivé. Il n'v a été 
que lorfqu'on l'a apellé; & lorfqu'il fut à OHiouIes, le 8 Juillet, qui fur un Vendredy , 
jour qu'il prenoit ordinairement pour fes voyages, il aprit ce qu'il ignorait , Se il arriva 
trop tard , pour être témoin de cette fcéne. 

4 Q . Les Démons qui revinrent poffeder la Cadiere la nuit du 16 Novembre, étoient 
donc auffi fupofés, que ceux que le P. Nicolis avoit chafTez deux mois auparavant i puif- 
que dins le nouveau fiftême, on ne veut ni Magie ni pofleffion. Mais p ut on dire que ce 
qui fe paffa le 16ÔC 17 Novembre , & que l'on apella à l'Audience une Scène & une 
Comédie , fût un effet de la co lufion entre la Cadiere Se le P. Girard ; Peut^on dire que 
c'eft ce Père qui engagea cette Fille à contrefaire la pofTedée 5 . La Scène étoit forgée con- 
tre lui , & elle étoit des plus cruelles* Ce Démon dans Je corps de la Cadiere, ne fit tou- 
te une nu|t & tout le jour mivanr que charger ce Père des plus grands crimes , & cela 
en préfençe d'une infinité d'Affiftans , qui fe relévoient les uns les autres. Qr , dès que 



-s— 



io 

tette feinte Poffcflïon ne peut être imputée au P. Girard, on ne peut lui attribuer d'avoif 
porté la Cadicre à contrefaire l'obfédée ou la pofTédée pendant qu'il la dirigeoit. Ce n'eft 
donc pis le P. Girard qui l'engagea à caufer cet horrible fcandale , à prononcer desblaf- 
phémes, à tourner en dérifion les Prières 8c les Cérémonies de l'Eglife , à|raflemblet 
toute une Ville chez elle ,pour lui entendre dire les ordures les plus groflleres,Ôc les im- 
pietez les plus affreufes. Elle a bien été capable de le faire d'elle-même à l'aide de ceux 
iqui lui faifdient joiier cette Scène : donc elle a bien pu tromper auffi le P. Girard, Se 
vouloir lui impofer & à tout le public pat de faux Miracles. Mais encore une fois, c'eft 
à la Cadiere à répondre elle-même pour fe purger de cetre collufioh , & de tant de cri- 
mes qui en font inféparables. Ou elle a porté une plainte manifestement calomnieufe, & 
«lie l'a foûtenuë par des voyes encore plus iniques, où elle doit faire voir que fôn inno- 
cence eft à l'abri de tous les foupçons injurieux qu'on forme icy contre elle. Ce quelle 
dira pour fe juftifier de cette collufion, en juftifieta également le P. Girard, Ôc tout fe 
réduira , comme auparavant , à la chimère de la Magie & du Sortilège. 

Mais parce qu'il y a un certain public qui nefemettroit guéres en peine de faerifier une 
fille comme la Cadiere, pourvu qu'il pût trouver un Jcfuitc coupable. Nous allons porter 
cette preuve plus loin encore, & faire voir d'une manière fans réplique , que le P. Girard 
a toujours été de bonne foy , & n'a pas agi de concert avec la Cadiere pour la faire paflec 
pour Sainte, comme le P. Cadiere Dominicain a ofé l'avancer dans fon Mémoire. Nous 
ferons voir pour cela que le P. Girard 8.fait de fon côté tout ce qu'il a pu, afin que ici 
grâces extraordinaires que la Cadiere dïfoît recevoir fuflent tenues iccreres , même à l'é- 
gard de les Frères & de Tes autres Parens. i*. Que ce Père a confulté fur l'état de cette Fille 
<les gens habiles, & furtout qu'il l'a exhortée à le faire de fon côté} ce qui prouve invin- 
ciblement, qu'il ne fe paiToit rien de criminel entr'eux , 6c qu'ils n'étoient pas d'accord 
enfemble pour tromper le Public. 3 D .Que le P. Girard n'a été rien moins qu'un Directeur 
complaifant envers la Cadiere j qu'il ne pouvoir fourïrir dans elle les fautes les plus légères, 
■& qu'il l'en reprenoit févérement & avec grand zélé. 4 Ç . Qu'il s'employa auprès de l'Ab- 
beiïe d'Ollioules & des Parens de la Fille, pour concourir au deflein qu'elle avait formé 
de fe faire Religieufe, Se qu'il s'oppofa toujours à fa fortie du Monaftére où elle préten- 
doît avoir été apellée par révélation divine. 5 . Que c'eft à caufe de ces mêmes fautes 
& de ces Sacrilèges qu'il découvrit enfin , qu'il a quitta & la laifia tranquillement s'a- 
dreffer à un autre Directeur ; ce qui achevé de démontrer la fincéritéSc la droirure de fe* 
intentions, & éloigne absolument l'idée de l'infâme commerce dont on l'accufe. 

Jjhte le T?ere Girard na rien oublié pottr tenir dans le plus grand fècret ce qu'il 
voyait d'extraordinaire , ou, ce quil croyait tel dans la fediere* 

Le P. Girard demandant à l'Abbefle d'Ollioules une place dans fon Couvetit pour li 
Cadiere , & lui envoyant enfuite cette Fille, il en fit un court éloge dans deux lettres 
qu'il écrivit à cette Abbefle,£c qu'il a fait imprimer à la fin de fon Mémoire, parce qu'elles 
portent avec elles un caractère de bonne foy & de peffuafion de la vertu de cetre Fille > 
auquel on ne peut {c refufer $ mais dans cet éloga il fe garde bien de faire aucune mention ni 
d*£xtafes,nide Raviflemens, ni de Stigmates. Il ne pouvoit dans cette occafion fe difpen- 
fer, ayant lui-même demandé cette place pour cette Fille, d'en écrire en fecretà celle 
qui devoir être fa Supérieure , & qui avoit inrerêt de connoirre les fujets qu'elle recevoir. 
Mais à ce court éloge près, qu'on trouve dans ces deux lettres du P. Girard , il défie qu'on 
lui produifc un témoignage ou qu'on lui montre aucun écrit qui marque qu'il ait rien dit de 
cette Fille , que ce que tous les Confefieurs difent d'ordinaire 8c fans affectation , des perfon- 
nes qu'ils croyent vertueufes. Il a été fur ce point d'une réfervè & d'une retenue, qui le 
faifoit traiter de myftericux par bien des gens. Il ne recommandoit rien tan ta la Cadiere 
que le filence fur tout ce qui pouvoit lui arriver j il ne recommandoit rien tant à fes ta* 
rens que de ne pas parler au dehors de tout ce qu'ils pouvoient apercevoir d'extraordinaire 
dans cette Fille. 

Comment prouverons -nous ce que nous avançons ici? Rien de fi aifé.La Cadiere elle- 
même nous en aflure dans fon Expofition à M. le Grand Vicaire , qui depuis plus de trois 
mois eft devenue publique dans toute la Province. Elle y dit queyô» Frère fit voir ce Csrtmi 
à Monfeigneur ÎEvêque ; ce que le P.Girard ayant feu , il en .fut au defefpoir , ne lui ayant js m 
mais rien tant recommandé que de nerien dire , ni de donner rien à ferfonne de fes Mémoires,, 
fas même à M. iE-vêques qu'elle garie encore une Lettre dudit Père* C'eft la fameufe Lettre du 
a 1 Juillet t dam laquelle il lui dit , quau cas que M. U Grand Vicaire aille (he%_ elle , commt il 

dut 



A 



17 ' A. 

doit y Aller, qu'au cas qu'il ta qtieftknnkt r quand même ce ferait de ta part de M. t£vêq'ue t eSe ittidifé 

qu'il lui eft défendu de parler. Dans le fyftêmc d'aceufation que fui voient alors les Cadieres j 
ils prétendoient tourner contre le P. Girard ce filence qu'il vouloir qu'on gardât , préten- 
dant le faire pafier pour un mifterc d'iniquité. A préfent le P. Cadicre datis fon Mcrhoitè 
nous dit à toutes les pages que le P. Girard vouloir faire paOer fa Sœur pour Sainte , qu'il 
Ja prônoit par tour. Nous nous contentons d'en extraire ces Textes pris au hâzard aux 
pages lo. & 12. de fon Mémoire, C eft une fuppofition bien grofferc defoùtenirque le P. Cadiere 
a publié les états ejr les Miracles de fa Sœur , tandis quilréjultera de la Procédure , que ceft te Perê 
Girard qui les a publié lui même. Et enfuite , pour jufiifier que c'efl lui le P. Girard ; qui a mani* 
jefté lafainteté de fa Pénitente ; ejr quilfefaifoitun ho'nneur de la publier, ôc plus bas > c'efï dont 
le P. Girard luifeul qui lui a aquis ce nom, cette réputation de Sainte > ceft lui qui l'a certifiée* af- 
firmée & publiée Sainte. Comment accorder cela avec cequedît fa Sœur àSAi fon Expoiltion^ 
& encore avec ce que dit fon Frère le Prêtre 3 dans fa confrontation avec le P. Girard , où il 
doit réfulter qu'il avoue que ce Père lui fit de grands reproches, dé ce qu'il avoir rtfmis à 
M- l'Eve que une coeffe de fa Sœur , teinte de fang,en forme de couronne , & que M re Ca- 
dicre fit à fon tour de femblables reproches au P. Girard fur le filence obftine <\uil vou- 
loir qu'on gardât, prétendant tourner ce filence contre ce Père. 11 s'en explique de la même* 
manière dans fon 'Mémoire p. 4. où parlant dû P Girard -.En vain affef! oit-il de recommander le 
feçret a toute notre Famille j eh vain pour nousy engager , nous menaçait- il que notre Sœur mourrait 
dans % u heures , fi ces états venaient à éclater. Il eft abfolumeiit faux que le P. Girard les ait 
jamais menacés de cette mortjmais enfin félon M". Cadiere , ce Perc ne pouvoitplus for- 
tement recommander le filence. Er à la p. 7. il dit ; Pair myfterieux que le P. Girard avait 
gardé à l'égard dit Prélat [ M. l'Evêque de Toulon ) fur tout ce qui regardait la Direction ex- 
traordinaire de fa Pénitente , firent entrer ce Pafieur dans quelque dtfiance. Comment donc ac- 
corder ces deux Frères enfemble ? Il eft bien furprenant qu'ayant eu fi long-tems pouf 
concerter entr'eux , ils n ayent pu encore y parvenir- C'efl là l'effet ordinaire d'un com- 
plot qui n'efl: fondé que lur le menfongé. 

Mais pour prouver lé fait que nous avons avancé , il n*y a qti'à parcourir les lettres du 
P. Girard. Celle du z z Juillet produite par la Cadiere. Le Grand Vicaire ejr te P. de Sabatiér 
iront apparemment lundi vous voir. Ce dernier, après lui avoir parlé ', m'a fait entendre, qu'il nt 
•vous demanderait rien; mais fi par hasard l'un ou l'autre s'avifoient de le faire , même a", nom de 
ÎEvêque , ou foubaittbit de voir quelque chofe t vous n'avez, qu'à dire qu'il vous ejl étroitement 
défendu de parler ejr d'agir. 

ït dans la Lettre du zj Juillet. M l'Evêque ejr le P. de Sabatiér font inftruits. Ce n eft pas ma 
faute. Je pourrais dire de qui elle-eft. II ne veut pas dire que c'efl: la faute de fes parens , qui 
deux jouVs auparavant avoient attelle à M. l'Evêque les miracles de la Cadicre , & lui 
avoient porté une coeffe prétendue miraculeufe, teinte en forme de couronne, de fangou 
de peinture rouge. Et plus bas dans la même Lettré il dit : // n'y aurait pas aujourd'hui tant 
de bruit fi ton m avait obéi % Il lui écrivit le 2i. Août : Je vous défends de parler à qui que ce 
fait au monde , ni de fon intérieur propre , ni de vôtre propre intérieur , quelque mouvement qu'il 
vous fèmbla en avoir. Et plus bas : N'écrivez, à qui que ce fit à Toulon , à moins que ce ne fait 
pour des chofes indifférentes. Et enfuite > Notre Seigneur veut que vous en ufiez maintenant de la 
forte > ejr H eft indifpenfable de le faire » même àt égard de vos proches. LeP. Girard ctoit bien éloi- 
gné de penfer qu'on le joiiolt , & que les frères Cadieres compofoient 8c écrivoienr les 
Lettres de leur Sœur. Mais pourqifoi nous arrêter ici davantage ? Il n'y a rien de fi cer- 
tain dans tout ce procès » que le foin que prenoit le P. Girard pour que les merveilles dont 
fe pardit cette Fille fuffent fecretes : jufques-là qu'une des raifons pour laquelle il la quit- 
ta, fut d'avoir communiqué à d'autres & à fes Frères conrre fes défenlés réitérées , le 
fameux Mémoire du Carême. Il eft donc démontré j & p^r des preuves littérales , que 
c'efl à tort que le Père Cadiere , pour prouver la collufion entre Je Perc Girard & fa Sœur , 
a fait dire dans fon Mémoire, que c' eft le Père Girard qui a manifefté lafainteté de fa Pêni*. 
tente , ejr qu'il Je faifoit un honneur de la publier.. 

J$fte k P. Girard % a point empêché la Cadiere de confulter des perfonnes éclairées fur fi® 
état , qu'il lui a confit lié de le faire , O* quilta fait lui -même. 

Il n'efl: point d'efprit raîfonnabïe qui ne convienne que fi le P. Girard fous le voile de la 
plus haute pieté , s'étoit accordé avec la Cadiere pour impofer au Public Se cacher fes 
défordres, il n'auroit eu rien tant à cœur que d'empêcher cette Fille de cqnfulter d'autres 
Directeurs, & fur tout de la yok tomber en d'autres mains que les lîennes i & û ce Père a 



^ 



iS 

fait tout le contraire > s'il l'a portée à prendre confeil des perfonnes fages & éclairées dans 
les voyes de Dieu , s'il a vu d'un œil tranquile cette Pénitence lui e'chapper j il en faut 
conclure né ce ffai rement , & qu il y alloit de bonne foi , trompé par cette hipocrite ; 8c 
qu'il n'avoit pas fujet de craindre qu'on éclairât fa conduite. Or , c'eft ce que nous allons 
prouver d'une manière à ne laifler aucun doute dans les elprits. Nous le démontrons 
d'abord par la Cadiere elle-même & fes deux Frères : car on doit fçavoir que dès qu'on 
cite une Lettre de la Cadiere , on les cite tous trois. Ils écrivent donc dans la Lettre d'Aix 
du 19. Mai. Pour ce qui regarde le Révérend Père Bouthier , je me trouve difpofée à lut aller parler 
jufqtia un certain point , de peur de me livrer a de plus grande s peines , dans la volonté ou je fuis de 
me déclarer a lui félon le bon plaifirde Dieu, Et Meffire Cadiere nous apprend page 30. de fon 
Mémoire , que ce fut le P.Girard qui lui confeilla de pafïer par Aix, dans fon voyage de la 
Sainte Beaume, pour confulter le Père Bout hier. Ce Directeur ayant infpiré à fa Pénitente de 
venir en cette Ville fous prétexte de confulter le Père Bouthier Jefuite. Et elle le confu!taeneffét,ou 
plutôt elle fit fembLint de le confulter. Que ne lui cxpiiquoit-elle toutes fes peines , tous 
fes doutes j tous fes fcrupules qu'elle dépofa enfuire dans le fein du Ptre Nicolas? Eft-ce 
la faute du P. Girard fi elle y manqua ? Etoit-il en état d'empêcher cette fille de dire tout 
ce qu'elle auroit voulu au P. Bouthier ? Mais fi le Père Girard étoit tel qu'on le prétend » 
auroit-il jamais parlé à cette Fille du Père Bouthier 5 Encore moins lui auroit-il écrit dans fa 
Lettre du 1 j. Août . je cherchai après le Sermon de Samedi , c'éroit le jour de Sainte Claire , 
votre Tourriere , a dejfein de la prier de vous avertir devous réconcilier pour le lendemain ijene la'pûs 
trouver^ mais je ne doute pas que vous ne vous foyez, conférée avant que de communier. À quivou- 
loit-il qu'elle fe confefsât ? Au PereObfervantin", Confeffeur de la Communauté de bainte 
Claire d'Ollioules, Il ne craignoit donc rien de la part de fa Pénitente. Cette conféquence 
fuit néeeflairemeit. Remarquons pourtant en paffant , que cette Tourriere que le Père 
cherehoit pour lui dire qu'elle fe confefsât, efl la fameufe Matheronej laquelle, s'il faut 
la croire , ayoit vu la veille de Ste Claire le P. Girard careffer fa Pénitente. Et pourquoi ce 
Père vou loit-il qu'elle fe réconciliât \ il continue ,j'ai lieu de frainâre que ce jour- Va même 
vous n'euffe^ manqué à plus d'un mouvement de ta Grâce , ou réjfle à quelque opération intérieure ) 
■ vous y aurez auffifait réflexion. 

Dans la même Lettre du 1 j. Août 3 il parle ainfi à fa Pénitente : La Foy , ^Evangile > fa 
raifon > m'obligent à aller doucement y à comparer les objets ejr les conmiffances , & à éprouver les 
efprits , comme dit l'Apôtre > pourvoir s'ils font de Dieu. Il ne ni efl pas permis de ni écarter de 
cette conduite. Vos rechutes , ainfi que je vous l'ai dit plufieurs fois , me jettent dans une épreuve que 
je ne puis plus foûtenir. Je pourrai d'un autre côté exiger de vous des chofes que votre vertu ne peut por- 
ter. Je ne fuis pas infaillible i & Une m'appartient pas de dire avec S. Paul. que je crois avoir t'efprit de 
Dieu. Je confens donc fans peine, ma chère enfant , que vous confultiez, ou l'Evcquc* par exemple ', 
dont vous ni avez, parlé , ou s' il efl trop loin, quelqu autre DirccJeur. Il ri en manque pas ici ou autour 
d'ici , pourvu que ce foient des hommes de Dieu t qui cherchent la volonté de Dieu , qui oonnoijfent 
les dejfeins de Dieu fur vous, J'en paierai fans difficulté ejrfans envie fur tout ce qu'ils vous conjet lie- 
ront t pourvu que vous ne les interrogiez, pas dans la pure intention de fuir la Croix. 

Rien ne peut mieux juftifier l'innocence , la fécurité & la bonne-foi du Père Girard , 
que ce qu'on vient de rapporter dans cette Lettre à laquelle la Cadiere & fes frères , qui 
reprochent .lujourdhui à ce Père qu'il n'a pas conlulté, lui font répondre par la fienne du 
I 8. Août, ^htant à moi , mon cher Père , je ne veux que ce que vous voule^, & je ri ai befoin de 
confulter d'autres Directeurs fur ce fait, Jl s'agiffoit principalement d'examiner il elle devoit 
reflet au Couvent, & c'eft fur cela que le Père G. tard la preflbit de confulter quelqu'un j 
pourvu que ce ne fût pas dans l'intention de fuir la Croix : Scntimens d'ailleurs bien oppofez 
au Quictifme qu'on lui impute. Nous ferions infinis, s'il nous falloit rapporter les auttes 
endroits des Lettres de la Cadiere & du Père Girard qu^ prouvent le même fait. Il ne nous 
relie plus qu à répondre , à ce qu'on nous dit j que le Perc Girard lui-même n'a coniulté 
perf< nnej à quoi nous répondons qu'il a fouvent pris l'avis de gens habiles Sttrès-fçavantSi 
qui vrajfemblablement ainfi que lui , pançhoient plutôt à croire ces merveilles , qu'à 
foupçouner cetre fille d'une impofture& d'une impiété fi horrible j quoi qu'ils n'en fu lient 
pas entièrement certains, non plus que ce Père. Ce n'eft pas la première fois que d'habiles 
•gens d ailleurs ont été trompez par de faufles Dévotes , & ce ne fera pas la dernière. Le 
célèbre & fai.it Religieux de l'Ordre de Saint Dominique, Louis deGrenade,ne le fût-il pas 
en Portugal , félon l'Hiftorien de fa vie, écrite par un Dominicain. Il y a peu de Villes 
même dans cerre Province qui n'en fournifle quelque exemple. Mais félon eux mèrrts 
le Père Grignet n'étoïr-il pas confulté? Ils ont produit une Lettre de ce Père à la Cad e'rè , 
par où il confte qu'il approuvoit fon efprit. Le Tcre Grignet efl un ancien Profcfleur de 
Théologie , il l'a enfeignée pendant dix ans. Diront-ils qu'il étoit auffi feelerat qui fe 



j 



r 



Tcre Girard ï & le Père Cadîere lui-même ne le compte-fon pour rien > N'approuvoit-il 
pas l'état de fa fœur , lui qui écrivoit fes Lettres & les Mémoires ? Or le Révérend Père 
Thomas Cadiere elt un Bachelier de Sorbonne , comme il fe qualifie dans une de fes Re- 
quêtes ; un Riche lier de Sorbonne , de l'Ordre de Saint Dominique , de cet Ordre , 
comme il nous l'apprend lui-même dans fon Mémoire , fi faînt & fi refpe&able 3 & qui 
contient le (acre dépôt de la vérité , vaut bien un Docteur, De plus il enfeignoit à Tou- 
lon la Philofophic aux Religieux de fon Ordre. Dira-t'on que les Pères Dominicains qui 
prennent un fi grand foin d'élever leurs jeunes Religieux dans les hautes Sciences , euffent 
confié ce foin au Père Cadiere , s'ils ne l'en avoient bien crû capable. Cependant ce Père 
qui voyoit fa Sœur tous les jours , s'y e.ft tmmpé lui même > & quoi qu'il eut appris dans 
fa famille qu'elle avoit des playes au côté & aux pieds que l'on panfoit depuis Jong-tems » 
il a pris ces playes pour des ftigmates ; faut-il s'étonner après cela fi le Père Girard a donné 
dans le panneau ? Difons la vérité ; le Dominicain n'y a pas donné , il a toute la gloire 
d'y avoir fait donner le Jcfuîte j il n'eft denc pas fi fimple qu'on veut nous le faire croire , 
ni les" Jefuites fi fins qu'on voudroit le perfuader. Mais achevons de faire connoitre la 
bonne foi & la fimplicité de la conduite du Père Girard. 

Lé Tere Girard n avoit aucune comptai ftnee pour la Cadiere 3 & la réfrénait 

fort feverement de la moindre faute. 

II ne faut que jet ter les yeux fur les Lettres du P. Girard , & de ÎA Pénitente , pour fe 
convaincre de la manière dont ce zélé & fevere Directeur conduifoit cette fille j ce qui 
eftabfolument incompatible avec la collufion qu'on prétendroit qu'il y avoit entre eux pour 
tromper le Public. Car ces Lettres dans l'intention de ce Père dévoient être fecretes; & 
certainement à moins d'être Sorcier , il n'auroit jamais crû qu'il dût lui arriver de les don- 
ner ainfi au Public. Sans doute qu'il a dû lui en coûter ; parce qu'elles font voir jufqu'à 
quel point il a été la dupe de cette fille & de fes frères ~> mais la réputation de fa probité & 
de fon innocence a dû lui être plus chère & à fon Minïftere , que celle de fon difeerne- 
ment. Nous nous contenterons de donner feulement ici quelques courts extraits de ces 
lettres > qui fuffiront pour mettre la bonne foi & l'innocence de ce Père dans tout fon jour. 
Lettre du i j . Juin. Tant de grâces fignolées ejr fi multipliées demandent abfolument de vous une 
fdelite' & un abandon fans bornes y fans réflexion y fans retour ; ne joignez pas à tant de peines que 
fai d'ailleurs , & à celles que me caufent vos propres peines , l'affliBion défolante oit je ferais , de vous 
voir manquer a Dieu en quoi que ce fait. Et plus haut il lui-dit : Il m'efi venu dans l'efprit que fi 
vous couchfe^fur la paillaffe , & que vous priffiez. la Tunique , quoi qu'on ne la porte pas che-\ vous , 
peut-être vous aurie^plus de fanfé. Vous pourriez, ejfayer pour reconnût tre ce que Notre Seigneur 
exige de vous. 

Lettre du 4. Juillet. Il faut que Marie-Catherine fait toute alefus-Chrifl , ou plutôt il faut 
quelle difparotffe , ej 1 qu'elle fe perdi pour qu'il n'y ait plus que fort Epoux qui #gijfë , qui parle > 
pife montre. On a voulu dans les Audiences citer cet endroit pour pr cuver le Quietifme 
prétendu de ce Père, On aurait auffi-tôt pu citer S. Paul , lorfqu'il difoir, Vivo ego 3 jam 
non ego , vivit verb in me Chrijlus. 

Lettre du. 1 1. Juillet produite par la Cadiere , & qu'on ne foupçonnera pas avoir été re- 
faite. Je rends mille grâces à Notre -Seigneur de la continuation de fes miféricordes. Pour y répondre, 
ma ckere Fille , oubliez-vous ejr laiff'ez, faire. Ces deux mâts renferment la plus fublime difpofîtion. 
Que nos Adverfaires rougiflent d'avoir prétendu contre l'évidence des termes , qu'oubliez* 
vous & laijfe^ faire pour répondre aux miféricordes de Notre- Seigneur , pût avoir le fens impie 
qu ils lui donnent. Il ajoure dan? la même Lettre , Cefcroit : kien pis Ji vous devenie^ gour- 
mande , patience. Je voulais fçavoir fi le maigre fe fuporteroi t. Le tems nous infiruira. Commencez* 
toujours ces jours d'abfiinence parle maigre , s'il ne paffe pas ou s'il revient d'abord , faites auffi 
d'abord gras. Suivez* cette règle. Nous découvrirons lafainte 'volonté de notre Maître. 11 ne pou- 
voir pas être plus iévere envers une fille qui lui avoit écrit le même jour , vous ff avez que 
je fuie obligée de manger gras le Vendredi <jr le Samedi y par l'impoffibilité où je fûts de manger 
maigre . . . Nom b fiant cette impofiibilité » le P. Girard veut qu'on eflaye. 

Lettre du zé Juillet. Le Démon , par U tentation où il vous jette , f la Cadiere vouloît for*- 
tir du Couvent ., où elle difoit avoir été appellcc miraculeufcment par une vifion de Sainte 
Claire fait fes efforts pour rendre fier ile s ejr infructueux les bons Commencemens , où vous voyez w- 
tre Communauté , pour faire feandalifer extrêmement ejr avec fondement les perfonnes de pieté K pour 
rendre ma pri fable la pratique du bien ejr les dons du Ciel , pour faire rire ejr affermir dans le de/ordre les 
libertins. Et ceft vous qui deviendrez fon infirument tour ces œuvres maudites , après vous être mille 



20 



fois offerte ftJefas-ChrijipourfotUenirfes intérêts & fa gloire. Ah \ ma chère jtjfanf , je ne puisait 
le perfaader. Il faudrait pour cela que toute votre conduite ne fut qu'hypocrifie , que àiffimulation > 
qu artifice , que rpenfonge , que malice diabolique , comme le monde aurait droit de le conclure. Mait 
en voilà aflèz ; il faudrait tranferire la Lettre toute entière , qui finit ainfi ; Adieuymm fille, 
je fais toujours tout à vous , fi vous voulez être toute à Dieu. 

Voici ce que la Cadiere répond à cette Lettre par la fienne du 29 qui fera voir avec cora- 
bi en peu de fondement , & avec quelle te'merite' on a oie' avancer que le P. Giratd avoit 
refait ces Lettres. Je fais au défefpoir d'avoir été infidèle pour le paffé. à te/prit de Dieu , de riavoh* 
•pas profité de vos avis falut aires. L'efprit de vérité pte fait comprendre pour le prefentmon erreur fa 
faon égarement, V aurais voulu comme je lejèns aujourd'hui, à mon grand regret , nefaivre que met 
propres fins ejr mes intérêts , ou pour mieux dire les illufions du Démon , qui m avoit tellement, fafci- 
né les yeux de l'e/prif ejr du coeur, qu'il me fembloit remplir la volonté du Seigneur ejr n'exécuter que 
Ces dmeins , tandis que je m'en éloignais d'une manière ouverte. J'en ai toute la douleur que puijfe 
reffentir une ante fidelle au Seigneur , ejr je cannois fenfiblement le tort que fat eu de ni égarer des 
•voyes que vous m'aviez fi Jouvent preferites : maisfayez ajfuré une fois pour toutes quh l'avenir je 
mous donnerai des marques de mon repentir par une aveugle obéïjfance à vos ordres , ejr un; parfaite 
foumiffiw à vos confeils. Le Seigneur m'a faitfentir vifiblement la grandeur de ma faute &c. & 
enfuitc , Qtiil me continué fes grandes mîfëritordes , qu'il mé délivre de l 'artifice de l'Ennemi dt 
mon falut , qui ne cherche que ma perte ejr le trioniphe des libertins , &c. 

Or qu'il nous l'oit permis de demander aux Cadieres frères , fi le P. Girard n*a pas écrit 
le contenu de la lettre du 26. Juillet , fi capable elle feule de le juftiner de tous foupçonsî 
Qu'ils nous dilent , à quoi la Cadiere répond dans fa lettre du 25?* 

La L^re du 1 j. Août n'eft pas moins forte ni moins décifive pour la juftîfkation de ce 
Père ; la Cadiere lui avoit témoigné quelques fentimens d'impatience & de dépit fur les 
inftances qu il lui avoit faites de lui remettre le Mémoire de fes révélations, 6c il lui icnx % 
®)ue puis -je ejr que dois-jé penfèrcFune telle conduite ï A quel ef prit vous êtes- vous lai (fée guider en ceci > 
Dans quelles perplexités me jettez-vouS ï J'ignore quelle pénitence vous pouvez avoir faite > toujours 
fi avez- vous pas été feule à la faire , ejr elle nefi pas finie. Ma trifieffe efi jointe à la votre : nouSfouf' 
frirons enfemble la peine de votre chute : & peu après 3 Ces fautes réitérées déjà plufieurs fois en m* 
préfence , me rendent timide far un nouveau voyage, çjf me font craindre d'être l'accafion de quelque 
nouveau péché { on a mis dans l'impreffion des Lettres à la fuite de notre premier Mémoire 
mauvais péché , c'eft une faute de l'Imprimeur ) & il avoit dit plus haut : Notre Seigneur ju- 
gera entre la fille ejr le Père \ ce qui me touche » nefi pas ici ce qui rrie touche , c'efl ce qui regarde mon 
Dieu , ce qui regarde ma petite ; mon Dieu efi grièvement offenfé 5 ejr c'efl par Marie Catherine. 

Par la Re'ponfe que fait la Cadiere à.cette Lettre, on voit évidemment qu'elle n'eft point 
refaire. Elle eft du 1 8. Août j elle commence ainfi : Votre dernière Lettre que j'ai reçue pari» 
voye de ma chère mère , a mis le comble à mes peines (jr à mes fouffrances , que je reffens dépars trois 
jours , c'eft à-dire depuis la Lettre du Père du 1 5. je vous les tais ici pour les faporicr toute feule , 
comme je le mérite - 3 vous voulez les ignorer, comme vous le marquez , je ferai plus fecre te à l'avenir 
À vous en cacher la cannoiffance. Ceit pour répondre à ce que le P. Girard lui avoit écrit :/i- 
gnore quelle pénitence vous pouvez avoir faite : ce qui choquoit fort la vanité de cette fille. Elle 
continué : je fais au défefpoir , mon cher Père , de ne vous avoir pas plutôt pu accorder les papiers 
aue vous me demandez ïjë reconnais quily a de ma faute , qui efi d'autant plus grande à mon égard 
qu'elle efi caufe de toutes les peines que vous fouffrez. , . . ma conduite jufiifiera mes démarches pxjféts 
auprès de vous far ce fajet. Il faudrait copier toute la Lettre pour faire fentir que c'eft la ré- 
ponfe à celle du 1 j. Août» & par conféquent, que cette Le:trc du 1 5. Août, û capable 
de juirifier elle feule, la bonne foi du P. Girard , n'eft point une Lettre fuppofée ou re- 
faite. Car encore une fois , û ies Cadieres n'en veulent pas convenir , qu'ils nous expli- 
quent donc ce que fignifioit cette letrre qu'Us écrivirent pour leur Sœur. 

La Lettre du P, Girard du 12. Août & celle de la Cadiere du 26. prouvent évidemment 
qu'il n'y a jamais eu de collufion cnrr'eux pour tromper le monde & pour entretenir ud 
mauvais commerce à l'abri de leur réputation ; puifque ce f ère la foupçonnant de vanité 
& de défobéïflance pour avoir fait part à fes frères , & par eux à d'autres des grâces qu'elle 
prétendoit avoir reçues pendant le dernier Carême , lui fait fur cela de grands reproches, 
& dit que c'eft la plus cuifante affliction qu'il ait encore éprouvée à fon fujer. Il lui parle 
enfuite en Maître > & l'on fent bien qu'il n'avoit aucun intérêt particulier de la ménager 
comme fans doute il aurait dû le faire, s'il fe fût ienti coupable de la moindre partie des 
crimes qu'on lui impute. 

La Cadiere répondit à cette Lettre Je 26. & fe tira d'affaire comme elle pût par mille 
*nen Congés auxquels fes frères prçtoient leurs mains. Elle commence ainfi cette Lettre : Je 

n'ai 



i 



31 
naipu répondre plutôt à votre Lettre par l'extrême impui fiance où elle m'ajettéc. Il y a quelques 
jours que je vous marquai que je ne pouvais fupporter tous les dons de Dieu \mais pour lepréfent , je 
ne k aurais foutenir toute l'étendue de vos rigueurs à mon égard. Jufques à prejentje m'étais confo- 
kepar la douce efperance que je. trouverais en vous les marques de bonté ejr tendre fie que j'y #vois 
toujours reconnues, mais l'expérience méfait voir tout le contraire. Or nous défions les Auteurs 
du nouveau fiftême d'allier cette conduite du P. Girard, & les rigueurs dont la Cadiere fe 
plaint , avec les crimes qu'on lui impute. Ce P. auroit plutôt tout dévoré intérieurement 
de la part de cette fille , que de la choquer ainfi ouvertement pour des bagatelles. 

£hte le P. Girard a appuie le deffein que la Cadiere avoit ou faifbit femblant d'avoir 
de fe faire Religicufe , qu'il s'employa four la faire recevoir au Couvent de Sainte 
Claire d'Ollioules , & soppofa toujours à fafortte de ce Monaflere , ou, elle difoil 
avoir été appellêe par Révélation divine. 

. Ces deux faits font tellement certains & avérés par les lettres du P. Girard & de l'Ab- 
befle d'Ollioules, & par les Lettres de la Cadiere, qu'on a été forcé d'en convenir. Mais 
s'ils font confiâtes ces faits , comme l'on ne fçauroit en douter, quelles plus grandes preu» 
ves peut- on defirer de l'innocence du P. Girard? A-t'on coutume d'en ufet ainfi, lorfque 
l'on eft pofïedé d'une paffion auffi vive ? N eroit-il pas en pleine liberté avec cette fille à 
Toulon ? Ne la voyoit-il pas chez elle autant qu'il pouvoir le defirer? N'avoir-il pas, ainfi 
que s'expriment les Frères de la Cadiere dans leurs Mémoires , tellement fafeiné les yeux 
déroute cette Famille, que loin de foupçonner aucun commerce criminel , ils lesregar- 
doient l'un & l'autre comme des Saints à Miracles. Il y a plus : la Cadiere & Ces Frères ne 
veulent-ils pas nous perfuader , qu'après fon retour du voyage d'Aix , c'eft-à-dire , quel- 
ques jours après le 23 . de May , le P. Girard fatisfit fon inceftueufe paffion , quoiqu'ils ne 
veuillent pas avouer que ce fut pour la première fois. 

Or la Cadiere entra au Couvent le 5. de Juin, & y entra aux inftanres follicirations de 
fon Confeffeur. Quelle conduite ! En a-t'on jamais vu de pareille ? Qui lui avoit dit qu'elle 
n'étoit pas enceinte , puifqu'elle prétend l'avoir été une autre fois ? A quoi s'expofoit-il 
en fe donnant des foins infinis pour faire entrer dans cet état cette Fille au Couvent, lui 
qui auroit dû , dans les circonstances , ott on le place, fe donner tous les mouvemens pof- 
fibles pour la détourner du deffein d'entrer dans ce Monaflere ? A ce trait peut-on rné-* 
'eonqoître la calomnie ? 

Elle ne paroît pas moins évidente par la conduite que tint le P. Girard , pour empê- 
cher que cette Fille ne fortît du Couvent, comme elle en forma le deffein , à peu près un 
mois après y être entrée. Ses Lettres & celles du P. Girard ne roulent preique que là- 
deflus. On y voit d'un côté tous les artifices que cette Fille- met en oeuvre , pour porter 
fon Directeur à confentir à cette fortie , jufques à feindre des maladies , dont il n'y a point 
d'exemple : qu'elle ne pou voit pas avaler lus viandes maigres , dont on ufe dans ce Mo- 
naftére, quoiqu'elle avalât fort bien le gras. Et parce que le P, Girard ne fe rendoit pas 
pour cela , elle pouffa fon impofture jufquà lui promettre des Miracles , ejr quelle fera, 
couverte de playes afimtjes ejr extraordinaires auxquelles toute la Médecine jera aveugle , ejr que 
fa feule fortie diffipera dans le moment , comme elle le lui écrivit , ou plutôt fes Frères , le 24. 
Juillet, & elle avoit tellement cette fortie à cœur , qu'il fallut que le P. Girard lui écrivit 
la Lettre du 2 6. Juillet, où affurérnentilne l'épargne pas : il lui fait fentir qu'il ne confentira 
jamais à fon deffein, à moins qu'il ne voyedes preuves évidentes de la volonté de Dieu ; 
puifqu'elle prérendoit y être entrée en fuivant cette même volonté,qui lui avoit été itiani- 
feftée par révélation. 

La Cadiere même & fes Frères ne conteflent rien de rout ceci, parce qu'ils font hors 
d'état de le faire, ces faits étant des mieux prouvés par les Lettres de cette Fille. Or à 
quoi ne s'expofoit pas le P. Girard » en s'opofant ainfi de front au deffein de cette Fille, &C 
a la réfolution fixe de quitter le Couvent, dont elle n'avoir jamais voulu démordre ? Que 
ne rifquoir-il pas en la choquant par un endroit d fenfible , & de quoi n'eft pas capable 
une fille que l'on pouffe à bout? En bonne foi, en auroit-il ufé de même, fi cette fille avoir 
pu le perdre d'un feul mot, qu'elle auroit pu dire même fans rifquer fa réputation 5 car- 
elle n'avoit qu'à l'accufer de l'avoir vainement tentée & follicitée, & d'avoir pris mal- 
gré elle quelques libertés , c'en étoit fait du P. Girard , au moins auprès de M. l'Evêque j 
& de fes Supérieurs; & fi ce Père arefiftéfi conflamment au deffein que cette Fille avoir 
formé de for tir du Monaflere s fi fur ce point là , & fur d'autres encore , il l'a traitée fi 
durement s ne doît-on pas conclure qu'il étoit bien affuré , qu'elle ne pouvoir rien lui re- 
procher? 

F 



^ 



11 



Qte le Père Girard a abandonné volontairement ta dire fît on de la Cadiere \ 

& afottfj-crt tranquillement quelle prît un autre Confejjettr , après 

s'être aperçu qu'elle l'aVcit trompé. 

La Cadiere prérend dans toutes fes défenfes , que cVft elle quï a voulu la première aban- 
donne r 1e Père Girard Elle ne le prouve pourtant nulle part ; mais quand ellel'auroit dé- 
montre â -&.que ce fait feroit véritable , elle ne pourrait en tirer aucun avantage 3 puifqu'elle 
l'aurait quitté uniquement , p;rce que le Père Girard ne vouloir pas confentir à fa forrië du 
Couvent d*Ollioules,ni lui pardonner la duplicité, & le rnenfonge qu'elle avoitavancé 
<îans la Lettre du 26. Aouft touchant le Mémoire du Carême , où elle lui difoit contre 
la vérité, tandis que je fais J un que je n'ay tien donné a personne qu'a vous Jeu t , quoiqu'elle 
l'eut donné non-ieulemcntau Père Cadiere .* mais que ce Père l'eut compofé lui-même, 
corn me ileft évident par la feule lecture de cette Pièce. Elle a ajouté dans la même Lettre : 
je défie telle perfonne que ce Joit de la Ville, âe pouvoirvous enproduhe un f cul mot qui fait écrit de 
fàmàm '; tellement je cannois jcn caractère ; quoique le Père Girard fut nanti pour lors de ce 
Mémoire écrit par le Dominicain. Amfi ce le toit toujours le Père Girard qui auroic 
mieux aimé qu'elle l'abandonnât , que de la loutTrir hors du Couvent , & de lui paflèr fes 
duplicitez. & fes menfonges , qui tous feuls fuffifoient pdur lui faire comprendre qu'elle 
n'etoit pas dans ce haut rang de vertu où il l'avoit crue julqu'alorSjCe qui revient toujours 
au même; & il n'en feroit pas moins vrai, dans un fens , que le P. Girard l'avoit effecti- 
vement abandonnée à un autre Directeur. Mais parce que ce fiftême qui met toit égale- 
ment l'innocence du P. Girard à couvert , n'eft pas félon l'exafte vérité* nous foûtenons 
que noncbftant la rigueur dont le P. Girard avoitufé envers elle , elle aimoit encore mieux 
qu'il continuât de la diriger que de le quitter en rifquant la réputation de Sainteté qu'elle 
s étoit acquife par tant de foins , d'impoftures ce de facriléges. Ses propres Frères nous en 
fournirent encore la preuve dans leurs Lettres qu'ils ne peuvent défavoiier , ainfi qu'ils 
ont la mauvaife foi de le faire de celles du P. Girard , en difant qu elles ont été refaites; 
quoique dans fa réponfe au 16. Interrogat, leur Soeur ait avoué que ce font les mêmes 
Lettres qu'elle avoir remues. 

Après la dernière Lettre du P. Girard du 22. Aouft , par laquelle il reproche à cette Fille 
d'avoir montré , contre fes défenfes , le Mémoire du Carême , & où on lit ces paroles 
remarquables : Si ce toit vous quifujficz,la coup abte de la communication de ces papiers, il n'y aurait 
rien à dire , ni à faire de tout ce que je viens de vous marquer par raport a la maijan oùvous êtes : 
niais jugez, dans cette circonstance quels reproches f aurais a tous faire , & combien vous me perses, le 
mur, Après cette Lettre , dis-je , le Père Girard ayant eu le moyen de feavok au fur que 
c'étoit elle qui avoir communiqué ce Mémoire , quoiqu'elle le lui eut nié fi hardiment : 
Voyant d'ailleurs dans ce Mémoire des Faits vifiblement contraires à la vérité, & aprenant 
d'autre part certaines circonftances qui lui firent ouvrir les yeux fur Phipocrifie de cette 
Fille , il réfolurde la quitter. Ce que la Cadiere ayantapris,cV: aprehendanr avec fes Frères 
que la démarche du P. Girard ne fit quelque éclat, & ne fervîtà dévoiler leurs impoftures , 
ils n'oublièrent rien pour apaiferce Père , & ils lui écrivirent trois Lettres tout de fuite du 
1. j. & 9. Septembre qui prouvent tout ce que nous venons d'avancer, & combien la 
Cadiere & fes frères craignoient que le Père Girard 'ne 1 abandonnât. Us virent bien qu'un 
homme tel que lui ne pouvoit être ramené que par des fenrimens de douleur que leur 
Sœur lui témoignerait de fes fautes palTées. Us écrivirent donc au P. Girard le premier Sep- 
t mbre en ces termes -.far la mifèricorde du Seigneur , je me trouve difpafée à juivre tous les avis 
que vous m'avés donnés avec uneexailitude & une fidélité inviolable en tout ce qui d pendra de moi...* 
pour ma di\pofition pré fente, cefl une douleur fi grande &fîvive qu elle méfait mourirpour aïnfidirt , 
atout moment du jour, douleur qui m'eficaujée à caufe de mon infidélité* ejrje ne puis dire autre chofe 
dam cet état , fi ce nefi que je feuhaite de mourir de douleur ejr de repentir j & enfuite , Nôtre- 
Seigneur m a paru fur la Croix en me difant que par ce facrifice ejr cette mort ignominieufe qu'il avait 
foufferte pour moi, ilvottloit bien encore me pardonner ces dernières fautes que j'ai eu le malheur de 
commettre ,$ il me dit encore que ce ne ferait qu'après avoir fatisfait à jajufiice ; pour cela il me 
donne defî grands defirs defouffrancts, qu'il nefi rien au monde que je ne voulu Jje faire pour pouvoir 
ïindemntjer. Toute cette nuit je l'ai pape dans les pleurs ejr dans les gemijfemens , ejrc. Il faudrait 
tranferire toute la Lettre pour voir combien elle donne la torture à fon efprit pour en- 
gager le P Girard à reprendre fa direction. Mais ce fut inutilement. 

.Elle ne délelpera pas pourtant de réùflir non plus que fes Frères, qui voudront peut-être 
encore nous perfuader qu'ils ignoroientde quoi leur S ce urrémoign oit une fi grande douleur. 
JEtquoi que le Père Girard ne fit point de réponfe, elle lui écrivit le/, de ce mois pour lui 



. . . 2? 

^rfioigner l'extrême douleur de Tes fautes, & le toucher de ifompVïftdr/. Dans cette Lettre 




iieipathtidtt ph s grand de tons les biens.]'' ai eu le malheur jùfqifa preji-nt, (ekn ce que vous 'dites 
d\*gir dans la vue de plaire aux créature s% pour k prefen t j e me trouve difpcfce à ttwènirU jouet, Ht 
fable cr la àérifion de ces créatures. Je cottjens^ n'Jubir cette pénitence tjr f«« {dtijalhon que vous 
"kmtdrcz, exiger de moi. h'aprehendez, point dtme mettre atvuics. les épreuves que vous jugerez k 
•frepos } &c. Elle continue fur le même ton , & promet merveilles , iï le P. Girard veut bien 
continuera prendre foin d'elle; mais ce Père s'obftina en cote à ne rien répondre. 
- LapreuvequeleP. Girard ne daigna plus répondre à cette fille depuis Je 22. du mois- 
■tl'Aouft, eftque ce jour-là elle lui renvoya fes Lettres, & que file P. Girard lui avoir écrit 
■depuis ce même jour , elle ne manquerok pas de produire fes réponfes , puifqu'eile les 
àuroit encore; ou 11 Ton dit que le P. Girard lui écrivît depuis ce tems-làj il faut que ce fut 
d'une maniereà la convaincre de fes fmpoftures, & en ce cas, elle n'auroit garde démettre 
ces Lettres au jour. Mais nonobstant le filence obftiné du P. Girard» on fit encore une 
■dernière tentative pour le gagner, fe croyant perdus les uns & les autres, &tous leurs 
artifices dévoilez fi ce P. ne îerendoir pas. Ils lui écrivirent le 9, de ce mois la Lerrte du, 
monde la plus capable de le toucher » elle eft fort longue & fort propre à démontrer tou- 
jours plus la fourberie des Cadieres qui ont compofé & écrit ces Lettres ; mais inutilement 
la rranferirions-nous de nouveau , après qu'elle a été imprimée tout au Ijng à la fuite de 
notre premier Mémoire. 

Cette Lettre n'eut pas le fuccès qu'ils fouhaitoienti car le P. Girard fe confirma toujours 
plus dans le parti qu'il avoit pris de ne plus fe mêler de la direction de la Cadiere , à moins 
qu'elle ne fe reconnur non feulement coupable de fes fautes , mais qu'elle voulût encore 
les expier, en fe dévouant pour toujours àt'étar qu'elle avoir voulu eaibrafler r II fut pour- 
tant, & avec raifon, touché de con^aflïon pour certe ame qu'il voyoir plongée dans un 
abîme de defordres & dçfacrileges, &il crut que fon devoir & fa chanté dévoient lui 
faire tenter encore s'il ne pourroit pas la convertir & la ramener au bon chemin. 

Il alla*donc!e ly. Septembre pour la dernière fois à Ollioules : mais elle & fes frères 
depuis leur Lettre du p. n'efperant pas pouvoir roucher le Père Girard, & voulant parer le 
coup que ce changement neceflaire de Dire fleur alloit produire } s'adreflerent à M. l'Evê- 
que, & lui rémoignerent la neeeffiré qu'il y avoit de faire fortir leur fecur du Couvent » 
où elle ne pouvoit plus vivre ; & parce que, dirent-ils , le P. Girard n'y voudra jamais 
confentir , il lui faudra prendre un autre Confeffeur. M. l'Eve que qui ignoroit ce qui fe 
paffoit, trouva que cette démarche étoit raifonnable > de forte que lorfque le P. Girard 
furie iy. de Septembre à Ollioules , la Cadiere qui avoit déjà. pris fon parti de fortir du 
Monaftere, le lui dit ; & comme le Père Girard lui témoigna qu'en ce cas , & pour 
toutes les autres raifons qu'elle fçavoir, il ne vouloir plus la confeffer , celle-ci ne l'entre- 
tint prefque d'autre chofe que du befoin qu'elle avoir d'un ConfefTeur , & ne voulut ja- 
mais reconnoître qu'elle eût trompé indignement ce Père & le Public, elle contrefit en-* 
cote la Dévote à vifions & révélations. Sur quoi ce Père fe retira, & afin de ménager M. 
l'Evêque , qui éroit alors dans les intérêts de cette fille & de fes frères , il lui écrivit la Let- 
tre dattée par erreur du ly. Septembre , qui doit être du 16. 

C'eft cette Lettre que la Cadiere a produite au procès; on n'a qu'à la lire pour voir 
avec quel fang froid le P. Girard prend congé d'elle , & combien il y ménage la repura- 
tion de cette fille , ne doutant pas que la Lettre ne fût bien examinée & même montrée 
à M. l'Evêque. Il lui dit donc : ce que vous me dites de plus particulier dans notre entretient du 
moins ce qui me le parut , fut ï article d'unCoxfefjeurfur le bejoin duquel vous infiflktesplus d'une 
fois. J'ai fait mes réflexions là-deffus ; rjr comme d'un côté votre demande efjujle & raisonnable* 
farce que je ne me fens pas ajjez libre pour aller régulièrement vous entendre à la Campagne, eu vous 
penfe\^avousrtndre> (Elle y fut le lendemain 17.) Et que d'un autre coté il efia craindre que deux 
Confejj'eurs ne s'embarraffent l'un f autre,qu 'ils ne vous gênent Jucccfflvement l'un oulîautmqu enfin 
il y a apparence qu il faudrait bien-têt qu'ils fe retiraient l'un ou L'autre après avoir con fuite le bon 
Dieu Je prends, comme il me paroi t le plus à prof os, le parti de céder la place de bonne grâce & fax* 
bruit....Cela empêchera encore moins que je ne continue àjupptier Notrc-Sc/gneur de vous combler 
de fes plus prie teu fes benedicJions....J'eJpere que» de meilleures mains vous irez, plus fur emente^ plus 
"vite , & que fi f ai fait des fautes a votre égard , vous vous fouvtendte^jouf tant toujours quej'a-, 
vois quelque bonne volonté de vous aider , A'c. 

Comment le P. Girard auroir-il olé dire , après avoir con fuite' , je frens le parti de céder la 
place à un autre, il onlui avoit donné fon congé. Mais peut-on n'être pas touché, en voyant 



3* 

avec q»eJJe tranquillité il abandonne lui-même cette fille. Que n*auroit-il pas dû faire 3c 
tente/poui 1 fêla conferver, s'il eut été aufli fcelerar que les Cadieres le prétendent. Les 

Refaites qui, félon eux , avoienrtam de crédit auprès de M. l'Evêque , pouvoient bien 
employer à conferver cette pénitente au Père Girard. Mais la vérité eft que ce Père ne 
vouloit piuslç mêler d'elle , fi elle ne changeait entièrement de conduite , & ne faifoit 
dans crf'Mona'ftere une férieufe pénitence de tous fes crimes. 

Nous avons donc prouvé dans cette première Partie d'une manière fimple & naturelle; 
rnais fenllble , l'innocence du Père Girard , & nous nous flattons que ce contrafte étonnant 
de fourberies d'un côté , de bonne foi & de droiture de l'autre , l'auront mife dans tout 
lorrjour. De forte que nous ofons nous promettre que les efprits les plus prévenus fe ren- 
dront enfin à l'évidence de nos raifons. Car ce ne font pas ici des témoins foibles, paf- 
fïonnés ou aveugles que nous avons produits , niturdes dépolirions infidèles ou équivo- 
ques que nous avons établi la juftificaticn de ce Père > mais nous l'avons prouvée invinci-j 
blement par des faits confiâtes au procès , tous appuyez fur des Pièces dont les originaux 
fontproduits , joints à la procédure , & reconnus par laCadiere elle-même. 

Cependant comme on n'a oublié ni adreffes, ni fubtilitez , ni inventions pour obfcurcir 
l'innocence du Père Girard, d'ailleurs fi bien démontrée» nous répondrons aux principales 
difïicultez qu'on a propofées , &; nous efperons de diflûper par-là entièrement tous les 
nuages qu'on a tâché d'y répandre. 




e; 



SECONDE PARTIE. 

Réponfe aux difficulté qu'on a propofees pour appuyer U calomnie intentée contre 

le Père Girard, 



o 



tjoiqueclans la première partie de cet Ouvrage nous ayons déjà répondu en paflant t 

_ mais pourtant d'une manière folide,à plusieurs de ces difficultés ; pour fuivre néan- 
moins le plan que nous no^Ëpmmes propofé au commencement de ce Mémoire , & 
pour mettre toujours plusla^Çrité dans fonjour, nous allons répondre aux différentes ob- 
jeûions qu'on a faites pour prouver : 

jo. Que le P. Girard étoit d'intelligence avec fa Pénitente* 

a». Qu'il étoit Sorcier. 

3 Ù . Qu'il étoit Quiétifte. 

4. . Qu'il étoit coupable d'incefte Spirituel. 

Sq. Qu'il étoit encore coupable du crime d'avortement. 

Et nous conclurons enfin que la calomnie dont on l'a chargé , ne peut être que l'effet 
du plus déteftable complot , dont on ait oui parler , & nous en apporterons les preuves* 

Comme cette matière , ainfi que Ton voit , eft d'une vafte étendue , nous nous atta- 
cherons plutôt à répondre d'une manière nette & coneife , ftlui porte avec foi la clarté , 
qu'à faire de longs .raifonnemens , quelque avantage que puiffe avoir cette féconde 
manière de défenfe. 

REPONSE 

Aux vaifons qu'on apporte pour prouver que le P» Girard etok d l intelligence 

avec -la Cadiere* 

Il faudroit que ces preuves fuffenr aufli convaincantes par elles-mêmes, que les démonf-' 
trations delà Géoinetrie,pour pouvoir balancer lespreuves que nous venons d'apporter du, 
contraire ; mais il ne peut s'en trouuer de telles contre la vérité fi bien établie , qu'il n'y a 
jamais eu de collufion entre le Père Girard & fa Pénitente, Aufïi n'aporte-t'on que des dou- 
tes oc des foupçôns , qu'il fera bien aifé de diftîper ; & pour commencer par le plus fort 
de ces doutes , & qui eft prefq'ue l'unique qu'on puiffe former. 

Comment comprendre , dit-on, qu'un homme d'efprit comme le P. Girard, ait don- 
né dans ces vi fions , qui paroifient à préfent fi extravagantes , dans ces Stigmates & dans 
ces Transfigurations en Eeee Homo, Ceux qui propofent cette difficulté , ne connoifient 
gnéres le fond de mifére & de crédulité qu'il y a dans le Cœur de l'homme. Combien de 
gens d'efprit d'ailleurs , mais engagez malheure ufemént dans de faufles Religions , font 
perfuadez delà vérité de certains faits extraordinaires, que nous traitons avec raifon d'ex- 
travagances & d'illufion groffiere. La véritable Religion même , & la plus finecre pieté, 
ne délivrent pas toujours l'homme de toutes les îllufionsderefprir. Quelquefois il fera 
féduit pat fa Dévotion même , ainfi que l'a été le P. Girard , comme on l'a vu par les ter- 
tres , dont nous avons raporté des extraits. Nous pouvons dire que tous les fiécles del'E- 
glife nous en fourni (Te ntdifferens traits & diverfes preuves. Ce fond de crédulité eft com- 
me naturel à l'homme; & tel qui fait l'efprit fort fur certains points , donne dans de pi- 
toyables travers fur d'autres. Cette caufe même nous en fournit un exemple bien remar- 
quable. Combien de gens d'efprit qui tournent en ridicule les Vifions de la Cadiere , & 
qui ne laiffent pas de croire , que tout ce qu'on a vu dans elle quiparoiffoit merveilleux, 
l'étoit en effet, & que c'étoienr des prodiges réels opérés parlapuiffance des Démons. Or 
ïl ne faut pas réfléchir beaucoup pour s'apercevoir qu'il faut un égal fond de crédulité, 
pour croire ces opérations diaboliques , que pour les croire Divines. Il étoit même dans 
un temps * plus croyable , qu'elles tiraient leur origine de Dieu-même •■> parce que d'un 
côté, c'étoit une Dévote qui les annonçait, de laquelle on n'avoit pus heu de fe méfier, 
& que d'autre part les opérations du Démon ne pouvant nous porter au bien , on voyoit 
cependant que les vifions de la Cadiere édifioient tous ceux qui fe laiffbient furprendre à 
fes difeoursjon ne doit donc pas être furprisfi le P. Girard v a été trompé. A cette réponfe 
générale ajoutons, 1°. Que le P. Girard n'a pas tellement donné dans toutes ces prétendues 
merveilles , qu'il les ait crues bien pofiuvemenn tantôt il panchoit à y ajouter foi, ne 
pouvant fe perfuader que cette Fille ne fut qu'une hypocrite, encore moins que fes Frère* 
//. Mémoire. - G 



— 






2$ 

qui atteftoient tant de prodiges , voulurent lui impofer. Tantôt il en dbutoit , & d'autres 
fois il fufpendoit fon jugement , repouflant comme des tentations , tout ce qui le portoit 
à former un jugement dccifif contre fa Pénitente & fes Frères. 

2°. On lit de femblables 1 merveilles , & de plus grandes encore dans les Vies des Saints 
& des Saintes ; ouvrages autoriféz , & qu'on ne peut foupçonner d'avoir été publics 
pour tromper les Simples : Tel eft entr'autres le Livre qui a pour titre : Les Vies & Atlions 
mémorables tant du premier que du Tt ers-Ordre du Glorieux Fereejr Patriarche S mnt Dominique, 
dont nous aurons occasion de parler bien-tôt. 

30. Maintenant que le M y frère eft dévoilé , on fe rit de li£mplicité du P. Girard : mais 
il faut fe mettre dans les circonftances du tems où il fe t«Boit , fe rapeller les artifices 
de cette Fille & de fes Frères, & la conduite pleine d'hypo en fie qu'elle tenoit. Nous Tom- 
mes affurez , que tel qui fe mocque à préfent «5c avec raifon de ces divers reflbrts , qu'elle 
faifoir jouer pour faire tomber le P. Girard dans les pièges qu'elle lui t en doit , y auroit 
également donné ; tant d'autres y ont fuccombé , & y fuccomberont peut-être encore. 
L'infallibilité n'étoit pas refervée à lui feul. 

4 . Le P. Cadiere de l'Ordre de St. Dominique , Bachelier de Sorbonne & Profefieur de 
Philofophie, fon Frère l'EccIcfiaftique , prétendent bien , quoique fauûement , avoir 
crû bonnement aux Miracles de leur Sœur $ voici comme parle le défenfeur de Meflîre 
Cadiere dans fon Mémoire page 2 3. peut-être ïavo'tkra-t'on même fans peine t de moins ftmples 
queux y eujjent donné ; de plus habiles q:teux eujfe/tt été f râpez, de tant de faits extraordinaires, 
defquels me foule de témoins étaient même fùrpris. Ces paroles qui ne fervent de rien pour les 
juftifier , s'employent pourtant très-à-propos pour la juftifieation dû P. Girard, en adop- 
tant leurs fentirnens fans approuver leurs actions ; nous la trouvons cette juftifieation 
dans leur manière de s'exeufer & de peu fer. 

jo. Le Père Girard après tout n'a été trompé que pendant un an ou environ , & il a dé- 
couvert lui même 1'impofture. Combien de gens éclairés ont donné plus long-tems dans 
de.pareils pièges , fans même avoir pu les démêler, 

Mais ajoûte-t'on, d'où vient que Médire Giraud le Curé qui fut appelle à la transfigura- 
tion du 8. May n'y donna pas ? Tout le monde n'a pas le même goût pour ces chofçs extra- 
ordinaires. D'ailleurs ce Curé avoit autrefois confefle la Cadiere, il pouvoit être mieu* 
ïnftruit de fon caractère que le Père Girard ; & en cette qualité d'ancien ConfeÛeur, il ne 
pouvoir rien dire ni rien dévoiler. 

D'où vient , a-t^on encore dit , que la Calas autre Pénitente du P. Girard , n' avoit pas 
pour la Cadiere la même eftime qu'en avoit ce Peref C'eft aparemment, parce qu'elle la 
connoiÛbit mieux que ce Père. La Calas eft une Fille de 24. ans ou environ , dont la 
piaifon touche à celle de la Cadiere , & qui pouvoit êtreinftruite de certains Faits qu elle 
fe gardoit bien dédire à fon Confefféur. Peut-être ne l'aprouvoit-elle pas par jaloufiede 
. Dévote. Le P. Girard étoit-il enfin obligé de fuivre leslumiéres delà Calas , qui par fa 
dépofirion telle que la Cadiere l'a raporcée , paroifibit prévenue de fa fuffifance jufques 
à l'orgueil. 

On a infifté à vouloir tirer avantage de deux réponfej qu' avoit faites le P. Girard dans fon 
Interrogatoire. Il a répondu, nousa-t'on dit, ne pas croire que la Croix que la Cadiere 
luixemit vint du Ciel, comme cette Fille l'en avoit alvïïré, ni que les Anges lui euffent 
efluyé le vifage enfanglanté avec une fe mette , où une Image groffiere de la Cadiere étoit 
refiée m iracuj eu feraient empreinte , comme elle le publioit auffi-bien que fes Frères. D'où 
l'on a tiré cette conclusion, que le P. Girard ne pouvoit ignorer que cette Fille le trompoit, 
& quec'etoit dans lui un crime horrible de lui permette , nonobftant cette connoifîànce, 
la Communion journalière. 

Cette difficulté , toute fpécieufe qu'elle paraît, ne roule que fur une pure équivoque, 
qui conflue à ne donner aucun milieu entre ne pas croire un miracle , & juger pofitivement 
qu'il eft faux. Et où en feroir-on toutes les fois qu'on en lit de fi furprenans dans les ouvra- 
ges même de plufieurs grands Saints qu'on ne peut foupçonner d'avoir voulu nous tromper? 
LTt-on toujours obligé de les croire. Non fans doute Jugeons-nous pour cela que ce font 
des jmpofteurs, fur tout lorfqu'ils parlent de certains Faits qui fe font palfez fous leurs 
yeux ? Nous n'avons garde de le penfer. De quelle manière agirons- nous donc alo l 
Loifqne nous ne les croyons pas, nous fu (pendons notre jugement. Il en eft de même ici > 
& quoi qu'on" fufpende fon jugement , comme il faut que le Directeur conduite toujours 
l'aine qui lui a été oonfiée par la Providence', ilfe détermine par ce qui paroît d'ailleurs de 
régulier & d'édifiant dans elle. Le Père Girard en fuivant cette régie , ne croyoit pas la 
Cadiere indigne de la Sainte Communion, & il la luipermettoit ; parce qu'en examinant 
de près la conduite de cette Fille, loin d entrer en défiance de fa ftnceriié,ilpanchoit 



iLmm 



J 



57 
plutôt à croire véritable tout ce qu'elle difoit , qu'à la Soupçonner d'hipocrifie. C'eft pour 
cette raifon qu'il febornoit à lui recommander le fecret lut toutes ces chofes extraordi- 
naires) & qu'il l'exhortoit à ne pas trop s'y arrêter, à les oublier même pour s'apliquer 
toujours avec plus d'humilité à la pratique des vertus folides & parfaites. Tous ceux qui 
dirigent des âmes choifïes & d'une vertu peu commune , fcavent bien qu'on doit en ufcr 
ainfi dans ces occalîons. 

C'eft dans ce fens que Ton doit prendre les téponfes du P. Girard répandues en plus 
d'un endroit de fon interrogatoire , que la Cadierea rendu public. Lorfqu'on lui demande 
dans le 2$. Interrogar, quel jugement il a porté fur les viiions de la Cadiere, il répond : 
%uc nettoyant rien jufques-là dans la Cadiere qui fût lui rendre fujpeBes les chofes qu'elle lui racon - 
toit , il avoit p anche durant un tems a crotte qu'il pourroît bienje pafjer quelque chofc dejingulier 
de lapartdc Dteu ; mais que jamais il ne lui avait marqué faire une tflime particulière de fes dons ; 
qu'A lui avait dit fouvent qu 'un petit Vœu ( appjrement ceft une faute d'impreffion , & il 
faut lire ) ABe £ Humilité , é toit plus méritoire ejr plus utile que tous ces dons > qu'il fui avoit tou- 
jours recommandé de ne jamais s'occuper, ni de parlât à qui que ce fait de ces fortes de chofes , tjrc. 

Lorfqu'on lui demande au 49. Interrogat. s'il fiait qu'elle fia Cadiere ) apajjéce Caiême 
fans prendre aucune nourriture : il répond que fa Mère é" fis Frères le publièrent, ejr. qu'il juf pen- 
dait fin jugement. Et comme on lui représente que tant de faits difficiles à croire lui auroient 
dû déciller les yeux; il répond , que tous ces faits dtfferens ayant été produits fuççeffivement , de 
loin, ils avaient fait moins d'impreffion fur fin efprit , & qu'un fait préparait à l'autre ; qu'il 
avait jugé de fa fimpltcité par la f terme i ne fe pafjant rien dans fa conduite extérieure qui pût lui 
donner le moindre fiupçon. 

In terrogé } JjW motif il avait de ttvir tout cela caché : c'efiSà-dire , la Croix prétendue 
miraculeufe , & la ferviette où fon vifage étoit grofllérement empreint ; il répond à ce 
7i } interrog. ^ue comme il n'y donnait pas une entière confiance, ejr qu tl doutait de la réalité 

de tous ces faits, il gardait abfolument lefdence . . de peur de commettre notre famte Religion à 

la raillerie des libertins, fi les faits s'étaient trouvez faux. Ce qu'il craignoir, & avec raifon , 
eft arrivé. On voit donc évidemment ce que lignifient ces paroles du P. Girard, qu'il ne 
croyoit pas que cette Croix fût miraculeufe. 

On nous oppofe encore que le P. Girard avoir ordonné à la Cadiere d'écrire le Mémoire 
de fes Vifions & Révélations , tant celui du Carême que les deux autres. De plus qu'il avoit 
prié la Dame Lefcot Religieufe Clairifte de mettre fur le papier ce qu'elle verrait arriver 
d'extraordinaire à cette Fille. D'où l'on prétend conclure que de concert avec elle , il 
youloit la faire p aller pour Sainre. 

- Nous répondons 1 °. Pourquoi dans l'opinion où étoit le P. Girard delà vertu finguliere 
de fa Pénitente , n'auroit-il pu fe comporter à fon égard , comme ont fait tous les Con- 
teneurs de plufieurs Saintes, dont on nous a donné les Vies; & blâmer cette conduite ; 
n'eft-ce pas cenfnrer le P. Dominicain Confefleur de Ste Catherine de Sienne , celui de 
Ste Therefe , & en un mot les Directeurs de Ste Magdelaine de Pazzi , de Ste Angele de 
Foligni , de Ste Brigitte & d'une infinité d'autres. Ain/Î loin de répandre des foupçons con- 
tre le P. Girard , cette manière d'agir prouve au contraire fa bonne foi , fa fincerité & 
fa pieufe crédulité, z°. Il avoit par-là en vue" de mieux comprendre le véritable efprit dans 
lequel agiflbit fa pénitente, & de pouvoir examiner & reconnoître ce qu'on devoir croire 
de tout ce qu'elle racontoit , & non pas de la faire pafler pour Sainte, comme nous 1 a- 
vons déjà démontré , n'ayant jamais rien eu tant à cœur que de lui recommander, & de 
lui faire obferver le fecrer fur toutes ces chofes, ainfi que fes deux Frères en conviennent 
dans leurs Mémoires.. 

Quant à ce qu'ils ajoutent que le P. Girard defiroit d'avoir toutes fes Révélations par 
écrit pour travailler un jour à fa Béatification ; c'eft attribuer au P. Girard des defleins bien 
étendus; lui qui a 30. ans plus que leur Sœur , pouvoit-il fe propofer de lui furvivre, 
& de tirer un jour de la vanité de cette Béatification ? 

Comment les Frères de la Cadiere ont ils pu adopter dans leurs Mémoires, l'idée ridi- 
cule que leur Sœur avoit déjà pre fente e dans le lien ; que le P. Girard avoit infpiré à fa 
Pénitente toutes les Villon s qu'on lit dans le Mémoire du Carême en infinuant que ces 
Vifions avoient été puifées dans les Vies de Marie d'Agreda, & de la Sœur Alacoquc. 
Le P. Girard n'a jamais lu la Vie de Marie d'Agreda, & pour celle de Marie Alacoque, 
compofée par M. l'Archevêque de Sens , elle a été imprimée pendant que le P. Girard éroit 
à Toulon ; & il n'eft pas moins certain qu'avant le mois de Novembre dernier , il n'y en 
avoit en cette Ville aucun Exemplaire. Nous l'avons lue" depuis lors, & nous avons été 
bien furpris de n'y trouver aucun veftige des Miracles de la Cadiere , ni Stigmates , ni 
Couronne, ni Croix venue du Ciel, ni Ravilfemens dans les airs , ni privation de tputfi 




1 




! 




28 

nourriture pendant le Carême, De quoi donc s'eft- on avifé de nous î aireconfnmernotru 
tems à de pareilles recherches ? On nous a par là engagé à fouiller dans plus d'un livrej, 
c< ce n'eft pas fans étonnement que nous avons découvert les Originaux de toutes les 
prétendues merveilles de la Cadiere dans un livre confaeré à la Gloire de l'Ordre de St. 
Dominique; d'où l'on pourra juger , fi c'eft le Jefuite ou le Dominicain qui a infpirç à la 
Cadiere de copier ces exemples , Ôc d'en abufer avec tant d'impiété. 

Ce Livre qu'on a peine de trouv er dans toute autre Bibliothèque que dans celle de* 
PP. Dominicains , a pour titre ; 

Les Vies & allions mémorables des Saintes & Bienheureuses , tant du Premier que ait Tiers- 
Ordre du Glorieux l'ère ejr Patriarche St. Dominique , composées par le R. P. Jean de Sainte 
Marie , Religieux du Aoviciaf General de l'Ordre des F. F. Prêcheurs de P#ris. Imprimé h 
Paris che^ Sebxfiien Hure, e » î 6 j y . tn-^ Ç} . 

Comme le public efl au fait des Vifions , des Merveilles & Miracles que les Cadieres 
ont attribué à leur Sœur , 6c qu'on les trouve imprimez dans notre premier Mémoire , 
nous n'en rapporterons pas ici les term^ , de -peur d'être trop longs, mais les faits feule- 
ment en abrège, 

i°. Dieu fait connoîtreàla Cadiere le P. Vie de la Bienheureufe Agathe de la croix 
Girard avant que ce Père tut à Toulon , ôc chap. 24, pag 1 1 p. Dieu lui dit : Va trouver 
par une voix claire ôc diftincte , il le lui don- mon Serviteur le P. Henry d'Almeidn Religieux 
na pour Directeur lorfqu'elle le vit , comme de St. Dominique. Elle s'étonnade ce que A. S* 
el le l'avoue elle-mê m e d an s fon Interr oga - l'enchargeoit de cmfu tter un t ère qu'elle ri avait 
tuire , 7. 3. p, & 10, Interrogat. jamais vu ni connu : mats en même tems elle vit 

tn efprit la perfonne dont A. S. lui avoit parlé ... 
Elle va trouver le f'ere r lui raconte la Vtfions ie 
Père , tant four obéir, a la volonté de Dieu; que 
pour le z>éle qu'il ,11-01 1 d'alfijttr ceux qutjejet- 
toient entre Je s bras je chatgea volontiers de fa 
co^jcieme 

2°. La Cadiere prétend s'être offerte à Vie de Ste. Catherine de Sienne p. jr6. 
Dieu pour fouffrir même les vexations du Elle fffre à Dieu fon corps ejr fon Ame , pour être 
Démon, ôc pour être maltraitée pour le des Vifîimcs faenfiées à fa jufiiee par des tour* 
fal ut d'une Ame. mens , douleurs, afflictions , maladies, vexa- 

fions des Diables pour le falut des Ames, 

Dans cet état qu'elle appelle d'Obfe filon , Sainte Agathe de la croix pag. 1 s 9. fiujfr* 
elle fut, dit- elle , éprouvée par des feche- ejrs'cffre k fouffrir pour payer enjon corps les pet- 
reffes, pat des tentations, ôc tourmentée par nés que certaines perfonnes engagées au fechê 
le Démon. méritaient. 

3 . L'Obfeflion de la Cadiere finit par Ste. Agathe , p. \ 60. voit finir fes peines fat 
l'aparition de la Sœur Remufat, quelle F Apparition d'un chœur de Vierges , qui tnPn- 
voit dans une proceflion d'efprks bien-heu- cefjion chantaient des Hymnes. 
reux ; comme les Cadieres l'alfiirent dans le 
Mémoire de la Sœur Remufat. 

4°. La Cadiere pane tout le Carême fans Vie de Ste Catherine de Sienne pag. 54$. 
prendre de nourriture , finon un peu d'eau â J. C lui apparut , elle perdit tout goût des Vian' 
ôc rejettoit toute autre chofe avec douleur des, \& le B. Reymond écrit : que non feulement 
Cette abftinence fut précédée d'une appari- lui , mais encore tous ceux de la maifon ont vu 
tion de N. S. Le Seigneur , dit-elle dans le de leurs profres yeux comme elle demeura 80. 
premier jour du Mémoire du Carême , m'a- purs fans manger depuis le )our des Cendres )uf- 

f mut fous la figure humaine il me fit connaître quts au jour de t'Ajcenfion. . . . Elle ne prenait 

qu'il voulait me nourrir , non point du pain des qu'un peu de au froide , ejr ce fort rarement : que 
hommes , mais du pain des Anges & de ja feule fi on la contraignait d'ajouter à ce peu d'eau 
grâce. Elle dit à la fin du Carême : n'ayant quelques légumes , ou autres femblables chofes , 
pris aucune nourriture fendant les 40. jours pre- fon efiomach en fmffroit de fi grandes violences 
céder s , excepté de l'eau. fa contorfions , quelle en venait }ufqu' 'aux finit' 

pes rjr eonvulfions de la mort. 

j a . La Cadiere dans le 11. jour du Mé- Ste Catherine de Sienne, pag. $j$> voit 
moire du Carême , voit la Sainte Trinité ôc comment le Père Eternel faifoitnaifite de fa bou~ 



& comprend cet adorable Miftcre. 



6 9 . Dans le ij. jour du Carême , la Ca- 



cheun Fils qui attirait dans fat-même é" reti- 
roit de point en foint tous Us attributs à" f effet' 
tions Divines : ejr dans fa condition ce Fils mat' 
choit de f air avec l'infinie Grandeur cjrMajefiê 
de fon Père. 
La B. Agathe de la croix, pag. pj. vit le 

Çotps 



diere nous dit t JcfitsXhrifl /n'apparut dans la 
même fltuation que lorfqu'Ufortoit du Prétoire, 
$• me dit : Ma Fille regarde jufqu 'à quel point 
l'excès de mon amour ri? a porté pour le falut 
des hommes. 

7°. i a Cadiere voie fori nom & celui dû 
P. Girard dans le Livre de Vie , comme elle 
le raconte dans le, vingtième jour du Mémoi- 
re du Carême: 



8°. La Cadiere dans la Semaine Sainte du 
Mémoire du Carême écrit par fes Frères , 
raconte fort au long comment elle participa 
aux douleurs de la Paffion de j. Ch. comment 
elle fut flagellée comme le Sauveur , couronnée 
d'épines , clouée à la Croix , qu'elle y mourut, 
que Jbn ame acompagna celle de j. Cb. dans tes 
' Limbes , monta avec lui au Ciel, & revint en- 
fuite ranimer fo» corps qui avait reçu les impref- 
fions des cl aux , rjr de la Couronne d'épines, &c. 

$ ç . La Cadiere raconte à la fin de fon Ca- 
rême , comment fainte Claire ejrjainte 7he- 
reje la voulant chacune pour fon Ordre, fain^ 
te Claire l'emporta auprès de Dieu, Ce qu'- 
elle raconte avoir connu dans une v'tfton , ou 
elle Je trouvait en Paradis, 

ïo°. La Cadiere écrit dans fes Lettres du 
(II. 1 5. & 18. Juin, qu'elle fouffr oit des dou- 
leurs inexprimables > & crathoit le fang les 
purs qu'elle ne communiait pas, 

1 i°é, La Cadiere & (es Frères nous affa- 
irent dans fa Lettre du 5. Juillet, qu'elle dé- 
couvrit une multitude d'Anges, qui lui ap- 
portèrent le Corps adorable de J. Ch, ' 

Dans la même Lettre la Cadiere préten- 
cloit avoir communié miraculeusement , & 
même d'une partie de l'Hoirie que le P, Gi- 
rard offroit à l'Autel. 

1 z°. La Cadiere fit dire à M. l'Evèque 
qu'un jour qu 
l'Hoftie fe dép, 
d'elle-même dans fa bouche» 



7 

Corps de J. Ch. tellement navré & déchiré que 
ce n'était qu'une playe .... $> entendit J, ch. 
qui lui dit : Regarde , ma Fille , & tonfidere 
attentivement le piteux état oit les péchez, des 
hommes m'ont réduit. 

Sainte Catherine de Sienne pag. 3 ^o.après 
la Communion s' étant retirée dans fa petite 
chambre , elfe fejetta jurfon petit lit, ejr y de- 
meura fort longtems ravie en extaje .... Le . 
P. Raymond la fut viftter , ejr aprit d'elle tout 
ce que Dieu, lui avait révélé , & notamment 
qu'il était du nombre , des trédejïinez. 

Sainte Catherine de Sienne page 3 5 r.*#- 
dura tous les tourmens que J. Cb. afouffert en 
fa Paffton , notamment , ce qu'elle expérimen- 
tale plus fcnfiblcment fut la Couronne d'épi- 
nes y dont elle reçut l'impreflion, comme il e/l 
dît pag. 3 3 8. les playe s du cœur, des pieds (jr 
des mains \ pag. 354. & 3 5 5. elle meurt & 
demeure morte l'efpace de quatre heures , du- 
rant lef quelles Jbn Ame fut pféj "entée #J. ch.jon 
entendement fut informé de la Lumière de GloL 
re^L pag. 3 5 5./. Ch .la renvoya en terre, &c . 



Sa 



ue ce Prélat la communioit 
artic de fes doigts , & vint 



I30. La Cadiere prétendoit connoître le 
fond des confeiences , & l'avoit découvert 
à plufieurs përfdhnèsaufïï-bien que leurs pé- 
chez cachez. 

14*. Meffire Cadiere a dit à une perfon- 
ne qu'on ne nommera pas ici , mais dont il 
fe fouviendrà fort bien , que fa Sœur avoir 
vûfaiht Pierre vêtu en Habits Pontificaux, 
dire laMeffedans fa chambre. 

1 5 . La Cadiere difoit avoir reçu une pe- 
tite Croix de J. Ch, 6c que l'ayant donnée 
au P. Girard ,"& ne pouvant plus la ravoir, 
les Anges la lui raporterent, & elle fut mon- 
trée â M.l'Evêque par le Père Nicolas Carme 
Déchaufle , à ce que le Prélat a. affûré lui- 
même. 



>ainte Agnes de Montepulciano ravie en 
efprit,p. 1 6 .voit venir à elle S. Augufl'm,S. Do. 
minique & S. Fran.ois , qui l'ayant abordée, 
commencèrent à délibérer entr'eux à qui l' aurait 
avec fois tous trois propoferent leurs raijons. La 
rejblution fut prife en faveur de S.Dominique. 

Sainte Catherine de Sienne , p. 3 5 i.lorf* 
qu'elle ne communioit pas , fes douleurs égui- 
Joienifi fort leurs pointes , qu'elles fe rendaient 
intolérables. 

Sainte Agnes de Montepulciano» pag. 12, 
fut aujjl communiée far un Ange qui lui aparut. 

Pag. 347. Dans le tems que le Canjejj'eur de 
Jainte Catherine de Sienne difoit laMeffe,*près 
l'OraifonDominicaledorfqu'il eutdivijé en trois 
parts la fainte Hofliejly en eut une qui s'éva- 
nouit de fes yeux i ejr J. Ch. lui-même la prit 
învifibtement,& en communia fa chère E-poufe. 

Le R.. P. Barthelemi Do&eur de l'Ordre , 
i>. 348. aljûre que fouvent donnant la Commu- 
nion à jainte Catherine de Sienne , l'Hoflie 
fe départait avec violence de fes doigts , ejr 
entrait defoi-mêrne en la bouche de la Sainte. 

Pag. 367. Sainte Catherine de Sienne con- 
noijjoit le fond des confeiences & les péchez, 
cachez,. v 

La B. Agathe , p. 1 1 8 . vit faint Jean VS- 
vangeltfle revêtu des Habits Sacerdotaux , que 
dit la Me$e dans la même chambre où ellejt 
facrifioit toUs tes jours à Dieu. 

Sainte Agnes de Montepulciano, pag. 13. 
prit au petit Je fus , qui lui apparut, une petite 
Croix. On la lui prit , & voyant qu'on ne 
voulait pas la lui rendre , elle pria , & un Ange 
ta lui aportâi 



H 



3° 

Nous aurions volontiers fuprimé ce que nous venons de rapporTei* , fi nous avions pu 
croire que la découverte de cette origine des prétendues merveilles de la Cadiere , pût en 
rien diminuer la vénération fi jufte & fi légitime que tous les Chrétiens doivent avoir pour 
des Saintes reconnues telles par l'Eglife. Nous n'oferions le préfumer dans le tems que 
nous n'avons pour objet que de montrer, où le P. Cadïere a puifé les principales merveilles. 
qu'il a attribuées à fa Sœur , & loin que la facrilege imitation que la Cadiere en a faite , 
porte aucun préjudice à la vérité de toutes les chofes extraordinaires que l'on raconte de 
ces Saints, nous pouvons dire après faint Auguftin , que, comme il n'y auroit point eu de 
faux Miracles , s'il n'y en avoir point eu de véritables i de même les fauûes vi fions qu'on 
invente , fervent en quelque manière pour confirmer les véritables , parla raifon qu'on no 
peut imiter ce qui n'efl: rien , Ôc ce qui ne peut pas être. 

Il n'y a perfonne cependant j qui ne doive convenir que ce n'efl: pas le Père Girard qui a 
infpiré toutes ces Vifions & ces faux Miracles à fa pénitente , comme les Cadieres le diknt , 
fans en aporter aucune preuve , mais le Père Cadiere lui même , qui les avoit copiées de ce 
Livre d'ailleurs fort obfcur, & dont il a eu foin de changer les termes furannés. 

On nous opofe enfin le témoignage des Dames Lefcot Ôc Raymbaud Religieufes Clai- 
riftes , qui dans leurs confrontations avec la Cadiere , ainfi qu'il eft rapporté dans fon Mé- 
moire , déclarent avoir oui dire à la Dame Beauflïer la cadette , que le Père Girard étant 
interrogé , s'il fçavoit que la Cadiere eût communié dans fon lit le 8. Juillet , jour auquel 
elle joua la comédie de fa Transformation enEcce Borna ; ce Père répondit, Ne vottlea-vaits 
pas que je le ffache , puifque je l'ai commnniée moi-même ; 6c que quelqu'un lui ayant ré- 
pondu qu'il étoit pour lors à Toulon » il ajouta, nejfavez,-%fûus pas qtt'it y a des tranfperts? 
La Cadiere dans fon premier Mémoire dftichioit de ces témoignages que le P, Girard étoit 
Sorcier j à prefent elle n'ofe plus dans fon fécond Mémoire prononcer ce mot de Sorcier 
qua demi , & elle voudroit perfuader, ou du moins fes frères dans leurs défenfes , que le 
P. Girard inventa ce tranfport , ( mot impropre 6c qui n'eft jamais forti de la bouche de ce 
Père ) pour faire valoir la fainteté de fa Pénitente ôc la tienne. 

Mais quelle nature d'aceufation eft celle-ci ? Ne devroient-ils pas s'apercevoir- que ces 
variations perpétuelles dans une accufatîon auiîi grave , font la marque la plus certaine de 
la calomnie ? 

Non fans doute , il ne leur eft pas permis de défigurer , pour ainfi parler , leurs premiè- 
res plaintes. On a prétendu que le Père Girard étoit Sorcier, 6c que c 'étoit uniquement à 
la faveur du Sortilège qu'il avoit abufé de la Cadiere. Il faut qu'ils le foutiennent , 6c qu'ils 
le prouvent Sorcier jufques à la fin i 6c s'ils fuccombent dans cette preuve , fi c'eft ici une 
calomnie groflierç , il faut qu'ils s'avouent Calomniateurs. Ce n'eft donc que pour le pu- 
blic que nous répondons aux témoignages allègue^ de ces Religieufes, Se entant qu'on 
veut les apporter pour preuve de la collufion de la Cadiere , 6c du P. Girard , ôc nous fatis* 
ferons par la tout à la fois à l'induction qu'on en a voulu autrefois tirer pour prouver la 
Magie. 

Nous difons donc i °. que ces deux Religieufes n'ont dit ceci que lors de leurs confron- 
tations avec la Cadiere , comme elle nous l'aprend dans fa défenfe. D'où vient donc que 
ne l'ayant pas expofé dans leurs dépofitions, quoique ce fait fût , fuivant eux , un des plus 
relevans , elles ne s'aviferent pas même de le dire dans leur Recolement fait par Meflîeurs 
les Corn mi flair es ? Qui ne voit ici un acord entr'elles ôc la Cadiere i Acord qui eft fi bien 
prouvé d'ailleurs. 

2<\ Que ce ne font ici que des Témoins d'oui dire, qui fur un Fait fi eflentiel ôc fi fingu- 
lier , ne méritent aucune foi. 

3 o. Que la Dame Beauflïer la cadette , à qui elles difent l'avoir oui dire , n'en dit pour- 
tant rien elle. même , ni dans fa dépofition , ni ailleurs j quoiqu'elle eût porté fon témoi- 
gnage longtems avant que la Dame de Cogolin lui eût écrit. 

4°. Que ces deux Religieufes & la Dame Gucrin qui dit, à ce que l'on nous affùre; 
quelque chofe d'aprochant , mais qui ne dit pas l'avoir oui dire , ni au Père Girard, ni à 
la Dame Beauflïer , ont rempli leurs dépofitions de tant de faits vifiblement faux , & même 
ïmpolÏÏbles , comme nous l'avons fait voir dans notre premier Mémoire , que leur dépofi- 
tion ne prouve rkn autre que leur paflion contre-le P, Girard , qu'elles avoient en vue de 
faire palier pour Sorcier ôc Magicien. 

5°. Le P. Girard nous aflure avoir appris dans la fuite que la Cadiere avoit dit effecti- 
vement à ces Religieufes, qu'il l'avoit communiée dans fon lit , quoiqu'il fût à Toulon» 
ainfi toux ce qu'on peut dire de plus favorable pour elles , c'eft qu'elles confondirent apa* 
remmène ce que leur avoit die la Cadiere avec ce que leur avoit pu dire le P. Girard, Iprs 
qu'elles lui aptirentque cette fille avoit paru communier dans fon extafe prétendue. 



3ï 

RtPONSÉ 

Aux rai fins quon a aperte pour prouver que le Père Girard eft Sorcier , <tr 
qu'il a feu que tout ce qu'on voyoit d'extraordinaire dans la Cadiere , 

étoit l'effet de l'Obfejfion. 

Nous ne nous étendrons guéres fur cette matière , furtout après avoir démontre dans 
Cotre premier Mémoire, que le prétendu Sortilège du Père Girard n'eft qu'une groflîére 5c 
ridicule calomnie inventée par les Cadieres frères pour fe décharger fur le Diable de tous 
les tours de fourberie qu'ils avoient fait jouer à leur Sœur, êcaufquels ils avoient donné 
cours dans lç public , en les anonçant comme des miracles. Calomnie que le Père Nicolas 
a apuiée de toute fa dextérité , comme nous préfumons devoir réfulter de la Procédure i 
& même de fa propre Dépofîtion, 

Nous avons également montré que la Cadiere ne prouvant pas le Sortilège Se la Magie, 
on ne peut ajouter foi aux autres crimes qu'elle impute au P. Girard j puifqu'ils font telle- 
ment dependans les uns des autres , qu'ils ne peuvent en aucune manière être défunis & 
feparés de l'enchaînement qui fe trouve entr'eux. Auiïl eft-il facile de s'apercevoir que les 
Frères Cadieres convaincus de cette vérité, n'ofent fe montrer à découvert } & fi l'un 
d'eux abandonne totalement le Sortilège pour s'accommoder au goût du public , l'autre a 
fait des recherches infinies pour prouver qu'il y a des Sorciers , ce qu'on ne lui contefte pas , 
Se a employé toutes les forces de fon efprit pour perfuader que ce que l'on a vu de fur pre- 
nant dans la Cadiere , font les effets de la Magie Se du Sortilège , voulant bien méconnoître 
les caufes naturelles qui les ont produit. 

Mais cette variation de. leur part ne fert qu'à démontrer la faufleté de la plainte de leur 
Sœur, 5c leur embaras à pouvoir juftifier les démarches qu'ils ont faites j car dès qu'ils 
ne foûtiennent plus le Sortilège ; ils font d'un côté forcés de convenir que la plainte qui 
en avoir été portée par leur Sœur , renferme la calomnie la plus noire j puifqu'elle avoit 
ïoûcenu n'avoir fuccombé à la paflîon du P. Girard , que par la force de fes enchantemens, 
& d'un autre côté, que deviennent les Faits extraordinaires qu'ils ont tant fait valoir dans 
les Lettres Se dans le Mémoire du Carême f Sont-ils miraculeux & divins i II n'y auroic 
plus aucun crime. Ont-ils été produits par des chofes naturelles ? Ou ne font-ils enfin que 
des menfonges & des illufions ; C'clt ce qu'ils font obligés de nous expliquer. Mais Us ne 
doivent jamais perdre de vue que dès qu'ils excluront la Magie de leur jfiftême \ non-feule- 
inent on leur demandera compte de ces prétendus miracles , mais encore ï\i ne pourront 
être reçus à nous dire qu'ils ont crû bonnement ce que leur en racontoit leur Sœur j puif- 
qu'ils fe font donnés pour témoins oculaires des ravifïèmcns en l'air , des 40. jours paiïèz 
lans nourriture , de cette Couronne miraculeufe , d'où ils ont vu le fang découler abon- 
damment , Sec 

Entrons dans un plus grand détail des différens fiflêmes que chacun d'eux a embrafle, & 
montrons encore plus évidenment leurs variations 5c leurs contradictions. Le Défenfeur de 
la Cadîere dans fa Réponfe à nôtre premier Mémoire néglige de répondre à toutes les preu- 
ves convaincantes que nous avons aportées pour faire fentir la chimère de ce Sortilège. Il fe 
borne à dire en paflant , que dans la jupofttion qu'il n'y auroit point eu d'enchantement , ce que non, 
le Père Girard enferoit-il moins coupable d'incejie ? Et il prétend l'en convaincre par fes aveux 
Se par les témoins , comme s'il avoit avoué ce crime , ou qu'il y eût eu des témoins qui euf- 
fent dépofé fur ce Fait , 5c que tout ce qu'a dit la ( adiere dans (es deux Expofitions , ou elle 
joint inféparablement l'enchantement à l'incefte , dût être compté pour rien , abandonnant 
ainfi le fîlïême de la Magie , tandis qu'il fait femblant de vouloir encore le foutenir , parce 
qu'il fent bien qu'il eft aMolument néceflaire pour apuyer la plainte j de forte qu'on le voit 
par tout chanceler fans ofer prendre un parti affùré , ni fe déterminer. 

Meflîre Cadiere de fon côté porte encore plus loin ces variations 5c ces contradi&ions; 
Car après nous avoir laflé par un vain étalage d'érudition qui a pour but de prouver qu'il 
peut y avoir des Sorciers , ce qu'on n'a jamais contefte j il nous jette dans letonnemenc , 
lorfqu'on lit la page 33. de fon Mémoire : Ejt-it rien déplus naturel , que de penjer que la 
Demoijclle Cadiere distant fes Lettres à fes Frères , n'osât enfuivant les ordres de l'JccuJe lui ré- 
pondre dans les mêmes termes qu'il écrivait , rjr qu'elle tâchât de purifier fes Lettres de toutes les 
expnffions » qui auraient pu tes faire entrer en quelque méfiance ? Voilà donc félon lui , la Cadiere 
agiilant de concert avec le Pcre Girard , qui n'eft plus trompée par ce Père , mais qui fc 
join: à lui pour tromper fes Frères j qui leur cache les Lettres gah.ntes qu'elle recevoit en 
lecret : Lettres bien différentes des autres Lettres de fpiritualité que ce Père lui écrivoic 



'S* 

aufli, & qu'il a produites au £roce*, comme il le dit à là page 17. Ainfi Meflïre Cadiere 
abandonne fa Sœur; & oubliant le- Sortilège qu'il a voit mis en jeu pour y trouver lafource 
tic tous les crimes qu'on impute au Père Girard , il nous veut enfuke perfuader ici qu'elle 
Ventendoit en galanterie Se y donnoit de tout fon cœur. Qu,e peut-on pènfer d'unie accii- 
fation qui ne fçauroit fe foûtenir que par de telles contradictions î 

Quant au P. Dominicain , après avoir bien lu & relu, fon Mémoire , on a bien de la 
peine à comprendre , quel eu: fon fiftême fur l'accufation du Sortilège. Son Défendeur > qui 
à chaque ligne de fon Mémoire fait tant valoir fa pénétration à découvrir les fautes dans 
lefquelles eit tombé, félon lui, le P. Girard , pourrok fe donner à plus julre titre l'élo- 
ge de fçavoir fe rendre lui-même impénétrable à fes lecteurs. Cependant on croît avoir 
entrevu , que c'eft à deflein , qu'il s'enveiope , tantôt en paroîflant adopter le fiftême du 
Sortilège , ÔC tantôt en l'abandonnant jufqu'au point de n'ofer pas r^ême employer les 
mots & Enchantement , de Sortilège , de Magie , qu'on ne trouve gueres que fur la fin de fon 
Mémoire. Mais il paroit fe déterminer enfin en faveur de l'Obfeflïon » & il prétend , que le 
P. Girard eft convenu dans fes Réponfes , que iâ Cadiere avoit été obfedée du Démon. 
Mais il s'en tient à cette généralité , 6c fe garde bien de nous inftruire , d'où venoit ce 
Démon ; fi c'eft le P. Girard qui lui avoit ordonné d'obféder cette Fille, ou fi cette Ob- 
feffion étoit un pur effet de la volonté de Dieu. Que dit-il donc î Le voici ? fit c'eft la feu- 
le chofe de fon Mémoire qui mérite d'être réfutée. 

Depuis la pa^e 6 . jufqu'à la page 1 2; il s'éforce de prouver que le P. Girard fçavoit , que 
tout ce qui étoit arrivé d'extraordinaire à la Cadiere , étoit l'effet de l'Obfeflïon ,' que ce 
Père, dit-il , lui avoit confeillées Se par conféqtlent que c'étoit l'ouvrage du Démon. Sur 
quoi il fe recrie : pourquoi donc lui permettoit-il la communion journalière 1 Pourquoi 
en écrivoit-il de fi grands éloges à l'Abbeffe d'Cllioules? Pourquoi paroît-il dans toutes 
fes démarches & par plufieurs de fes Lettres , qu'il en faifoit une fi grande eftime ? Pour- 
quoi panchoit-il plutôt à croire que fes Vidons étoient véritables , Tes Révélations Divi- 
nes , fes playes des Stigmates miraculeux ? Voilà à peu près à quoi fe réduit toute la force 
de fon raifonnement, qu'il reprend & retourne en tant de manières, qu'il occupe 6. pages 
de fon Mémoire. Or pour connoître fi ces conféquenees font légitimes , il faut examiner 
fi le principe dont on les déduit, efl: véritable, & s'il eft vrai que le P. Girard ait connu, 
que toutes les merveilles qui paroiuoient dans la Cadiere étoient l'effet de l'Obfeflïon , 8c 
que ce Père la lui eûtconfeîllée. Et pour cela voyons en queltems la Cadiere voulant" 
jouer le rôle de Sainte à Miracles , jugea à propos de commencer à paroître infeftée du 
Démon , comme on le lit dans la vie de quelques Saints ôc Saintes , fur tout de l'Ordre 
de St. Dominique. Les Adverfaires du P. Girard n'en disconviendront pas ; ce fut fur la 
fin de Novembre ou au commencement de Décembre 1719* Et combien dura ce prétendu 
état d'Obfeilion î Les Frères Cadieres peuvent nous l'ap rendre mieux que tout autre. V oici 
ce qu'ils en raponent eux-mêmes dans le Mémoire qu'ils ont écrit fur la Soeur Remufat : 
Le seigneur me mamfejta te point de Gloire dont fort Ame jonijjoit dans le Ciel > ejr pour me don- 
ner un témoignage évident du bonheur que je venais de rejjëntit , elle m'accorda dans le moment 
la délivrance entière d'an état d' obfefjion , dont j'étois tourmentée depuis environ 4. mois. Or cette 
délivrance entière lui fut accordée quelques jours après la mort de cette Sœur Remufat. Ce 
Fait eltconllaté par le même Mémoire en ces termes. On me fit connoître de me mètre a genoux 
four remercier le Seigneur des grandes mijerkordes au* il venoit d'accorder à la Sœur Anne-Mag- 
àelaine , nom qui m'était inconnu , fy qui me fut manifejlè dans ledit moment. Quelques jours 

#pns aynt apris/a mort le Seigneur me manijefia le f oint degloire t &c. 11 n'eft pas rhoins 

certain que la Sœur Remufat mourut environ le ij. Février 1730. 

Voilà donc l'époque fixe de la délivrance entière de FObfeffion de la Cadiere » 
c'eft elle-même qui nous l'aprend j ce font fes Frères j perfonne n'en pouvoit être mieux 
inftruit. Comment donc le P. Cadiere depuis la page 6. jufqu'à la page 1 1, de fon Mémoire 
ofe-t'il nous dire à tout propos que ce qu'on vit en fuite de fïngulier dans fa Sœur étoit une 
continuation de l'état d'Obfeflion que le Père Girard lui avoit confeillé d'accepter i Et qui 
a jamais oui dire que les extafes , les raviffemens , le don de Prophétie , les tranfports 
d'amour , les ftigmates , les aparuions des Anges Se des Saints dont ils décorent leur fœur , 
fufient des fuites de l'Obfeflïon Se de l'opération du Démon 3 D'où il fuit que coût ce que 
les Frères de la Cadiere nous racontent fur cet article dans leurs Mémoires , peut bien 
prouver leurs impoftures Se celles de leur fœur i mais que jamais ils ne pourront perfuader 
que des grâces fi extraordinaires , fi elles étoient véritables , dûffentêtre attribuées à l'Ob- 
feflïon du Démon j ençpre moins que le Père Girard le penfât ainfi » comme ils ont la té*né- 
rite de l'avancer. 

Le P. Girard n'a jamais confeillé à la Cadiere cet état d'Obfeflion ou de Poflèflion , qui 

finie 



•33.- 

finit quelqfies jours après le 15. Février, & puif qu'il n'y a aucun témoin qui dépofe fur ce) 
fait avancé pir les frères Cadieres ^après tout ce que nous avons prouvé au commence- 
ment de cl Mémoire , il n'eft ptrfonne qui ne convienne que le r. Girard mérite autant 
&. piusde foi que la Cadiere,, Ce pcre n'a pas même éré pcrfuadé totalement , que p'en" 
danr ces irois ou quatre mois » elle fût véritablement obledée i quoique féduit par les 
refïorts fccrets\ cju'on avoic pris foin de faire jouer devant lui , il penchât plutôt à le croi- 
re , la Cadiere ayant un "merveilleux talent de contrefaire la Démoniaque, comme il a 
paru à découvert dans îa ; une. Mais depuis ta délivrante tntïerc Je cet état , la Cadiere^ ainfî 
qu'eiie & les Frères nntis l'apprennent dans leurs Mémoires, entra dans un état tout difre« 
rent, comme "nous le liions de quelques Saints. Cène furent plus que graccs'j, que faveurs 
•extraordinaires ,que vifions des Anges ce des Saints, que violences de l'Amour Divin , qui 
lui perçoit le cœur, qui lui élevoit & lui fa i Toit même rompre les côtes» &c. Et cet état, comme 
il ell évident par les Lettres, lui dura jùfqu'à la {ortie du Monaftere» & au changement de 
Directeur. 

C'elt ti^n^reréfatdef.iveurs & de bénédicVonsceleftes qu'elle fuppofaavoir eûla vifl">n des 
noms d«. Marie -Catherine -, & dt Jèàn-Bâftifle écrits dans le Livre de Vie. Cette vifion eft pla- 
cée par lesCadiercs eux mêmes, le vingtième jour du Carême. D'où l'on doit inférer que tous les 
raiiunnemensque fait fur cette vifion le p. Dominicain dans les pages citées ci deflusdefon Mé- 
rnoi e , ne font rien moins que concluants : ■puifqu'il doit avouer lui-même, que fa iccur fut en- 
tièrement délivrée de l'état d'obfeffion plus d'un mois auparavant. 

Concluons donc de tout ceci , 8c concluons avec aflurance que depuis que* là Cadiere 
prétendit avoir pafTéde l'état d'épreuve & dobieflïon à l'état des grâces & des dons Divins,com- 
bléeclle-feule, commeelle'ofoit le publier >de toutes les faveurs que Dieu avoit répandues 
dans p'lufieurs différent Saints ,îe p. Girard qui ne voyoit rien dans fa conduite extérieure qui 
put a bfolument détruire cette idée de Sainteté, pouvoit lui permettre de participer tous les jours 
au Pain des Anges, la converfation decette Fille n'étant plus prefque qu'avec eux „ s'il faut s'en 
rapporter àce qu'en ont écrit (es Frères, dans leurs Mémoires. 

Finitions cette réfutation de fortilege , "par ce qu'on nous oppofe de Pé'tat auquel on a 
vu Marie- Anne Laugier. Le p« Girard qui n'ignorok pas les infirmirez habituelles de cette 
fille, a toujours regardé ce qu'il lui arriva pendant la maladie du Carême de l'an 1730. 
tomme un effet des vapeursà quoi elle étoit fujette , & dont lapreuvedoït refulter de la pro- 
cédure.* puifque la Mère de cette Fille, & le Chirugien qui la traita durant le cours de cette ma- 
ladie» ont été oûie en témoignage. U doit au fîî confier par la Procédure que le p. Girard n'a 
été que deux ou trois fois chez la Laugier pendant fa maladiepourlaconfeflér: & avantee rems 
là il n'a voit jamais été la vifiter. Ce ne fut même qu'après des refus réitérez qu'il fe porta en- 
fin à lui rendre les vifites dont nous venons de parler, perfuadé qu'elles nelui pouvoient être 
d'aucun fecours. 

Que s'il eft arrivé à cette Fille de faire & dediredes folies pendant fa maladie & d'y parler 
an Diable i cela n'eft arrivé précifément qu'aprèss être échauffé l'imagination en foignant pen- 
dant deux mois la Cadiere fon amie, mangeant, couchant, étant continuellement auprès d'e£ 
Je pour la fervîr pendant letems de la prétendue Obltflion. Ce font fans-douie les difeours, 
ies grimaces, les agitations de la Cadiere, qui aVoient bleffé le cerveau de la Laugier , & 
qui l'on fait parler enfuite Se agir avec extravagance , lorsqu'elle à été attaquée de fes propres 
vapeurs l! ne faut pour cela qu'entendre l'addition qu'à fait MagdelaineAUemand dans fonRe- 
co.lement lu au p. Girard lors de fa confrontation. Rien ne prouve mieux que tous les difeours 
delà Laugier furies Diables & fur fa groûefTefont les rêves d'une malade» qui étbit actuelle- 
ment dans le délire d'une fièvre ardentes 

REPONSE 

Aux raifom qu'on apporte pour prouver ie Quietifme du Père Ctrarâ. 

Nous pourrions nous borner à ce que nous avons dit fur ce fujet dans notre premier Mémoi- 
re * puifque là réponfe qu'on a prétendu y faire laifle (ubflfter en Uttr entier toutes les raifons 
que nous avions apporté pour faire fentir le ridicule d'une pareille aceufation. Toutcequ'on a 
oppofé de nouveau • c'efl l'exemplede Molinos, & de la condamnation de fes abominables er- 
reurs, faite par la Bulle d'Innocent XI. Mais on n'a eu garde de dire que ce fut principale- 
ment auxpourfuitesdu p; Segnefry Jeftùre, fi connu par fes ouvrages de pieté, que Molinos fût 
Condamné. 



Cet Hérétique e'toit , nous dir^onycîans une grande repli tarioh 3e venu i- & néanmoins 
il fut trouvé coupable , & déclaré tel. Le Père Girard l^i rcffcmble du côté delà réputation 
■dans •laquelle il a vécu jufqu a ce Procès, Donc il faut le condamner comme Un impofteur 
Qm'etifte » le faux de cette confcquence eft trop fenfible pour s'y arrêter. Pour appuier une 
^pareille accufation , il falloit prouver que le Pcre Girard a enfeigné les opinions deteftables 
du Prêtre Efpagnol. Comment l'a-t-on fait? Quelle preuve en apporre-t'on ? Ce font tou- 
jours les mêmes, fçavoir un témoignage d'oui dire parje Curé Giraud , à deux Péniten- 
tes du Père Girard j lefquelles pourtant dans leurs Déportions ont expliqué et qu'il pouvoir 
.y avoir d'ambigu dans leurs réponses à ce Curé» & qui ont nié le furplus qu'on préten- 
ioit leur avoir oui dire. Mais ces Filles difenr-elles que le Père Girard leur avoit appris à 
s'expliquer auffi peu correctement qu'elles firent > point du tout * elles difent positivement 
Je contraire. Quel genre de preuve eft donc celui-ci, fur-tout pour un crime fiattroce? On 
ajoute au témoignage de ces deux Filles» de ceux de l'Allemand &ù de la Batarel * qui » com- 
me le Père Girard l'a appris par leur confrontation , dépofent qu'il neleurarien tant recom- 
mandé que la Prière vocale, qu'il leur a dit de faire tous leurs efforts pour vaincre la répu- 
gnance qu'elles difoienty avoir; c'eftàdire qu'on ne fçaitparquel renverfement d'idées, on 
a voulu convaincre le Père Girard d'bxrefie par des témoignages qui atteftent directement le 
contraire. 

Que fait-on encore afin de prouver ce prétendu Quiétifme f on prend un mot dans une 
lettre du Père Girard» un autre mot dans une lettre de la Cadiere» un troiiiéme, un qua- 
trième, dans-un Mémoire compofé par le Père Cadiere» comme nous l'avons fi clairement 
démontré» dans un interrogatoire de la Cadiere, dans celui du Père Girard , dans une confron- 
tation , &de tout cela joint ensemble on eft venu à bout d'en conftruire une proposition 3 qui 
approche de quelqu'une de celles que l'Eglife a condamné dans Molinos. De cette manière 
il fera bien ailé de trouver toutes les erreurs qu'on voudra dans quelque ouvrage que ce foit» 
C\ même d t ans les Livres S S. 

On ofe enfuîte foutenir que le père Girard a voulu faire imiter la Sœur Remuzatpar la 
Cadiere, comme celle-là s'étoit formée fur la Sœur à la Coque ,& que c e'toit le même 
■efprit qu'on avoit fait fuivre à toutes les trois. Voilà donc les Sœurs à la Coque & Remu- 
zat déclarées Quietiftes ainfi que la Cadiere, & les Confefleurs de ces deux Religic u fes , 
Libertins & Hérétiques comme le père Girard , parce qu'ils font toustreis Jefukes. N'a-t'on 
pas honte de produire ainfi au jour une fi aveugle paflion ? C'eftdoncà dire que la Sœur 
Jlemuzat mone en odeur de Sainteté , que la ( Sœur à la Coque par l'interceflion de la- 
quelle il s'tft fait des Miracles juridiquement atteftez , & qu'on travaille à faire proposer 
à la Vénération publique, ont été l'une &: l'autre dans l'erreur. M. l'Archevêque de 
Sens, de lesEvêques approbateurs de fon Livre , ont cté bien aveugles de ne pas y apperce- 
voir une Hérefie' marquée , qui d'abord a fauté aux yeux d'un Laïque. C'eft -à-dire que 
îe feu pcre Miîiey Directeur de la Sœur R.emuzai, lequel à la dernière Peftede Marfeille fut 
le premier à s'expofer au fervice des Malades, & y mourut victime delà charité» que le 
père delà Colombiere • Directeur delà Sœur à la Coque, lequel après avoir eu l'honneur 
d'être banni- de l'Angleterre pour la Foi, eft mort avec la réputation confiante d'une 
Sainteté eonfommée, ont été tous les deux Molinofiftes. Le père Girard (efeut fort hono- 
ré d'être afïucié àde pareils perfonnages, &il ne rougit point de tout ce qu'on dit de lui » après 
ce qu'on adit de ceux-là. Mais toute la France qui depuis 40. anslitavec tant d'cftîmeécde 
fruit lesOeuvres du père de laColombiere» doit être bien étonnée d'apprendre aujourd'hui qu'el- 
le n'aliique les Ouvrages d'un Hérétique, & de l'apprendre non de la bouche du Vicaire de J-C- 
ni des premiers pafteurs, mais d'un Laïque. 

Qui ne voit que pour aceufer le p. Girard de Quiétifme » c'eft aux Evêques qu'il falloic 
sadrcfTer, Les lettres font à prefent imprimées & entre les mains de tout le monde. Qu'où 
les défère donc au Tribunal de l'Bgîïïe. Mais loin que ces lettres refpîrent le pur Quiétifme, 
comme on a prétendu le montrer , rien au contraire n'eft plus capabie.de jullifîer le p. Gi- 
rard » non feulement fur le Quiétifme , mais fur tous les autres crimes qu'on lui impun». 
& moins qu'on ne veuille que les termes d'abnégation , de renoncement % $ oubli de foi- 
même , que ces expreffions» qu'il faut fe facrifier au bon flaiftr deDuu , laiffer agir Dieu» 
/oublier & fe ferdre foi-mefme perdre fon ame , comme a dit N. S. J. C. four la retrouver » 
foient des expreilions confacrées au Quiétilme. 11 n'y auroît doue plus de vertu à pratiquer, 
dé violence à fe faire pourd.truire la nature corrompue i il faut donc brûler tous les ouvra- 
vrages de pieté» Si. comme nous l'avons déjà dit, l'Evangile même ne pourroit fe trouver 
çxempt de cette erreur. 

Mous fouteuons donc qus les lettres du Père G'rard ne peuvent être fo-jpconnc^s de 



r 



3Ï 
renfermer les erreurs du Quicrifme, pas même la lettre du 22. Tùilïet. Car quoi que pri- 
fefeparément &. par parcelles ,onpuifle par des tours malins & corrompus lu donner un 
miu vais Icui, elle fe foûtierir pourtant par eKe-même> Jur tout qu.ind on laraproche de 
celles aufquelles le p. Girard re'pond , & principalement de celle du 24, que la Cadiere lui 
écrivit en répûnfc de lafienhe. Et parce que la Cadiere & f. s Frète; reretent fans cefle dans 
leurs Mémoires, quecette lettre prouve leQuiétifme charnel, & qu'ils nous reprochent 
de n'avoir pas ofe en donner l'explication ni le moindre éclairciflement ,nous l'alloiis en- 
treprendre, pour confondre TafFr eux commet aire qu'on en a (ait dans laréponfe à nôtre 
premier Mémoire. Nous nous voyons donc comme forcez d'expliquer ici cette Lettre, 
afin que les perfonnes les plus prévenues ,eonnoifTent évidemment combien on leur impo- 
fedans les dçfenfes desCadieres. Quoique après tout ce Commentaire pburroit & devroit 
même paroitre inutile depuis que nous avons lu dans les Interrogats de la Cadiere qu 'on 
vient d'imprimer , fa réponfeàla demande qu'on lui fait » il la lettre du 14. Juillet en 
réponfedecclledu 22. qui luiavoit écrit le P. Girard , ejft la conriniiation d un commer- 
ce criminel. Car elle répond, & cela avant le 27. Février, c'eft-à-dire avant lebreuva- 
geindicatif: Que la Lettre que nous lui avons fait reprefenter , eftla réponfe de celle qui avait 
été écrite par le P. Girard le t%. du même mos , tf toutes les deux , cefi^à-dire , la l tiret u. 
P.Gtrard&la rtponfe d'etleRépondanteJont dans le mêmeejpr'tt / eft* à-dire t dans t 'efprit de Dieu, 



LETTRE DU P. GIRARD 
du 22. Juillet 1730- 



E XPLICATION 

de cette Lettre. 



Voici ,ma chère Enfant ', la troifiéme lettre Le Commentateur , dans le delTein^de 
tn trois jours : Tacbtz.de nt obtenir du temps, remire cette Lettre digne de la liberté de fa 
Dieu fait lojiéiBicntét peut-être nepourrai-je plume, commence par inférer des premiers 
rien faire que pour celte à qui j'écris, termes, que le P.Girard éciivoit tous les 

jours à fa Dévote; conclufon toute opofée 
à celle qui fe préfen^e naturellement : il falloir que trois Lettres ainficonfécutivcs ne s'é- 
criviffent pas fréquemment , & n'euflent pas été précédées immédiatement par d'autres, 
puifque le P.Girardles détache aïnfï.A quel propos parleroit-il de fes troisLettres en trois 
jours, comme une marque extraordinairedefes foins, s'il lui eût écrit tous les jours?Et puif- 
que leP.Girard vouîoit exprimer fon empreflement par l'attiduité journalière de fesLett res, 
il y auroir en bien plus d'énergie à dire , voici la quarantième Lettre en quarante jour» . 
Mais n'étoit-ce pas la Cadiere elle-même qui engageoit ce Pcre à lui écrire fi fouvent ï 
Elle en convient par fa Réponfe j voici Ces termes : Fous me faites conm < tre que par mon 
indiferetionje confume une grande partie de votre tems je ferai plus attentive aie ménager 

Toujours feai-je bien que je la porte par tout , Il efï peut-être à craindre que le djffen/eur 
Ûquellccfîtoûiourî avec moi quoique je parle delà Cadiere nemette Sr. François de Sales 
& j 'agijfe avec d'autres perfonnes, dans la catégorie des Qinétiftes charnels, 

avec le P. de la Colombiere ; & la vénérable 
Mère :1e Chantai au nombre des abuféeS avec les Sœurs Marie àla Coque&Remuzar,que 
leur vertu reconnue a rendu fi refpeclables. Quoiqu'il en puiffe être, voici les termes du 
grand Eve que de Genève lorfqu'il écrivoit à fes Pénitentes : On nous a lommédelcs pro- 
duire I i v. 2. Epir. 1. Ce fut un lieu à mon Ame pour chérir de plus en p fus la votre , qui me fit 
vous écrire que Dieu m'avait donné à vous ,ne croyant pas quilfe put plus rien ajouter à l'affection 
qwje fentois.ît dans lamême lettre fous cette parole de (nous) Ptufieurs Particuliers qui fis 
font recommandées à moi me vienne en mémoire , mais vous pre/que ordinairement fapremiere;& 
quand cene/lpas lapremierc, qui efi rarement/ tfi la dernière four m y arrêter davantage^ J . 
Vous connaîtrez afi^Ji voir que je vous écris à tout propos que je vous ai fuivant en efprit : il efl 
vrti >non il ne fera pas fojjible que ebofie aucune me fepare de vôtre ame. Liv.6.Ep 40. ùçachez, que 
dtpuitquc vous êtes enCharge vous m* été s toujours fi prcfnte } que je fuisse me fml< te ^perpétuel- 
lement avec vous, Liv. 7 Ep. 2. mes penfècs s'entretiennent le plus fouvent de votre cotur,quiefl 
certes un même coeur avec le mien. Un Commentaire à la façon de celui des Mémoires de la 
Cadiere, mettroit fans doute fes Letrresdu SaintPrélar au goût des libertins. 

Je rens mille grâces a N .S. de U continuation Le s partages de l'Ecriture, pour être quel que- 
de ces mifericordes: pour y npondre , ma chère f o i s dét o u r n e Z p a r de s Libe rt i n s àdeséqui- 
flte , oublie^ -vous& laijfcz, faire; ces deux mots v o q u c s i n fa m e s , n e 1 a i fle n t p as d'ê t re 1 e 1 a n - 
renferment la plus fiublîme difpofit ion, ga ge d e D i e u ; au iTt n e c r ai g n o n s - n o 1 \ s p ,1 s 

q u e c e s e x p r e i fi o n s ,p <>u r répondre aux miferi - 
tordes de Dieu yOublie7vous 3 dr laijTeZ faire ,en partant par la plume duGl jfleteurïayent tien 



L 



^ 



perdu du fens très-pur & très-innocent qu'elles ont par leurliaifon avec tous les fentimens 
que le P, Girard tâchoitd'infpirer à la Pénitente. 'Celle-ci ennuyée de la gênedu Monafie* 
je, a recours à de prétendus Miracles, pour prouver à fonConfeflcur qu'elle n'eft point 
appellée à cet état ; Vous fçave^ lui ait elle dans la lettre à laquelle le P. Girard répond, 
que je juis obligée de manger gras le Vendredi & le Samedi , par fimpojjibilitéoujejuis de man- 
. ger maigre à l'avenir , ce qui vous doit muntfefler (a volonté du Seigneur* Le Directeur lui avoit 
déjà Reproché fon peu de courage. 7<r nejuispas Jurprife , avoit-elle répondu, que vous di- 
, fie7 qïte je ne fuis pavfage , puifquily a long-^ms quejejuis homeufe que 'vous ofiez mejouffrir 
,fi imparfaite w'ji peu f délie au Seigneur. Le Coniefleur perfiite à l'animer. Oubliez-vous & 
Uife\z,faire;'nous découvrirons lafaintevoloiitè de notre Maître , dit-il plus bas fur le même 
'fujet: gardet- voVs de vous écouter trop ,*n'tccoûtez que Dieu & ceux qui tiennent fa place 
'pour vous conduire ; fans cela comment vos doutes fur votre Vocation pourront-ils 
Véelaitcir ? Oubliez-vous. Le livre de l'imitation de J. C. dit au 4. Kv chap, 8. 1 rès-peu de 
gens reçoivent de grandes lumières intérieures, parce que très-peu renoncent entière- 
ment à eux-mêmes. Idée tant pauci illuminât i..... quiafeipfos extoto abn égare nef ciunt. Laijjà 
faire > parce qu'on n'a point aflez de liberté d'efp rit , iï dans la vue" de Dieu on ne le tou- 
rner entièrement à autrui. "Née libertatem'mcntis acquirent ^nifi ex toto corde proptér Deum 
fefubjiciant. Liv. 1» ch. 9. On Ht encore aucb. 3. du même livre ,*qu'un efprit pur& fim- 
ple dans l'inaction fur foi-même, s'éforce de ne fe chercher en aucune choie. Et in fe 
'otiofus "> ab omni propria txquïfnionieffe nititur.to. afu ch. 13. du 3. fi v. Apprenez à rompre 
votre volonté » & à vous ioumettre en tour, £>ifce volumutes tuas frangere , tf ad omnim 
fubjecrionem te ddre. Le P, Girard avoit raifondedire que c'étoitlà la plus fublrme difpofi- 
îiq^pour repondre aux mifericordes de Dieu, .lne parloir que .e langage de l'Imitation de 
Y. C. qui nous afTure liv. 2, ch.'ïi, que dans les Extaies même de la Dévotion la plus fer- 
vente j ('oùlaCadierè feignoit d'être lanscefle>)ilfaut travailler à acquérir l'unique Wfcef- 
faire : & quel eflr-il? S'abandonner foi-même après avoir abandonné tout le refre » & fortir 
hors de foi : Quidillud \ Ut omnibus rehffis fe relinquat >& àfe tetalitcr exeat. La Cadietè 
ne rentendoit pas autrement , puilque dans falenre du 3 -Aoufr.jieignantplus dedocilirl 
aux avis de fon Confe/Teur fur ce fujet , el Je dit : fc fens par un effet fenftblc de la divine mi- 
fericorde 3 que le Seigneur me ^ ait connottre d'une manière non équivoque , que je dois m 1 ahandM- 
'ner à] on bonplaïfir. 

Ne dites mot fur tout ce que vous a recoin- M. l*Evcque de Toulon n'a pas fait myfterè 
mandé M. l'Evêque : Nâus verrons tout ce de lafrîpponneriede laCadiere, qui le foli- 
qu'on f eut faire & dire; Il efi arrivé ce matin, citoît par fon Frère le Pominîcain d'alîerà 
& je lui ai déjà parlé de vous par occafion. Cil ioMes , tandis que par une humilité affet> 
Je ne croîs 'pas qu'il aille à Olliouies ,• je lui tée , elle dit au P. Girard dans fa Lettre du 
ai fait entendre que cet éclat ne convenait pas. 11 Juillet : Ménagez moi , mon cher Pcrc > pt 
Je pourrai peut-être par occafion lui parler de vous le demande en grâce , au moins pendant 
4a Sainte Méfie, mon vivant 3 & tâchez, de détournerM. i'Evt- 

que if un femblable projet. 

Le Grand-Vicaire & le Père de Sabatiér II s'agit ici des Stigmates prétendu s mira 1 ' 
iront apparemment Luniy vous voir. Ce dernier culeux. On voit avec quelle fimplicité & 
après lui avoir parlé ,m a fait entendre qu Une quelle pureté d'intention le P. Girard avoit 
vous demanderait rien j mais ft par hazard i'uH examiné ces play es , puifqu'il était perfu'adé 
■ou l'autre s'àvifoït de le faire , Û même au que tous ceux qui enav oient quelque eoh- 
nom de fjtvêque , ou fou hait oit de voir quel- noiïTancc pou voient chercher a fe conVaia* 
que choje , vous n'avez pour toute réponfe quà cre delà vérité du Fait par leurs yeux Jevevx 
dire qu'il vous efi étroitement défendu de parler tout voir j ne faites rien voir. Exp refilons qui 
<?■ d'agir. font connoître ce que le Père Girard entend, 

quand il dit enfuitc qu'il a envie de voir »& 
qu'il n'a vu qu'à demi • la Pille promet aufTi dans fa Réponfe de ne rien faire voir; mai* 
le Père Girard eût bien-tôt occafion de lui reprocher que cent femmelettes étoieht aufli 
fnflruircs que lui, c'eft fur quoi roule la Lettre du 16 Juillet. 

Mangez gras , comme on le veut y je vous l'ai La Cad i ère étoît entrée chei les Cl ai rifles 
écrit. Oui , ma chère enfant yj'ai befo'iH d'ajfu- d'Ollioules , appellée par la voix de Dieuj 
rance ; vous n'en ferez pas la viUimc^ n'ayez le Mémoire du Carême détaille le prodige 
peint de volonté & n écoutez point de repugnan^ de fa Vocation : il falloit au Père Girard un 
ce ;vous ohéïre^ en tout comme ma petite Fille , miracle plus éclatant que fa répugnance à 
qui ne t'roir e rien de difficile quand f 'efi jon père manger maigre , pour contrebalancer lavi- 
quidcmandeSaiunegra^defaimdevousrtvoir fion dans laquelle elle avoit été deflinée ï 
C? de tout voir; Vous fç avez que je ne demande l'Ordre de SXlairejla Fille le lui promet de la 

paît 



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jftf wm JSiif» » rVj 4 longtemps-que je naïyitn paît de Dieii.'/^aw' veuleries ' mltaclcs'i&x çlle 
va qu a demi. Je vous fatiguerai ; He bien! ne dans ialettredu zi.vms'tn aurez,; ii eft irai 
me fjttguez,-vous pas aujfi? Il eftjufte que tout que f en ferai la vic~hme , ma is n 'importe -pm>;vtt 
aine de moitié* Je .commis bien qu enfin vous que vous foye\ cornent. Je dis. n\n /eré&'haï là 
deviendrez f%ge : tant de grâces & d'avis ne vtc^ime^ répond le P.Girard. F.Bb\en> reprend 
deviendront pas inutiles, ■ ï a Fille dans fa lettre du 2j Juillet , 'on ma 

promis que vous œurié% la douleur de me voir 
toute couverte de places aff r eu f es & extraordinaires ,auf quelles toute la Médecine fera aveugle \ & 
que ma feule f ortie d'ici difjipera dans le moment. Elle aj ou te au (îitôr : Je vous attend avec impa- 
jienci'pour rafjdficr la faim que vous avr^ de me voir. Ce r taineme n t àp rès u n te 1 dé'bu t , '& ï a 
promené de lui donner le fp'è&acle des playes affreufe$& extraordinaires dont eiie devoit 
ère couverte, toute autre faim que celle du zèle & de la charité aùroït été rafiafiée d'a- 
vance. Mais les playes de la Cadiere étotent le bien du P. Girard \ h fourbe l\n diCoit que 
par les confeils , fes avis , fes mentes même elle s'étoit "élevée à une perfection qui lui 
procuroit les faveurs fingulieresdù Ciel. Elle continue : Vene 1 ^ au plutôt contenter'votre petite 
curioftté. S'il s'étoitagi d'autre chofe que de voir dès Stigmates miraculeux & autres préfenrs 
du Ciel , auroit-elle employé Je terme de petite curiofité ï c'eil là un Sinonine bien noil- 
Veâujpour exprimer lapatfibnlaplus violente & la plus brutale. Les fatigues du P.Girard 
ïTétoicnt donc autre chofe que les perplexitez & les embarras où le mettoiént tous les 
jours de nouveaux prodiges à examiner : la Cadiere en écoit quitte pour quelques grimaces; 
ear'à 'chaque fois qu'elfe faifoit voir fes playes, Dieu pour la mettre à cou vert de la vanité, 
luifaifôit , âifoît-elle , fentïr des douleurs fi aiguës , qu'aucun tourment ici bas ne pou voit 
leur être comparé : c'éroit Je prétexte dont elle fe fervoit pour ne montrer les playes que 
Quand il lui plaifoit , & après de certains préparatifs ; c*eft fur quoi -Je P. Girard lui dit : Je 
vous fatiguerai . . ^ _ : ' .' 

Je fûts ravi que vous f oyez contente du Père Que découvre-t'on dans toute la fuite de 
Gardien ,je le recommanderai au bonDieu.N'ou- cetre Lettre î ce n'eitpas le Quiétifme î on 
bliezpas de votre coté, ma Malade , mafœut & ne parle que de conlulter Dieu, de femorti- 
tes autres perfonnes que je vous -ai recommandées, fi e r j u f q u 'à c o u r i r le r i fq u e d e de v e ni r v al £ 
Mite Guy ol vous trouva hier mourante , & votre tu dm aire en mangeant maigre les jours d'ab- 
Frere vient de me dire que vous vous portiez à ftinence , ttop d'égard à la fan té dans cette 
merveille. Vous ùesûne inconfiante ; ce ferait occafion eft traité de gourmandife , on de- 
bien pis fi va us deveniez gourmande. Patience , mande des prières pourfoî & pour autrui » 
j'e voulais fçavoïrftle maigre fefupporteroit ; le langage qui n'entrera jam